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Full text of "Le theatre du monde, ou, Nouuel atlas [cartographic material]"

§* Lss 




>à tiM^y,/».,., .///.Jeu, ./ . ?/..,a,J 






Il 




VttlaS 10 4-.I 



peuples an- 




DESCRIPTION 
GENERALE 

DE LA FRANCE. 

'Est cholê .certaine deux Bourgognes , le Lyonnois, Dauphiné , Sa- 
que la nation Celtique voye & Provence. Environ le mefme temps les 
a autresfois occupé François, peuple d'Allemagne outre-paiïants le 
toute l'Elpagne, Fran- Rhein , poferent leur demeure en la partie voifi- 
ce , Allemagne , Efcla- ne de la France , là où eft à prefënt l'Evefché de 
vonie , & les Ides de la Liège & pays de Brabant : mais incontinent Amlm 
grarlde Bretagne. Les chaflezparles Goths, un peu après retournante*^"" 
Gaules ont efté du paf- derechef Si paflant plus avant jufques aux envi- 
fë tellement peuplées ronsde Paris, y mirent les fondements de leur 
& habitées,que les ha- Royaume, le furnommant la France, ayant pour 
bitans d'icelle furent contraints , à caufe de leur leur ville Royale Paris. Pareillement les Bretons 
multitude, de chercher autres demeures, & faire chaflez des Mes de Bretagne par les Anglois & 
peuplade en plufieurs pays & régions du monde. Saxons, lefquels ils avoient appeliez de l'Allema- 
Aucuns d'iceux fe font habituez en la meilleure gne à leur ayde & lècours contre les Efcoflbis & 
partie d'Italie , fe rendans Maiftres & Seigneurs Piétons, fe font arrêtiez fur les coftez marines'de 
d'icelle: les autres penetrans les confins de l'Afie la France, appellansde leur nom la Bretagne 
ont donné le nom à la Galatie , ou Gallo-grece, mineure. Vn peu après, Clovis v Roy de France 
ou bien Grece-gaule: le refte tirant vers l'Aile- ayant vaincu & furmonté en bataille rangée 
magne a occupé toute cette eftenduë de pays, Gundebalde Roy de Bourgogne , & dechafle 
depuis le Rhein jufques aux fources du fleuve les Goths de toute la France, adjoufta ces deux 
Weiflel. Ceux qui font demeurez dans les Gau- Royaumes au fien , faifant de touteslês Provin- 
les ont eu autant de noms divers que de villes, ces de la Gaule un fèul Royaume; mais venant à 
Gouvernements & Magiftrats.Les premiers qui mourir divifa le tout en quatre parties , ou bien 
ont efprouvé lesarmes & efforts des Romains Royaumes pour fes quatre fils, lefquelsconftitua 
furent les Saliens, lorsque la ville de Marfeille, fes héritiers & fuccefleurs. Le premier fut Roy 
confédérée & amyedeceuxde Rome, feplai- de Paris, auquel eftoientfùjettesl'Ifle de France, 
gnoit grandement des excurfions & ravages de Champagne, leMayne.Touraine, Anjou, Gui- 
ce peuple: par après les Savoyards & ceux d'Au- enne & Auvergne. Le deuxiefme fut Roy de 
vergne , quand les Hedues , pour mefme railbn, Soiflbns , ayant annexé le Vermandois , Neu- 
demanderent contre iceuxayde &(ecours des ftrie à prefênt Normandie, Picardie & Flandres. 
Romains. Le premier pays de France rédigé en Le troifiefme , qui eftoit Roy de Bourgogne , ou 
Province de l'Empire, fut la Gaule Narbonnoi- bien d'Orléans, avoit fouzfa puiflance tout le 
fe , laquelle fut fubjuguée par Domitianus Eno- Royaume de Bourgogne cy-deflus mentionné, 
barbus, & Fabius Maximus ConfulsdeRome; y compris le Duché d'Orléans. Le quatriefine, 
Le refte fut conquis & adjoufté au domaine de Roy de Mets, ou bien d'Auftrafie, laquelle com- 
l'Empire, par Paddreffe & vaillantife de Iule Ce- prenoit toute cette eftenduë de pays d'entre la 
far , en l'efpace de dix ans. Toute la France de- Meufe & le Rhein. Depuis eftant ces frères dece- 
puis ce temps fut gouvernée par des Prevofts & dez, & le Roy Clotaire demeuré feul héritier & 
Gouverneurs Romains, jufques au temps de fuccefleur du tout; le Royaume fut pareillement 

divifë en quatre pour fes quatre fils , lefquels ve- 
nans à mourir le Royaume fut derechef reùny 
fbuz la puiflance du Roy Clotaire 1 1; & par ainfï 
demeura tout entier fouz la puiflance de fes fuc- 
cefleurs , jufques au temps de l'Empereur Char- 



l'Empereur Honorius, lors que les Goths envi 
ron l'an de grâce 400, ruynans & ravageans tou- 
te l'Efpagne & l'Italie occupèrent la Province de 
Narbonne , la furnommant de leur nom Lan- 
guedoc,comme à dire Langue des Goths. Et depuis 



eftendans leur Empire jufques au fleuve Loire, lemagneJorsquel'AuitrafîefutfeparéeduRoy- 
conftituerent pour leur capitale , la ville de aume Se la France adjouftée. Long-temps après 
Thoulouze. Au mefme temps les Bourguignons l'Empereur Henry III incorpora à l'Empire 
avec les Vandales & Suevois, venans des demie- d'Allemagne le Royaume de Bourgogne : mais 
res limites d'Allemagne (lefquelles à prefent font incontinent après , ce Royaume envahy de plu- 
habitées par les Caflaubiens , & ceux de Bran- fieurs, fut rédigé en quatre parties; car Beroiiald 
denbourg) s'aflujettirent une autre partie de la Duc des Saxons occupa la Savoye,Otton Corn- 
France , & conftituans un Royaume à p;irt , le te de Flandres mit fouz fa fubjeâion la Franche 
dénommèrent de leur nom le Royaume de Comté, & le Comte Guy print l'autre partie, la- 
Bourgogne, ayant pour capitale la ville d'Ar- quelle il appelladunomdunlsdefonbeau-pere, 
les, lequel comprenoit fouz fa jurifdidion les le Dauphiné, Bofon conferva le dernier le Roy- 
Frame. A aurae 



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in 2011 with funding from 

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http://www.archive.org/details/letheatredumondeOOblae 



\ * 




DESCRIPTION GENERALE 

aume de Provence , lequel fut dit le Royaume Blois. En la Beaufle Chartres & Orléans. Aa 
d'Arles. Mais longtemps après les Roys de Fran- Berry Bourges,fort renommée à raifon des mar- 
ceont re'iinyàla Couronne la Provence, &le ques d'antiquitez , & d'un Hofpital. En Cham- 
Duché de Bourgogne ; & Hubert dernier Prin- pagne Rheims, ayant un temple d'un artifice 
ce du Dauphiné, vendit fon domaine au Roy de admirable par le dehors, Chalons & Troye, 
France, à telle condition , qu'à l'advenir tous les ville grandement peuplée &fpacieu(e. EnBour- 
premiers néz des Roys de France , prendraient gogne Dijon, autresfbisla demeure des Ducs, 
de cette Province le nom de Dauphin. La Sa- Chalons ville fort marchande, Mafcon, Be3u- 
voye demeure jufoues aujourd'huy fouz la puif- ne , Autun , là où fe void grand nombre d'anti- 
fance des fuccefleurs de Beroùald, & la Franche quitez des anciens Romains ; tellement qu'elle 
Comté de Bourgogne tenue par le Roy d'Ef- eftappellée par aucuns la Rome Françoile. Au 
pagne, fouz le melme tiltre& jurifdiction que la Bourbonnois eft Moulins. Au Lymofin , Limo- 
Flandre. Ieanne Comrefte de Provence , donna ges. En Poic"rou,Poic~tiers,la dcuxiefme en gran- 
le Comté d'Avignon au Pape Clément vi, le- deur après Paris, mais beaucoup moins peuplée, 
quel demeure encor à prefent fouz le domaine Au Xainélonge , Xain<5tes, laquelle a auflfi plu- 
de l'Eglife Romaine. Caufe pourquoy les bornes fieurs antiquitez Romaines , & la Rochelle au- 
de la France font à cette heure beaucoup de tresfois la plus forte place du Royaume, la pie- . 
moindre eftendue que du parte, veu que toute la miere fois domptée par Louys le Iufte. En Gaf- 
Belgique eft prefque aliénée & fèparée d'icelle. cogne, Bourdeaux, ville très-belle & fortam* 
Au refte confervant fes anciennes limites du co- pie , laquelle a pareillement plufieurs antiquitez 
Limites, fté du Midy, Orient & Septentrion, eft ferrée au des Romains , & eft une ville grandement mar- 
Levant delà Savoye, Comté de Bourgogne, chaude, accommodée parla Garonne, qui don- 
Lorraine, & des Pays-Bas. ne accez favorable aux navires venans de tous 
La France, eft ainfi dite des François, qui font coftez de la mer. Au Languedoc eft Thouloufo 
un peuple venu d'Allemagne. Elle obeyt à un grandement peuplée , Narbonne autresfois une 
Roy , & eft divilee en diverfes contrées & Pro- ville magnifique, eft à prefent extrêmement for- 
vinces , les principales defquelles font , Bretagne, tifiée : Mont-pellier & Nifmes, remplies de plu- 
Frovimts. Normandie , Picardie , Champagne , la France , Beaufle, fieurs antiquitez Romaines. En Provence, Mar- 
Berry, Bkifois, le Mayne, Vendofmois, Gaftinois, Valois, feille, laquelle a un des jolis ports delà mer Me- 
Senonois, Auxerre, Touraine,Anjou, Poiclou, Xainclon- diterranée, retraitte ordinaire des Galères Roy- 
ge , Perigort , Lymofin , Bourbonnois , Duché de Bourgo- aies ; au refte , c'eft une ville libre de melme que 
gne, Sniercy, Gafcogne, Languedoc, Provence, Dauphiné, celle d'Arles, eftans toutes deux en la protection 
Lyonnois, Nevers, Auvergne, Angoulmois, Rofillon, tefe. de la Couronne : Aix ville nette & plaifantej 
Depuis peu de temps eft adjoufté le pays de Item Avignon fujette à l'Eglife Romaine. Au 
Biefle , lequel eft une partie de Savoye, comme Lyonnois la ville de Lyon , eftimée la féconde 
auffi Mets & Thoul , villes de Lorraine. Au re- après Paris , tant pour le grand nombre du peu- 
fte , il y a en France grand nombre de Duchez, pie , richeffe & traffîc , comme pour fes eftudes 
Bûchez., comme Orléans, Anjou , Bourgogne , Narbon- ou Académie, & fa grande antiquité. 

ne , Bretagne , Berry , Normandie , Auvergne, La France peut eftre réputée pour l'une des -, . 
Guyenne, Tours, Bar le Duc.Valois, Nemours, plus faines & tempérées Régions de l'Europe. Le ' 
Alençon , Rheims, Laon, Langres, Bourbon, le Poète Claudian l'a faite d'une conftitution tres- 
Mayne,&c. heureufe. Oefar la nomme tres-falutaire. Stra- 
Les Provinces enclavées dans les limites de bon l'eftime une mère tres-fertile à procréer des 
France, lefquelles font fous la puiffance d'autres hommes. Vne grande partie de fon terroir eft 
Princes & Seigneurs , font, le Comté d'Avignon plat & uny, s'eflevant çà & là avec des plaifantes 
fouz le Pape , les Duchez de Savoye & Lorrai- collines , finiflantes par des vallées très-belles & 
ne , les Principautez d'Orange , & Bearn , Se les autant agréables , lequel eftant bien cultivé par 
Comtez de Bourgogne & Charolois. le foing & induftrie des habitans , produia une 
ST*~ . Les P™cipales villes du Royaume font Pa- grande abondance de bled & de toute autre for- 
ris , fituée en l'Ifle de France , laquelle eft la de- te de grains , non feulement pour l'ufage necef- 
meure ordinaire des Roys , eftant la plus grande faire du Royaume , mais auffi pour plufieurs na- 
& la mieux peuplée de toute l'Europe , horfmis tions eftrangeres : on void de tous coftez les pa- 
Conftantinople. En Picardie eft Amiens, laquel- ftis & prairies couvertes de nombre infiny de 
le aune Eglife digne d'eftre réputée un des mo- beftail , & les campagnes parfemées de trou- 
dernes miracles du monde. En Normandie peaux. Rien ne fe trouve oyfif ou infertil , fi ce 
Rouen , laquelle eft un tres-noble marché & ac- n'eft aucune forefts & marefeages. On rencon- 
cours de toute forte de marchandife , affife fur tre force fapins & des ifs , ainfi que tefmoiene 
l'Océan de Bretagne , avec un port de mer très- Caîfar : & Diofcoride affirme qu'aux en vironf de 
renommé; Caen& Dieppe. En Bretagne Renés Narbonne il y a de ces arbres tellement veni- 
& Nantes En Anjou Angers. En Touraine meux , que fi aucuns dorment deftouz , ou bien 
Tours, eftant fon terroir à caufe de fa grande demeurent quelque temps fouz leurs ombres 
beauté , dit le jardin de la France. Au Blaifois deviennent incontinent malades , & fouventes- 

fois 



t> E L A F 

fois ils en meurent. Ce pays eft tres-abondant 
en toute forte de vins : & je m'efmcrveille gran- 
dement de ce que ces doctes perfonnages Vof- 
pique& Eufebedifent, que l'Empereur Probus 
donna licence aux François d'avoir des vignes, 
tomme fi long-temps avant cet Empereur il n'y 
en eut eu affez grande quantité. Pour le prefent 
les vins font divers. En aucuns lieux on enre- 
cueillede fort puiiïants & généreux, defquels en 
partie font pourveuz la Bretagne , Normandie, 
Picardie , & en partie les pays eftrangers , com- 
me l'Angleterre, Pays-bas, Allemagne , Denne- 
marck, Suéde , Pologne & plufieurs autres Pro- 
vinces. Il n'y a faute de toute forte de beftail en 
ce pays, mais pluftoft trop grande abondance; 
d'où vient que la chair , laict, beure, fromage, 
laines, fe trouvent & rencontrent à foifon. Ari- 
ftote eferit au livre <fc Admirandis , qu'aux Gau- 
les il n'y avoit point d'afnes : mais à prefent ils 
font fort communs. Outre ce , il s'y trouve tou- 
te forte de volailles dans les bois & campagnes, 
& la mer voifineavec fes rivières produiétune 
abondance incroyable de toute forte de poif- 
fons. Toutesfois toutes les Provinces de la Fran- 
ce ne font de mefme naturel & fertilité j mais 
félon la difpofition diverfè des climats. Aux 
environs de Paris le terroir n'y eft pas feulement 
propre & abondant en froments, vins, & au- 
tres fortes de grains, mais auffi il eft tres-plaifant 
& arroufé de tous coftez de plufieurs ruiffeaux, 
qui rendent & effectuent des pafturages & prai- 
ries extrêmement fécondes. La Beauffe pro- 
duict un grand nombre de froment. Les champs 
de Rlois outre le bled , vin , & autres chofes ne- 
ceffaires à la vie humaine , ils font parfemez 
d'arbres fort hauts , entrelaffez de plufieurs bel- 
les rivières & eftangs , ce qui eft le plus fréquent 
par toute le Beauffe. Le territoire d'Orléans 
eft bien commode à la chaffe & pefcherie , mais 
beaucoup plus riche par fon vin fort puiffant & 
généreux. Le pays de Baffigny eft fort récréa- 
tif, àraifon de fes forefts & lieux ombrageux, 
au refte infertil , & fon terroir grandement fa- 
blonneux. Le Senonois beaucoup meilleur , eft 
remply de toute chofè neceffaire à l'entretene- 
ment de l'homme , & principalement de vin 
tres-delicat & d'huyle , à raifon du grand nom- 
bre de noyers. La Champagne , s'efgayant en 
fes razes planures , reçoit proprement les fe- 
mences du laboureur , encores qu'en quelque 
place elle ne refpond à fon attente. Brie a un 
air bien falubre & tempéré , & encore qu'elle 
foit de tous coftez couverte d'arbres fruictiers, 
fieft-cequele grain ne luy défaut aucunement. 
Rien ne manque à la Picardie , fi ce n'eft du 
vin , le refte eftant en fi grande abondance , que 
les Provinces circonvoifines en font pourveués 
à foifon. Le Nivernoiscft lavé de plufieurs ri- 
vières , & quoy que remply de divers bofea- 
ges , il ne laiffe pourtant d'eftre fort opulent 
en toute forte de beftail Scvenaifon ; ayant des 
mines de divers métaux , entre lefquels exce- 
ftance. 



R A N C Ë. i 

de le fer , tant en bonté , qu'en abondance , ou- 
tre le grand nombre de marbre & autres efpe- 
ces de pierres. Le Berry a une affluence de tou- 
tes choies neceffaires , & eft bien commode pat 
diverfes rivières , qui fe defgorgent dans la Loi- 
re , ce qui caufe un facile commerce avec les au- 
tres Provinces. Il n'y a Province en tout le Roy- 
aume qui jouyffed'un Prin-temps, Efté & Au- 
tomne tant délicieux , tempéré & fertil, comme 
fait la Touraine, laquelle produit des poires très- 
excellentes , & toute autre forte de fruidls. Le 
May ne eft plus propre auxfemences &beftesd 
cornes, encore qu'en plufieurs endroits fêren- 
contre detres-bon vin. Le pays d'Anjou aces 
collines tapiffées de vignobles , fes campagnes 
reveftuès de hauts arbres , & fes planures cou- 
vertes de beau lin & chanvre , eftant fort re- 
nommé de /es vins blancs. La Normandie encor 
qu'elle foit embellie de très-bons paftis & gra- 
tieufes campagnes , neantmoins fes habitans 
font plus addonnez au trafic qu'à l'agriculture, 
eftans alléchez par le voifinage de la mer;& tou- 
tesfois pour cela il ne luy manque de vinny dé 
grains aucunement , & l'abondance du cidre 
Compenfe la rareté du vin. La Bretagne eft une 
belle Province , avec bonnes prairies & paftura- 
ges , grandement fertile en toute forte de fro- 
ments , ces vins font beaucoup de moindre qua- 
lité. Le Poiétou eft un terroir gras, & par confe- 
quent fort abondant en grains , vins , laine , lin, 
& en toute efpece de fruict , comme auffi pareil- 
lement Xainctonge , laquelle n'en a point feule- 
ment pour foy , mais pour plufieurs Provinces 
voifines. Le pays de Perigort eft fort afpre& 
montagneux, reveftu de grands bois, auquels 
outre les chefnes , qu'on appelle en ce pays vul- 
gairement lac , il y croift un nombre incroyable 
de chaftaigniers,produifans un nombre infiny de 
chaftaignes , tant pour l'ufage des habitans & 
eftrangers, que pour la nourriture des porcs; & il 
ne manque pas de grain ny de vin , autant qu'il 
en eft befoin pour ceux dudit pays. Le ciel eft icy 
grandement fain & amiable,tellemen t que la pe- 
fte y eft rarement : 11 y a des fontaines fouphreu- 
fes & alumineufes , & fe trouve grand nombre 
d'herbes médicinales, & mefme de la terre; puis 
que non loing de la ville capitale fe tire quelque 
terre rouge, non de moindre efficace & vertu 
que le Bolus Arméniens. Le Limofin eft fouz un cli- 
mat un peu froidelet, fon terroir n'eftant fi fertil 
produit bien peu de bled; mais plus largement de 
l'orge & du feigle : fes vins font de petite valeur. 
L'Auvergne fuperieure a bien peu de vin , mais 
eft fort riche en pafturages ; l'inférieure produit 
a foifon toute enofe neceffaire. Le Bourbon- 
nois , & le Comté de Foi eft ont un terroir fa- 
blonneux , & en plufieurs endroits fteril, d'où 
vient que le grain eft bien rare & Tachettent 
d'autres Provinces voifines; & auffi il donne bien 
peu de vin à fes habitans : toutesfois le Comté 
de Foreft eft beaucoup plus montagneux aue 
le Bourbonnois. La Bourgogne eft de qualité 
B diverie, 



DESCRIPTIO 

diverfe , & ne porte pas autant de grains & fro- 
ments , qu'il eft neceffaire à ceux du pays : mais 
elle a des vins grandement eftimez : elle porTede 
un air doux & agréable, &eft entrecoupée de 
plufieurs ruifteaux.Les campagnes du Lyonnois 
font aflëz maigres, & le terroir fort léger & faci- 
le à cultiver : neantmoins aulong de la Saône eft 
remply de vignobles & bons pafturages. Le 
Dauphiné eft tres-fertil en feigle & en autres 
grains, & grandement propre à la nourriture des 
belles à laine: fes champs qui aboutirent aux ri- 
vages du Rhofne /ont d'une fertilité & affluence 
admirable. La Provence eft un accours de toute 
forte de chofes à fouhait : car outre la grande 
abondance de toutes fortes de fruids cy-deffus 
mentionnez aux autres Provinces , elle produit 
forces Oranges , Limons , Grenades & Olives, 
auflî du Riz & Saffran en grand nombre; mais fa 
partie fuperieure n'eft point tant propre aux vi- 
gnes qu'aux arbres fruict.iers.Le Languedoc fans 
doute tient le premier rang entre toutes les Pro- 
vinces de la France, tant pour la fécondité de 
fon terroir,qu'en diverlïté & bonté de fes fruiéts, 
encores qu'en quelques lieux elle foit fort fa- 
blonneufe & moins fertile, comme aux environs 
de Pezenas & de Nifmes. Les champs du Vellay 
& du Baignol abondent en toutes chofes necei- 
faires; la contrée des Albigeois eft plus monta- 
gneufe & fterile ; celle de Foix riche en paftura- 
ges ; vers les Pyrénées le nourriflent des forts 8c 
puiflans chevaux. Le pays de Bigorre eft de di- 
verfe condition : d'un cofté il eft fterile , de l'au- 
tre tres-fertil. Le terroir de Bourdeaux porte un 
vin tres-puiffant, & ccluy deBeara lefurpafle 
en bonté. 
Mont*- Les plus fameufês montagnes de la France, 
*" "' renommées des anciens, font les montagnes des 
Sebenes , ou Sevenes , le mont de Faucilles , an- 
ciennement ànVogejus , encore qu'il ayt ailleurs 
autres noms. Ilfeparela Bourgogne & PAlface 
delà Lorraine, Se produit la Meufè (félon que 
tefmoigne Cxfar) & grand nombre d'autres ri- 
vières , plufieurs defquelles defcoulent dans le 
Rhein. Cette montagne produiâ: auflî de l'ar- 
gent pur & fin en la vallée de Libéria. Le mont 
Iura eft l'un des premiers, lequel appartient prin- 
cipalement à l'Allemagne, dans laquelle il s'e- 
ftend grandement, il eft auflî appelle d'autres 
noms. le ne parleray pas des Alpes , veu qu'elles 
font communes à la France & l'Italie, lesdivi- 
faDS l'une de l'autre. 
Fmfi. Les Forefts font fort fréquentes en France, 
non toutesfois comme aux autres pays & Roy- 
aumes, grandes & efpaifles, ny reveftuës de brof- 
fes & halliers. 11 y en a plufieurs au pays du May- 
ne , comme les Forefts de Verfay , Longoulnay, 
Perfi , Sille, Charnay, Audain , Maine, Confife. 
En la Bretagne inférieure , celles de Boftblanck, 
de Toriant, de Guierche. En Poidtou les Forefts 
de Mouliere, Dyne, Brofle, Ligne,& autres. Au 
Berry le bois Robert. Au pays d'Anjou Lourfaye 
& Marfon. Tout le Boulonnois eft prefque oc- 



N GENERALE 
cupé d'un fêul bois, ayant pour partie les bois de 
Surene , Celles , Hardelot , Dalles, Bourfin. Au 
Vermandois non loing de Perone fè rencon- 
trent les bois de Recoigne & Bouhan. En Picar- 
die, les bois de Baine, de Beaulieu, de la Fere, de 
Coufly. Et en Lorraine, Warnetwald , le Ban- 
bois, boisdeMondon, deHeyde, de S. Benoift, 
delà Voyge, Mortaigne, Dofeyne, &c. 

Les rivières principales font la Seine , Marne, Xhitni. 
Loire, Garonne & le Rhofne. La Seine prend fa " 
fource au Duché de Bourgogne , vifitant plu- 
fieurs villes , fait une tres-noble Ifle en la ville de 
Paris, & eftant augmentée de plufieurs belles ri- 
vières, fè vient rendre dans l'Océan de Bretagne 
ou bien de Normandie, eflargiflant grandement 
lès rivages. Sa bouche eft extrêmement peril- 
leufè & redoutée des Pilotes & mariniers , à cau- 
fe de la marée , vulgairement appellée la Bare; 
lors que la Seine ayant pénétré fort avant dans 
la mer, incontinent recoule derechef contre le 
naturel de tous les autres fleuves, avec un hurle- 
ment eipouvantable, fehauflant de la hauteur 
d'une picque , d'où arrive fouventefois que les 
Pilotes negligens , tombent en grand danger de 
fe perdre. Le Marne eft un fleuve aflez grand & M*m. 
non moindre que la Seine, avec laquelle ancien- 
nement elle divifoit les Celtes desBelges.il prend 
fa fource du mont de Faucilles , un peu par def- 
fus la ville de Langres, & ayant paffé outre Lan- 
gres, & plufieurs villes, bourgs & villages, & auf- 
fi receu autres petites rivières , fe méfie dans la 
Seine au pont de Charenton, un peu au deflus 
de Paris. 

Le Loire beaucoup plus ample que les autres, Luire. 
qu'à bon droit il eft dit , Pater Fluniorum GallU, 
eftant vrayement pour fa grandeur & longueur 
le père de tous les autres. Apres qu'il a traverfé 
plufieurs peuples & terroirs , il fe defeharge dans 
l'Océan Occidental, entre la ville de Nantes & 
le Poictou. La Garonne tire fes fontaines des Gmo«m. 
monts Pyrénées, non loin de la ville Cadalup, 
laquelle fe précipitant de ces hautes montaignes 
n'eft aucunement navigeable , fi ce n'eft qu'elle 
foit enflée de groffes pluyes de l'hyver , ou bien 
des neiges fondué's par les ardeurs du Soleil,mais 
ayant rencontre les flots marins,& eftant accrue 
d'iceux, elle s'eflargit grandement, & en fin 
ayant la forme d'un grand bras de mer, non feu- 
lement eft capable de porter grands navires, 
mais jette aufïî d'un cofté & d'autre les navige- 
ans , d'une façon fort eftrange , fi le vent ne cor- 
refpond aux ondes furieufes. Pour le jourd'huy 
ayant paffé par plufieurs places , comme aufïî 
par Thouloufè & Bordeaux , fe defgorge dans 
l'Océan d'Aquitaine,fa bouche ayant deux lieties 
de largeur , à l'entrée il fè rencontre deux ef- 
cueilsfurnommezles Afnes. Nous donnerons la 
dernière place auRhofne,lequel eft le plus cognu Rhof-.e. 
entre tous les fleuves François des anciens Efcri- 
vains, tant Grecs que Latins. 11 trouve fon com- 
mencement non loing des fontaines du Danube, 
Rhein,Po, & d'autres rivières, près la montagne 

de Brige, 



D E L A F 

de Brige , lequel entrant dans le lac Léman , ou 
bien de Genève, proche du village Neuf-ville, 
& gardant prefque fa couleur , qui efl différente 
à celle des eaux du lac , le traverfe , encores qu'il 
foitde neuf lieues de longueur, fansfe méfier 
aucunement dans fes eaux : & fortant dudit lac 
près de Genève, tire vers le Midy d'une courfe 
impetueufc , fe rendant dans la mer Méditerra- 
née par cinq bouches, ainfi qu'on les compte, 
pour le prefent. Le Rhofne reçoit les rivières 
fuivantes , la Saône, ou Sone , l'Ifere , Drone, ou 
Drofne,& la Durance. Mais il fuffit à prefent des 
rivières , adjouflons quelque peu des rivages de 
la mer. 

La France efl battue du collé de la Bize des 
flots de POcean de Bretagne , à l'oppofite d'An- 
gleterre, comme pareillement au Couchant; Au 
Midy la mer Méditerranée s'engouphre dans (es 
feins. Les deux mers font receués diverfement 
Gmifhts félon la difpofition desjimites. Entre lesgou- 
dcmcr. phres principaux tient le premier rang celuy 
d'Aquitaine, appelle par Lucain Tarbellicus Ancon. 
Il y en a encore d'autres du coflé de lamefme 
mer, aux derniers bouts defquelles font fituées 
les villes de Dieppe , Confiance , & plufieurs au- 
tres. Du coflé de la mer Méditerranée fe trou- 
vent deux gouphres ; fçavoir le Majeur & le Mi- 
neur : Le gouphre majeur comprend cette par- 
tie de la mer , là où le Rhofne fe defcharge , le- 
quel anciennement fut nommé par M. P. Caton 
AngulusGalkus , Se à raifon de fa grandeur & ex- 
cellence fut dit Sinus Gallicus par Live, Iuflin & 
autres Hifloriens. Le mineur au Promontoire 
du mont Pyrenée,efl nommé par Strabon Apbro- 
difium: Se félon Pomponius Melas'appelle le gou- 
phre falé. Outre ceux-cy fus mentionnez, Anto- 
ninenfon Itinéraire fait mention du goulphre 
Gamblacitanus, & le met en la Gaule Narbon- 
noifè. 
r jiMma Tout ainfi que la France à prefent a des ports 
puis de de mer grandement renommez, de mefme an- 
ciennement en avoit plufieurs fort célèbres ; en- 
tre lefqueis ont eu le premier rang , Staliocanus, 
Vmdana, Brbates , Se autres nommez des anciens 
Efcrivains. 
Axcitmt Nous adjoufterons pour la fin quelque chofe 
ptiiec. J e l'ancieûne police des François. Plufieurs Au- 
theurs ont remarqué , qu'ils fouloient ancienne- 
ment venir tous armez au Confèil , quand c'e- 
ftoit pour délibérer des chofes de grande impor- 
tance.Cxfar en ces Commentaires raconte que 
leurs décrets efloient foudains , & conduoient 
leurs confeils d'une vifteffe admirable , eftans 
grandement addonnez à toute forte de nou- 
veauté.Quant a ce qui touche leGouvernement 
domeftique , ainfi que Czfar affirme , ils ne per- 
rnettoient aucunement que leurs fils retournaf- 
fent chez eux, fi préalablement ils n'efloient ca- 
pables de recevoir la charge de foldat , reputans 
chofe indigne , qu'un fils encor en fôn enfance 
France. 



R A N C E. 3 

vint en public àlaprefencede fon père; &c'eft 
auffi chofé digne de mémoire , ce que le mefme 
Autheur rapporte de leurs couflumes domefli- 
ques,en ces paroles: Telle fomme (dit-il) que les 
hommes reçoivent pour dot, avec leurs femmes, 
autant communiquent-ils de leurs biens avec le- 
dit dot , confervant cette fomme de deniers par 
enfemble, & auffi les fruids d'icelle: Le fùrvi- 
vant hérite & poffede toute les deux parties de 
ladite fomme , avec fes fruids & revenus. Les 
hommes ont puiffance de vie & de mort fur 
leurs femmes & enfans, ainfi que dit Csfar. 

Les Académies , ou bien Vniverfitez grande- 
ment fleuriffantes de la France, font celles de Pa- 
ris, Caen, Angers, Orléans, Bourges , Poidiers, 
Bourdeaux, Thouloufé & Montpellier. 

Quant à ce qui appartient aux mœurs & na- 
turel des François modernes , il efl très-certain, 
qu'ils font prompts & prefls à tous accidents qui 
peuvent arriver, & fort dociles à comprendre 
toute forte de difeiplines , tellement qu'ayant 
veu ou oùy quelque chofe, foudainement la con- 
çoivent en leurs efprits , & bien tofl auffi le per- 
dent : Il femble qu'ils naiffent & fê nourriffent 
de mefme façon, tellement que la nature ne don- 
ne à autre nation telle femblable vivacité d'efprit 
& meure promptitude; car où ils s'appliquent.ils 
commencent heureufement, & profitent avec 
vifteffe; ils exercent avec grand foing le trafic & 
la marchandée, ladifêipline militaire, les arts 
mechaniques , & l'exercice de toutes fortes de 
feiences. Florus nous a anciennement fait paroi- 
ftre leurs combats & aflauts furpaffantsles forces 
des hommes ; & par après moindres que des 
femmes. I. Berclay , difeourant du peuple Fran- 
çois, en fon livre intitulé , Icon Animorum, s'ef- 
merveille grandement de fon bon naturel, de 
fon affedion vers fon R.oy , qui y règne abfolue- 
ment, &quecefoit outrecuidance & temer té 
de douter de fa puiffance abfolué. C'eft une ra- 
tion bien adroite aux armes & fort courageule, 
laquelle excède en cavallerie à toutes autres , ne 
fauffant nullement fa foy, principalement aux 
chofes qui touchent le public. Entre eux mefmes 
pefent grandement leurs adions avant les en- 
treprendre : mais incontinent qu'ils dominent 
fur autres nations eftrangeres ils ne fe fçavent 
contenir, ny modérer leur courage Se véhémen- 
ce : tellement qu'ils n'ont fçeu fe maintenir leurs 
conqueftes , ellans feulement puilfans à fe con- 
firmer & ruiner eux mefmes. Ils ont conqueflé 
par forcé d'armes la Lombardie , Naples , Sicile 
& plufieurs autres Provinces biens efloignées :& 
auffi tofl deprifans leurs ennemis, non encore to- 
talement domptez , ou bien fe confians par trop 
a leurs lêrvices & faintifes , ne s'accommodans 
aucunement aux humeurs eflrangeres, mais pluf- 
tofl s'adonnans à toutes fortes de lubricité, con- 
tre le naturel ordinaire des nations , furlefquel- 
les ils commandoient , & en fin negligeans tous 
B i exerci- 



DESCRIPTION GENERALE 

exercices militaires , Se defirans revoir bien toft humain, mais grandement inconftants , fort ad- 
leur navs duquel ils ne peuvent long-temps donnez à leur profit particulier, & aux richcfles, 
eftre abfens ont pour tels & femblables fujets, à raifon defquelles il n'y a rien qu'ils n'entrepren- 
nerdu ce que fi gènereuferaeot ils avoient acquis nent; mais encercles furpaflent les champeftres, 
par plufieurs victoires & proueffes admirables, lefqiiels font furieux & impatiens, ne fupportans 
Ils difcourcnt avec une alTeurance , y adjoullans la moindre injure que ce foit , à raifon du Parle- 
des "eftes & mouvements affez agréables. Ils ment voilin, duquel ils penfent incontinent eftre 
changent fouventesfois la façon de leurs habits, fecourus.Ceux deChartres font plus doux & hu- 
ât les peuples eftrangers les imitent en cela in- mains, s'aymans l'un autre, charitables envers 
continent Au relie fia France eft grandement les paflàgers , & fort foigneux à leur trafic. Les 
charitable , qui feinble pofïeder entièrement la habitans de la Beauffe en rien diflemblables aux 
debonnairété & bien-veuillance , recevant gra- precedens , font durs au travail & addonnez au 
cieufement toute forte de gens affligées.La mai- labourage. Ceux de Blois femblent qu'ils tirent 
charidife & trafic eft mefprifc , principalement leur gayeté d'elprit de la bonne conftitution de 
de la Nobleffe , & des maifons anciennes, & l'air, à raifon dequoy ils ne cèdent en douceur & 
comme files marchands feroient honteux de bonté à aucuns peuples de la France. LesVen- 
leur vacation, incontinent qu'ils ont ulé quelque dofmois les imitent grandement & font d'up 
temps la fortune favorable , avancent leurs en- femblable naturel. Ceux d'Orléans font bien 
fans à autres fonctions &difciplines, les excitans nourris, & des mœurs affez façonnez, élegans 
à ne fe contenter de la qualité de leurs anceftres. au parler , mais rnordacieux & picquans. Les 
C'eft une chofe grandement déplorable en ce Senonois d'entendement fort dociles , & non fi 
Royaume, que les Offices, dignitez& honneurs rufez. Ceux de Champagne & de Brie, opiniaf- 
fe vendent à beaux deniers , n'exceptans pas très. Les Picards prompts & colériques, & d'un 
mefme 1 Eftat des Iuces & des Magiftrats; &il coeur ouvert. Ceux deTouraine font grande- 
eft certain que fi cette convoitife & avarice rie ment louez à raifon de leur finguliere fidélité & 
fe diflîpe & rompt totalement, les Cours, Baillia- amour envers leur Prince. Ceux du Mayne durs 
ges , Gouvernements & autres dignitez feront au labeur & induftrieux. Ceux d'Anjou & du 
remplies d'un tas de roturiers, &degensindi- Poiclxm gentils , & d'une humeur plaifante, en- 
ones de femblables charges. Car quant on fe de- rre-femans leurs difeours de mots facétieux, avec 
bat pour achetter une telle dignité & office , on une addreffe admirable. Les Normands font 
void fouventesfois emporter le prix par ceux fins , cauteleux & auffi grands trompeurs. Les 
qui cèdent tant en noblelfe qu'en (cience, vertu, Bretons félon la variété des places,plus ou moins 
& bonne nourriture. Mais c'eft une chofe bien courtois. Ceux du Perigort font gentils & légers 
plus exécrable quant on commet telles charges de corfage,fobres& cootens de peu, eftansaf- 
à des gens femblables aux Efcrimeurs, qui par fez bien nourris & moriginez. Les Limofins 
foudaines envies & combats particuliers mettent pour la plufpart fobres & s'abftenans de vin, fi ce 
le public en dangers extrêmes ;& ceux principa- n'eft dans les villes. Ceux d'Auvergne font fur 
lement qui font d'Illuftres familles, & feparez du tous fins & rufez , laborieux , & fort addonnez 
commun parla grandeur de leur race. Mais fi aux richeffes ; Les Bourguignons font d'un na- 
tels vices & foiiilleures fe rencontrent parmy le turel libre & ouvert , d'un jugement docile , & 
noble naturel François, il faut exeufer tout cela nullement malins , fort affables & defireux 
& pardonner à la finguliere bonté d'iceux,lef- d'honneur. Ceux du Lyonnois font de mœurs 
quels font douez d'une telle prudence & fagefle, agréables, & encore qu'ils femblent a l'extérieur. 
qu'ils ne fe laifïent aucunement emporter p3r la plus fimples, neantmoins ils font affez déniailêz. 
force & véhémence de leurs paffions & fautes Les citadins de Dauphiné font ingénieux & de 
naturelles. Entre cette nation Françoife fe trou- bonne converfation & grandement curieux à in- 
ve ordinairement une naifve bonté & douceur venter choies nouvelles. Ceux de Provence font 
attrayente , non fardée , ou aucunement feinte, fort fobres & robuftes : mais inconftans , avares, 
avec lefquels ils converfent; ils ne font pas adon- frauduleux, infidels , grands caufèurs, & van- 
nez à tromperies ny à rancunes cachées. Ils don- teurs, arrogans & furieux , ne fe foucians gueres 
nent libre accez à ceux qui le défirent , & con- de leurs fupeiieurs & Seigneurs. Ceux de Thou- 
verfent familièrement avec tous. Ayans admis loufe femblent eftre nez pour les lettres & feien- 
juelques eftrangers en leur compagnie, il leur ces, mais très-faciles aux efmotions , &gran- 
uffitdene commettre quelque grande faute & dément feditieux , non charitables envers les 
folie, & il n'y a rien de plus heureux en leur con- pauvres & paffagers , extrêmement partials , 
verfation , qu'une debonnairété familière, con- grands zélateurs de la religion Catholique.Ceua 
jointe à une courtoifie & amiable entretien. Et de Foixfont tres-patiens, & du tout endurcis 
cela fuffira des mœurs de cette nation en gène- aux travaux & labeurs , le contentans de peu de 
rai. Nous adjoufterons quelque chofe en parti- nourriture. Ceux de Bigorre font nez auxar- 
culkr. Les Parifiens font d'un naturel doux & mes & à la guerre , & c'eft une nation hardie 8c 

incivile, 



ï 



DELAFRANCE. 4 

incivile , fi ce n'eft ceux qui demeurent aux pki- paroiftre le grand défit qu'ils avoient à augmen- 
nes Se vallées : le vulgaire eft du tout impatient, ter le fervice divin Se l'eftabliflement de l'Eglife, 
& s'entre-tuënt pour caufes légères & de nulle meritans par cela le nom de Roy Tres-Chre- 
importance: toutesfois la noblefle eft d'un affez ftien. La Iurifdiétion s'exerce par Magiftrats ou 
doux naturel Se prompts à la main. Les Gafcons Sénats , Se Sièges Iudiciaux , qui fe di/ent vulgai- 
font de noble efprit , mais fort arrogans : ils font rement les Parlements. Car la puiflfance Se aucto- 
monftre de leurs meilleures parties , & fere- rite de ces luges s'eftend de la façon, que le Roy 
joûiffent grandement quand on les loue ; ils fe mefme fe fôubmet à leurs décrets, Se fi quelques- 
rendent magnifiques là où ils fe fçavent eftre in- fois en matière de controverfes la caufe foit par 
cognus; ils font avares Se s'efforcent d'augmen- iceux décidée, il ne peut aucunement prejudi- 
ter leurs moyens par inventions bonnes ou rhau- cier aux parties , contre Iefquelles il procède, 
vaifes, auflî envieux, mefprifans les autres, Se l'appelle la police les Loix & décrets que les 
du tout ingrats à ceux qui leur ont fait du bien. Roys de France ont divulguez & publiez , def- 
Ceux deBearnfont d'un brave entendement, quels ne font pas les moindres ceux qui s'enfui- 
fort humains, Se afTez eloquens en leur langage, vent. La première , à ce qui touche au patri- 
robuftes 8e n'eftimans rien plus que la liberté; moine du Royaume de France, eft, qu'il n'eft 
au refte audacieux & extrêmement arrogans 8e pas licite à aucun Roy de l'aliéner , fi ce n'eft en 
mefprifeurs des autres. La NoblelTe eft fort une extrême neceflîté, & parleconfeil &con- 
courtoife, affable, & du tout adonnée aux exer- fentementdu Parlement. Le tiltreTres-Chre- 
cices militaires , laquelle ne cherche pas tant la ftien fait paroiftre la grandeur Se prééminence 
fumptuofité Se fplendeur des habits , mais s'ef- des Roys de France, duquel nom on lit avoir efté 
force d'acquérir par fes vertus un los immortel, le premier honoré Charles le Chauve Roy& 

Empereur, lors que Clotaire 11 , eftant decedé il 

Du Gouvernement Politique fut crée Roy en la ville de Mets en Lorraine, l'an 

de la France. de grâce 869 , le neufviefme de Septembre ; La 

forme de fa confecration & couronnement fe 

TOutl'Eftat du Royaume de France fem- trouve en un très-ancien livre du chapitre de 
ble eftre compofé de trois fortes de Re- Beauvais , & en 1 Hiftoire d'Amoin. Les Papes 
publique, à fçavoir de la Monarchie, qui Innocent , & Honoré in, appellent Philippe 
confîfte en un : Ariftocratie, qui eft le gouverne- Augufte , Se Louys v 1 1 1 père de S. Louys Roys 
ment des hommes graves & Illuftres, lefquels Tres-Chreftiens : & les Légats du Siège Apo- 
font efieuz aux régimes du Royaume; & Démo- ftolique, avec trois Evefques, leurs noms y eftans 
cratie, qui touche la police du peuple. Car outre adjouftez , falué'nt en leurs lettres le Roy de 
le Roy, qui eft autant aimé que craint de fes fu- France Philippe Augufte du nom de Tres-Chre- 
jets , il y a des Princes & grands Seigneurs , lef- ftien;& ce qui monftre encore l'excellence de ce 
quels femblent brider & arrefter la puiflance Royaume , eft , qu'on appelle les Roys Empe- 
Royale , afin qu'elle neconftituë par violence reurs, & le Royaume Empire, non moins qu'an- 
chofes au préjudice de fes fujets. C'eft pourquoy ciennement celuy de Rome & des Grecs Outre, 
les douze Pairs de France , les Confeils Secret, les Roys font à raifon de leur haute puiflance & 
Privé, & Grand, le Parlement & la Chambre Empire Supérieurs aux Loix & couftumes du 
des Comptes, conftituent par enfèmblel'Eftat Royaume, defquelles il fe peut refoudre , ou 
Ariftocratique. Et les ordres qui tous les jours bien les changeant, ou du tout les anneantifl'ant. 
s'aflemblent en chafque Province , Maires des Quand anciennement ils faifoient quelque al- 
villes ,Efchevins, Confuls, Jurez & Capitaines liance ou confédération avec des Potentats ou 
effectuent le Démocratique. Nous difons donc, nation eftrangere , ils ne fouloient pas jurer.ains 
que le Royaume femble eftre de la façon divifé, aucuns autres eftablis de leur puiflance & auéto- rimas 
non toutesfois eftre ainfi divifé : car la puiflance rite juroient par l'ame Se la perfonne du Roy. Rymx- 
Royale eft autant abfoluë , qu'en aucun Royau- La Couronne Royale eft de forme orbiculaire, 
me que ce foit, encore que la bonté Se jufticedu pour monftrer que nullement elle ne fe peutdi- 
Roy s'eft impofé comme un limite d'honnefteté, viler : Se parfemée de fleurs, qui defignent les 
conftituant une telle multitude & auélorité de prérogatives Se droits appartenans au Royfeul, 
tant d'Officiers, afin de ne trop librement s'efga- ainfi qu'approuve Balde Iurifconfulte. lleftauf- 
rer du devoir deu a fon peuple ;& parce moyen fi en la puiflance & arbitre du Roy de faire la 
les Roys font contenus en leur Office, Religion, guerre ou bien la paix; defêmondreles ordres 
Iurifdiétion & Police. Ce qui touche la religion, du Royaume , quand il juge eftre neceflaire ; de 
c'eft une chofe certaine que les Roys y ont tous- conférer toutes charges Se dignitez tant civiles 
jourseftégrandementadonnez,&mefmequand que militaires ; de cognoiftre & examiner tous 
ilseftoient deftituez de la cognoiflance du vray jugemens des Magiftrats & Parlements ; d'im- 
Dieu , & principalement en ces fiecles derniers, pofèr & annuller les tributs , faire grâces & rela- 
lors que par leur dévotion fingulierc ils ont fait (cher les peines: hauffer & diminuer la valeur des 
France. C mon- 



DESCRIPTIO 

monnoyes: reftiruer à leurs familles & nailTance, 
ou bien faire légitimes , & eflever en l'Ordre de 
Chevallerie. Le Roy feul par (es Officiers peut 
punir quelques crimes, qui font dits cas Royaux, 
& font en nombre de vingt-cinq. Luy feul difpo- 
fe des Finances à fa volonté, & gouverne les def- 
pences , & feul donne les loix, & les fait publier. 
««/*". 11 eft permis aux Roynes d'afîîfter aux Roys lors 
qu'ils jugent , comme auffi à l'affemblée des 
Pairs. Toutes les prérogatives qu'ont les Pairs 
appartiennent de mefme aux Roynes. Quant 
elles font veufves fe nomment Blanches,du nom 
de deux, qui ont vefcu longues années, l'une def- 
quelles fut la Royne Blanche, mère de S.Louys, 
l'autre la mère de Philippe de Valois. Du temps 
paffié les fils des Roys divifoient le Royaume 
également, fans aucuns droi&s de primogenitu- 
re , & mefme les baftards heritoient avec les en- 
fans légitimes , & chafcun retenoitfa portion en 
tiltre de Royaume ; chafcun d'eux fe difoit Roy 
de France ; tant feulement pour fe difcerner l'un 
de l'autre , adjoutoient la ville capitale de leur 
gouvernement, comme celuy de Paris fe difoit 
Roy de France & de Paris. En fin les fils baftards, 
non feulement fontrejettez du droit de fuccef- 
fion au Royaume , mais auffi du nom de France. 
Il fiut toutesfois noter que quelques uns ont efté 
receus , lors qu'eftans eflevez & nourris à la 
Cour Royale , ont pareillement efté honorez du 
raefmc nom, & aucuns autres acceptez pour tels 
udmi- parefcrit. Le fils aifné & afleuré héritier delà 
?'""■ Couronne, fe dit le Dauphin. CarcommeHu- 
bert dernier Prince du Dauphinéeutconceuune 
telle douleur &trifreflc àcaulede la mort defon 
fils unique , qu'il eut fouventesfois la volonté de 
faire profeflion de la vie monaftique , & outre 
qu'il eftoit opprimé par guerres continuelles 
que luy faifoit le Duc de Savoye , (ê voyant non 
allez puiflant pour luy refifter, refolut pour le 
bien de fes fujets, de céder tous droits & préten- 
dons qu'il avoit au Dauphiné, au Roy Philippe 
de Valois, à telle condition.que le plus prochain 
héritier delà Couronne fèdiroit le Dauphin: car 
ceux du Dauphiné appelloient ainfi leurs Prin- 
H/4,, ces. Les femmes ont tousjoursefté exclufes de 
lafuccemon au Royaume, non toutesfois com- 
me on croit par la loy Salique: car cette Ioy por- 
te que s'il y a des fils malles, les femmes fuccede- 
ronttant feulement aux biens meubles, & non 
au vieux patrimoine de la Couronne , lequel on 
appelle du nom ancien la terre Salique; & il eft 
afleuré que du temps paflé on ufoit de cette de- 
nomination, ainfi qu'il appert d'un inftrument 
d'Angoulefme de quelque Archidiacre ; fait l'an 
1231, là où il y a ce qui s'enfuit , celuy qui a donné 
Jon Franc-alcu ou /on héritage Salique icy dénommé , fitué 
au terroir deXa'mtonge, &c. Ce mefme chapitre 
contenant plufieurs autres loix qui font dites 
R'piarU, là où on fait fouventesfois mention de 
la terre Salique. Par la loy Salique (laquelle fut 



N GENERALE 
eftablie feulement pour les fujets) par faute d'he- f' d °J f c "~ 
ritier malle, les filles fuccedoient à l'ancien pa-^' rr /„ fM 
trimoine. Si quelqu'un donc vouloit former le /« filin Ju 
Royaume par cette loy , les filles à défaut de fils */"""''• 

/1 1 ' 1/-11 voyez. Ic.ui 

malles fuccederoient a la Couronne, lefquelles^,, •/;//„. 
toutesfois parcouftumesont tousjours efté for- 
cions , & par une loy finguliere des peuples 
François , qui (ont tellement généreux , qu'ils ne 
voudraient s'afliijettir à la domination d'une 
femme , comme auffi à raifon que la Couronne 
pourrait parvenir à la puiflance de quelque 
eftranger par mariage; encor qu'aucunefois ils 
ont obey aux femmes, eftans leurs maris décé- 
dez, & elles conftituées pour quelques temps 
régentes du Royaume. On donne pour dot aux 
filles Royales tant feulement une bonne fomme 
de deniers , & non des terres, encor que d'une 
couftume nouvelle le Roy Henry 1 1 1 , conftitua 
pour le dot de fà fœur Marguerite les fieges Pre- 
iîdiaux de Cahors & du pays d'Agennois, & 
pareillement les droits de la Couronne unis par 
enfemble , luy a transporté par lettres & brevets 
Roiaux particuliers. 

Les Princes du fang , fans autres tiltres joùif- Frima iu 
font des privilèges des Patrrces, & précèdent 5 "^- 
tous les autres Nobles, par la prérogative de leur 
naiffance. Entr'eux ils tiennent tel ordre,fçavoir 
celuy qui eft le plus proche & premier fucceffeur 
furpafTe l'autre , & s'il arrive quelque difpute en- 
tr'eux de la prééminence, elle ne fe peut déci- 
der, finon par le Roy mefme en fa cour de Parle- 
ment. 

Les Pairs de France ont efté anciennement au -paks ii 
nombre de douze ; à fçavoir fix Ecclefiafticjues, trma. 
& autres fixfeculiers ; Les Ecclefiaftiques font 
PArchevefque de Rheims, l'Evefque de Langres 
& celuy de Laon, Ducs; & les Evefques & Com- 
tes, deBeauvais, Chalons & Noyon; Les Sécu- 
liers font les Ducs de Bourgogne, Guienne, & 
Normandie; Les Comtes de Flandres, Champa- 
gne,&Thouloufe.LesPairsEcclefiaftiques n'ont 
pas efté changez depuis leur inftitution. Les do- 
maines des autres en partie ont efté avec le temps 
incorporez à la Couronne , & en partie feparez 
du Royaume, à caufê dequoy on en a petit à petit 
inftitué d'autres, lefquels au temps de la création 
& facre d'un Roy nouveau , ou autre publique 
folemnité du Royaume & aflemblée générale, 
tenoient leurs ordres & prééminences par deflus 
les autres. Le nombre à prefent n'eft pas definy; 
cette dignité & degré d'honneur eftant attribué 
& conféré aux principaux & hommes Illuftres 
félon le bon plaifir & bien-vueillance du Roy, 
ainfi qu'il eft arrivé à ceux de Lorraine, qui ont 
foigneufement pourchafle d'eftre honorez d'un 
tel degré d honneur. Mais comme au Sacre du 
Roy outre les Ecclefiaftiques, il y en a feulement 
fix, qui reprefentent les anciens , a tousjours efté 
obfervé , qu'entr'eux on garderoit attentive- 
ment l'ordre au aller & afleoir. 

Le 



DE LA FRANCE. 



fd, 



fr' M ,, ^Conneflable , comme fi l'on difoit Comte 
d cftable , encore qu'aucuns le tirent de ce mot 
Allemand Conincjtapel , qui fignifie appuy , & fou- 
fticnduRoy, eftoit jadis le Capitaine General 
delà Cavallerie. Les Marefchaux eftoient auffi 
commis fur la gendarmerie, ce mot eftant com- 
pote de la diction Mar , qui fignifie en Allemand 
un cheval, ScScalun valet & officier. 

Ces offices & dignitez ont efté bien peu co- 
gnués & ufitées en ce Royaume avant Hugues 
Capet, quand il eftoit gr,ind Prevoft de l'Hoftel 
du Roy. Mais après que ce dit Prevoft du Palais 
fut aneanty , on a inftitué des officiers fur les cho- 
fes militaires , un Connectable , & les autres 

a^i moindr « Marefchaux. On trouve au Rationale 
unefcrit très-ancien, là où le Conneftableeft 
dit fûperieur de tous ceux qui font en l'armée, fi 
ce n'eft la perfonne du Roy ; en l'abfence duquel 
font obligez d'obéir les Ducs , Comtes , Barons, 
Chevaliers, Efcuyers , Soldats tant à cheval qu'a 
pied, & tous autres de telle condition qu'ils (oi- 
ent. Les Marefchaux luy font fujets, & ont une 
charge diftincte & particulière; àfçavoir qu'il 
leureft commis de recevoir les Ducs, Comtes, 
Barons , & Efcuyers avec leurs troupes ; ils ne 
peuvent faire pafTer monftre à l'armée , ny ran- 
ger en bataille.fi ce n'eft par l'auétorité du Con- 
neftable, ny rien publier en l'armée, (ans le con- 
fentement du Roy ou du Conneftable , lequel 
a plaine & entière puiffance fur toute l'armée. 

Aâmiri. L'Admirai de France s'attribue toutes choies 
concernantes la marine, tant en la cognoiffance 
des crimes, que difputes & procez. Il juge les 
actions & débats des mariniers & marchands; il 
appartient a fa charge d'eftablirdes Lieutenans 
& Officiers pour gouverner les chofes de fa ju- 
rifdi&ion , & il tire la dixiefme partie des con- 
queftes & butins faits fur la mer, finalement il 
contraint tous les Capitaines des Galères & Na- 
vires àpromptement exécuter fes commande- 
ments ; il peut faire trêves avec les ennemis par 
l'efpace de quelques jours , afin qu'on puiffe pe- 

jimmOf- fcher librement. Le Grand Maiftrede France 
fut anciennement Comte Palatin , & depuis Se- 
nefchal de France. Apres 1 EdicT: du Roy Philip- 
pe le Bel , les deniers deuz à cette dignité & of- 
fice, que le Roy tenoit chez fa perfonne , furent 
attribues à aucunes pauvres filles nobles, pour les 
marier félon leur eftat & qualité. Le Grand Mai- 
ftrede France avoir charge & commandement 
fur tous les valets de la cuilïne Royale, mais pour 
ce que cette charge eft anneantie , nous n'en di- 
rons autre chofe. 11 y a auffi un Grand Bouteiller 
de France: comme pareillement le Grand Pane- 
tier, le Grand Efcuyer, le Grand Veneur & Faul- 
connier , le Grand Chambellan , le Grand Mai- 
ftre & Réformateur General des Eaux & Foreft 
de France. Finalement les Gouverneurs & Lieu- 
tenans Généraux du Roy, lesBaillifs & Prevofts 
des Provinces tiennent la place des anciens Ducs 
& Princes. 



Le Confeil Privé eft ainfi dit pour le difcer- CmfeU 
ner du Grand Confeil , lequel fut inftitué parle F " w > 
Roy Charles vin, là où on examineroit toutes 
requeftes & poftulations prefentées tout au long 
du mois ; femblablement on confulteroit tous les 
mois une fois des chofes touchantes la famille 
Royale , celle de la Royne , & des enfans Roy- 
aux, comme auffi des Finances. Le Roy Louys XI 
a tranfporté des Romains aux François , cette 
tres-noble couftume, à fçavoir que les Princes & 
les plus Illuftres du Royaume lêroient ornez de 
coliers d'or, lors qu'eftant en la ville d'Amboife, 
l'an 1469, le premier d'Aouft , il inftitua l'Ordre 
de S.Michel, duquel le Roy eftoit le chef, & LOrircât 
ceux quieftoient dudit Ordre , portaient jour- 5 ' Mchcl - 
nellementunechaifne, entrelaflee de coquilles 
delà valeur de deux cent efcus, laquelle ils ne 
pouvoient donner , vendre ou engager aucune- 
ment. Par après l'an 1 579 , le Roy Henry 1 1 1, 
qui eftoit d'un bon naturel, defireux des chofes 
nouvelles, l'Ordre fufdit delêheant de fa premiè- 
re gloire & fplendeur , à raifon de l'indignité & 
multitude des Chevaliers , inftitua un nouveau 
Collège de Chevaliers, les nommant du S. Ef- L'otdnd» 
prit , ledit Ordre eftant compofé de cent telles, S ' E ^'"' 
entre lefquelles le Roy eftoit compris, avec qua- 
tre Cardinaux, quatre Prélats Ecclefiaftiques, un 
Grand Aumofnier , Chancelier, Maiftre des cé- 
rémonies, Grand Threforier, & quelques au- 
tres Officiers. 

Il y a auffi entre les Officiers Royaux un qui fê 
dit le Prevoft de l'Hoftel du Roy; Il y a deux for- 
tes de Chambellans ; les uns grandement hono- 
rables,font de nobles & Seigneurs de remarquej 
aujourd'huy fe difènt Gentils-hommes de la 
Chambre, & anciennement Chambellans : à 
eux appartient de veftir & chauffer le Roy. Les 
autres beaucoup moindres en qualité aux pre- 
miers, font appeliez Valets de Chambre, & font 
en grand nombre. Le Chancelier a telle aucto- 
rité auprès du Roy qu'il a de couftume de luy 
communiquer toutes chofes concernantes la Re- 
publique; fon Office confifte de garder foigneu- 
fement, qu'il ne fe faffe quelque edit & décret 
contre les droits de la Republique, que s'il pre- 
void telle chofe , d'y obvier , s'il luy eft poffible, 
l'environnant d'une ligne de travers , ou le dé- 
coupant en façon de treillis , c'eft pourquoy il a 
prins l'etymologie de fon nom, quafi à Cancellis,o\i 
bien de Cancellan Cancellarius. Apres le Chance- 
lier, tiennent le premier rang les Maiftres des 
Requeftes. On a premièrement commencé à 
prefenter des requeftes aux Roys , lors qu'ils ju- 
geoient les caufes de leurs fujets, & donnoient le 
droit à chalcun: depuis eftans empefehez & diC- 
traits par divers négoces, s'occupent une fois 
tant feulement chalque mois aux Requeftes & 
Poftulations de leurs fujets ; Finalement , les ri- 
cheffes & puiffances augmentans la grandeur 
Royale, ont caufé que le Roy atout commis àla 
C x fidélité 



DESCRIPTION GENERALE 

fidélité du Chancelier , lequel , les caufes & Royaume. Il y a auffi quatre Threforiers , qui 

actions fe mulriplians grandement de jour en ont charge de conferver les droits & biens ap- 

jour, ayant eu befôing de fecours & ayde.y font partenans à la Couronne , car ils font obligez de 

crées deux autres , qui fe difoient (non comme vifiter les pofteffions , terres , & maifôns, tenues 

ceux da pre/ènt ) Maiftres des Requeftes , & par le fifque Royal , lefquelles font comprifes 

ceux-là ne pouvoient s'abfenter de la Cour, dans chalque pourpris de leur gouvernement, 

eftans AffiefTeurs continuels du Chancelier: & conferver leur grandeur & limites, s'il y a be- 

Quclque temps après , le Roy Philippe arrefta, foin de quelque réparation, d'y envoyer inconti- 

qu'il y en auroit cinq à la Cour, àiçavoir trois nent les Maiftres des Oeuvres; & eft encor de 

Ecclefiaftiques, & deux Séculiers, delquels eftoit leur devoir de fbigneufement pourchafferl'aug- 

compofé la première claflé ou bande de la Cour; mentation du revenu dudit Filque : & du temps 

& depuis le nombre augmenté d'un, furent en paffé ne recognoiflent autres actions & procez, 

ce temps premièrement nommez Maiftres des que des droits & biens Royaux ; maisàprefent 

Requeftes. En fin furent adjouftez deux autres, fe tenans en la compagnie & bande des juges de- 

aufquels par droit fut conféré 1 honneur, dédire léguez, leur eft deu la prefeance, & de dire les 

les premiers leur opinion, & d'affeoir pareille- premiers leur opinion & fêntence,eftans par def- 

rneDt au premier Siège Prefidial delà Cour, fus les Receveurs & Efleuz; qui avec grand foing 

après les Présidents; à eux eftant attribuée la co- Se diligence follicitoientderamafler de tousco- 

c noiiTance des Offices & de leurs controverfes, ftez les deniers tirez des impofts , gabelles , & 

lefquelles prétendent ceux qui ont quelque char- droits Royaux, Se les envoyer bien cachetez aux 

ge à la fuite du Roy , leur appel eftant ordinaire Commis des Finances , & iceux rendoient com- 

à la Cour. Les Parlements de France (ont des pte du tout à celuy qui eftoit conftitué Procu- 

Cours Souveraines, feantes aux villes principales reur & chef fur tout le domaine Se biens Roy- 

de leur reflort , aufquelles on recite tous Ediéts, aux, lequel faifoit mettre tous les deniers en l'Ef- 

defquels on ne fait pas de conte, fi préalable- pargne. Finalement, le Roy François itranfpor- 

ment ils ne font divulguez en ces Souveraines ta la charge de toutes les finances au Threforier 

affemblées. Pourlejourd huy font celles qui s'en- del'Ffpargne , & volut que tout le Threfor fuft 

fuivent:Les Cours de Parlement de Paris.Thou- confervé dans le Louvre à Paris, faifant un Ediél 

loulè, Rouen, Bordeaux, Bretagne, Dijon, Gre- particulier pour ce fujet, & ordonnant qu'il y 

noble, Se d'Aix : Il y a encor trois autres de moin- îeroit continuellement mis un corps de garde de 

dre qualité, comme de Bearn , S.Paul, &de deux de la fuite Royale. L'an 1553 furent con- 

Mets. Outre ce, il y aplufieurs Cours Prefidia- ftituez quatre Receveurs ou Threforiers, qui 

les en chacune Province, là où le Roy conftitué avoient charge du Royal patrimoine, dit vulgai- 

des Prefidens. Il y a pareillement en la Cour du rement le domaine, & autant dePrevoftsGene- 

Roy un Collège de trois , compofé de deux Ad- raux, le nombre defquels eft grandement aug- 

vocats Royaux, & d'un Procureur General, le- mente. Et tout ainfi qu'anciennement à Rome 

quel fouz-fignant on punit les crimes , on divul- les Capitaines & Généraux des armées avoient 

gue& publie les Conftitutions, Edids , &Bre- de couftume de rendre raifon acompte aux Fi- 

rets Royaux, &on les rapporte dans les aétes nanciers des defpences ; pareillement en France 

delà Cour. Apres que toutes les Cours furent ceux qui manient , & touchent le revenu du 

inftituées , les Roys de France ont fait affembler Prince doivent rendre compte des deniers re- 

le Grand Confêil , ainfi dit àcaufe defonaucto- ceuz & defpencez à ceux de. la Chambre des 

rite, dont le chef eft le Chancelier, là où le Roy Comptes , ce qui fe dit vulgairement compte 

fouloit conférer les chofes plus importantes du examiné, clos, & arrefté, ou bien affiné. 



LA 



D E L A F 
LA FAMILLE ROYALE. 



R A N C E. 

[ Anthoine de Bourbon Comte de Moret. 



Et finalement de Charlotte des Effarts, Dame 
de Romorantin. 

i Ieanne de Bourbon , dite de S. Maur Abbet 
fe& conductrice de Fontevraud. , 

i Marie Henriette de Bourbon, dite de S" PIa-> 



HEnry furnommé le Grand , Roy de 
France & de Navarre, a engendré de fà 
femme Marie de Medicis , fille de Fran- 
çois grand Duc de Tofcane , & de Ieanne d'Au- 
ftriche, fille de la Roine de Hongrie & de Bohê- 
me, fille , fœur , tante & coufine des Empereurs Clde > Abbefle de Celle, 
d'Allemagne, ces enfans fuivans : 
i Louys le Iufte x III du nom , à prefent régit 
heureufement le Royaume de France. 

2 N. Duc d'Orléans, lequel nafquit l'an de grâ- 
ce 1607, & mourut l'an 1611. 

3 Gaftonlean Baptifte, Duc d'Orléans & de 
Chartres, Comte de Blois, &c. né l'an i<5o8 , ef- 
poufa Marie, fille & unique héritière de Henry 
Duc de Montpenfier l'an 1616, laquelle mourut 
l'an 1 617, après qu'elle eut enfanté une fille. 

4 Elizabeth fut née l'an 1602, & mariée à Phi- 
lippe , lors Prince , & maintenant 1 v de ce nom 

Roy d'Efpagne l'an 161 j, & l'an 161 3 accoucha £ a P et ' ™ du g 1 rand Hu S ues Comte de p ™ s > 
d'une fille nommée Marie Catherine , qui mou- f™ & Conneftable de France l'an 989 , donc 
rut incontinent , & quelque temps après d'une ordres enlmt: 

antre fille, & depuis d'un jeune Prince nommé l Hugues furnommé Capet , fils du grand Hu- 
Balthazar gués, parla faveur des nobles fat crée Roy de 

5 Chriftine.née l'an 1606, laquelle fat donnée ? ranc T e ' P remier , defa ra « > Charles frere du 
en Mariage à Vidor AmedéePrinceduPied- ^ ^ouys v, dernier delà famille Caroline, 

s arreltant trop long-temps en Lorraine , régna 
l'efpacedeoans. 

2 Robert fils de Hugues, régna 343ns. 

3 Henry i, fils de Robert, régna 30 ans. 

4 Philippe fils de Henry 1, régna 49 ans. 
y Louys vi, fils de Philippe furnommé le 
Gros, régna 28 ans. 

6 Louys vil, furnommé le leune, régna 43 
ans. 

7 Philippe n, furnommé Augufte , régna 43 



Des Familles Royales de France, 
& l'ordre de la troifiefme. 

LEs Roys de France font divifez en trois fa- 
milles. La première eft celle des Meroùin- 
ges; le premier defquels fat le Roy Phara- 
mond, ou félon l'opinion d'autres Waramond, 
l'an de grace4io. Ladeuxiefme eft des Caro- 
lins ; commençant au Roy Pépin père de Char- 
lemagne l'an 751. La troifiefme eft de ceux de 
Capet, ayant pour le premier le Roy Hugues 



mont, à prefent Duc de Savoye,l'an 1619 , au 
mois de Février. 

6 Henriette Marie , laquelle nafquit l'an idoo, 
& fut promifè l'an 1623 à Charles , lors Prince, 
& maintenant Roy de la grande Bretagne, & 
mariée l'an 1625. 

Enfans Naturels. 

kRemierement, de Madame Gabrielle d'Ef- 
trée , DuchefledeBeaufort, & Marquize ans 
de Monceaux. 8 

1 Cefar Duc de Vendofme , Belle-foreft & 
Eftampes, &c. né l'an 1 594, lequel efpoufà Fran- 
çoifè de Lorraine, fille unique de Philippe Ema- 
nuel Duc de Mercure, &c.l'an 1609 , de laquel- 
le font procréez, 

Louys Duc de Mercure. François Prince de pein 
Martigues. Ifabelle. 

2 Alexandre Grand Prieur de France , né l'an 
1598. 

3 Catherine Henriette, laquelle efpoufa Char- 
les d'~ Lorraine Duc d'Elbœuf , duquel mariage 



font produits plufieurs enfans, l'aifné defquels eft ans, 



Louys vin, fils de Philippe 11,3 ans. 

9 Louys 1 x, furnommé le Sainér, 44 ans. 

10 Philippe m, furnommé le Hardy, ryans; 
fouz le règne de ce Roy furent faites les Vefpres 
Siciliennes. 

1 1 Philippe 1 v , furnommé le Bel, fils de Philip- 
28 ans. 

12 Louys x , furnommé Hutin , fils de Philippe 
le Bel, 2 ans. 

13 Philippe v, furnommé le Long, frere de 
Hutin, j ans. 

14 Charles le Bel , frere de Philippe le Long , 7 



le Comte de Harcourt. 

Secondement ceux qui font procréez de Hen- 
riette de Balfac, Marquife de Vernueil. 

1 Henry de Bourbon Evefque de Mets. 

2 Gabrielle mariée l'an 1612 avec Bernard 
Duc de la VaIette,troifiefme fils du Duc d'Efper- 
non, laquelle mourant a lailfé une fille unique. 

Tiercement, de Iacobe de Bueil ComtefTe temps les Roys d'Angleterre fe font attribuez le 

de Moret. filtre de Roy de France, & ont adjouftezen 

France. D leurs 



15 Philippe v 1, dit de Valois, 22 ans. 

i<5 Iean I, fils de Philippe de Valois, 14 ans. 

17 Charles v, dit le Sage, fils de Iean, 16 ans; ce 
Roy fit translater la S" Efcriture en François , Se 
recouvra tout le Royaume que les Anglois avoi» 
ent prefque tout occupé. 

18 Charles vi, fils de Charles v, 42 ans, fa fille 
fut efpoufée au Roy d'Angleterre , depuis ce 






L A 



FRANCE EN GENERAL. 



lents Efcus & blazons les Lys de France aux Ro- 

zes d'Angleterre. 

io Charles VU, furnommé le Victorieux , hls 

de Charles VI, régna 38 ans. 

20 Louysxi, fils de Charles vil, régna 13 ans; 

il fut un vray Proteus , lequel voulut tant feule 



eft fitué au milieu de la Chreftienté, & pour cela 
très-propre pour (êcourirou intimider fes voi- 
fins; 2, qu'il a de deux codez la mer pour em- 
porter & apporter toutes chofes necefïaires ; 3, 
qu'il eft aux environs très-bien muny , ou de na- 
ture ou d'induftrie;4,que tout le Royaume eft 



ment que Ion fils Charles vin fçauroit autant uny & conjoindten toutes fes parties, n'ayant 

. _ .* . , . /• 1 ._/.:. ... nm-nne mpmnrpt \f> rts rp? l'un A t* l'in t-rp • c _ nn'a 



aucuns membres feparez l'un de l'autre ; j, qu'à 
raifon de fa grande eftenduè il jouyt de diverfès 
températures de l'air, & de la meilleure de la ter- 
re, eftant fitué entre l'extrême chaleur & froi- 
deur, à fçavoir au milieu de l'Equateur & le Pô- 
le Arétique: tellement que le terroir eft propre 
à produire toute forte de grains, fruifts & idoine 
à les bien meurir & rendre en leur perfection. 
Secondement du grand nombre des villes, 



<3e Latin, Sjuimfiitfimnlare, nept regnare. 

21 Charles Vin, furnommé le petit fils de 
Louys, régna 14 ans. 

22 Louys Xii , furnommé le Père du peuple, 
proche parent du Roy Charles vin, régna 17 

ans. 

13 François 1 de Valois , coufin de Louys xn, 
régna 31 ans , ce Roy fut pris prifonnier par 
l'Empereur Charles v en la bataille de Pavie, il 
inftitua des Profefleurs de diverfès langues en la bourgs & villages ; car quand le Roy Henry il 
ville de Paris , entre lefquels reluifoit ce doéte eut fait publier l'an 1 5 54 un gênerai tribut fur 
perfonnage en langue Hébraïque François Va- chafque parroiffe , elles furent au nombre de 
rable ' 24827, outre les Bourguignons & ceux du Poi- 
24 Henry 1 1, fils de François 1, régna 12 ans. dou, ainfi que rapporte Bodin. Tiercement, 
2j François u,filsdeHenry 11, régna un an& parla très-grande abondance de toute forte de 
quelques mois. grains & de fruits, avec une admirable affluence 
16 Charles IX, frère de François, régna 14 ans; de toutes chofes que l'homme fçauroit defirer. 
fouz le règne d'iceluy le Royaume fat grande- Pour le quatriefme , du grand nombre & com- 
ment agité par guerres civiles & inteftines , & modité des rivières navigeables , les unes la co- 
arriva le Maflacre de Paris , là où furent meur- ftoyant, comme la Mofelle, Saône & le Rhofne; 
dris plufieurs mille perfonnes. les autres la traverfant par le milieu, ainfi que la 

27 Henry 1 1 1 de Valois , frère de Charles 1 X, Some, Seyne, Loire & Garonne; car au feul Du- 
quittant le Royaume de Pologne, prit la pofî'ef- ché d'Anjou on trouve quarante rivières tant 
fiondela Couronne de France, laquelle il tint grandes que petites. Cinquiefmement , parla 
par l'efpace de feize ans , fut tué par un Moine bonté & grand nombre de vins tres-excellens, 
nommé Iacques Clément. qui croifïent prefque en toutes les Provinces. 

28 Henry le Grand, iv de ce nom , Roy de Sixiefmement , parles richeffes des habitans, 
France & de Navarre ; régna 2 1 ans , fut mafia- lefquelles font très-grandes en aucunes villes , & 
cré l'an i6"io félon ce Chronologique: à Paris du tout incroyables. Le fèptiefme ,du 

trlftla fangVlmo LILIa me MaDcnt. grand nombre des habitans , lefquels eftans 

29 Louys le Iufte x 1 il de ce nom, fils de Hen- comptez du temps de Charles I X , on dit qu'il 
ry 1 V, couronné en la ville de Rheims , heureu- furmontoit le nombre de vingt millions. Le nul- 
lement régnant encore à prefent. 



L 



dtiefme , par la multitude des Soldats & Caval- 
liers. Le neufiefme, du nombre infiny de Nobles 
& grands Seigneurs grandement adonnez au 
fervice de leur Prince, faifans paroiftre leur cou- 
rage parfaits heroiques, & fort defireux d'ac- 
A puifTance & opulence de ce Royaume quérir unlos immortel. Le dixiefme & finale- 
fe peut Premièrement eftimer par fon af- ment par la grande patience du peuple à fup- 
fiette , en laquelle il faut obferver 1 , qu'il porter les charges & travaux publics. 



De la puifïànce & richeflè du 

Royaume de France. 






LE COMTE' 



E BOVLOIGNE. 



Ltfort 
Gejfmt- 

CHS. 




Ville ic 
Bonloiglt 



Es parties de l'Infé- 
rieure Picardie font le 
Santerre , Ponthieu , 
Boulonnois, Guines,& 
Oye. Le Boulonnois 
eft Un Comté fort am- 
ple & fpacieux , eftant 
borné au Septentrion 
des monts de S. Ingel- 
bert , à fon Orient d'u- 
ne partie d'Artois & de la Flandre , au Midy de 
la mer de Bretaigne,& à l'Occident eft feparé du 
Ponthieu par le fleuve Cauche. Sa longueur s'e- 
ftend tout au long des rivages de la mer , & fa 
largeur non loing de Renty ville du pays d'Ar- 
tois, contenant environ dix lieues de long, & fix 
de large. Le pays eft dénommé de fa ville capi- 
tale , laquelle eft à prefent divifée en la haute & 
baffe Bouloigne. La haute eft fituéeenun lieu 
eflevé , & eltoit tant feulement un Bourg avant 
qu'elle fut affiegée parles Anglois; l'autre eftant 
d'affiette plus baffe eft lavée des flots de la mer. 
Elles font feparées l'une del'autre environ de ioo 
pas de diftance.Cefte ville fut faite fiege Epifco- 
pal l'an 1 566' , laquelle eft fubjeéte à l'Archeve- 
îché de Rheims.Robert Cenale eforit dece Com- 
té ce qui s'enfuit,auliv.z des Gaules,chap. 3:1e dis 
à bon droiét avec le Maire , que l'ancien port de 
mer des Moriniens dit Gefforiacus , eft le mefme 
qu'aujourd'huy la ville maritime de Bouloigne, 
laquelle n'eft gueres efloignée du havre de Cou- 
vre en Angleterre : Et je croy pluftoft que l'Ar- 
fenal Gefforiacus eftoit ce que pour le prefent fe 
nomme Caffel, lequel toutesfois Bibaldus eftime 
eftre la ville de Gand, ce qui eft totalement con- 
traire aux tefmoignages des anciens. Au refte il 
eft facile à juger par la fituation de Bouloigne, fi 
elle eft la mefme avec l'ancien port de mer, 
nommé Iccius. Mais à fin de ne pas hefiter,il faut 
fçavoir de Strabon , que l'entre deux de la mer, 
depuis le port Iccius jufques en Angleterre,com- 
prend en fa largeur 310 ftades,lefquels font tant 
feulement 40 lieues : mais les cartes plus nouvel- 
les defignent depuis la ville de Bouloigne jufques 
à Douvre 16 milles d'Angleterre, & de la ville de 
Calais 1 8;d'où l'on peut cognoiftre le peu de di- 
ftance qu'il y a depuis Bouloigne jufques en An- 
gleterre. Le port de mer doneques Gefforiacus, 
& l'Arfenal du mefme nom, font divers : & je ne 
veux pas difputer cotre celuy qui affirmera l'Ar- 
fenal eftre la ville de Calais. Ainfi difeourt Ro- 
bert Cenal. Arnould Ferron, qui a pourfuivi juf- 
qu'à fon temps l'hiftoire Françoifè de Paul Emile, 
depeinét de cefte manière la ville de Bouloigne. 
La ville de Bouloigne eft divifée en fuperieure & 
inférieure : l'inférieure eftoit un bourg , qui n'e- 
ïrance. 



ftoit pas ferré de murailles avant la venue des 
Anglois, là où eft l'Eglife de fainct Nicolas, & le 
Cloiftre des Francifcains: l'eau marine arroufe le 
bourg près ledit Cloiftre , lequel n'eft gueres ef- 
loigné de la mer , d'où eft un paffage fort facile 
en Angleterre. Le dit beurg eft diftant environ 
100 pas de la fuperieure Bouloigne, ou quelque 
peu d'avantage. Mais la fuperieure eft environ- 
née de tres-puiffantes murailles , & de très-pro- 
fonds foffez. Tout fon terroir eft fablonneux, Si 
d'une telle forte de fable , que les habitans nom- 
ment communément bouillant , d'oùonpenfè 
qu'elle a prins fon nom, encor que fa dénomina- 
tion foit beaucoup plus ancienne , comme tef- 
moigne Ammian Marcellin: ainfi Ferron. Elle 
eft dite par Antonin Ge(foriacum,luy attribuant 
la 1 5 légion Romaine,duquel parle ainfi Pompo- 
nius Mêla : Ils appartiennent aux Moriniens , lefquels 
Jont les derniers des Gaulois , isf ils n'ont rien de plus re- 
nommé que leur port de mer , qui e{l dit Gefforiacus. Pa- 
reillement Suétone en la vie de l'Empereur Clau- 
dius , chap. 17 , là où parlant de l'expédition du 
Prince en Angleterre :c'efl pourquoy(ài\.-\Ypour[uy- 
Hantpar terre fon cbcmin,depuis Mar/eille jufques auGef- 
foriacum, & de là s'embarqua pour l'Angleterre. 

Pline appelle le rivage des Moriniens GefTo- 
riacum,au liv.4 des hift.nat.chap. 16, & toute la 
contrée qui eft des appendances des Norman- 
dois Belges jufques à Bouloigne , la nomme le 
village Gefforiacusjcar le nom de village s'eftend 
grandement félon Pufàge ordinaire des anciens 
eferivains, comme les villages Tigurinus,Velau- 
nus , & autres , qui comprenoyent une grande 
eftenduë de pays. Aucuns eftiment par diverfes 
conjectures que le port de mer Gefforiacus eft le 
mefme que Calais, les autres Bruges, & autres la 
ville de Gand. Et plufieurs pour le jourd'huy af- 
firment, par argumens affez probables, que c'eft 
la ville de Duynkercke. 

Il n'y a pas moins de controverfës, touchant le 
port de mer anciennement dit Iccius, à fçavoir 
qu'il eftoit, & où fitué. Ceux qui penfent que ce if pm h- 
foit Calais , font par cela réfutez , d'autant que '""' 
Ptolemée conftitue le port Iccius immédiate- 
ment après les bouches de la Seine, & puis après 
le Gefforiacum , duquel la ville de Calais eft di- 
ftante de zoooo pas.qui font fêpt lieues des Pays- 
bas. Aucuns croyent que ces deux anciennes de- 
nominations eftoyent communes à un feul porc 
de mer : les autres veulent que ce (oit le mefme 
que maintenants. Omer. Cambdenusen fàBre- 
taigne dit,que le port Iccius a efté long temps en 
cette place,où eft à prefent Vifan proche de Bla- 
neft. Merula eftime n'avoir elle gueres loing de 
Bouloigne, mais plus outre au pied du rivage de 
la mer,maintenant ruiné & englouty par les on- 
E des 



LE COMTE' DE 
des de l'Océan , tellement qu'aujourd'huy la vil- 
le de Bouloigne eft contigué à la mer , qui an- 
ciennement en eftoit bien plus efloignée„ & ne 
paroit aucune marque de cet ancien port Iccius. 
11 croit toutesfois qu'il refte quelque mémoire 
dïceluy au village.non loing de Bouloigne fur le 
bord de la mer, vulgairement nommé Portet, 
ayant retenu le nom dudit port. Ce qui eft de 
plus confirmé , d'autant que de ce port Iccius 
jufques au commencement de l'Angleterre Ca> 
far affirme avoir 40000 pas de diftance , & Stra- 
bon 3 xo ftades. Voicy les mots de Cslar du li- 
vre 7 : Et il commande à tous de s'affimbler au port Ic- 
cius , duquel port il fçavoiteftré très- facile de paffer en la 
Bretaigne , eftant le paffagc longpre/que de 40 mille pas. 
Que fi l'on veut eftimer cette diftance félon la 
façon moderne de mefurer , on trouvera jufte- 
ment 13 lieues. Mais l'interval d'entre les der- 
niers rivages de Bouloigne jufques au plus voifi- 
nes lifieres de l'Angleterre eft eftenduê environ 
de fix lieues françoifes. Maflon , parlant de ce 
port de mer , dit : Le port Iccius pour le prefent 
n'a aucune clofture, & eft fitué entre Bouloigne 
& Calais, où l'on veoitencor des anciens verti- 
ges d'iceluy , lequel eft rédigé en forme d'une 
prairie verdoyante,environné d'une grofte levée 
déterre: &eft la plus voyfine place de l'Angle- 
terre ; car il n'y a que quatre lieues de diftance : 
au refte avec un bon vent on peut de Calais ve- 
nir en cette Ifle en trois heures de temps. Ainfi 
Maflbn. Les autres villes de ce Comté font Efta- 
ples fur la fleuve Cauche , & aux limites Septen- 
trionaux Fiennes.Le pays eft fort bofcageux. Au 



BOVLOIGNE. 

milieu de ce comté eft un grand bois nommé 
vulgairement la grande foreft de Bouloigne , & 
un peu plus au Midy la foreft d'Ardelot. 

Ce Comté fut érigé par Balduin I Comte de Cuhk:. 
Flandres , en faveur de fon deuxième fils Adol- 
phe , lequel demeura long temps à cette famille, 
jufques à ce que par alliance de mariage il fut 
tranfporté à celle de ceux de la Tour.par D.Ma- 
rie fille de Godefroy de Bouloigne , laquelle 
efpoufa Bertrand Baron de la Tour, demeurant 
en la puiflance d'iceux jufques à ce que le Roy 
Charles V 1 1, par les articles depuis conclus en la 
ville d'Arras.eut mis ledit Comté entre les mains 
du Duc Philippe de Bourgoigne , & celles de 
fon fils; par telle condition , qu'eux eftans décé- 
dez retourneroit àfes propres Seigneurs. Mais le 
Duc de Bourgoigne vendit ledit Comté à Louys 
X 1 Roy de France l'an 1463 : finalement Char- 
les de Bourgoigne eftant mort,lequel par la per- 
miffion du Roy avoit joûy des ufufruius dudit 
Comté toute fa vie , le fufdit Roy Louys X I le 
prit par force d'armes l'an 1477 > l'incorpora à la 
couronne , donnant à ceux de la Tour un autre 
Comté , qui fe dit l'Auragnes : ce que toutesfois 
aucuns attribuent à Charles VII. Cette ville de 
Bouloigne eft un fiege Epifcopal , lequel fut icy 
conftitué , lors que Teroùane ville capitale des 
Moriniens eut efté totalement rafée par l'Em- 
pereur Charles V : en ce diœcefe il y a deux Ar* 
chidiaconez & les Abbayes fuyvantesda Chapel- 
le, Longuilliers, Beau-lieu, S. Saugier au Bois, & 
encor quatre autres Prieurez. 



COMTE' DE GVINES. 



u 



E Comté de Guines eft contigu au Bonlonnois du 
cofté duMidy.qui eft feparé par le grand cacal du 
i Comté d'Oye , ledit canal paffant près la ville de 
Guines fortifie grandement le pays contre toutes 
excurfions des ennemis. Cette ville eft la capitale du 
Comté.Iaquelle femble eftre divifee en deux parties, l'u- 
ne eftant fituée en des palus , l'autre en lieu plus relevé, 
mais toutes deux conjointes, conftituent une place tres- 
forte d'affiette & de nature. Le Roy Henry 1 1 la prit par 
force , par l'addreiTe & bonne conduire de François de 
Lorraine Duc de Guife.l'an 1 5 58. Le Maire aux Annales 
de Flandres raconte beaucoup de chofes du droit que 
les Danois ont aucunefois eu fur la terre & Comté de 
Guines , & plufieurs autres Hiftoriens ont eferit diverfes 
chofes dudit Comté.qui ne font pas propres pour ce lieu. 
En ce Comté fe rencontrent encor autres villes, comme 
Hartincourt,Peuplinge,Conquelle,Porr de Nieulet.où fe 
trouvent auffi trois Baronnies , qui font dénommées de 
leurs villes ; l'une Ardres , l'aurre Courtembrone , & la 
dernière de Bennes. Sur le rivage de 1 Océan fe veoit 
CMv. Calais, ville très-bien munie, tant par fa firuation que par 
artifice.qui eft la clef.portc,& defeufe de la France,& eft 
efloignée 8 lieues de Bouloigne.trois d'Ardres,& trois de 
Gravelinge. Philippes Comte de Bouloigne,& oncle pa- 
ternel du Roy S.Louys.commença le premier à munir Se 



ceindre de murailles cette place , d'autant qu'il jugeoit 
chofe de grande importance de bien fortifier ledit lieu,8c 
propre pour faire la guerre, & auffi qu'il eftoit facile d'icy 
paflér en Angleterre. Le peuple ancien de cette contrée 
fe difoit les Calefiens , & eftoyent reputez entre les Bel- 
ges.tout ainfi que les Moriniens & les Nerviens.Vne lieue 
de certe ville eft un pont , qui eft vulgairement appelle 
Nieulet.ayantun très-fort chafteau, d'où par certains ca- 
naux cachez , la mer eftant haute , l'eau vient en grande 
abondance aux environs de la ville. A l'enrrée du havre 
il y a un fort chafteau de pierre de taille , eftant de forme 
prefque quadrangulair , & embelli d'une puiflante tour, 
lequel eft dit le Risban.Sc défend l'entrée du havre. Cet- 
te ville fut prife par Eduard V , Roy d'Angleterre , après 
certe grande bataille donnée contre Philippes V I , Roy 
de France: 8c depuis les Anglois Tout tenue par l'efpace de 
2 1 1 ans , la fortifiant avec grande diligence & beaucoup 
de defpenfes;& les Roys d'Angleterre ont tellement efti- 
mé d'avoir cette place , qu'ils fe vantoyent de porter en 
leurs bourfes les clefs du Royaume de France. En la fin 
les François l'ont reconquisfoubsla bonne conduite du 
Duc de Guife.au mois de Februier, l'an 15-5-8. L'an 1 596 
l'Archiduc Albert , Gouverneur des Pays-bas, la prit par 
force, laquelle par le traité de paix fut rendue au Roy de 
France,qui la poflède encor à prefent. 



f A R C H E V U. Ç H £'' 



P E 



CAMBRAT. 




A villede Cambray 
eft en la Gaule Belgi- 
que , entre la Seine & 
le Rhin,elle a une cita- 
delle , & des murailles 
fi fortes, qu'on la tient; 
pour; l'une des phis im- 
portantes de-cette pro- 
vince; mais avant que 
d'en venir à cette for- 
ce & puiffance, illuy a>falu furmonter beaucoup 
de difficultez , &eflayer divers changemens & 
viciffitudes de ta fortune, ta çaufe en, eft, d'au-! 
tant que les tres-nobfes provinces des Belges ont 
efté de tous temps grandement- prifées , ç'eft 
pourquoy tes Roys,les Princes, ôç tes peupleront 
debatude tout leur- poffible- .i qui fauroit j h. 
commodité de fa fitu-ation a auffi induicT; les 
\!7<ntm ^ ran Ç°¥ s à cafc her de l'avoir.. On tient que c'eft 
%mm ""' ^ ancienne Samarobrine,où : c'eft queCarfaravoit 
Smme- accouftumé de tenir te nerf de toute l'atroce 
&*?-■ Romaine , les oftages des villes , les patentes., & 
lettres publiques., la provision de blç , Sç tout ce 
qu'il avoir de plus cher , comme n'ayant aucun 
lieu plus afleuré. Goropius Becanus en fçs conje- 
ctures artificielles, lefquell.es il explique en fes li-. 
vres des Origines , combat cette opinion affez- 
univerfeUemene recette , de ceux qui tiennent 
que Cam,bray foit l'ancienne Samarobrine dont 
parle Cafar , attendu que cette ville eft à. plus de 
trois ving» mille pas de Beauvais ; mais Amiens 
( dit-il) en eft juftement à vingt mille pas , com- 
me C-çfar a remarqué, & partant je ne fais au- 
cun doubte qu'Amiens ne toit la Samarobrine 
de Csfar. Ceux qui fouftiennçnt l'opinion con-. 
traire , citent pour eux Hubertus Leodius aflez 
bon Autheur. D'autant ( dit-il) que je vois qoe 
jilufieurs doubtent , fi ta ville impériale & plât- 
rante de Cambray eft la Samarobrine dont Ca;- 
far faict mentionne les afleurequ'il n'y en a point 
d'autre.Car pourçe que dit- Ptolemée que Sama- 
robrine çft une ville appartenante à ceux d'A- 
miens , il ne s'enfuit pas pourtant que ce foit ta 
ville d'Amiens ; car ceux d'Amiens pouvoyenç 
avoir des autres villes donc Ptolemée n'a poinç 
parlé ; toutesfois Amiens n'eftoic point en ce 
temps là fi grande ville qu'elle eft aujoard'huy, 
comme il le void par l'enceiute des anciennes; 
murailles; ainfi le mefme Ptolemée appelle la cn 
té de Rheims Durocotorum Rhemprum, & cel- 
le de Beauvais Cœfaromagum Bellovacorum , 
d'autant que l'une & l'autre eftoit capitale ; de 
mefine Suefibnes Soiflons eft le nom d'un peuple, 
fynct. 



& d'une ville j or ceux de Soiflons avoyent , au, 
rapport de Cxfar i ï villes fous eux , dont Brai- 
ne,en latin Bribax, eftoit l'une, à quatre lieues de- 
Soiflons , qui porte aujourd'huy ttltre de Corn- 
té , comme auffi Noyon Noyiodunum. Ceux là\ 
donc n'avancent rien , qui veulent que Sarnaro-. 
brinafoit Amiens.Or Cïfar eftant à Samarobrk 
ne, c'eft à dire à Cambray, & ayant eu a-dvis que, 
le camp de Ciceron , qui eftoit dans le pays de. 
Tonrnay , eftoit attaqué , depefchapr-ompte-e 
ment un meflâget en Bearçvoifin à M.. Craflus , 
qui avoit ton camp à vingt mille pas de luy ;où 
vous noterez que la ville de Beauvais eft à plus 
de loooo, mille pas deCambray.mais le camp de 
Craflus n'eftoit pas dans la ville mefme de Beau- 
vais , mais en quelque autre part dans le pays de 
Beauvoifîn , de forteque cela n'empefche point 
que Samarobrina ne toit Cambray. Il envoya un 
antre meffager au pays qu'il appelle Effui aux 
environs de la ville d'Aes , ou Acth , à C.Fabius, 
aux fins qu'il amenait /es troupes au pays d'Ar- 
ras.par où il fçavoit qu'il luy faloit pafler; Fabius 
obéit promptement , fans arrefter beaucoup en 
chemin. Il eferivit auffi à Labienus qu'il vint aux 
frontières de Tournay , s'il le pouvoit faire fans 
incommodité , & laifla M. Craflus gouverneur 
dans Cambray ; après avoir fecouru le camp de 
Ciceron il retint les troupes à l'entour de Cam- 
bray, & de faicl il ne pouvoit trouver aucun lieu 
plus commode;& ne pen/êz point que Cambray 
foit une ville nouvelle, ou qu'en peu d'années el- 
le foit parvenue à cette grandeur;c'eft fans doub- 
te cefte noble Samarobrine de laquelle Cicçron 
çfeript àTrebatius : VnfeuldeVis entre nous "saudra. 
plus que toutes les Samarobrines ; & en une autre epk 
ftre : Ovakiireitfes gens , qif'aurie^vousfaicl/ije y>ous, 
tfl>ois ççwwwéé i?Tar&te-,i!?m>nptis aSarpatobrùif. 
Qui veut on d' avantageais que le nom melnie 
le roonftre?car les Italiens appellent aujourd'huy 
la vitle de Cambray Samberey , qui a pour té- 
moins autant de rapport avec Samarobri»a,^\x'A~ 
miens avec Ayibkni, &que Beauvais avçç Biflor- 
njaci. 

La ville de Cambray eft à zi deg.& nîminnt. $■>■*, 
de tongitude,& à jo deg. Se iS minut. de Iatitu- """■ 
de, for ta rivière de l'Efcault,qui pafléprefque par 
le milieu de la ville ; elle eft à 7 lieues de Valen- 
eiene; elle a des fort beaux baftimens ; des Egli- 
fes & monafteres magnifiques à merveilles; mais 
il n'y en a point qui paroifle à l'efgal de l'Eglilé 
de N.Dame,qui eft la Cathédrale ; ton diocefo 
eft de fort grande eftenduë. C'eft une ville opu- 
lente , nuiflante , marchande , & qui a un grand 
F pom- 



Jt* A R e H E T- E S, Ç M| 

glabre dVtifans i,oay faj<ft tous les ans. pour le 
snoins 60000 pièces de toile fore fane , dont 
thafeupe vaut presse 40. florins, ou. hytes tour., 

nois. . ' , , 

«a JH" Cambwyafoas foyuneChaftçîtaimeavecun 

£ (.*;* f ort „ ran d territoire , qu'on appelle commune- 

4 "*"'' ment le Cambrefis , dans lequel y a plufieurs viL- 

tages , & places d'importance , nommément ce 

çhaftean en Cambrçfis tant renommé.à 6 lieues 

de la ville , on fut conclu le traité de paix entre 

ks Prince&Chrefticns. De ce chafteau ont prins. 

tiaiffance Michel d'Efais , & Comines de Beten- 

court non moins renommé p.ar (a doctrine Sa 

Poêfies que- de lignage- 

L'Evefché de Cambray eft fort ancien , car 
pous liions que desja du temps des Vandales, 
Diogeue Martyr en eftoit Evefque , perfonnage 
doue de toute forte de vertus. En après l'an 595, 
nous trouvons que fainét Gaugeric , ce grand & 
vénérable prélat, fut le cinqmefrne Evefque de 
Carnbray , auquel ont fuccedé plufieurs perfon- 
nages iliuftres, entre autres Petrus Aliacenfis.le- 
quel pour fes raresvertus fut faid premièrement 
Chançellierde-PEglife de Paris, puis Evefque de 
-^. Çambray ,& enfin Cardinal. Le Papçen fitun 
jaaf/fc-- Arçhevelché à l'inftance de Philippe U, Roy 
tbcvcfckc- d'Elpanne , en faveur de Louys de Barlemonr, 
qui fufle premier Archevefque. Or les Arche- 
vefques font Seigneurs temporels & Ecclehafti- 
ques delà ville & du territoire de Cambray , de 
forte qu'en leurs filtres ils le difent Archevefques 
& Ducs de Cambray , Princes du (acre Empire 
Romain,& Comtes du Cambrefis. 
$" &&*. C'a efté la première ville de la Gaule Belgique. 
***** qui fut prife par Claude le Chevelu , Prince des 
Francoys , l'an 445 , long temps après avoir efté 
brufieepar ceux de Dennemarc avec l'Eglife & 
le monaftere de S.Gaugeric. Ayant efté rebaftic 
ellcfutunieauComtédeHenaut , mais du de- 
puis elle en a efté feparée avec le territoire du 
Cambrefis,& mife entre les villes libres de l'Em- 
pire par les Empereurs d'Allemagne. Elle fut en- 
core prife par ce vaillant Prince Baudoin le 
Pieux, Comte de Flandre,en la guerre que luy & 
Godefroy Duc de Lorraine eurent avec l'Empe- 
reur Henry III, mais par le traiçti de paix elle 
fut rendue à l'Empereur, Puis après l'Empereur 
Henry V la donna en garde heriditaire à Ro- 
bert de Hiçtufalem Comte de Flandre,& Prince 



r 5> E € A M? ». R A V, 

d'Aelft , qui fut le premier protecteur de ce»» 
Seigneurie : ; laquelle dignité fat après affectèe- 
aux Comtes de Flandre par 1'Em.pereur Frédé- 
ric I, du temps de Théodore d'Elface.c'eft à dire 
fan 1 164. Ce non obftant , les Francoys fe font 
ufurpé un certain droict & pouvoir fur cet eftat, 
lequel ils ont maintes fois envâlsy ,, & tres-vail- 
lemment défendu , principalement du règne de 
Philippe VI , car la ville de Cambray eftoit lors 
aflîegé de deux trespuiffantes armées , l'une de 
Louys de Bavière Empereur , & l'autre d'E- 
douard III, Roy d'Angleterre ; lefquels , quoy 
qu'ils fe fulfent liguez contre les Francoys , tou- 
tefois ne peurent jamais venir à bout de cette 
ville. Ces guerres ont duré quelques ficelés en- 
tre les Empereurs & les Francoys , avec divers 
fùcces d'une part & d'autre. Mais pendant la 
guerre entre Maximilian Roy des Romains, & 
Louys XI Roy de France , ceux delà ville de 
Cambray fe voyans mal traictez des Francoys 
mirent leur garnifon dehors, & reçeurent en fa, 
place ragirnilôn de l'Empereur; ceuxdeBou- 
chain. en firent lemefme ; l'Empereur ofta en 
mefme temps aux Francoys Crevecœur, & quel- 
ques autres places voyfines, donnant dés efpreu- 
ves notables de fa valeur ; & non obftant que 
ceux de Cambray fuffent fous la protection des 
Flamens/i eft ce qu'ils jouiffoient de leurs priyi- 
leges,& ne fouffroyent aucune incommodité ou 
domage da guerres qui eftoy ent entre les Bour- 
guignons & les Francoys , mais pluftoft ils reçe- 
voient toute forte de courtoifie des uns & des au- 
tres ; & bien fouvent la paix s'eft traiétée dans la 
ville entre les Bourguignons & les Francoys, & 
notamment celle qui fut conclue l'an 1508 au 
grand defavantage des Venetiens , & une autre 
Fan 1 y 16 au domage des Florentins. Mais Char- 
les V ne fe fiant guère aux Francoys , & crai- 
gnant PafTemblée qu'ils avoyent tenue à Lan- 
drecil'an 1J43 , incontinent qu'elle fut finie , & 
que les députez furent partis, il entra dans la vil- 
le avec une partie de fôn armée,&, pour la forti- 
fier contre tous les deffeinsdes ennemis,il fit ba-» 
ftir une forte citadelle, fans toucher à la ville, & 
fans rien altérer de fôn premier eftat. Puis , les 
guerres civiles s'eftans eflevçes en Flandre , le 
Duc d'Alençon la prit , mais elle ne tarda guère 
de retourner à fôn premier maiftre le RoyçVE» 
foagne. 



LA PICARDIE. 



Limites. 




noble province fpecialement dite la France:& fi- 
nalement^ pour termes l'Océan de Bretagne,& 
une partie de la Normandie. Cette province eft 
tres-fertile &: abondante en toute forte de 
grains , caufe pourquoy eft communément efti- 



APiCARDiEa pour beville, & finalement fedefcharge dans l'Océan 

limites du Septentrion de Bretagne, vis avis de Crotoy, havre principal 

les provinces du Pays- du Ponthieu.La rivière d'Oy fe.fur laquelle eft fi- orft. 

Bas , lefquelles pour le tuée la ville de Fere , provient d'une petite fon- 

jourd'huy fe nomment taine en un bois non loing du village Hieflbn.un 

Artois & Haynault.Du peu deflus Vervins. LaMirneafon coraraen-i&„. 

cofté d'Orient Lu- cément une lieue par dedus Langres,en un villa- 

xembourg & Lorrai- ge nommé Balifme. L'Oyfe prenant fa courfe 

ne:auMidycoftoyela contre la ville de Noyon , & partant parle Pont 

Champagne,& la très- l'Evefque, là où elle eft jointe d'un pont de pier- 



d,c. 



re/e méfie avec l'Ayfne,& conjointement def- Arfnc. 
coulant droit à Compiegne, feparele Beauvaifis 
de rifle de France, &enfinfe rend près Pontoi- 
fè dans la Seine. Elle prend fon principe es der- 
nières limites du pays de Rheims en Champa- 
rriée le grenier &m'aga'zin de Paris & detoutle gne. Les autres fleuves font l'Efcault & Scarpe. 
Royaume. Elle ne produit pas du vin,non à eau- Voyons à prefent les villes. 
fe du naturel de fon terroir, mais pluftoft par la Entre les villes principales de Picardie Calais dUt.: 
négligence des habitans , ou bien par leur igno- n'eft pas des moindres,laquelle eft fituée fur une 
D, OT 7r«»^ranceaufait & entretenement des vignes. La grande planure , en la cofte de l'Océan , & de 
Itïitn- Picardie eft divifée en trois parties , fçavoir la trois coftez du tout inacceffibile, à caufe delà ri- 
vraye.la fuperieure,& l'inférieure. La fuperieure viere , & lieux marefeageux qui l'environnent, 
pour le prefènt, contient plufieurs provinces des Du Couchant elle eft lavée des flots marins : fa 
Pays-bas.La vraye comprend dans fes termes le forme eft quadrangulaire.ayant àchafque coing 
Duché de Tirafche, ayant pour ville principale un gros & puiffant boulevart , ScduMidyune 
Guy fe: le Comté & Vidarnie d'Amiens.le Com- bonne & forte citadelle , outre les larges & hau- 
te de Vermandois , fouz lequel font ces autres tes terraffes & rempars compofez de terre graf- 
Comtez , Soiftbns , Noyon, S. Quintin, & fe & argilleufe(comme on croyoit) ce que par a- 
Laon : le Comté de Retelois , fa ville principale près a bien paru eftre faux & non véritable , car 
eftant Retel , & les Vidamies de Corbye , & Pe- toute cette contrée eft d'une terre fiblonneufe, 
quigny. Les villes principales font Amiens, Soif- laquelle avec l'artillerie fe diffipe comme la 
fons , Corbye , Peronne , Dorlens , S. Quintin , pouffiere.Ses foffez font larges & bien profonds, 
Noyon Laon,&laFere.Lapartieinferieureem- dans lefquels coulant le fleuve Hame, lave de fes 
brafle d'ans fes confins le Santerre , où eft Mont- eaux une partie de la ville , & recevant plufieurs 
didier,Roye,&Nelles, toutes places bienforti- ruifleaux produids des marefeages voy lins , 1 
fiées ; auflî le Comté de Ponthieu, qui a pour vil- 
le principale Abbeville ; les autres villes font 
Crottoy,Rue,Treport,Crefu : aufquelles on ad- 
joint S.Paul & Monftrueil : Item les Comtez de 
Boulogne & Guynes , le dernier eftant feparé 



rdUi. 



rend dans le havre de la ville. Il ny a point d'ac- 
cez à la ville du cofté de ces palus & marefeages, 
fi ce n'eft par une levée de terre, ou bien dicage. 
Du cofté de la mer les navires ne peuvent en- 
trer dans le port, fi ce n'eft avec la permiflion de 
ceux du fort, fitué entre les ondes de la mer , le- 



d'un grand canal du Comté d'Oye, ce dit cana . 

traverfantla ville de Guynes : fous ce Comté quel fe dit vulgairement IeR.sban. La ville fut 

font deux Baronies.Ardres & Courtenbrone; le retirée de a puiffance des Anglois par la bonne 



Rivières. 
Stmmc 



conduite du Duc de Guife,le dixiefme de Ianvier 
l'an i j 5 8 . La citadelle eft pareillement de for- 
me quarrée, avec quatre bons baftions, deux re- 
gardent la mer & l'entrée du havre, un s'avance 
dans la ville , & l'autre eft oppofé aux dunes & 
rreftênVnepïacëgrandemëntperilleufe.àcaufe montagnes de la mer : mais eftans compofez 
££L,« l retours d'eau eneoulfrée dans un d'une matière & terre fi mal propre , qu un d i- 



Comté d'Oye , qui s'eftend jufques à Duynker- 
ke,a pour ville capitale Calais. 

Les principales rivières de la Picardie font : la 
Somme , laquelle n'eft point tant large que pro- 
fonde, & jamais ne fe gelé en hyver : cette rivie 



des deftours & retours d'eau engo u .. 

obf« precipice:toutesfoisbiencognuédeceux ceux fe rompit & fut abbatu par quefouesvo- 

dupays P Elle prend fafource en un village de lées de canon , de manière que la vile fut pnnfc 

Vermandois, nommé Fervaque.d'où tirant vers par l'Archiduc Albert, 1 an 1 596 mais derechef 

jQuÏÏnvientdPeronnc, làoùclle eft cou- recouverte par le Roy Henry I V , demeure a 



verSu" p r lus pafe nt'p r Ce ^bie & «a- prefent en paix fous la Couronne de France 

S nt o P u mieux eSv ronnL une partie de la La ville d'Amiens,anc,ennement due Sa, 

S?ÏArnkns,vi e ntparPequigny trouver Ab- iriga, eftla capitale de toute lajicard.e, laquelle 
France. 



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LA PIC 

eft fort riche Scpuiffante , bien peuplée de gensadroiûs 
aux armes , ainfi qu'il eft de couftume aux villes frontiè- 
res , & proprement agencée de très-beaux édifices. 
Pour fa finguliere fidélité , qu'elle a long-temps conti- 
nuée envers la couronne , eft dotée & enrichie de tres- 
amples privilèges. La garde de la ville appartient aux 
Magiftratsou Majeurs d'icelle, l'authorité defquels en 
ce temps eftoit bien grande Scpuiffante; car cette ville 
par la vertu de fes privilèges fe rendoit franche de tous 
nouveaux impofts , tailles & gabelles , auffi de garnifon 
de foldats , ne les voulant mefme permettre dans fes 
fauxbourgs. Laquelle conferva toujours ainfi fa fidélité 
comme fa liberté, jufqu'aux dernières troubles desguer- 
res inteftines de France, felaùTanttantoft attirer d'une 
part.tantoft de l'autre , vacillant comme les autres villes 
du Royaume , finalement ayant pris le party Royal re- 
ceut derechef la confirmation de fes anciens privilèges. 
Mais l'an 1 597 eftant furprife par quelques troupes de 
l'Archiduc Albert d'Auftriche , tut forcée de le rendre 
la mefme année fous la puiflance du Roy. D'où eft pro- 
venu ce commun proverbe ; Amiens futfrifc en Renard, 
repnfienLhn. Depuis fut baftie 8cefkvée une forte ci- 
tadelle au lieu plus eminent , 8c au Septentrion de la 
ville. L'Eglife Cathédrale conlacree à 1 honneur delà 
Vierge Marie , eft la plus belle & magnifique du Roy- 
aume. L'on y void plufieurs Chapelles 8c Oratoires 
d'un artifice admirable. 

La Somme venant du Levant , & defcoulant par 
Corbie , entre dans la ville , & fe divifant en plufieurs 
canaux tire vers le Septentrion , l'embraffant en forme 
d'un arc courbé , finalement la quitte du cofté d'Occi- 
dent, courant vers Pequigny &Abbeville, Sr eft con- 
jointe par trois ponts dedans ladite ville , conftituant 
par deux de fes canaux une longue Ifle & fes eaux font 
beaucoup plus baffes du cofté de la porte Montegu, 
d'autant que cette partie de la ville eft plus eflevée. 
Voicy quelques vers de Scaliger à l'honneur d'Amiens : 

Ttmri fuertt fertgrims CallUiurmis : 

Terrori Gallis Belgit fola fuit. 
Germmut Belgtf mmvimil : Belgit t Belg4 

Cum tueir , Belgi BelgU fila fui. 

Pequigny eft une ville firuée au deflbuz d'Amiens fur 
la Somme , eftant efloignée de ladite capitale de trois 
lieues. Corbie par deflus Amiens firuée aux frontières 
pareillement fur la Somme , grandement fortifiée par fa 
fituarion; en cette ville fevoid un très-ancien Mona- 
ftere, là où il y a une très-belle Bibliothèque de plufieurs 
vieux livres & autheurs. La ville de Boulogne eft ar- 
roufée de plufieurs ruiffeaux & canaux , fçavoir de l'Ar- 
che, qui paflânt par Arques & S. Omer , fe vient rendre 
en la mer, vis à vis de Grevelinge. Auffi n'eft guère efloi- 
gné de cette ville un canal d'eau falée , pénétrant juf- 
ques à la ville d'Ardres , 8c encore deux autres ruiffeaux 
provenansdelamer, l'un dit Marquifian , 8: l'autre de 
Boulogne. Icy fe rencontre le fleuve Hefdin, prenant fa 
dénomination de la ville de Hefdin, ou pluftoft donnant 
le nom à la ville , 8c puis après fe trouvent plufieurs 
eaux coulantes , lefquelles proviennent des lieux maref- 
cageux du pays de Ponthieu ; plufieurs defdits fleuves 
& ruiffeaux font tres-abondans , &c produifent par leurs 
eaux des eftangs remplis d'un nombre incroyable de di- 
verfe forte de poiflbns , Sa. auffi des viviers , lefquels 
prennent leurs noms des villes voifines ; comme le Vi- 
vier de Hames , d'André , d'Ardres , ôc autres femblfr 



À R D 1 E. 

blés. Toute cette contrée voifine de la cofte marine eft Quduiiu 
fablonneufe,8cparconfequentfterile. Mais au dedans lernm 
du pays elle a quelques montagnes dites les Monts de 
S. lngelvert , &c ceux Montcheftel , 8c Dannes , lefquels 
font couverts de forefts bien efpaiffes , defquelles tou- 
te cette contrée eft joliment parfemée , ce qui là 
rend tres-plaifimte 8c agréable , outre le plaifir 8c pro- 
fit de la chaffe , 8c contentement delavolerie; aurefte 
les champs font âffez bons , & les prairies belles Se ver- 
doyantes. Ceux de ce pays font affez mornes de nature N Mu rtl de 
8c mélancoliques, adonnez grandement à leur plaifir, 8c ceux du 
cherchans en tout leur aifes. Quant au Comte de Bou- f*}'. 
logne , voyez en fa carte particulière. Le Portet eft 
diftant de deux lieues de Boulogne , feparé d'icelle 
par un fleuve, qui s'engroffit des eaux de la mer, 8c eft 
conjoint par un pont de Briques. S'enfuit le Comté 
deGuynes, duquel voyez en la defeription du Boulon- 
nois. Ardres encore que ce foit une ville affez petite Arirei. 
de circuit, fi eft-ce , qu'elle eft tres-forte , tant par fon 
affiette naturelle , comme auffi par artifice , laquelle 
s'eft maintenue contre tous les efforts des Anglois & 
autres ennemis: c'eft pourquoy on fouloit dire qu'elle 
eftoit encore pucelle. Elle eft affife fur le front d'une 
douce montagne , d'où elle a un tres-plaifant profpeél 
aux champs circonvoifins a une lieue de là , 8c non d'a- 
vantage ; à raifon des bois qui environnent ladite cam- 
pagne , ce lieu eft très-propre pour dreffer des embuf- 
ches. Cette ville eft diftante deux lieues de Calais, 
& trois de Guynes. Abbeville eft la capitale du Pon- Ahbeviltc. 
thieu , baftie fur la Somme. Le pays de Ponthieu eft 
ainfi appelle àrailon du grand nombre de ponts, ne- 
ceffaires pour traverfer les marefeages 8c eftangs, lef- 
quels fi nt fort fréquents en ce Comté , 8c delgorgent 
dans la mer prés de la ville de S. Valéry , qui n'eftoit 
tant feulement qu'un monaftere du mefme nom. Le 
Pont S. Remy eft un paffage fur la Somme , propre 
pour conferver le pays, 8c empefeher toutes excur- 
fions de gens de guerre. Peronne eft la plus forte place Heromc. 
de Picardie, icy laSumme a un pont qui la conjoint 
à la ville. Elle a bien enduré, & paty durant les guer- 
res , à caufe que c'eft une ville frontière, 8c une clef 
pour entrer au Royaume de France. Noyon eft une Nojon. 
ville du Soiffonnois , arroufée de la rivière Oyfe , la- 
quelle prés la Métairie de l'Evefque à fa»droitte rive 
a un pont de pierre dit vulgairement le Pont l'Evefque. 
Crottoy eft une ville.fortereffe, 8c port de mer du Com- Cratoy. 
té de Ponthieu , affife fur l'emboucheure de la Somme. 
Vervins eft le nom d'une ville fituée aux confins de li^fvm. 
Tirafche , baftie fur le coupet d'une haute montagne, 
eftant tres-forte 8c bien munie de fon affiette , très-diffi- 
cile à prendre eu forcer, à raifon auffi de fes bonnes for- 
tifications defquelles elle eft environnée. Beauvaiseft BemtM. 
une ville bien tenommée, eftant fiege epif copal , 8c fon 
Evefque Comte 8c Pair de France. On a tiré un canal 
par travers de la ville pour accommoder les habitans 
d'icelle.lequel trainant avec fes eaux les immondices de 
ladite ville , va retrouver le Therain qui la coftoye tant 
feulement. Cette rivière a un pont de pierre non loing 
de fon conflans avec l'Oyfe , duquel elle reçoit facile- 
ment les fardeaux 8c marchandifes plus pefantes, com- 
me auffi des barques chargées de fel , 8c autres chofes 
femblables , tirées par des chevaux contre le coulant 
de la rivière. De Beauvais voyez fa carte & defeription 
particulière. 



VE RMANDOIS 

ET LA 

CAPPELLE. 



daisjadit 
Comté. 




Soijfomoij 



A Picardie ancienne- 
ment a efté habitée 
par les Ambianiens, 
Sueflbnois. Veroman- 
dois , Efluyens , Oro- 
manfàciens , Morinois 
Se autres. Maintenant 
la vraye Picardie com- 
prend en foy tout le 
pays depuis Paris , tra- 
verfant le territoire de Beauvois , julques àCre- 
vecceur. Elle contient en foy les Vidamies d'A- 
miens , Corbey & Pequigny ; les Comtez de 
Vermandois & Retelois,& la Tirache. 

Veromandui , félon Cefar & Pline , c'eft un peu- 
ple de la Gaule Belgique, lequel Ptolemée nom- 
me i?o>wdw<M,aujourd nuy fe dit Vermandois, re- 
tenant le nom ancien. C'eft une partie de la Pi- 
cardie renommée du tiltre de Comté. Entre les 
Comtes nous trouvons pour le premier Hugues 
fils d'Henry I , Roy de France , & frère du Roy 
Philippe , lequel alla avec le Duc Godefroy de 
Bouillon , & la noblefle , en la guerre de la terre 
Sainéte,l'an 1099. Aceluycy ont fuccedédeux 
Rudolphes , à fçavoir fon fils , & nepveu, lequel 
mourant fans enfans vint le Comté à la couron- 
ne de France. Les Vandales entrans & facca- 
geans la France avec les Bourguignons , ont 
grandement affligé & ravagé celle mifèrable 
province. Cefte Comté de Vermandois com- 
prend fous foy les Seigneuries de SoifTons.Laon, 
& Tardenois,au(fi les villes de Noyon & S.Quin- 
tin. Comment le Comté de Vermandois, Vida- 
mie d'Amiens , & Santerre, font incorporez à la 
couronne , & combien fes pays font fertils & 
abondans, Armoricus en traidte fuffifamment en 
fàPhilippideliv.2. 

Ambianenfis humus paritercum Sanclerienfi 
Vbertate/oli, Régi cejjere Philippe. 
On lit plufieurs fois aux Commentaires de 
Cefar le nom Sueffonesjl les nomme Eleutberos libé- 
ras. Strabon les appelle sbe™^ , là où Ifacus Ca- 
faubonus lit ■s.xiœïns. Et Ptolemée bWokî. Au- 
jourd'huy Soiflons. Du temps de Cefar eftoit 
Roy de SoilTons Divitiacus , lequel eftant le plus 
puiffant de toutes les Gaules , avoit fous fon do- 
maine , avec tout ce pays la province des Bre- 
tons : auquel fucceda Galba; & on peut cognoi- 
ftre quel Royaume ce pouvoit eftrejd'autant que 
les Soiflonnois eftans frères & parens à ceux de 
Rheims,(ë fervoyentpar enfemble demefmes 
loix & droids , ayant un mefme Magiftrat & 
gouvernement. Le terroir de Soiflonnois eft 
France. 



tres-fertil & abondant; il adouze villes , entré 
lesquelles Noyon eft feulement nommée pat 
Cefar , laquelle après la fuitte des Belges il pen- 
foit forcer en parlant , mais à caufe de la grande 
largeur du fofle , & hauteur de la muraille , ne 
peuft venir à bout de fes defleins. Pour le prê- 
tent , Soiflons eft une ville avec un chafteau. 
Clouis Roy de France la tira de la puiflance de 
Siagrius fils de Gilon Prêteur Romain, & Clouis 
eftant mort, fes fils la rendirent autant belle & 
magnifique , qu'elle eftoit du temps de Cefar. 
Depuis elle à jouy du tiltre de Comté. Sous Hu- 
gues Capet , après divers Comtes , elle eft tom- 
bée en la puiflance des Ducs de Bar ; Et par le 
mariage de Ieanne fille de Robert Duc de Bar, 
l'an 1435 eft dévolu à Louys de Luxembourg, 
Comte de S.Paul, & depuis par mariage à Fran- 
çois de Bourbon , Comte de Vendofme. Quel* 
que partie de cefte Comté fut par le Roy Char- 
les annexée à la couronne. 

Laudunenfitim ager ou Laonnois eft ainfi nonv £*>»■ 
mé de Edow,duquel faiâ mention la vie de Char- 
Iemagne. Papirius Maflbnius dit, que cefte ville 
futbaftiepar Matrobius Prêteur Romain : elle 
eft fituée en une montaigne. Charles Duc de 
Lorraine,oncle paternel de Louys Roy de Fran- 
ce, dernier fuccefleur des Charlois , laprint, 
quand il fe vit fruftré delà fucceflîon par Hugues 
Capet. Les Evefques fe difent Pairs de France. 

La ville principale de Tardenois eft la Fere , fm en 
en latin Fera , elle eft très-bien fortifiée & fituée ToràmoH. 
en un lieu fort commode, là où les rivières Oye 
& Serve s'entremeflent. Elle a un très-fort 
chafteau. 

La ville de Noyon eft appellée par Antonin 
Nffviomœgus , la mettant entre les Sueflbnois Si 
ceux d'Amiens, leur attribuant la légion x VI 1 u 
Entre les Ecclefiaftiques on l'appelle par abré- 
viation Noïioœus , comme Trèfles pour Trkaffe. Ils 
fe trompent grandement , qui penfent que ce 
n'eft qu'une ville Nofiomagus Ù Noviodunum : car 
on trouve en divers Autheurs, quatre No-pioduna, 
lefquelles n'ont rien de commun avec Noyon 
duquel nous parlons. Cefte ville a encor des mar- 
ques de fa grande antiquité, & a le fiege Epifco- 
pal , les Evefques (e difàns Comtes de Noyon & 
Pairs de France. S.QuintinaeftéaucunesfoisIa s.Q^t,- 
demeure Se cour des Comtes du Vermandois,"" - 
eft ainfi dénommée de S. Quintin , lequel a efté 
martirizé en ce lieu. Du temps pafle elle fè difoit 
Augufla Verotnànduorum,a\n(\ la nomme la vie de S. 
Quintin : toutesfois Robert Coenalis affirme que 
cefte Augufla eft du tout deftruifte , & que pour 

H le 



VERMANDOIS ET LA CAPPELLE. 



ïe jourd'huy il n'y refte antre chofe qu'un cloi- 
Ure , vulgairement nommé Vermand Abbaye. 
Quoy qu'il en foiî.la ville de S.Quintin à un fort 
chafteau , Se a bien enduré grandes miferes& 
calamitez durant les guerres entre Philippes 
Roy d'Efpagne & Henry Roy de France. Vfûar- 
dus.Autheut ancien , faict mention au Martiro- 
loge de celle ville.difant : Dans ksGaulesenJavi/k 
de Vermandois de S- 6}uintin , lequel fut martirifi fous 
l 'Empereur Maximin, i? après j y ans fin corps fut mu- 
té par révélation divine. le trouve encor ces mots 
«feripts au traiété de la vie de ce fainét perfon- 
nage ; qu encor que tes mefebans isf infidèles jetterentfon 
eorps charge de plomb dans la Some , neantmoins long- 
temps après on le trouva encor entier Ï5" fans aucune cor- 
ruption. Sigebert grand Hiftorien en (es Annales 
pour l'an 064 dit.que l'Eglilê de S.Quintin eft fi- 
tuée en une ifle fur le fleuve. 
$mt n- La rivière Some paffe proche de celle ville,& 
vint. prend la lource trois lieues au deffus. Il y a encor 
autres villes voifines , comme Chaftelet ÎSj Beaure- 
<voir du collé du Nord; &du Midy Han,(\tué fur 
la Some ; du Couchant Perone, l'une des bonnes 
forterefles de la France. Ilfuffira de dire tant 
feulement, qu'en l'Eglilê de S.Quintin eft enter- 
ré Charles le Simple Roy de France , lequel 
eftoit captif par la mefehanceté & trahilon 
d'Heribert Comte de Vermandois. 

Petrus Bertius en ces cartes Géographiques 
raconte , que tout le pays que les Veromandui an- 
ciennement habitoyent , a jufques aujourd'huy 
retenu le nom de Vermandois ; c'ell une région 
remplie de fortereffes , villes , & villages , vraye 
defence de la France,& Picardie. La ville princi- 
pale eft S. Quintin , autresfois fiege Epifcopal , 
mais depuis tranfporté à Noyon par ï'Evelque 
Medard,ainfi qu'affirme Carolus Bovillus.En ce 
pays prennent deux nobles rivières leur com- 
mencement.à fçavoir la Some & l'Efcaut ; la So- 
me nommée par aucuns Somona,Sabus, Samara,on 
croit avoir donné le nom à la ville Samarobrina: là 
fôurce fort d'une montagne proche Beauvois. 
L'Efcaut, lequel Ptolemée appelle T<t/3!<^,prend 
auflî fbn origine en Vermandois , traverfant 
grand nombre de belles villes , comme Cambray, 
Valencienne,S.Amand,Towvay, Audenarde, Gand,Den- 
remonde , Rupelmonde , Anvers , & toute la Zelande, 
s'engoulfre dans l'Océan Germanique , ayant 
premièrement reçeu diverfes rivières comme le 
Scarpja Leye, Lys, Denner, & Rupel. Le pays 



de Vermandois comprend en foy les Suefîon» 
nois,Laonnois,Tardenois,avcc les villes Noyon 
& S. Qmntin, laquelle aucuns elliment élire l'Au- 
gulle des Vermandois. 

LA CAPPELLE. 

LA vraye Picardie (comme il eft dit cy-def- 
fùs'Joutre les Vidamies d'Amiens, Corbcy 
& Pequigny Se les Comté/, de Verman- 
dois & Retelois contient en foy le Duché de Ti- 
rafehe. Celte Duché entr'autres a Guife,villeaf- 
fcz renommée,& la Cappelle en Tirafche, ainlï 
dit pour la difcemerdela Cappelle au pays de 
Haynaut.Du collé du Midy il a Gui(è,ville de Pi- 
cardie,& du Nord Chinay . 11 eft de petite eften- 
dué,ayant au Couchant la Picardie , au Nord le 
pays de Haynaut, du Levant la Meule, & au Mi- 
dy le Laonnois. Sa plus grande longueur ellde 
vingt lieues de France , & fa largeur de fept. La 
capitale de ce Duché eft la Cappelle, baftie en 
un lieu tres-plaifànt ,& affez bien fortifiée. A fix 
lieues de celte place eft la ville de Vervins, tres- 
cognuëàraifonde la paix faicte en icelle entre 
les RoysdeFrance& d'Efpagncl'an 1598. Et fix 
lieues plus outre eft Marie , fituée fur la rivière 
Oyfc. Du collé du Levant aux confins eft Au- 
banton ville très-belle & fpacieufe. La rivière 
Oyfe abbreuve tout ce pays , laquelle prend fa 
fciurce feize lieues par deffus Guifc d'une petite 
fontaine,laquelle fè voit en un bois,proche Hie£ 
fon , Se fort de ce bois bien petite jufques audit 
village. De là par après paffant par Guife, la Fe- 
re , Compiegne , Pont fainét Maxence , & plu- 
fieurs autres villes , jufques à ce que fous le pont, 
vulgairement dit Pont-Oilè,elle fe méfie avec la 
Seine , ayant premièrement reçeu par deffous 
Compiegne , l'Ayne, & plufieurs autres petites 
rivières. Cefte Duché a plufieurs Abbayes & vil- 
lages:du Nord a un bois dit la Forefl de Noyon, 
& du Levant n'eft pas moins bofcageux , le pays 
eftant parfemé de divers petits bois. Le fleuve 
auffi qui la traverfc , fèparé par plufieurs bras , 
rend le terroir tres-fertil , & grand nombre de 
prairies verdoyantes , lefquelles recréent gran- 
dement les yenx des habitans. Aux confins eft la 
ville de Guifè (comme avons dit) avecunfort 
chafteau, bonne defenfc contre les Luxembour- 
geois ; c'eft l'ancien patrimoine des frères aifnez 
du Duc de Lorraine. 



Gouvernement de 
L'ISLE DE FRANCE, 

& principalement 

LE HVREPOIS. 




$ct hsrnes 



E Gouvernement de 
l'Ifle de Fiance com- 
prend fous foy l'Ifle de 
France, le Duché de 
Valois , le Beauvoifis, 
le Gaftinois , & le Hu- 
repois,dont les quatre 
premières ont chacu- 
ne leur carte & de- 
scription particulière, 
tellement qu'il ne refte plus à parler que de la 
dernière partie. 

Le pays de Hurcpois commence à la Seine fous 
le petit pont de Paris, &s'eftendlelongdela 
rivière jufques auprès de Moret, où il eft feparé 
du Gaftinois par la Verine , qui fè defcharge de- 
dans leLoing; de mefine qu'il eft divile d'avec 
la Brie par la rivière de Seine . Il a feize 
lieues de longueur, & environ quatre de lar- 
sjtjmim. g eur . C'eft un des meilleurs pays qu'il fe puifle 
voir, fur tout proche de Paris , & dix lieues au 
deflus : car vers la foreft de Bière il eft fablon- 
neux & fterile. On meine de là à Paris quantité 
de froment, de vin, de beftail & autres denrées, 
fur tout par la Seine, laquelle venant à eftre bou- 
fchée.comme cela eft arrivé quelquesfois durant 
les guerres civiles, cefte ville en a receu de gran- 
des incommoditez. C'eft une des dépendances 
du Gouvernement de l'Ifle de France. 
c „l, ti /_ Il n'y a que trois villes en ce pays, à fçavoir Cor- 
beil, Melun, 8c Moret. Corbeil eft aflîfe fur le bord 
de la Seine, à l'endroit où la rivière d'Eftampes 
entre dedans. Elle eft à fept lieues de Paris , la- 
quelle elle fournit de tout plein de commoditez. 
Ce n'eft pas une grande ville, mais elle eft fort 
ancienne ; quelques uns eftiment que c'eft celle 
que Cefar nomme Iofedum en fes commentaires. 
C'eftoit jadis une Comté : Aimon Comte de 
Corbeil fut fondateur de l'Eglife de S. Spire , & 
y eftablit des Chanoines,il eft enterré auprès du 
grand Autel. 
Vi&,. Melun eft auflï baftie fur la Seine,trois lieues au 
deflus de Corbeil. C'eft une ville fort ancienne, 
dont Cefar fait mention , & l'appelle Melodunutn. 
Elle eft en très-belle aflîette & agréable: la Seine 
qui fait une petite Ifle en ceft endroit , la fepare 
en trois parties; tout de mefine que la ville de 
Paris. Elle abonde en toutes fortes de biens, par- 
ticulièrement en froments, dont elle envoyé tous 
les ans à Paris une quantité incroyable. Cefte vil- 
leeut jadis des Comtes & Vicomtesjmais depuis 
France. 



elle a efté réunie à la couronne.EHe eft à prefent 
fiege royal & bailliage , auquel reflortiflent les 
fîeges de Nemours, Chafteau-landon , la Cha- 
pelle la Royne , & Milly en Gaftinois. Il y a auf- 
fï une Election laquelle s'eftend jufqu'en Brie. 

Moret eft affife fur la rivière de Loing , en un 
lieu tres-fertile. C'eft une bien petite ville,mais 
aflez agréable, & qui ne manque de rien de ce 
qui luy eft neceflaire. Elle eft du reflort du Bail- 
liage de Melun. 

En ce pays auffi eft la belle foreft de Bière, 
contenant environ vingt fix mille arpens, en la- F ° r J^ 
quelle on void une grande quantité de beftes 
fauves. Au milieu de cefte foreft eft le Chafteau 
royal de Fontainebleau, accompagné d'un très- F . 
beau bourg. Ce chafteau eft ainfi appelle à caufe Uau. 
des fontaines d'eau vive qui abondent en ce lieu, 
comme qui diroit fontaine belle eau ; toutefois 
d'autres eftiment qu'il a pris fon nom d'un chien 
appelle Bellant, qui en grattant trouva une fon- 
taine en ce lieu-là, comme fi on difoit fontaine 
Bellant. C'eft un des plus beaux & plus fpatieux 
chafteau qu'ayent les Rois de France. Il eft j 
une petite lieue de la Seine, à quatorze lieues de 
Paris , à deux de Moret , à quatre de Melun , de 
Milly , de Nemours & de Montereau. Le terroir 
eft fablonneux & fterile, de forte que les arbres 
delà foreft ne font pas communément fi grands 
qu'on en void ailleurs,mais c'eft le plus beau lieu 
pour la chafle qu'on fçauroit choifir ; ce qui a 
donné occafion aux Rois d'y baftir. Tout ce 
qu'on y void aujourd'huy a efté fait depuis le • 
temps du Roy François I, car auparavant il n'y 
avoit qu'un vieil baftiment,qu'il fît abbattre pouf 
le refaire tout de neuf. Tout joignant la Cour 
du cheval blanc , il y a un convent de Maturins, 
fondé par le rèu Roy Louys , c'eft ce qu'il y a de 
plus ancien. Le Roy François fe plailoit fort en 
ce lieu,de forte qu'il s'y tenoit la plus grande par- 
tie du temps ; on trouve plufieurs Editts qu'il a 
faits avec cefte lûfcription, Donné en nos deferts 
de Fontainebleau. 11 a enrichi cefte maifon de 
toutes fortes de commoditez, avec les galeries, 
fales, chambres, eftuves , & autres appartenan- 
ces, on y void toutes fortes d'hiftoires tant de 
plate peinture que de relief, faites par les plus 
excellens maiftres que leRoy pouvoit recouvrer. 
Entr' autres il y a une grande galerie où toute 
l'Odyflée d'Homère eft reprefentée en plufieurs 
tableaux : il a fait venir d'Italie & d'ailleurs plu- 
fieurs belles pièces antiques pour y mettre , en 
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LE H V 

fomme, tout ce qu'il pouvoit trouver de beau & 
derare , c'eftoit pour (on Fontainebleau, ou il le 
plaifoit'tant,que quand il y vouloir aller, il difoit 
qu'il s'en alloit chez foy.Ce qui fut caufe que plu- 
fleurs Princes & grands Seigneurs fe mirent auflî 
à ybaftir, comme pareillement divers particu- 
liers, qui à l'envi les uns des autres ont accreu 
ce lieu de belles maifons:il y dreffa auflî une bel- 
le Bibliothèque avec une grande defpence,ayant 
fait rechercher par plusieurs hommes doues 
toutes fortes de livres.jufqu'en Grèce & en Afie, 
pour la remplir; mais depuis on l'a oftée de là, 
& tranfcortce à Paris au convent des Cordeliers. 
Apres la mort de François premier, ce lieu n'a 
efté gueres frequeoté.jufoues au règne de Hen- 
ry le Grand qui s'y eft auffi fort deleété, & l'a ac- 
creu près de la moitié.-c'eft le lieu de la nailîance 
de Louys XI n à prefent régnant, & du Duc 
d'Orléans fon frere,de la Roine d'Efpagne, delà 
Roine d'Angleterre, & de la Ducheffe de Sa- 
voye. Ce lieu eft accompagné d'un fort bel ef- 
tang , au long duquel la chauffée eft reveftuë de 
quatre rangées d'arbres, faifansla feparation de 
deux grans jardins , qui font enrichis de hautes 
paliftades & de fuperbes fontaines , avec divers 
canaux. Entr'autres on y void celle où eft repre- 



R E P O I S. 

fente le TybreavecRomulus&Remus allait- 
tans une louve.d'où il fort une très-grande abon- 
dance d'eau. Outre cela il y a un grand parc,oii 
il y a toutes fortes d'arbres fruitiers qu'on fçau- 
roitdefner,&plulîeurs belles allées pour fepour- 
mener, & un canal de la longueur de huicts 
cent toiles , dans lequel fe defchargent toutes les 
fontaines du chafteau. Cy devant celle maifon 
relevoit d'une petite Seigneurie voifine,nommée 
Monceau, laquelle le feu Roy Henry le Grand 
acheta, afin d'exempter fon chafteau de ceftc 
fubjeétion.Le Roy Louys xi 1 1 fon fils,l'aaccreu 
d'une plaifante tour , qu'il a fait baftir au milieu 
de Peftang ; il a auflî édifié une belle Eglilê dan» 
le bourg, car auparavant il n'y en avoit point,& 
le peuple s'en alloit ouir la Meffe à la paroiffi» 
d'A von, qui eft à un quart de lieue de là, ou bien 
en la chapelle du chafteau. 

Il y a trois lieues de Fontainebleau une belle •**>/• 
maifon nommée Fleury ,où on void auflî un beau 
canal d'eau vive, reveftu de murailles de part 8c 
d'autre: à l'exemple duquel le Roy Henry I V fit 
faire celuy du parc de Fontainebleau , & au long 
de ce canal une belle allée de deux rangées d'ar- 
bres,qui s'entretiennent tous enfemble, comme 
fi ce n'eftoit qu'un lèul arbre. 



Il 



DESCRIPTION 
D V D V C H E' 

DE VALOIS. 




Ntre les provinces que 
les Beauvaifins & Pa- 
rifiens ont ancienne- 
ment occupées Se ha- 
bitées , le pays de Va- 
lois eft une des princi- 
pales. On croit qu'il a 
tiré fa dénomination 
des vallées, lefquelles 
font fréquentes en cet- 
te contrée , & grandement plaifantes. Ce pays 
s'eftend vers la bize jufques à la Picardie.Sa ville 
ortgiMd» ca P itale eft Senlis, en latin SibaneBum ; plufieurs 
wmSinlis. croyent que l'origine de ce nom eft dérivée des 
bois , qui la ceignent & environnent , comme fi 
Ton diloit quod fifos neclatur. La notice des pro- 
vinces des Gaules fait fuffifante mention de cet- 
te ville, là où eft dit de l'Evefehé de Senlis. C'eft 
une ville extrêmement ancienne,& grandement 
ennoblie , tant pour fon Evefché , comme pour 
fon gouvernement & Bailliage. Elle contient 
**■«/«. d ans i e c i rcu i t d e f es murailles fept Paroiffes,ou- 
tre l'Eglife Cathédrale dédiée à la Vierge Mère 
de Dieu , & par tout fon diocefe elle a environ 
foixante, fans les Abbayes fuivantes : S.Vincent 
dans la ville.Viétoire, Charlis, S.Remy Abbaye 
de femmes en la ville,laquelle eft à prefent tranf- 
portée au Diocefe de Soiffons , par le Pape Gré- 
goire X V , & le Roy Louys XIII. On lit dans 
Demochares& autres Autheurs, le nombre de 
""' quatre-vingts Evefques , qui ont fucceffivement 
gouverné cette Eglife , lepremier defquelsils 
conftituent S.Regulus, compagnon de S.Denys 
Apoftre de France , & affirment avoir fuccedé à 
S. Trophime Archevefque d'Arles. Auffi y a-il 
une Eglife baftie à fon honneur en cette ville de 
Senlis,par le Roy Robert; le deuxiefme Evelque 
fut Nicene,le troifiefme Manlùete,le quatrième 
Venufte , & ainfi des autres , defquels voyez 
Claude Robert , en fa defeription des Gaules 
Chreftiennes. Pour le prefent Nicolas Sanguin 
tient le gouvernement de cet Evefché , lequel 
eftant Chanoine & Sénateur de Paris , fut defi- 
gné & confacré en l'Eglife de S. Louys de Paris, 
l'an 1623, par le Cardinal de Sourdis, Archevef- 
que de Bourdeaux. Cette ville eft nombrée en- 
ïmi'"' 1 ' tre * es C° mtez du Royaume, & a eu du paffé fes 
Comtes particuliers, laquelle par alliance de ma- 
riage vint en la puiffance de Guillaume Duc de 
Normandie : mais quand le Roy Philippe Au- 
gufte , par un décret & arreft militaire afïez ob- 
Icur , eut confifqué toutes les terres que les An- 
glois occupoienc en la France , remit auffi ce 
France. 



Comté (bus fa puiffance , encore que plufieurs 
depuis fe font attribué le tiltre dudit Comté. En- r ,li e k 
tre les principales places du Duché.eft la ville de 
Retz, diltante de dix lieues de Paris , laquelle eft 
des appartenances du Parlement de ladite ville, 
comme auffi l'Archevefché deRheims; pareil- 
lement la ville de Crefpy. Le gouvernement da 
Senlis acreu & augmenté le pays de Valois dé 
ces Seigneuries fuivantes : Pierre-fons , Bethifi, 
Verberie, comprenant les villes d'Angy , le pont 
fâinét Maxence , qui eft du tout environné dé 
marefcages,pofe les limites de Pille de France, Se 
de Picardie , & puis après Pongoing, Brenouvil- 
le , &c. Ce gouvernement de Senlis embraffe 
dans (es terres la ville de Compiegne , qui eftoit 
anciennement le fejour des Roys de France j 
d'ailleurs nommée Carolopolis , ou bien Charle- 
ville,du Roy Charles le Chauve, lequel on dita- 
voir agrandy fon circuit , & faict conftruire fes 
murailles & remparts , la fortifiant de bonnes 
terraffes,plattes-formes, & autres ouvrages. Les 
hiftoires tefmoignent que le mefme Roy Char- 
les y a tenu une affemblée desEftatsde tout lé 
Royaume, & auffi un Concile,ou Synode Natio- 
nal de tous les Evefques & Prélats de l'Eglife 
Gallicane. Cette ville eftfituée aux confins dé 
Picardie, Soiffonnois, & de ceux de Laon. Sous 
Compiegne font comprifes Magny , Thorette, 
& Creil ; non loing de Creil eft un eftang de de- 
mie lieuë de grandeur , près duquel eft un vieux 
chafteau , ou quelque efpece de fortereffe anti- 
que , qu'on dit avoir efté édifié par le comman^ 
dément de Caffar. Senlis embraffe dans fa juris- 
diction la ville de Pontoife , laquelle eft auffi uri 
Bailliage, gouvernement & Vicomte, à qui font 
fujettes Ville-neufve le Roy , & Pille Adam. 
Aucuns croyent que Pontoife eft la mefme , que 
Brbaifara d'Antonin , ou Brbi/ura félon la table 
ou la carte Itinéraire , ou Guide des chemins : & 
fî ce n'eft la mefme, au moins elle eftoit fituée ad 
terroir voifin de Pontoife. Hierofme Surita, fur 
l'Itinéraire d'Antonin , affeure qu'en tous les 
exemplaires il y a Brivanifâre , mais en l'exem- 
plaire de la Bibliothèque de Blandin , il eft mis 
diftinétement ainfi , que Brive paroift eftre fur^ 
nommée de la rivière , quafï Briva Ifârs. Mais il 
n'y apointd'Ifareen ces quartiers , ce qui me 
faicT: prefque prendre la hardieffe d'y mettre 
Briva ALfix. Grégoire de Tours la nomme tant 
feulement Brive,lequel dit en fon livre 8,que l'E- 
glife de S. Martin au village de Brive, fut bruflée 
parlesennemis , &qu'Avitus eftant mort fut 
transporté à Brive ; auffi fait-il mention du Dio- 
K ccfe 



D V C H E' D 

ce/è Je Brive. Outre Pontoifo eft la Normandie. 
Le Comté de Beaumont fur Oyfê eft auflï com- 
pris dans le gouvernement de Senlis ; à" ce Com- 
té font fubjettes,Perfang & Metu. Beaumont 
recognoift pour les particuliers Seigneurs , ceux 
de la race royale & famille de Vendofine. De ce 
cofté outre la rivière d'Oyfê Ce rencontre le 
Beauvaifis.Ie croy que la ville de Beaumont foie 
la me/me cp'dugaftomagus d'Antonin , le nom 
eftant plus corrompu folon Ptolemée : car il y a 
ainfi,PaT»,itayo5. Aucuns eftimenteftrecelle,de la- 
quelle parle Csfàr au livre i des guerres Gauloi- 
fos , & la dit eftre environnée de tous codez de 
très-hauts rochers , & du tout inacceflîbles, 
ayant une partie non tant roide& droite , qui 
donne accez & entrée à ladite place. Au refte , 



E VALOIS. 

fous le gouvernement de Senlis eft auflï réputé 1« 
pays de Beauvaifis , duquel voyez fa description 
&c fâ carte particulière. 

Le pays de Valois , du paflé fe contentoit du 
tiltre de Comté , à prefent eft eflevé a la dignité 
Ducale.Le premier dénommé Comte de Valois, 
comme pareillement d'Alençon, fut Charles fils 
de Philippe 1 1 1 , Roy de France , frère de Phi- 
lippe le Bel,duquel,par Philippe I V,fils du Roy, 
la race dés Valois a efté multipliée en France,la- 
quellearegnéjufquesàHenry III, dernier de 
la maifon de Valois , auquel fucceda Henry I V 
de Bourbon , Roy de Navarre ; & par ainfi le 
Royaume eft dévolu à la famille de Bourbon , 
comme auflï le Duché de Valois demeure incor- 
poré à la Couronne. 




*. 



anciens. 



DESCRIPTION 

D V 

BEAVVAISIS. 



n 




E nom de France fe 
prend aucunefois plus 
m large pour tout le 
Royaume ; & autres- 
fois plus eftroift, com- 
prenant tant feule- 
ment la Prevofté & 
Comté de Paris , le 
Duché de Valois, & le 
pays d'Hurepois,& du 
Gaftinois. Ce pays fut anciennement habité par 
lesBeauvoifins & Parifiens. Les Beauvoifins font 
fouventesfois nommez par Cefar & Pline. Stra- 
bon les appelle b«».»<ûui i & Ptolemée be»s'<wmi. Les 
Hiftoriens& Chronographes, qui ont fuivy ces 
plus anciens, comme Grégoire de Tours , Adon 
de Vienne,Reginon, Aimoin,& plufieurs autres, 
les nomment Belgivaciens : ceux qui aiment à* 
fe jouer aux dénominations veulent eftre ainfi 
dits , comme fi l'on dilôit Bello 'vacantes , ou bien 
Bello acutos , c'eft à dire adonnez à la guerre , ou 
rufèz enicelle. En la notice des provinces eft 
dit la ville de Beauvoifins ; pour lejourd'huy fe 
dit le Beauvaifis , & l'Evefché de Beauvais , je 
veux produire un tefmoignage (uffifant de Cefar 
tiré du liv. i : Cefar ayant reçeu [dit-il) pour oflages les 
premiers de la "aille , & me/mes les deux fis du Roy Gal- 
be, ij les armes oftées de la ville ,ks Soiffonois furent mis 
fotibs la puiffance, & mena [on armée contre les Beauvai- 
fins, lefquels s'efans tranfportez^eux mefmes isf tous leurs 
biens en leur 'ville Bratufpantium , & que Cejar avec [on 
armée n'eftoit efloigné de leur 'ville que de cinq mille pas, 
tous les Vieux jortans de la ville commencèrent à tendre les 
mains devers Cœfar , fgnifans par gifles isf par paroles 
qu'ils venoient [e rendre fousfafoy i? puiffance, & qu'ils 
ne voulaient point guerroyer contre le peuple R owm/k. E t au 
liv. 7 : Les BeauVaifins entendans la révolte des Edurens 
qui eftoient auparavant par eux mefmes infidèles , com- 
mencèrent à s'armer , & ouvertement s'appareiller a la 
guerre.Lors Labienus fçaVoit qu'en fi grand changement il 
faloit bien prendre un autre confeil a celuy qu'il avoit au- 
paravant defigne, & qu'il n'efloit maintenant temps d'ac- 
quérir quelque cbofe,ny au fi d'inciter l'ennemi au combat, 
mais feulement il penfoit de reconduire fin armée faine i? 
fauve : carde l'autre coflé les BeauVaifins , la ville de f- 
quels efloit grandement e(limée,& avoit unefinguliere opi- 
nion de Vertu, efloient en campagne: ainfi Cxfar. Pa- 
reillement l'Autheur du liv. 8 de la guerre Gau- 
loifè eferit, que lesBeauvaifins fùrmontoyent en 
matière de guerroyer tous les autres Gaulois 8c 
Belges jStrabon dit de mefmes au liv.4 : iwj 

c'eft à dire , on dit que les Beauvaifins font les 
France. 



meilleure & les plus forts des Belges, & après eu* 
les Soiffonnois. Cefar dépeint au naïf la maniéré 
de gouverner des Beauvaifins , quand il raconté 
qu'ils avoyent de couftume d'eflire leurs Princes 
d'entre eux mefmes , comme entre les autres ce 
Cprbeus, lequel, encor que fon armée fut defai- 
cte & du tout mife en déroute , n'eftant vaincu 
d'aucune mifere & calamité, il ne fut poffible dé 
le tirer du combat , ni de l'induire à fê fauver 
dans les bois comme le refte de (on armée, ny 
mefme les Romains l'invitans à fê rendre , mais 
combatant vaillamment 8c bleffant plulieurs, 
forçoit fes ennemis enorgueillis de leur victoire 
à le tuer. Auffi Cefar faiât mention du Sénat des 
Beauvaifins , & de l'auftorité & puiffance de la 
commune , d'où s'eftfuivie celle exeufe de leur 
Sénat faiéte à Celar , que jamais le Sénat n' avoit eu 
telle puiffance en la -ville du temps d: Corbeus,que le peuple 
ignorant. Adon parle mefmes de la façon : Les 
BeauVaifins , quijemblent furmonta les autres en nombre 
isf valeur, ont eu joixante mille combatans d'ejlite. 

I'ay dit cy-deflus que le Duché de Valois eft 
une partie de la France , auquel appartient là 
Prevofté de Senlis, ainfi dite de la ville du mefme 
nom, fous celle Prevofté, & pareillement fous lé 
Duché de Valois eft le Comté du Beauvaifis, fon 
territoire prend fon commencement outre l'Oy- 
fe à la ville de Beaumont. 

Les villageois de ce pays firent une fèdition 
du temps du Roy Iean , laquelle fe dit vulgaire- 
ment la Iacquerie ; par laquelle on perfecutoit la 
noblefle , & on dit qu'il y eut plufieurs nobles 
maflacrez.Finalemét Charles Dauphin de Fran- 
ce appaifa ladite efmotion. La ville capitale dé 
ce pays eft Beauvais. Auprès de Cefar, ainfi que 
telmoigne Iofeph Scaliger, eft Bratus-pantium,ad- Erami- 
jouftant que fous les premiers Cefars fut dit Cx-f M '" mi 
faromagus. Charles Bouille croit que Bratus- 
pantium foie le mefme qu'aujourd huy le village 
Granvillier,ou bien Grattepance : les autres efti- 
ment eftre Clermont en Beauvaifis: Vigeneré, 
Beaumont fur l'Oyfe. La mémoire de ce Bratus- 
pantiumfe garde en la vie de S. Guibert : Item 
en l'hiftoire d'Anfride Evefque d'Vtrecht auprès 
de Sigebert. Mais qu'eft-il befoin de faire dii 
Bratus-pantium,la ville de Beauvais,veu que Ce- 
far mefme en un lieu cy-deffus produidl,nomme 
particulièrement la ville de Beauvais, de laquelle 
font dénommez les Beauvaifins & diftingue ces 
deux villes Bratus-pantium & Beauvais , encor 
qu'elles foyent danslajiirisdi&ion des Beauvai- 
fins. Auffiil y avoit une autre grande ville de ce 
peuple , qui fe difoit Belgium , laquelle eftoit 
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LE B E A V V A I S I S. 



grandement renommée entre les Belges , & fort 
puiffante & peuplée , où Cefar a aucunesfois hy- 
verné , & auflï plufieurs de fes régiments. Guic- 
ciardin,en fa defcription de la balfe Allemagne, 
difpute grandement, fi cefte ville Belgium ne fe- 
rait pas Bavais Walone au pays de Haynaut. 
BcmvM. La ville de Beauvais eft fituée en un lieu fort 
plaifant, ayant aux environs, d'un cofté des mon- 
tagnes fertiles & non hautes , & d'ailleurs des 
champs fort propres au labourage, & il ne man- 
que pas de vin. Les habitans j ouy Ment de très- 
beaux & grands privilèges , & principalement 
les femmes, concédez & donnez par Louys X I 
Roy de France l'an 1471 , à raifon qu'ils forcè- 
rent Charles le Hardy Duc de Bourgongne de 
lever le fiege, avec fa courte honte , fans avoir 
rien gagné que des coups , l'ayant afllegé par 
l'efpace d'un mois. 

On a conduicT: l'eau de la rivière dans la ville 
par un canal.pour la commodité des manufactu- 
res de laines, qui s'exercent merveilleufement en 
cefte ville & aux lieux circonvoifins. Le fleuve 
Therain paffe tout proche à l'Occident de cefte 
ville , lequel a un pont de pierre avant qu'il fe 
defcharge dans I'Oyfe, où font conftituez grand 
nombre de chevaux pour tirer les navires de 
I'Oyfe jufques en la ville. 



Cefte ville eft honorée du tiltre d'Evefché , Evefinn. 
les Evefques fe difans Comtes & Pairs de Fran- 
ce. En ladite ville fe trouvent environ trente 
Eglifes , delquelles treize font Paroiffes , & fix 
collégiales ,• en la cathédrale , dite PEglife de 
S. Pierre , fe content quarente & deux Chanoi- 
nes. En tout le Diocefè il y a 400 Paroiffes , di- 
ftribuéesenneufDoyennez , outre 50 tant Ab- 
bayes que Prieurez. Ceux qui ont mis par ordre 
les Eveïques de cefte ville , constituent pour le 
premier SLucian, lequel vivoit fous l'Empire de 
Domitian , & fut conlacré par S. Denis Areopa- 
gite : depuis ils content 86 autres Eveïques, 
mettans pour le dernier , Auguftin frère de fon 
predeceffeur René, qui fut de Chanoine eflevé à 
cefte dignité , & puis Aumofnier d'Anne Royne 
de France. 

Non loing de Beauvais eft le Comté de Cler- ~, 
mont , donne par S. Louys Roy de France, pour 
droidt d'appennage , à fon fils Robert , qui eut 
pour fils Louys furnommé le Grand , Comte 1 1 
de Clermont , faiét premier Duc de Bourbon 
parle Roy Philippes V I de Valois l'an 1329, 
duquel la famille de Bourbon eft fortie & gran- 
dement augmentée. La ville eft fortifiée d'un 
chafteau. 




Divifittt. 



Pur/fis. 



PREVOST F ET VICOMTE' 

D E 

PARIS. 




'Ifle de France eft bor- 
née à fon Orient de la 
Picardie , ainfi dite à 
caufe qu'elle eft enclo- 
(e entre les rivières de 
Seine, Marne, Oyfe, & 
Ay(he. Anciennement 
elle fut habitée par les 
Beauvaifins & Pari- 
fiens. Les Parifiens 



Lutetia. 



Taris. 



font grandement renommez des anciens Ro- 
mains,& principalement de Cefar,qui les confti- 
tue fur la Seine,& voifins aux Senonois. On efti- 
me que l'Ifle de France comprend dans fon 
eftendué la Prevofté & Vicomte de Paris , le 
Duché de Valois , le pays d'Hurepois , & Gafti- 
nois. La Prevofté & Vicomte de Paris fe divife 
en quatre parties : à fçavoir le Parifis , la Goelle, 
le Vulxin François,& le Multin. 

Anciennement le Parifis comprenoit dans (es 
limites tout ce pays depuis la porte de Paris, juf- 
quesaPontoife , & de là tirant vers I'Aulnay & 
Claye , fê venoit confiner à ceux de Brie. Le 
nom Parifis eft pour le prelènt prefque perdu , fi 
ce n'eft qu'il eftencoren ufage en aucuns villa- 
ges & autres lieux, comme Louvres, Corneilles, 
Efcouë , & femblables, lefquels font furnommez 
avec c'efte addition , en Parifis ; & pareillement 
aux fols & deniers Parifis, comme auffi par quel- 
ques taxations faictes par le Parlement de Paris; 
& entre les portes de la ville de Paris s'en trou- 
ve une vulgairement dite la porte du Parifis, 
ri'ayant autre r.iilon de l'origine de fon nom, que 
pource que ladite porte conduiét droict au Pa- 
rifis. La ville capitale de tout le Royaume eft fi- 
tuée dans ce territoire, laquelle (è difoit Lutetia 
Kéjn.nnia.,o\x A&Knia, & félon quelque autre Lute- 
tiaParifius, non commettant un barbarifme,com- 
me aucuns penlènt pour le jourd'huy : car an- 
ciennement on difoit Augufla Vindelkus , Santonus 
Mediolatmm,Colonia Tarqu'wius,ColoniaGr<ù>ifcus, &c. 
Aujourd'huyfè dit Paris , du nom des habitans 
de ce terroir : ainfi qu'il eft pratiqué par toute 
la France , que les villes rejeétantes leurs noms 
anciens , ont prins une appellation plus noble du 
nom des nations qui les habitoyent. Or les Pari- 
fiens ont ainfi efté denommez.ou en la mémoire 
du Troyen Paris, ou des Parrhafiens Afiatiques 
compagnons d'Hercules,ou bien de la Deeffe Ifi- 
de Tra'p ï«@-, c'eft à dire prés du temple d'Ifide , fa 
ftatue eftant à S.Germain des Prez,encor depuis 
peu de temps dite l'Idole de S. Germain , ainfi 
France. 



que plufieurs racontent: mais l'an i y i y fut oftée, 
& mile en (on lieu une croix rouge. Aucuns efti- 
ment que la ville de Paris jadis appellée Lutetia à 
luto ou fange , à raifon des voifins marefcages, 
defquels Cefar fait mention au liv. 7, & encor à 
prelent la place ou marché principal de la ville 
retient quelque remarque d'iceux , qui eft com- 
munément dit le marché Palus; les autres veu- 
lent eftre dénommées des mines voifines de pla- 
rtre , quafi A^oTeçKia , d'autant que cefte ville 
eftoit baftie prefque toute de plaftt e. Boetius au 
hv.de la Difc.Schol. l'appelle villede Iulius.d'au- 
tant, peut-eftre, qu'il y fit conftruire plufieurs 
édifices. La ville de Paris a efté beaucoup moin- 
dre qu'elle eft à prefent , eftant contenue dans 
l'Ifle environnée par deux bras delà Seine. Iulius 
Cefar la defcrit naïfvement en l'oraifon intitulée 
AvT<i x ,k& tj MurmuyS, ; & Cefar la lùrnomme ville 
des Parifiens , la conftituant en l'Ifle de la rivière 
Seine : comme pareillement Ammian en fes pa- 
roles fuivantes ; la Marne & la Seine rivieresde 
pareille grandeur , qui defcoulentparleLion- 
nois , après avoir environné d'un circuit infulaire 
le chafteau des Parifiens.dit Lutece,de(cendent 
par enfèmble , & fe viennent rendre dans la mer 
proche des champs de Conftance,d'où paroit le 
petit commencement d'une fi grande ville. Ce- 
fte petite Ifle n'a pas efté capable de compren- 
dre la grande multitude du peuple qui arrivoit 
journellement ; ce qui caufa de peupler & baftir 
aux deux coftez de l'Ifle, en adjouftant des faux- 
bourgs , & aggrandiffant peu à peu (on circuit, 
elle eft tellement accreué'.qu'elle eft à cefte heu- 
re la plus grande ville de la France. Elle eft à pre- 
fent divifée en trois parties ; la plus grande 
eftant à la droiâe rive du fleuve & plus baffe de 
fituation , tirant plus vers l'Orient & la bize , fe 
nomme vulgairement la ville ; la moindre fituée 
fur la gauche vers le Midy & Couchant , plus 
haute , s'eflevant doucement par diverfa colli- 
nes ,& eft dite l'Vniverfité ; celle du milieu ou 
bien l'infulaire, qu'on appelle la Cité, eft ceincte 
de tous coftez par le fleuve , &eftconjoin<5teà 
l'Vniverfité par deux ponts , & avec la ville par 
trois autres. 

La ville eft (êmblable à la Lune S\ X my.x , co- Lnviiu. 
ftoyée d'une part de la rivière , & de l'autre (êr- 
rée de rempars & foffez, reprefentant ainfi la fi- 
gure d'un demy cercle. La Cité eft fortifiée con- U Cité. 
tre la véhémence du fleuve par quatre petites 
ides , fituées audeffus par ordre ; laquelle fut 
(comme j'ay dircy devant) habitée premiere- 
M ment, 



L'Vmvtr- 
f„i. 

Bèlmbt- 

tjltCS. 



PREVOST E' ET VI 

ment , à caufë de la commodité de fà lïtuation, 
ayant accez par quelques ponts de boisa deux 
coftez delà terre ferme ; tellement qu'elle eft 
comme le cœur de toute la ville, d'autant qu'en 
icelle fe trouvent le palais royal , & le Siège 
Epifcopal. 

L'Vniverfité femble demonftrer la forme 
d'un chapeau, duquel la tcfte d'une fi grande vil- 
le foit couverte & ornée. 

Vn des meilleurs & principaux threfors de 
Paris , ce (ont les Bibliothèques , remplies d'un 
nombre infiny de toutes fortes de livres anciens 
& modernes , & tant manufcrits qu'imprimez. 
Entre les publiques font celles du Roy, & de S. 
Vidor : les particulières font fans nombre, & les 
plus renommées font celles de Mefîîeurs de 
Thou, du Puis, Pithei, de Nicolas le Febure, de 
Barnabas BrifTonius, Se de plufieurs autres. Qui 
veut cognoiflre plus particulièrement toutes les 
fingularitezde la ville deParis, les peut facile- 
ment veoir aux Amiquitezde Gilles Corrozet, 



COMTE' DE PARIS. 

& Iacques Capelle.qui ont eferit des livres parti- 
culiers de celle ville : il fe trouve auffi un œuvre 
poétique fur le mefme fujet d'Euftace de Cnob- 
belsdorrTParifîen : mais Belleforeft furpaffe tous 
les autres en la defeription de celle ville. 

La féconde partie de la Prevofléde Paris eft U auto. 
la Goelle , fes anciens limites eftans à prefent in- 
cognus , demeure tant feulement quelque mé- 
moire d'icelle en aucuns endroits , lefquelsfont 
furnommez en la Goelle. Icy eft le Comté de 
Dammartin , qui fut ainfi dénommé d'une ville 
autrefois allez belle , mais à prêtent reduidte en 
la forme d'un village, fituée fur une montagne. 

La troifiefme eft Vulxin le François : com-PS**»* 
prenant tout ce qui eft depuis l'Oyfe jufques à Fr ""f°"- 
Clermont vers la Picardie : fà mémoire eft pa- 
reillement perdue , fi ce n'eft qu'elle fe confer- 
ve encor en quelques anciennes chartes & no- 
tices. 

Le pays d'Hurepois eft contenu dansHfle de 
France. 




LE COMTE 



»; 



d E 



BRIE. 




E Comté de Brie eft 
contigu à celuy de 
i! s- !C/1 Champagne du cofté 

d'Orient , eftant du 
Midy fêparé du Gafti- 
nois & Hurepois par 
la Seine, ayant au cou- 
chant rifle de France 
& une partie de la Sei- 
ne, & au Septentrion 
le pays de Valois & une partie de Champagne. 
Nithardus fait mention de ceux de Brie.au livre 
premier des diffenfions & querelles des fils du 
Roy Louis le Débonnaire. Il y a grande contro- 
verfe Se difpute de l'origi ne du nom de ce Com- 
Origlm d» té. Aucuns affeurent qu'il fut ainfi dénommé 
*""' delà diction françoyfé Abry, qui fignifie ombre, 
ou obfcurité, & lieu où les vents n'ont aucun ac- 
cez. Et comme tout ce pays eft extrêmement 
ombrageux , à raifon de la grande multitude 
d'arbres fruiélieres , tellement qu'il n'y ait lieu 
ou contrée , là où le paffager , ou bien le labou- 
reur, ne trouve à fe mettre à l'abry,fbit pour évi- 
ter les pluyes inopinées , ou les plus ardantes 
chaleurs du Soleil : Les autres, cherchans trop 
loing l'Etimologie de ce nom,& auffi répugnan- 
te à la vérité , eftiment eftre dérivée des anciens 
Sicambriens, croyans que ce peuple a du paffé 
demeuré en ce pays , & tirent de la l'origine de 
ce nom MT^a/çeTO. Le commencement de ce 
pays eft au village Cretel , non loing du pont 
Charanton, là où la rivière de Marne entre dans 
la Seine, la Marne divifant ceux de Brie de la 
Champagne & la Seine du Gaftinois. Le pont 
Charanton eft un village affez renommé,un peu 
par deffus Paris , là où eft un Echo qui réplique 
parfaitement dix ou douzefois les voix humai- 
nes, & qui eft plus admirable, c'eft qu'elle ref- 
pond & prononce entièrement & parfaidement 
quatre & cinq fois des mots ou dictions de qua- 
Vn*imi- tre fillabes : d'où vient qu'ordinairement les Am- 
rMEdw. baflàdeurs des Roys & des Potentats eftrangers, 
auffi plufieurs Princes & grands Seigneurs , Se 
toute la jeuneffe concurrent en ce lieu , pourfe 
recréer de ces diverfes voix refonantes. Tout ce 
dôques qui eft enferré de laMarne & de laSeine, 
s'eftendant prefques au Duché de Bourgogne, 
eft des appendences & dans les confins du Com- 
té de Brie. Le nom de ce pays eft commun avec 
celuy de fa ville principale, laquelle fe dit vulgai- 
rement Brie, ou Braie, Se eft fituée guère loing de 
la Seine , Se auffi fe nomme Brie Comte Robert, 
à raifon du Comte Robert Prince de ce pays, le- 
quel avoit fa demeure ordinaire en icelle. Ce 
Comté eft dévolu à la famille de Bretagne , par 
France. 



Pierre de Dreux : & par Blanche fille de Iean 1 1 • 
Duc de Bretagne il eft venu en la puiffancede 
P hilippes d'Artois , defquels nafquit Marguerite 
femme de Louis Comte d'Evreux. Apres la mort Ccmtts. 
du Duc d'Orléans , lequel avoit efpoufé l'héri- 
tière , le Roy Charles I v le donna à fon frère 
Louys Duc d'Orléans ; & par ainfi le Roy 
Louys xi I vray fucceffeur dudit Comté, l'incor- 
pora dans le Royal patrimonie. Le comté de 
Brie eft arroufé de plufieurs rivières comme l'Vr- Rm ""* 
ce, qui partant par le village Affy s'eflargit aux 
environs de Monceaux , maifbn Royale auffi 
plaifante & récréative qu'aucun lieu delà Fran- < 
ce, ce lieu eftant efloigné une lieue deMeaux. 
Aimon liv. 4, chap.41, dit, Audoene a fait baftir 
un Monaftere dans le bois de Bw,Iequel fut nom- 
mé par luy Hierufalem , mais du ruiffeau fur le- 
quel il eft confirma: à prefent fe dit Ref bac. Le 
fleuve Morin prend fa courfe par Colummiers, 
Creffi, & le pont-Couilly des Dames Religieufes 
de l'Ordre de fainct Bernard , & prés le port- 
Condé eft navigeable, car il porte des navires de 
cinquante tonneaux pleins de vin ou d'autre li- 
queur & matière. 11 lave auffi de fes eaux la cam- 
pagne voifine à la ville Pruvin, la rendant extrê- 
mement fertile, & puis après proche Lagnyfè 
vient rendre dans la Marne. Or la Seine depuis 
Conflans, defcoulant droit vers Paris , coftoye 
premièrement la maifon prochaine du lieu où 
eft cefte Echo admirable. Le Bievre fè meflange 
à la Seine , lequel eft ainfi appelle du village Bie- 
vre fitué au terroir de Paris; ce petit fleuve fut 
depuis quelque temps dénommé Gobelin , d'un 
certain Iean Gobelin habitant fur le mefme fleu- 
ve. Il prend fafource prés le noble village Ian- 
court au territoire de Paris,prenant fa courfe en- 
tre Trappes & Caprofe, non loing de Montigny, 
& finalement par Buty , laquelle place eft disan- 
te une lieuë & demy de la fontaine dudit fleuve: 
& par après defeendant contre un moulin , qui 
eft en la vallée Betime , reçoit un petit ruiffeau 
avant fe rendre dans le fleuve Orge , & confti- 
tuë , avec l'abondance de fes eaux , l'eftang de 
Bouvery. De là tirant environ une lieuë loing, & 
recevant autres ruiffeaux , paffe par les villages 
Igny & le pont Anthony , fe nomme ici le Bie- 
vre;& puis defcoulant contre le bourg de laRei- 
ne , augmenté encor de diverfes petites eaux, 
vient trouver Gentilly , place appartenante à 
l'Evefque de Paris, là où anciennement on a tenu 
un Synode. Finalement traverfe le faubourg 
S- Marceau , faifant là une place très commode 
pour teindre la couleur de pourpre &cramoifi, 
& fe rend dans la Seine. 
Dans ce fleuve fe trouve une grande abon- niia. 
N dance 



McAHX. 



Tfêvins. 



LE C O M T 

dance de tresdelicates efcreviffes, mais point des 
coiffons, fi ce n'eft par les inondations des foffez 
duchafteau, & de l'eftang de Bouvery. Outre 
les autres villes (ê rencontrent en ce Comté le 
Chafteau Thierry , de Meaux , Provins , & plu- 
fieurs autres. Ptolemée appelle la ville de Meaux 
Jatinum Meldarum , elle eft baftie fur la Marne , 3c 
jouyt destiltresde gouvernement Vicomte & 
Bailliage de Nogent. Sa place ou marché eft 
femblable a une fortreffe, eftant tout environné 
de la Marnejune partie de cefte ville eft du Com- 
té de Brie, l'autre du pais de Valois. Ceft aufîî un 
Evefché bien ancien , lequel , félon Belleforeft, 
a eu ioi Evefques , nombrant pour le dernier 
Louis de Brefi. Provins eft une ville ainfi appellée 
des rofes , qu'elle produiét d'une fenteur agréa- 
ble: à raifon dequoy elle eft grandement renom- 
mée, & fes rofes encor d'avantage , lefquelles on 
trouve par toutes les provinces de l'Europe, & fè 
difent communément du nom de cefte ville Ro- 
fes de Provins. Onveoiten cefte ville plufieurs 
fondemens & marques de fon antiquité. 

Ordre des anciens Comtes 
de Brie. 

i Eudo, Odo , ou bien Otton Comte de Brie 
s'efforça de chaffer de la Bourgogne l'Empe- 
reur Conrad n : mais eftant vaincu, & après fai- 
fant plufieurs excurfions dans la Lorraine , fut 
derechef fùrmonté & tué par Gothelon. 

2 Theobalde 1 1 Comte de Brie & de Blois fut 



E' DE BRIE. 
fai t chevalier de l'ordre par l'Empereur Henry 1 1, 
mourut fans enfans. Il perdit le Comté de Tou- 
raine. 

3 Eftienne Comte de Brie, Champagne, Se 
Chartres , recouvrit , après la mort de fon frère 
Theobalde, le Comté de Touraine. Il eut pour 
feeur Adelaide femme de Hugues Capet. 

4 Theobalde ni Comte de Brie,&c. (fur- 
nommé le Grand, à raifon de fes faits héroïques; 
leSaindt, pour fes vertus admirables ; Père des 
pauvres, pour la grande charité , & munificence 
envers les pauvres) effectua que Rudolphe Com- 
te de Vermandois fut excommunié, d'autant 
qu'il avoit quitté fâ femme légitime , & en avoit 
prins une autre du vivant de là première. 

j Henry le libéral , fils de Theobalde m 
Comte de Brie & Champagne, fut prins prison- 
nier par les Turcs , en la guerre de Syrie , & par 
après délivré par les entremifès & prières de 
Manuel Empereur de Conftantinople, mourut 
l'an de grâce 1 1 8 1 ; il eut à femme Marie , la plus 
jeune fille de Louys vu Roy de France. 

6 Henry 1 1 Comte de Champagne & de Brie, 
Seigneur de Tyre en Paleftine , car il alla en la 
terre fâinde avec les Roys Philippes Augufte de 
France, & Richard d'Angleterre l'an 1191; il ef- 
poufa Ifabelle fille d'Amaury Roy de Ierufalem. 

7 Theobalde v print & occupa les Comtez 
de Champagne & dcBrie,& fut confirmé es dits 
domaines par Philippes Augufte, contre Alexie 
Royne de Cypre & Everard Comte de Brennes 
l'an iioi, mourut en l'année 1216". 




DESCRIPTION 



l(S 



B 



DE LA 



A V S S E. 



LaSupr- 
rtenrc. 




Chartres, de Dreux tii de Mont-fort. 



Bivipm - : » A BrAvsse eft divifïe 

en trois parties : à fça- 
voir la Supérieure , Infé- 
rieure , & Médiane. La 
Supérieure prend fon 
commencement au vil- 
lage Ablys , tirant vers 
Chartres & plus outre. 
En icelle eft contenu le 
Chartrain , fous lequel 
fontreputez les Comtez 
la ville de Chartres dite 
anciennement Autricmm Cnrrmium , n'elt pas des dernières 
places du Royaume , laquelle eft très-bien mife en une 
planure,& en partie fur un coftau d'une colline, remplie 
de tous coftez de beaux édifices , ceindre de fermes mu- 
railles, & environnée de très-bons rempars & profonds 
foifez, & eft grandement puiflante, àraifondu nombre 
de fes habitans tres-nches & opulens. Au plus bas de 
cette ville pafle unruiifeau , très-propre a tourner plu- 
Ceurs moulins, lequel prenant la lource de la Perche, 
& eftant.par l'iuduftrie des habitans de la ville, conduict 
à cet efle<5t, fedefchaige dans la Seine proche Lou- 
ZgUfts. v j erS) un p eu pardeflusRoue'n. L'Eglife Cathédrale 
eft dédiée à l'honneur de noftre Dame , là où fe voit 
en une cave un puits très-profond , dit le puits des 
Saints Forts , dans lequel , lors que ceux de Chartres 
eurent efté convertis à la foy Chreftienne, un grand 
nombre d'iceux fut précipité par le commandement de 
Quirinus Proconful des Gaules. On garde en cefte 
Eglife une chemife de la Vierge Marie avec grande dé- 
votion , ainfi que tefmoignent plulïeurs , qui difent 
l'avoir veuë. 11 y a en cefte ville huiûportes, fix def- 
quelles s'ouvrent journellement , les autres furent fer- 
rées durant les guerres civiles, lors que la ville eftant 
afîiegée & fui ieufement battue pat ceux de la Religion, 
fut valeurcufemcnt défendue par la bonne conduite & 
vertu de Lignier , lequel commandoir en icelle. Celte 
ville a autrefois eu des Seigneurs particuliers , qui fe 
Camus, difoient Comtes de Chartres: je croy qu'ils font for- 
tisd'Othon, fils du vieil Theobalde, Comte de Bluis, 
coufin de Rollon de Normandie , lequel adjoufta par 
force d'armes cefte ville à fon domaine. Cet Qrhon 
eut pour fucceflèurs Theobalde 1 1 , qui mourut fans 
enfans, & Eftienne, lequel eut pour fils Theobalde r 1 1 , 
8c iceluy eut Theobalde rv.tous Comtes de Chartres, 
lequel ne laiflant aucuns hoirs , on ne trouve pas d'au- 
Mosstrs. tres 1 u ' f°' erlt dits Comtes de Chartes. Les habi- 
tans de la ville de Chartes font tres-humains & débon- 
naires , s'entre-aymans grandement , (ont fort faciles Se 
chatitables envers les pauvres & les pafiâgcrs , grands 
zelateuts de la Religion Catholique, tres-hberaux , & 
Qualité, grandement adonnez au trafic. La Beauife de Char- 
tres ( dit Maifon ) eft un pays du tout abondant en 
blé & froment , s'eftendant depuis le Loire & la ville 
d'Orléans , jufques àEltampes, en xv lieues de diftan- 
ce, & depuis Éftampes julques à Paris on conte xvr 
pluspetites, chafeune eftimée de deux mille pas. Ce- 
fte Province eft entièrement fans vignes, prairies, fo- 
refts , fleuves , montagnes , & fontaines , à raifon de- 
quoy les puits font appeliez par les paflagers les fontai- 
nes de la BeaufTe , d'où font ces deux verfets d'un Poète 



incognu : 



France. 



Heljïa IriJIefilum , ait défunt bis triafi/um : 
Fontes, fr.ua, nemus, lapides, arbujla, ractmus. 

On dit que ce pays produict bien rarement quel- 
ques arbriffeaux , & fi par cas fortuit on en plante , ils 
necroilfentgueres, à raifon d'une forte de pierre dite 
communément Tuph. Les puits font icy extrêmement 
profonds, d'autant que le pays eft fort haut 8c eflevé; 
& non fans caufe fe dit le grenier de Paris. Ceux de 
BeauiTè fe fervent d'eau de pluye pour abreuver leurs 
haras & troupeaux de brebis, laquelle ils confervent 
artificiellement en des lieux cavez, & la font arrefter 
au bas de quelques plaines, lefquels ils appellent marets. 
Dreux eft une ville fort ancienne & belle , autresfois DrettX. 
grandement renommée par la rcfidence des Druydes, 
qui eltoyent Preftres ou Sacrificateurs du temps du 
pagamfme , félon le tefmoignage de plufieurs. Cefte 
ville eftbaftie fur le fleuve Evreux , &eftannoblie du 
tiltre de Comté , comme pareillement Montfcrt , la- Montfir: 
quelle eft fituée au milieu du chemin de la ville de 
Dreux à Paris. Dans le circuit de la Beauffe Supérieu- 
re font enclavez le Duché d'Anjou, le Comté du Mai- 
ne , la ville de Blois , & le Perche , là ou fe rencon-> 
trentun grand nombre de belles & puifTantes villes, cha- 
lteaux, bourgs, & villages fans nombre, lequelsfont 
def crits chalcun en fa carte particulière. 

La Beauflè inférieure eft du tout comprife par une ,tu „. 
large & rafe campagne , laquelle embraflê toute celte 
conttée , qui eft entre les Evefchez de Chartres & 
d'Orléans, tirant depuis Eltampes vers l'Orient jufques 
au Senonois , & de la regardant le Midy aboutit au pont 
d'Orléans. Dans ces limites font nembrez le Duché orkans. 
d Orléans, &lespaysdeLorris, &So!oigne. La ville 
capitale de ce Duché eft Orléans , en latin Aurélia , la- 
quelle a pris fon nom de l'Empereur Aurelian , duquel 
elle fut grandement amplifiée : car auparavant elle 
ettoit bien petite, recognoiflant pour fes premières fon- 
dateurs les anciens Druydes, & fë difoit Cendttm , ainfi c , 
quetefmoigne Cefarauliv. 7 8c 8 des guerres Gauloi L 
fes. Aimonau liv. 1 ,chap. y direxprefTement, Gena- 
bus , /àeîi àfrefent ejl Orléans. Belle-foreft affirme que 
l'Empereur Aurelian amplifia cefte ville , en faveur des 
anciens Druydes fondateurs d'icelle , d'autant qu'ils 
avoyent prédit & prophetizé de fon Empire. Cefte 
ville eft fituée fur le ventre d'une douce montagne , à la 
droicterive du Loire, lequel arroufelepicddefesmu» 
railles félon fa longueur , non de droicte ligne, mais en 
biayfant 8c effectuant plufieurs coings; au milieu de ce- 
fte rivière eftuneifletres-plailànte, couverte en partie 
de tillets , efpandans leurs branches & rameaux fort 
au large , & en partie occupée par plufieurs mailons & 
autres édifices , vrays lieux de récréation : cefte ille eft 
conjointe à la ville d'un cofté par un pont, & de l'autre 
aux faux-bourg dit Pontereau , lequel eft comme la 
ville tres-ample & aflêz magnifique , ayant plufieurs ta- 
vernes & hoftelleries pour accommoder toute forte de 
gens, Se fingulierement les payfans & champeltres , ap- • 
portans divers fruicts 8c vivres de la Soloigne. La ville 
eft fortifiée d'une bonne terrafTe , endofTee contre une; 
grofle muraille , ayant plufieurs tours remplies de terre< 
On voit encore les marques des fieges furieux , qu'elle a 
fouftenus durant les guerres civiles , monftrant çà 8c là 
par quelques ruynes de fes murailles , 8c principalement 
de plufieurs tours, combien elle fut battue de l'effort 
O du canon. 



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20 



LA B E 

du canon. Les environs de cette ville font fort plaifans 
& délicieux , d'un cofté remplis de vignobles , d'autre 
parfemé de beaux arbres fruictiers , d'ailleurs de jar- 
dins & parterres , Se aufîî des vergers & champs tres- 
fertils. Il n'y a rien qui manque icy pour fouftenir la 
vie humaine, ayant un vin réputé des plus puilfans de 
la France, non toutesfois fain Se faluraire : car l'Efchan- 
fon royal cft obligé , par jurement folemnel , de ne 
fervir de ce vin à la table du Roy , à railbn qu'on dit, 
<jue ledit vin a en foy de la chaux , ou bien quelque ex- 
crément d'icelle. En cefte ville fe voyait plufieurs fu- 
perbes & magnifiques baftimens, entre lefquels paroit 
l'Eglife Epifcopale , confacrée à l'honneur de la Sainéfe 
Croix , laquelle a grandement pati & endure durant 
les guerres civiles , lors que ceux qui fe difoyent des re- 
formez , par un zèle defordonné de religion , fe precipi- 
toyent furieufement dans les lieux dédiez au fervice 
divin , ruynans & faccageans fans aucun efgard tout ce 
qu'ils rencontroyent. Non loing de cefte Eglife eftun 
tres-amp!e cimetière , là où eftoient de très-beaux epi- 
taphes , lequel a enduré la mefnie furie & ruyne que (on 
Eglife. Le Palais & fiege prefidial eft comigu au Loyre, 
encore qu'il ne foit magnifique félon fa dignité, fi eft-ce 
qu'il ellafTez remarquable, àraifon qu'il panche tota- 
lement fur la rivière. Lesrués de celte ville fontjoli-' 
ment pavées de petites pierres quadrangulaircs, fans 
aucunes ordures ou fanges. Il fe trouve de belles places 
publiques; comme celles de l'eftappe , S. Aignan, les 
Mottes, & le Martroy.où l'on exécute les rnal-faicteurs. 
Celte ville a fouftenu plufieurs alTautS; le plus renom- 
mé eft , lors que ce grand fléau divin Attila Roy des 
Huns, après l'avoir furieufement affiegée, fut vaillam- 
ment repoufle avec grande perte des fiens par les habi- 
tans d'icelle. 

L'an 1428 citant afîïcgée derechef par les Anglois, il 
nes'enfalut prefquesrien qu'elle ne fut forcée: mais 
fut confervée par la valeur de Ieanne d'Arc , natifve du 
pays de Lorraine , ellant aagée de 1 8 ans , dite vul- 
I.a Tiinltc gairement la Pucelle d'Orléans ; lors que faluant le 
tOtUmt. Roy Charles VII , fût envoyée à Orléans pourfecou- 
rir les alîïegez ; laquelle d'un courage plus que virile 
chafià les Anglois , qui desja avoient gagne le pont , & 
les força de quitter le ficge : depuis fuivant le Roy à 
Rheims , chaflà l'ennemy de diverfes villes , & lors 
que les Anglois occupoyent la ville de Patis , elle fut 
bleffée a la porte S. Honore : Finalement entrant par 
finefle dans la ville de Compicgne , aflîegee par Iean 
de Luxembourg , fut prinfe & envoyée à Rouen , là où 
citant aceufee & condamnée de nigromance & maléfi- 
ce, fut bruflée toute vive. C'eft pourquoy les François 
indignez , la paix coucluë & arreltée , retraitèrent le 
jugement, comme inique, reltituant fon honneur par 
Arreft public l'an I4f6. On dit que tous ceux qui 
avoyent donné la fentence de fa mort font péris mifera- 



A V S SE. 

blement fous le règne de Louys XI. Ce qui eft prefque 
incroyable, eft, que quand la flamme eut totalement 
confume le corps, on trouva fon cœur tout entier , &lî 
frais que s'ils n'euft approché du feu. Depuis pour mar- 
que Sa enfeigne de gratitude , les habitans d'Orléans 
ont mis fur le pont du Loire trois belles (latues de fon- 
te , àfçavoir du Roy Charles Vil, celle de la Vierge 
Marie , & l'autre de Ieanne d'Arc armée de toute pièce 
avec l'efpée au cofté , & les cheveux pendans , & un 
peu plus bas cft une croix de cuivre, avec uneinferi- 
ptionquejelailTepour bricfvetc. 

Les habitans d'Orléans font forts humains , &doux Mxu-rs. 
envers les eftrangers, ayant un langage fi pur & élégant, 
qu'ils emportent facilement le prix de bien dire lur 
tous ceux de la France. Pour le prefent celte ville cft 
le fiege epifcopale , auquel a refidé S. Aignan , patron 
de la ville. Anciennement elle eftoit la ville capitale 
du deuxième Royaume de France , lors que Clovis , & 
après luy Clotaire 1 , Roy de France , diviferent le _ 
Royaume en quatre, pour leurs 4 fils : mais cela ne dura g'^âû. 
guercs de temps, les quatre s'uniflans cnfemblc comme 
auparavant. Pour le jourd'huy retient le nom de Du- £) Bc i/ # 
che , lequel luy fut donne par le Roy Iean, en faveur de 
Philippcs Comte de Valois, qui fut, par la pcrmifiîon 
dudit Roy, premier Duc d'Orléans , lequel eltant mort 
fansfucccilèurs, ledittiltre commençoit à fe perdre, 
jufques à ce que du temps de Charles V , il fut par ediét 
arrefté, que tous les deuxiefmes néz des Roys auroyent 
pourappennagele dit Duché d'Orléans. Il yaauiîi en 
cefte ville un fiege prefidial & bailliage , eftendant fâ 
jurifdiction fur plufieurs villes , comme Montargis , 
Baugency.Gien, Lorris, Gergeau, Meun fur Loire, & 
autres. Les aflemblées générales du Royaume , & les 
Synodes icy tenues annobliflènt grandement cefte ville. 
Mais cequi la rend plusfameufe, eft fon Vniverfité & 
Académie, laquelle fut fondée l'an 1312 par Philippe 
le Bel, grand nourricier des loix &de lajurifprudence, 
de laquelle voyez Iudocus Sincerus en fon Itinéraire 
de la France. 

Le pays de Lorris eft dénommé par la ville de Lor- 
ris , autrefois alTez noble & fameufe. La Sologne com- 
prend toute cefte contrée outre la Loire, depuis Or- 
léans jufques à la ville d Amboife. Elle eltdivifee en 
deux , à fçavoir la Supérieure , là ou fon terroir eft 
propre au feiglc ; ayant plufieurs forefts & petits bofea- 
ges. L'Inférieur eft embellie de plufieurs ruifleaux & 
palturages , eltant plus fablonneufe , & fon terroir 
moins gras. La ville principale cft Romorantin , & fe 
trouvent encore les autres fuivantes , Chafteau-ncuf, 
Aubigny, Noltre Dame de Clery , Iargeau. 

La BeaufTe Médiane contient tout ce pays qui eft MtAimt. 
aux deux rives du Loire, jufques à Rouen, & leVendof- 
mois, là ou font le Comté de Blois, & le Duché de 
Vendofmc, defquels voyez les tables particulières. 



G A 



S T I N O I S, 

E T 

S E N O N O I S. 




Eflmipcs. 



Nemours. 



Rocbffort. 



E Gouvernement de 
Fiance a pour parties 
e Comté de Paris , le 
Duché de Valois,l'Hu- 
repois& Gaftinois. Le 
Gaftinois eft feparé de 
Hurepois par le fleu- 
ve Verine, & com- 
prend lesDuchez d'E- 
ftampes & Nemours, 
les Comtez de Rochefort,Moret,& autres. 

Eftampes eft une ville fituée au milieu du che- 
min de Paris à Orleans.fur la riviereluine, laquel- 
le produiét des camarres en grande abondance, 
(ce /ont des poifïbns tres-delicats)& fe defgorge 
dans la Seine à Corbeil. Cefte ville eft ceinte & 
comme engloutie de tous coftez par des mon- 
tagnes, tellement qu'elle ne paroift aucunement 
fi ce n'eft qu'on (bit bien proche. Elle s'eftend par 
une longue rue, qui conftituë prefque toute la 
ville , ayant une Eglifè confacrée à l'honneur de 
Noftre-Dame. Aimoin Se Grégoire de Tours 
font fouventesfois mention de la ville d'Eftam- 
pes.Nethardus la nomme le village d'Eftampes, 
auliv. i desdiftenfionsdufilsduRoy Louysle 
Débonnaire. Auffi Ives nomme le Concile d'E- 
ftampes. C'eftoit anciennement un Comté,mais 
François i en fift un Duché. Les Annales de 
France parlent d'un PhilippesComte de Nevers, 
Rhetel,& d'Eftampes, fils de Philippes de Valois 
Duc de Bourgogne , lequel fut tué avec fon frè- 
re en la bataille d'Azincourt , laiffant pour héri- 
tier aux Comtez de Nevers & de Rhetel, fon fils 
Charles, & à celuy d'Eftampes fon fils Iean, 
qui, fon frère eftant decedé fans laifler aucuns 
enfans , lucceda pareillement aux autres Com- 
tez. Pour le jourdhuy, eftant érigé en Duché, 
eft poftedé par Cefar Duc deVendofme, fils 
naturel du Roy Henry iv, & de Gabrielle d'Ef- 
trée Duchefle de Beaufort,&c. 

Nemours eft une ville fituée à la gauche du 
fleuve Loing , lequel le mefte à la Seine environ 
une lieue par deffous Moret.ce n'eft pas l'un des 
moindres Duchez de la France.Autresfois eftoit 
Duc de Nemours Philippes Sabanée,fa fille Jean- 
ne efpoufant en fécondes nopees Nicolas de 
Lorraine Duc de Mercure , Marquis de Nome- 
ney, & Comte de Vaudemont. 

Rochefort jouyt du tiltre de Comté, fon nom 
faiét paroiftre que cefte ville n'eft guère ancien- 
ne, fi ce n'eft que nous voulons admettre les 
tranfoofitions des mots avoir efté en ufage du 
temps pafTé. Dans le compris du Gaftinois fe 
rencontrent les villes de Milly,& Moret , toutes 
deux munies de très-bons chafteaux;& pareille- 
France. 



ment avec plufieurs autres villes fe trouve Mont- 
argis, comme fi l'on difoit Mon* Argi , d'autant 
que de cefte villeilyauntresbeau profpea fin- 
ies champs & forefts bien loing aux environs, 
eftant baftie fur le haut d'une montagne. Cefte 
ville fut totalement bruflée environ l'an 1 51 8,& 
incontinent après rebaftie, laquelle a un allez 
bon chafteau, là où on voit lapeinéture d'une 
hiftoire fort remarquable d'unchien,lequelven- 
gea la mort defonmaiftre. le produiray cefte 
hiftoire.digne d'eftre icy inferée.felon le tefmoi- S'S*. 
gnage de I. Csfar Scaliger , qui la raconte de 
cefte façon : Il eft arrivé ( dit-il ) qu'un certain 
Courtifan du Roy offenfé contre quelque fien 
amy.mefchamment le meurdrit par trahifon , fe 
confiant en fa puiflance & perfidie , Se l'enterra 
fur le champ ; un lévrier qui par cas d'ad venture 
accompagnoit fon maiftre , forcé d'un fingulier 
amour qu'il luy portoit, demeura long-temps fur 
la tombe de fon maiftre : Apres que la faim eut 
furmonté fon amour fingulier, retournant àla 
Cour fans fon maiftre, & les compagnons du de- 
funét croyans que cefte befte pourchafloit d'un 
cofté Se d'autre félon la façon ordinaire des 
chiens, luy donnentàmanger.Le chien eftantre- 
peu.va & retournefouventesfois au tombeau tel- 
lement qu'il engendra à tous foupçon qu'il faifoit 
tout cecy pour l'amour de fon maiftre-Finalement 
l'ayant pourfuivy &recognu quelque terre nou- 
vellement fofloyée, là où cefte befte s'arreftoit, 
trouvent le corps du defunct , & l'enfeveliflenc 
fort honorablement. Les obfeques achevées , le 
chien fuit ceux , defquels il avoit efté guidé à 
chercher le corps du defunét. Long-temps après 
le meurtrier retournant à la Cour,& que le chien 
l'eut fortuitement rencontré , l'affaille inconti- 
nent, &, par abayes extraordinaires , le pourfuit 
tellcment,qu'il n'eftoit poflîble de Parrefter,d'où 
s'engendra un grand foupçon,qu'iceIuy eftoit le 
meurtrier. Au refte la grande perlèverance de 
ce chien à le pourfuivre efmeut le Roy de la fa- 
çon , qu'il commanda que ledit courtilân feroit 
examiné fur ce faiét , lequel niant le tout, pour- 
fuit vivement fa caufe, le chien par divers abbois 
& divers affauts trouble fes excufès , comme le 
voulant par telles actions démentir , de telle ma- 
niere,que le Roy jugea, que le meurtrier defen- 
droit fa caufë par un combat fingulier , puis que 
ià partie ne le pouvoit aceufer par parole. La 
victoire du chien eft depeinéte en une fale de la 
Cour,Iaquelle eftant par vieillefle gaftée Se trop 
obfcurcie , a efté par le commandement des 
Roys plufieurs fois renouvelléej chofe digne d'é- 
ternelle mémoire. 

P SENO- 



L — ^mi^»iJ»iL — mJmiiiiLiimJiihLmiJ^.— C Lm— 11— mi 




S E N O N O I S. 



Anciem 
Senonoit. 



LE Senonois contient toute cefte contrée Transalpine, comme Kanns changeant tant fou- 
que les anciens Senoms peuples des Gaules lement la première lettre de cefte diction : car 
ont jadis occupé. Iceux ont autrefois bruf- k*ivcc en grec,fignifie nouveau.mais cela eft gran- 
Icle Capitole, &ruynéla villedeRome,maisin- dément ridicule. L'ArchevefchédeSenseft re- 
continent furent tellement batus &deffai(5ts par puté dans le contenu de la Champagne avec la 
Furius Camillus , que les marques & veftiges du ville de Pont. La ville de Senonois eftoit ancien- 
feu ont efté efteinrs par l'inondation du fang nement dite Agendkum , maintenant Sens , fitué 
François. Ce peuple a fondé la ville de Senogallia fur la rivière Yonne , dont Csfar faict mention, 
en Italie , fîtuée fur la bouche du fleuve Aterno. A la porte de la ville eft un fort antique édifice, 
Ainfï parle Scaliger des Senonois: dit la prifon de Cxfar. Hors de la ville il y a plu- 

fîeurs marques & lignes de l'antiquité.Iofèph Sca- 

Qim Senonum <vires,& quanta potentia ferri : liger Ce mocque grandement de ceux, qui difênt 

Trajeclxque Alpes captaque Roma docet. qu' Agendkum eft la ville de Provins, entre lefquels 

Hiftrum atque lllyrkumfuperant, Martifq;miniflrum: eft Marlianus : & Vigenereus eftime que ce foit 



Qua Bojana tuai Scopiafugit aquas. 
Subditfe Macedo -.fubmittit Acbaia tellm, 

Horridaque armigero Tbracia cedit equo. 
Arque bine res Afix tremefa3œ,& inhofpita Ponti 

Lktora, isf Armenios qmcolitora Duces. 
Hxcfumma eflpopulis-,caflris,ï3 regibus,horum 
Armorum arbitriofors rata qmquefuit. 



Merula en la 2 partie de fa Cofmographie 
Iiv. 3 , parle ainfi de ce peuple: Les Senonois 
font grandement renomme? par Csfàr , 



Milly en Gaftinois. Bertius en la defeription de 
la Champagne dit/Les Senonois Gaulois ont an- 
ciennement acquis un los immortel.lors qu'après 
avoir gagné la bataille,donnée prés d'Allié con- 
tre les Romains,prindrent la ville de Rome, & 
depuis fe font grandement efpandus par toute la 
Grece.D'iceux font dénommées les villes de Sie- 
ne& Senogallia. Siliusltalicus : 
Et Glanis tef Rubko, isf Senonum de nomine Sena. 
Pour le jourd'huy leur ville capitale eft un Ar- 
Pline, chevefché, lequel a eu fept Evefques Suffragansj 
& autres. Ptolemée conltitue lesztWen la à fçavoirceluy de Chartres , Auxerre, Meaux, 
Gaule Lionnoife. Les Notices des Provinces de Paris , Orléans , Nevers , & Troyes : mais à pre- 
France mettent la ville des Senonois en la 4 font il y en a feulement trois , celuy de Troyes, 
Province du Lionnois. Strabon les faiét voifins d'Auxerre , & de Nevers: car les autres reco- 
des Nerviens du cofté du Couchant,maisjecroy gnoiflent pour Métropolitain celuy de Paris. Le 
que ce font des autres. Leur plus grand renom premier Archevefque de Sens fut fefon l'opinion 
ancien fut engendré par leurs excurfions faites des Hiftoires Ecclefîaftiques S. Savinian,ou bien 
en Italie, d'où eft venu que Strabon les po féaux Sabinianus, l'un des 72 Difciples envoyez par S. 
environs de laRomagne, &Polybiusau Pice- Pierre, duquel Nicolas Lyranus au liv. d'Abdias 
nois, & Suidas au pays des Albanois. Ilefttres- parlant dit : S. Savinian , qui fut l'un des 71 difciples, 
certain, qu'ils ont faiét une tres-cruelle guerre pourfubant /on grand sçlc , convertit a la foy la fille de 
aux Romains l'an depuis la fondation de Rome Sens, qui efloit la Métropolitaine de toute la France, & 
3<S 4 , laquelle fut dite par lefdits Romains la s'appelloit la Cité d'or. S. Bernard faia mention de 
guerre des Gaulois Senonois. Leur conducteur cefte Eglifo en l'Epiftre 202 adreflee au Clergé 
General eftoit Brennus, Roy ou bien Prince de Sens -Xhofe de grande importance (dit-il) de coÂ- 
entre les Gaulois Apres la bataille, diteparles tuer un autre Pafleur en PEglife de Sens , véritablement 
Romains Alliends,entrans dans la ville deRome, bien grande , V à ne le pas entreprendre [ans un bon con- ■ 
&mettans au fil de l'efpée tous ceux qu'ils ren- feil, V pour autant il faut attendre le confeil des 
controyent;&ayansbrufiéprefquetout,affiege- Suffragans. Les Archevefques qui ont fuccedé , L 
rent par lefpace de plufieurs mois le Capitole; fucceffivement à S. Savinian ?ont en nombre t'™* 
la ou toute la fleur de la jeuneffe Romaine s'e- de ioj. Ocftave de Bellegarde fut eflevé à 
itoit réfugiée, finalement s'accordans avec les ceftedignitél'ani<J2 3l ileftoitauparavantEvef- 
afliegez.qui avoyent achepté la paix à belle fom- que de Conferans & Abbé de S. Germain d'Au- 
me de deniers,contre la foy ja donnée.furent par xerrejl confacra l'Eglife de Valéry le 27 de Mav 
le Dictateur M. Furie Camille , en partie mafia- par un Lundy de la Pentecofte , ladite Eglifo a- 
crez & en partie m 1S en déroute Verrius Flaccus yant efté rebaftie par Henry de Bourbon Prince 
elcnt, que les Senonois font ainfi appellez.d'au- de Condé.Seigneur dudit lieu, 
tant qu'ils font tous nouveaux venus de la Gaule 



CHAMPAGNE. 



î8 




sSSS@l£*5^^l3 N t r e les Provinces de 
la Gaule Belgique , le 
pays de Champagne tient 
le premier rang. Or je 
trouve deux Provinces 
appellées du mefme nom 
de Champagne, une en 
Italie , l'autre en la Gaule 
Belgique. L'Italienne eft 
furnommée heureufe , à 
cmZ y ^i.<i»T ^4 1 <,t) fï raifon de fa grande ferti- 
lité & abondance de toutes fortes de grains, & fro- 
ments, 8t auffi de vins très-excellents ; elle fut nommée 
par les anciens Autheurs Summum Liberipatris cum Cerere 
certamen. LaGauloife eft auffi bien renommée Scefti- 
mée , tant pour fes planures & champs tres-fertils , que 
par fes collines , qui produifent le plus délicat vin delà 
France: auffi à raifon de fes champs , de grandeur admi- 
rable , elle fut appellée la Champagne. 
Limites. Elle a pour voifins & limites ceux de Brie , les Bouir- 
QtUhian guignons , Charolois & Lorrains. En ce pays l'air eft 
TW' lain , tres-pur & bien tempéré. Elle eft arroufée de plu- 

fieurs belles rivières, 8c grandement poiflbnneufes. Les 
habitans font fort ftudieux & adroits au labourage , & 
extrêmement foigneux à augmenter leurs bieus 8c mé- 
nages. Elle comprend dans fes bornes beaucoup de 
belles villes. Ses champs produifent de tres-bon bled, 
orge, avoine , pois , febves , lentilles & autres fortes de 
froments , en fi grande abondance , qu'elle en peut fuf- 
fifamment (êcourir fes voifins: outre un grand tas d'a- 
nimaux & bettes à cornes, lesforefts font remplies de 
fauvagines & volailles. 
Divifan. La Champagne eft divifée en Supérieure & inférieu- 
re. La Supérieure fe dit le pays de Pertois. Elle a prins 
fon nom du Bourg Perte, fitué fur la Marne. Ancienne- 
ment il eftoit grandement renommé , mais à prefent, 
n'ayant que la forme d'un chafteau , eft une place de 
gueres d'importance. Le plat pay s produit force grains 
Vury. & arbres. La ville capitale eft Vitry .laquelle (comme 
on croit ) a pris fa dénomination d'une Légion Romai- 
ne , nommée en Latin Vidrtx. Icy eft le fiege du Baillia- 
ge, lajurifdiclion duquel s'eftend en fon quarré outre 
de 3 ç lieues ; dans fon circuit font comprifes Argilliers, 
Lafaincourt, Louvement & autres villes. La Chartt- 
Tnjti. pagne Inférieure a pour villes Troyes , affife fur la Sei- 
ne; cette ville eft ornée du fiege Epifcopal > & a eu fuc- 
ceffivement84Evefques, julques à René de Brelay, 
entre leiquels fut ce grand perfonnage nommé Lupus, 
tant recommandé par Sidonius Apollinaire , à caufe de 
fes rares & excellentes vertus. D'avantage y font com- 
prifes ces places fuivantes, Ivigny , Baffigny, Vallage. 
Ivigny. Le Comté d' Ivigny fepare la Champagne de la Bour- 
gogne, & fe joint avec le Senonois. La ville d'Ivigny 
eft fouz la jurifdiftion & puifTance du Bailliage de 
Btpigy:- Troyes. Baffigny eft ainfi nommée, à raifon qu'elle 
contient la plus grande partie de la Champagne. Elle 
eft ferrée de la Meule & de la Marne, avec une petite 
partie de la Mofellej & par ainfi fes champs , abbrenvez 
de très-bonnes eaux , font extrêmement fertils , & fes 
prairies bien verdoyantes. La ville capitale eft Chau- 
Chmmmt mont en Baffigny , ainfi nommée du mont Chauve , le- 
' quel eft bien cognu par Yves de Chartres en fon Epift. 
io y. Elle a la prérogative du Bailliage, & eft grande- 
ment embellie d'une bonne fortereflè , fltuée fur le 
fommet d'une haute roche, ayant une tour vers le Cou- 
chant , dite vulgairement le Dongeon , ou la Haute- 
fueille. On a Je couftume d'attribuer audit Bailliage 
ces places, Montigny , Geoffy, Nogcnt le Roy , Mont- 
claire, Andelot.Bifnay, Choyfeul, Vifmory, Clermont, 
France. 



toutes villes aflez bonnes & munies de forts chafteaux. 
Le pays de Vallage eft aiolï dénommé des vallées , qui VMaté, 
font icy fort fréquentes , belles & fertiles, lleftendfes 
limites jufques au Pertois d'un cofté , & de l'autre au 
fauché de Bar. La ville principale eft Vfly , laquelle eft VJfy. 
fituée fur la Bloife , & eft fouz la puiflance des Ducs de 
Guife. Icy furent vaincus ceux de la Religion préten- 
due reformée , par François Duc de Guife , le premier 
de Mars. Non loing de celle ville fe tire quelque efpe- 
ce de terre , de laquelle on fait le Bolus arméniens. Il y a 
auffi une aflèz belle ville &plaifante, nommée S. Di- 
fier , laquelle ayant efté forcée par l'Empereur Charles 
V , fut loudain reftituée aux François , la paix eftant 
conclue parenfemble. Elle a auffi une très-bonne for- 
tereflè. Iainville eft pareillement une des principales ^ , " rw& '' 
villes de ce pays: plufieurs tiennent qu'elle a pris fon 
nom de lanus: Elle eft des appennages des Ducs de 
Guife. On void icy la fcpulture de Claude Duc de 
Guife , qui eft une fuperbe pièce 8t d'artifice admirable. 
Cefte ville a efté autresfois une Baronnie , & fe difoit la 
Fontaine de Blanche Roche , laquelle futinftituée par 
Euftache Comte de Boulogne 8c de Bouillon, lequel 
eut trois fils, à fçavoir Godeftoy de Bouillon , qui après 
la mort de fon oncle maternel, fut Duc de Lorraine , 8c 
entre les Chreftiens premier Roy de Ierufalem : Bau- 
duin Archevefque de Rheims 8c de Cambray , 8t Guil- 
laume Baron de Iainville. .Elle fut changée en princi- 
pauté du temps de Henry 1 1 , Roy de France. La Ba- 
ronnie deSailly eft réputée dans les limites de ce pays SaiSyt 
de Vallage , 8c encore plufieurs autres Chafteaux 8c vil- 
lages , comme Montirandelie , lequel a une très-belle 
Abbaye, Dontlerant, le Chafteau des Forges , Efclaron 
& autres* Arfy eft un bon bourg fitué fur le fleuve Aul- 
be, nommé par Antonin^Tràcj, là où il met laLegioû 
douziefme des Romains. 

Les peuples anciens , renommez par Csfar , Ptole- 
mée 8c autres qui ont habité en cefte eftenduë de pays, 
font Lingones , Tricaftti , Catalauni , Rem , Meldd , Senones. 
Lingones font ainfi dits par Csefar Se autres , Se par Pto- Lm i m "- 
lomée A«»)«vss : Aujourd'huy le Duché , Pairie 8c Evef- 
ché de Langres. Le Poète Martial touche fouventés- 
fois en fes Epigrammes de ceux de Langres , parlant de 
leurs manufactures de laines, draps, ferges , capuchons 
8c d'autres chofes femblables. Aucuns affirment que 
le Poète Statius fut natif de Langres, lequel a eferit là 
Thebaïde 8c l'AchilIeïde en vers Hexamètres : encore 
que félon A. Gellius , le nom de Statius fignifie Servi- 
teur. De ceux de Langres ainfi parle Caîfar, au livrer 
des guerres Gauloifes: Gefir a envoyé à ceux de Langres 
des lettres & Meffagers , afin qu'ils riaideroyent ny fecoure- 
royent les autres , tant avec grains ejr viilitailles que d autres 
chofes femblables. Et au livre 4, La Meufefert de la montagne 
Vogefe , qui eft aux confins de Langres , Tricapi font ceux fricifiii. 
qui pour le prefent habitent en la ville de Troyes , Se 
aux lieux circonvoifins. Catalauni font ceux de l'Eve- Catalauni. 
fché de Chaalons. C'eft en leurs champs que s'eft don- 
née cette tant furieufe 8c fanglante bataille , en laquelle 
fut vaincu ce foudre efpouventable Attila Roy des 
Huns , par les Romains , Goths Se François , fouz la 
conduite de ces braves Capitaines iEtius Patrice Ro- 
main, Theodoric Roy des Goths 8c Meroiiée Roy des 
François, l'an depuis la fondation de Rome 1203 , de- 
meurant fur le champ 1 f 2000 hommes.outre 5)0000 tant 
Gepides, que François , lefquels un peu auparavant fu- 
rent tuez en une autre bataille. Iornandes de Rebu-s Coth. 
cap. 36, affirme que cefte tant fameufe bataille fut don- 
née fur le territoire de Chaalons. Tous conviennent denc- 
quss ( dit-il ) «ue ce fut e» ces champs , qu'on appelle les champs 
OUatirices, s 'eflendans cent • lieues en longueur, &feptantcen 
Q_ largeur. 



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4^- ^- 



Jîirtf Bj&'j"'-' 1 









CH.4MPAGNE 

latine 

CAMPANIA, 

COMITATVi 



Dombraj 






4ni/tc 



./(•.,./ li:,./,.!». 



/... ,.. 7;i.„ 



Z4 A^yfvï 



«7N 



CHAMPAGNE. 



Rhtmi. 



Mtlit. 
Senoite/, 



fcvfttr. Et au chap. 3 8 , La filiation du lieu doucement ab' 
iaifie, elle s e/levoit en manière dune colline. Et fur la fin du 
chap. La bataille doncques fi commence four guigner l'ai* 
vantage du heu. Attila commande & envoyé quelques trou- 
fes four occuper le pliuhaiit delà Montagne: mais prévenu far 
Theodoric ejr t^tim , lefquels combattant vaillamment four 
emporter le deffiu de la Colline , font parvenus à leurs deffeins: 
■de manière que fartadvantage du lieu grandement fecoums, 
facilement romf oient les rangs de leurs ennemis. Airtli racon- 
te Iomandes. Mais Grégoire de Tours nomme ces 
champs Mmriacum Camfum , desHilt. livre 2, chap. 7 ; 
voicy ces paroles: La ville doncques e fiant délivrée far les 
priera duS.Evefque , ebaffem virement Attila, lequel ve- 
nant an C/jamf Mauriace , fi prépare au combat , dre PIu- 
Ceurs font d'opinion que ces champs font nommez de 
Catalacum, ville fituée aux montagnes d'Auvergne; 
Mais celle fentence répugne & contredit totalement 
aux expéditions du Roy Attila, car il eft très-certain 
quefortant deFannonie, maintenant dite Hongrie , il 
eft venu premièrement par l'Allemagne , en la Gaule 
Belgique ; & incontinent eft arrivé la deftruelion de 
Metz : de là eft fuivy le faccagemeut de Trêves , & 
tantoft après eft venu l'affiegement de-Troyes , & fina- 
lement donnant un foudain aflàut à la ville d'Orléans, 
ne la peut oneques emporter. Or s'il eft vray , ( ce que 
d'un commun confentement eft approuve ) qu'Attila 
fon armée desja vaincue & chaflee , tant par .fëtius que 
par autres des paysvoifins au Loire, s 'eft incontinent 
retiré en la Gaule Belgique ; comme fera-il pofEble 
qu'il s'aura précipité luy-mefme & fon armée aux mon- 
tagnes d'Auvergne , lefquelles font efloignées plus de 
cent lieues d'Orléans? principalement avec fi grande 
& fi puiflànte armée, avec tant de defpoùilles , baga- 
ges & empefehements : il luy falloit traverfer la Loire, 
l'Alan & l'Elaver , & pafler plufieurs lieux pierreux & 
montagneux, forefts tres-efpaiflês, & prairies couvertes 
d'eau. En fin doneques , ces Camfi Catalaunici eftoient 
en la Gaule Belgique, ainfi dénommez de la ville Cata- 
launum, qui eft aujourd'huy Chaalons , ce queSido- 
oius Apollinaris affirme par ce verfet : 

Etjam terrifias diffuderat Attila turmis 

Jn campes fi Belga tuos. 
Ceux qui ont cheminé par la plus grande partie de 
ces champs , & diligemment confideré le lieu de celle 
bataille , les ont trouvé du tout convenir avec ceux 
defquels font mention Iornandes & Paul Diacre. 
Vrayement celle planure eft extrêmement grande , & 
non feulement renommée par celle bataille. Ammian 
M ar ecllin livre 27 , dit ; i^iyant parachevé fon chemin de 
grande vitejjè , trouva bon de donner fubitement une générale 
bataille : & ayant mis fin armée dune légère tetrajfc, (}• toutes 
fis troufes rafraîchies , avant le point du jour , rangea fin armée 
en bataille en une grande rjrjfacieufe planure , érc. Jthemi, 
font pourlejourd'huy ceux qui demeurent au Duché, 
Pairie & Archevefché deRheims: du temps des Ro- 
mains leur dénomination eftoit de grande eftenduë. 
tJHeldt font à prefent ceux de Meaux , fur la rivière de 
Marne. Senones font tres-renomraez par Cïfar , Pline 
& autres , lefquels ont guerroyé contre les Romains, 
l'an depuis la fondation de Rome 364 , à cette heure 
leur ville capitale eft Sens , laquelle referve encore 



quelque chofe de la première dénomination^ 

Entre les premiers Comtes de Champagne fe trouve 
Gerlon de Normandie , auquel ont fuccedé en droite 
ligne , Theobalde , Eudon , Eltienne , Theobaldc 1 1, 
Theobalde III, lequel eftant decedé fans enfans , fort 
oncle Henry furnommé le Large, fils d'Eftienne Roy 
d'Angleterre, & frère de Theobalde II, fut Comte de 
Champagne. Ce Henry eut un fils , lequel luccedant j 
fou père audit Comté , & à plufieurs autres domaines, 
mourut fans hoirs , & après luy fon frère Theobalde 
occupa ce Comté,& fe difoit Comte Palatin de Cham- 
pagne. Le Roy de Navarre , par la mort de fon ayeul 
maternel , fuccedant audit Comté , vint en la puiflance 
de la famille Royale : il eut comme on dit , pour héri- 
tier , tant audit Comté qu'au Royaume de Navarre» 
Henry , lequel laifTa tant feulement une fille nommée 
Ieanne , femme de Philippe le Bel , Roy de France , la- 
quelle unit à la Couronne ce Comté , & tous fes autres 
domaines. Or Philippe eut pour fils, Louys, furnommé 
Hutin, Philippe le Long & Charles le Bel, lefquels fuc- 
cederent fucceflivement à la Couronne. Louys laifla 
tant feulement une fille , laquelle herira au Royaume 
de Navarre, mais non aux Comtez de Champagne & 
de Brie, d'autant qu'ils eftoient annexez à la Couronne : 
femblablement depuis Ican Roy de France indiflblu- 
blement les incorpora l'an 1361. 

Les Principautez circonvoifines à la Champagne , ne 
dependans d'aucune autre Iurifdiétion , font les Du- 
chez deRheims &deLangres, les Comtez de Chaa- 
lons , Liguy , & la Motte. Le Duché de Langres nom- 
mé Andomatunum par Ptolemée , eft une ville Epifcopa- 
le, H fes Evefques font Ducs &c Pairs de France. Entre 
les plus curiculès marques de l'antiquité de celle ville, 
eft un arc triumphal , eflevé aux remparts mefmes , tro- 
phée & enleigne véritable de la victoire gaignée con- 
tre l'Armée des Allemands, cariceux prefentans la ba- 
taille à l'Empereur Conftantin, prefques encore enfant, 
furent vaincus & totalement desfaits , taillant 60000 
hommes fur la place; la bataille fut donnée à la veuë 
des murailles de cette ville. De ce combat eft fait men- 
tion en plufieurs Autheurs, & on trouve encore divers 
tefmoignages de celle fanglante journée , comme des 
ftatuës d'hommes , lions & chevaux , tout au long du 
chemin Royal de la Seine. Le Comté de Chaalons a 
pris fon nom de la ville capitale , laquelle eft pour le 
prefent Evefché , Pairie & Comté de France. La ville 
affife fur la rivière , a plufieurs tours d'une hauteur 
admirable , s'eflevantes en forme de Pyramides. Le 
plus grand trafic des habitans eft de grains , draps & 
toilles. Le Comté de Ligny a pour ville principale 
Ligny , laquelle a donné le nom à toute la contrée, & 
eft baftie fur le fleuve Sault. Il y a icy , au coupeau 
d'une montagne, du collé d'Orient de la ville , une Ab- 
baye , avec une très-belle fontaine. Le Comté de la 
Motte eft aufli compris entre les Seigneuries , qui ne re» 
cognoiflent autre que la Couronne de France. 

On a de couftume de défaire & expliquer le Comté 
de Brie avec la Champagne : mais d'autant qu'il y a à 
prefent une carte particulière , fouz le nom dudit Com- 
té, nous renvoyerons là le Leâeur. 



TtHpltS 

anciens. 



ViU* de 

Rheims. 



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D V C H £', PAIRIE, 
ET ARCHEVESCHE 

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S. 




A Champagne a efté 
du temps paffé habitée 
par les Tricaffiens , 
Lingonois , Rhemois, 
Catalaunois , Meldois, 
& Scnonois. La ville 
des Tricaffiens à pre- 
fenc eft Troye en 
Champagne, nommée 
en latin Trecas: des Lin- 
gonois eft Langres; des Rhemois eftRheimsjde 
Catalaunois , Chaalon ; des Meldois, Meaux ; & 
des Senonois la ville de Sens. 

Les Duchez de Rheims & Langres appar- 
tiennent à la province de Champagne. Rheims 
eftainfi defnommé des Rhemois , lefquels font 
affiez renommez de Csfar & de Pline,& font ap- 
peliez par Ptolemée & Strabon !%„.. Pline les 
nomme confederez& amis des Romains. Leur 
pays du temps des Romains eftoit de très-gran- 
de eftenduë, comprenant ceux de Mets,de Tre- 
ves,Ie Vermandois, Soiflonnois, & ceux qui de- 
meurent fur la Seine. Quand Caefar gouvernoit 
les Gaules , ceux de Rheims avoyent le premier 
rang après les Hedues; Cœfar appelle leur Chef, 
ou bien leur Prince , Venijcum , duquel font efcri- 
ptes chofes diverfes aux Ephemerides des guer- 
res Gauloifes.Auffi Cçfar approchant des limites 
de Belges ; ceux de Rheims (dit-il) lefquels d'en- 
tre les Belges font les plus prochains de France, 
ont envoyé pour Amba(Tadeurs Iccium & Ante- 
brogium , deux des principaux de leur ville, lef- 
quels difoyent , que la ville & peuple de Rheims 
appartenoit au peuple Romain , qu'ils n'eftoy- 
ent conjoinéts aux autres Belges , & n'avoyent 
conjuré contre le peuple Romain : mais qu'ils 
eftoyent prefts à donner des oftages , obeyrà 
fon commandement, & le recevoir en leur ville, 
le fourniffiant de froment & de toutes autres 
chofes. 

Le Duché & Pairie de Rheims a fon nom de 
la ville. Anciennement on la difoit Durocortorum, 
ainfi qu'Antonin , & Peutinger en fon Itinéraire, 
affirment. Aujourd'huy Rheims. tm^xâglc^v de 
Ptolemée , ^(jk^t^o. de Strabon : & par Csfar 
Durocortorum Rhemorum. Antonin luy attribue la 
légion 1 8. La ville eft au milieu & dans le cœur 
de la Champagne. Elle a un Archevefque.lequel 
eft Duc & premier Pair de France. Elle eft très- 
grande & fpacieulè , environnée de murailles 
hautes , & tres-blanches , avec des tours hautes 
&eminentes , & par dedans remplie d'édifices 
magnifiques &fùperbes.Le temple cathedral eft 
dédié à la Vierge Marie , lequel eft l'un dis plus 
France. 



magnifiques baftimens de la France; principale- 
ment la porte dudit Temple eft travaillée avec 
un admirableartifice,jufques aufommet de la 
tour. En ce lieu fut martirifé S. Nicolas Evefque 
de Rheims , avec fa fœur Sainde Eutropie , par 
les Henetes ; & encor plufieurs autres qui a- 
voyent reçeu le Chriftianifme. Il y en a auffi un 
autre dédié premièrement à S. Pierre , mainte- 
nant à S.Remy.là où fe garde la fainfte Ampoul- 
le , ou huyle cœlefte , de laquelle font oingts les 
Roys de France , laquelle on monftre à ceux qui 
la défirent voir. On y voit les epitaphes & fepul- 
tures des Roys & grands Seigneurs : & auffi les 
douze Pairs de France , ainfi qu'ils ont accouftu- 
mé d'eftre au couronnement & Sacre du Roy , 
tous en ftatués de marbre. Ce temple fut bafty 
& fondé par Clotilde, femme de Clouis premier 
Roy Chreftien de la France , en mémoire de ce 
que fon mary , eftant baptizé par S. Remy , fut 
oinft&facréde l'huyle cœlefte apportée tout 
foudain par l'Ange. En ce Diocefe ou Archeve- 
fché il y a plufieures Abbayes. La première , le 
grand monaftere de S. Remy.S.Nicaife.S.Bafile, 
de Moffon, S.Denis, Vallée Royale.fept Fontai- 
nes,C!airmont,Sparnac,SThierry,ValléeDieu, 
Orbais.S. Pierre de Rheims, & plufieures autres. 
En la ville, outre ces temples nommez, il y a en- 
cor les Convents des Francifcains , Domini- 
quains,Auguftins, Carmélites, Minimes , Capu- 
cins, & des Pères Iefuites : le chapitre de S. Sim- 
phorian,& les Eglifes Parochiales. Charles Car- 
dinal de Lorraine y a eftably uDe Vniverfité,l'an 
1 5:49. Belleforeft nombre feulement 80 Arche- 
vefques, le dernier defquels eft Charles Cardinal 
de Lorraine. Claude Robert en fon livre intitulé 
la Gaule Sacrée , en trouve 88 , eftant le dernier 
Pierre Frizon Doéteur de Paris & Chanoine pe- 
citentier de Rheims. Les portes de la ville re- 
tiennent les noms anciens des faux dieux , Mars, 
Bacchus,Ceres, & Venus. Non loing de la ville 
il y a une place appellée vulgairement le fort de 
Carfar. L'Archevefché de Rheims a pourfub-£ W ^„, 
jeds ces Evefchez fuivans ; Celuy de Soiflons, 
Chaalons Pairie de France , Amiens , Noyon , 
Senlis,Beauvais,Laon,&auPays-bas,Cambray, 
Tournay,Teroùanemaintenantà Boulogne, la 
où eft cet ancien port , vulgairement dit Geffie- 
riacus, Arras. 

Il y a pour rivières la Marne, l'Ayne, & la Ve- Rivitm. 
fie. La Marne eft une belle & grande rivière 
non moindre que la Seine, avec laquelle on divi- 
foit anciennement les François des Belges , ainfi 
que racontent Cïfar, Aufone, & Arr.mian. Elle 
prend fa fource du mont Vogefe un peu par 
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L'ARCHEVESCHE' DE RHEIMS. 

deffus la ville de Langres du cofté d'Euronote,& chevefque de Rheims il y en a eu un autre, pour 

après Langres coftoyât plufieures villes & bour- confirmer au Royaume Charles le Simple , l'an 

sades, comme Iainville.S.Defiré, Chaaions.Ha- 892. Vn autre fous Artalde.contre les raviffeurs 

hy, Dormans, Chafteau-Thierry , Se Meaux ; & des biens Ecclefiaftiques. On a tenu auffi en cet- 

recevant les eaux de plufieurs ruifîeaux , comme te ville un faux Synode fous le Roy Hugues, 

du Sault, Bloife , Ourq & Trefme , fe méfie avec contre Arnulphe Archevefque de Rheims , l'an 

la Seine une lieue au deffus de Paris, au pont de 992. Les aftes duquel font rejettez par lean Pa- 

Charenton. L'Ayne,Ayfne,oubien Efne.appel- pe de Rome. Vn autre Synode tenu par le Le- 

lée par Carfar Axona , lequel dit eftre un fleuve gat du Pape l'an 995. Vn autre fous le Pape 

des Gaules Belgiques , au bout des confins de Léon IX, l'an 1099, auquel les Canons & aétes 

ceux de Rheims, prend fa lource dans le Duché font approuvés touchants la Simonie , & le mi 



niftere Ecclefiaftique , & fervice d'Autels , tenus 
& ufurpez par gens feculiers, & mefehantes cou- 
ftumes , exigeans aux portaux des Eglilès , ince- 
ftes , & mariages illicites , les Moines & Clercs, 



nus A 
Rheims. 



deBar.au deffus de Clermont au village Soùilly. 
La Vefle prend fon commencement au terroir 
de Chaalons, & d'Orient coulant par divers vil- 
lages vers le Couchant.à la fin paffànt proche la 

ville de Rheims, fe rend dans PAy ne. Pline faift apoftats,& portans armes, & plufieurs autresvi 

mention fuffifante de ceux de Rheims liv. 4 , ces furent condamnez & anathematifez , & en- 

chap. 17. D'eux vient cefte precieufe toile vul- cor plufieurs Evefques, Comtes, & Seigneurs,in- 

gairement appellée toile de Rheims , laquelle ils feftez de ces vices , furent pareillement excom- 

envoyent en grande abondance par toute la muniez. Vn autre fouzConon contre les inve- 

p rance . ftitures des Laies, ni4.Vn autre a efté tenu fous 

s Mdtsti- ° n a tenu en ce ^ e ^ ue divers Conciles & Sy- Califte 1 1 pour la paix Ecclefiaftique : en laquel- 

'" nodes.Le premier fous S. Remy l'an ji4,dansle- le (comme rapporte Roger aux Annales d'An- 

quel on raconte entr'autres eftre arrivé , qu'un gleterre ) furent nombrées 424 crofles de Pre- 

certainEvefqueArien,grandDiale£r.icien,aflail- lats.y affiliant Louys Roy de France. Orl'Em- 

loit vivement par fes conclufions les Catholi- pereur Henry ne vint pas, comme il avoit pro- 

ques,& remply d'arrogance fit defdain de falué'r mis.mais s'approchant tant feulement reçeut les 

S.Remy, lequel entrait à l'affemblée, & le faindt Légats du Synode , & puis après ceux du Pape 

par cas fortuit paflant proche ledit Arien , il fut Califte 1 1 , afin qu'il renoncerait aux inveftitures 

du tout rendu muet par la feule ombre de ce S. des Eglifes : mais.ayant refufé de les quitter, par 

Perfonnage : & il n'eut le pouvoir de parler , juf- le commun confentement des Pères du Concile 

ques à tant que fe jettant aux pieds de l'Arche- fut excommunié.l'an 1119. On a tenu un autre 

vefque.luy demanda pardon de fon orgueil, & le Concile du temps du Pape Innocent 1 1 , à raifon 

S. luy commandant de confeffer & approuver duSchifme de Pierre Léon l'ani^i. Vn au- 

ladodtrine du Concile,fit incontinent profeffion tre fut tenu par l'Evcfque pour la raifon d'A- 

de la foy Catholiquejcela raconte Hincmarus en bailard , l'an 1 1 40. Vn autre encor par le Pape 

la vie de ce S. Archevefque. On a tenu un autre Eugène III, pour plufieures affaires Ecclefiafti- 

Concile du temps de Charlemagne, pour refor- ques contre les nouvelles Herefies de ce temps, 

merlesEcclefiauiques,l'an 8i3.SouzFulconAr- l'an 1148. 



COMTE' DE RETELOIS. 



LA vraye Picardie contient le Duché de Ti- 
rache, lequel a pour ville capitale Guyfe, 
le Comté & Vidamie d'Amiens,Corby & 
Pequigny: le Comté de Vermandois,fouz lequel 
font Soy ffons, Noyon , S. Quintin , & Laon , & 
auffi le Comté de Retelois. Le Comté deRete- 
lois eft fîtué entre ceux de Rheims , les Lor- 
rains, & Barrais. La principale ville eft Retel affi- 
fe fur l'Ayne. Elle eft efloignée de Sedan de neuf 
lieues de France , & de la ville de Rheims fept : 
elle a un pont fur l'Ayfne : fes villages plus re- 
nommez fontPargny,Nauvy,Bretoncour,Cor- 



ny,Auboncour,Mefmont,Vnaumont, Villers le 
Tourneux, Iandun, Marqueny, &c. Ce pays ne 
cède aucunement à quelconque province de 
France, tant en fertilité du terroir , comme auffi 
en douceur & bonté de l'air. Outre la ville prin- 
cipale eft encor une autre affez bien munie & 
fortifiée, dite Chafteau Porcien, & au deffus eft 
Attigny , & du cofté gauche Geneville. La 
Champagne a certains Comtez non fubjets i 
luy .comme Ligny, la Motte.Chaalons.Aucunes 
toutesfoisfubjectes , entre lefquels eft le Comté 
de Retelois. 



LA PRINCIPAVTE 

D E S E D 

E T D E 

RAVCOVRT. 



ïo 



A N, 



Su /itua- 
tioti. 




' E dan, auquel eft an- 
nexée la Seigneurie 
fouveraine de Rau- 
court, porte tiltrede 
-principauté; il eft fe- 
paré de la France par 
la Meufejde l'autre co- 
fté il confine le Duché 
de Bouillon ; le refte 
eft borné du territoire 
de Luxenburg. Outre la ville de Sedan, cette 
principauté comprend quelques villages; com- 
me Ievonne , qui eft fitué en une fort plaifante 
vallée, par laquelle pafle un torrent fi rapide que 
non feulement il fait moudre les moulins, mais 
auffi il fait tourner les roues des martinets, où 
l'on fait le fer , il donne auffi des truittes de très- 
bon gouft , qui font prefque auffi grofles que des 
fàulmons, & font fort ailées à prendre, à caulè du 
peu d'eau qu'il y a. Les autres villagesfont Fran- 
cheval , Semange , qui eft au Duc de Nevers , & 
Douzii qui eft proche d'une petite rivière, nom- 
mée Cher , qui fe defcharge dans la Meufe à un 
mille de la ville. 
ù,pyT' 1 Tout: le pays eft montagneux, plein d'arbres 
& de bois , qui fervent grandement aux habi- 
tans, (bit pour baftirdes maifons; foit pour fe 
chauffer en h y ver; foit à faire des charbons pour 
> fondre le fer; car il y a plufieurs riches mines de 

fer , dont on fait les cuiraffes , les heaumes , les 
boucliers , les efpées , & autres telles armes. Du 
cofté de la foreft d'Ardenne il y a des hautes & 
fourcilleufès montagnes , entre lefquelles il y a 
de fort plaifan tes vallées; la plus belle eft celle de 
Querimont, où les arbres font plantez à la ligne; 
les Cerfs & les Chevreaux y font fort frequens, 
les lapins encore plus, elle eft arroufée d'une bel- 
le grofle fource d'eau cryftalline , qui pafle par 
le chafteau, & entre dans la ville, où elle eft 
diftribuée par divers canaux fous terre, & répand 
fon eau non feulement en diverfès places publi- 
ques & carrefours , mais va auffi julques dans les 
maifons particulières. Devant là ville il y a un 
fort beau pont furla Meufe , quife levant des 
eaux , joincl: la ville avec la France , ouvraye- 
ment la fepare ; quand vous l'avez pafle vous dé- 
couvrez une belle plaine , qui s'eftend vers la 
Meule, où il y a de très-bons pafturages. 
D-lhipiiça A vant les guerres civiles , qui ont travaillé la 

aria ville _ O , , ,' n . . . 

ùSedm. France, cette ville de Sedan nelioit pas de grand 
renomjmais comme les Seigneurs de ce territoi- 
france. 



te eftoyent fort affectionnez à la religion refor- 
mée , j|$ recevoyent à bras ouverts tous ceux qui 
s'y retiroyent, comme à un afyle, voyans le mau- 
vais traiétement qu'ils recevoyent en France à 
caufe de la foy dont ils faifoyent profeffionjdonc 
le nombre des habitans de mefme religion allant 
tous les jours croiflant , on jugea à propos d'y 
eftablir premièrement un collège, ou efcole tri- Liait,,?. 
viale pour l'inftruftion de la jeunefle ; puis on y 
drefla une Académie , comme eftant ce lieu fort t-'Amie- 
propre pour les Mufes , on commença d'y enfei- ""■ 
gner non feulement les langues , mais auffi la 
Théologie, la Iurifprudence , & la Philofophie, 
& on fit venir de toutes parts , de treshabiles 
profeffeurs.entre autres Daniel Tilenus Sileficn, SnTvof-f 
profeffeur en Théologie , renommé par fes ef-/"*"'""* 
cripts; Defiderius Heraldus Iurifconfulte, pro-^"' 
fefleur de la langue Grecque , il fut après Advo- 
catau Parlement de Paris ; Samuel Neranus, 
homme fort meflé en toutes facultez , qui a auffi 
enfeigné le Grec avec grande réputation; Alber- 
tus Huttenus autant recommandable pour fâ 
pieté que pour fon érudition , profefleur de la 
langue Hébraïque, puis il fut miniftreen Hol- 
lande, le ne puis omettre André Melvin, auquel 
le Duc de Bouillon , à caufe qu'il eftoit homme 
de grand renom ; obtint eflargiflement du Roy 
d'Angleterre, qui le tenoit prilonnier , & laques 
Capel, lequel y a exercé la charge de pafteur, & 
après avoir quelque temps enfeigné l'Hébreu, 
eut une chaire du Théologie. 

L'an 1611 on commença à y drefler uneBi--k» t&ti* 
bliotheque par la libéralité du Duc de Bouillon, ,l " v "' 
la quelle fut dans peu de temps meublée , & gar- 
nie de divers livres de toute forte de facultez, 
par le bon fbing de M r . Iuftel Iurifconfulte, Se- 
crétaire du Prince , & grand protecteur des Jet-» 
très, & des hommes lettrez. 

Les habitans font courtois , foigneux, indu- stskéi* 
ftrieux, diligents, partie artifans , partie mar-'*"- 
chands. Les plus excellens de tous font les armu- 
riers , qui font toute forte d'armure , des cuiraf- 
fes, des plaftrons , des heaumes , de très bons pi- 
ftolets, & harquebuzes , qui fê débitent par tou- 
te la France; il y a auffi divers ouvriers quitra' 
vaillent en laine ; ils font auffi bien façonnez aux 
armes que des vieux foldats qui ont eAé nourris 
dans les armes. 

Cette ville eft fi proche du bord de la Meu- 
fe , qu'elle fait moudre certains moulins qui font 
dans la concavité d'un fort fur la Meufe. 11 y a 
S deux 



Se» Cha- 
peau. 



Ses Sei- 
gncitrs. 



LA PRINCIPAVTE' DE S E D A N , Sec. 

deux temples dans la ville, l'un vieux, où les Ca- ry de la Tour Vicomte de Turaine, & premier 
tholiques & les Reformez prefehoyent chafeun à Marefchal de France. Ce Prince , lequel eftoic 
leur tour; l'autre nouveau, qui eft en ovale , dans auffi Duc de Bouillon, fit grandement valoir cet- 
Jequel il n'y a que les Reformez , qui prefehent te ville , car il fe faifbit aymer de tous les bour- 
à prêtent, car ils ont laifféle vieil aux Catholi- geois,& habitans,& lesgouvernoit en père pluf- 
ques ; le nouveau a des galleries tout à l'entour, toft qu'en Seigneur ; c'eftoit un perfonnage ve- 
tellement qu'il peut recevoir un grand nombre nerable pour fa debonnaireté & gravité tout 
d'auditeurs, qui peuvent tous voir en facelepre- enfemble , lefquelles ilfçavoit méfier avec une 
dicateur. Prefque toutes les maifons font bafties grande prudence; Il avoit un grand crédit auprès 
de pierre vive, fort dure , taillée des roches qui du Roy Henry i V; il aymoit les armes, & les let- 
font es montagnes voyfînes ; les rués font belles très. C'eft une Seigneurie fouveraine , & qui ne 5 
& larges; & je puis dire que cette ville en mo- relevé de perfonne , le Seigneur eft comme rao-r«. 
deftie des habitans, en probité de meurs,en ma- narque dans (es terres; c'eft à luy de nommer les 
gnificence de baftimens,en commerce, & autres Magiftrats Politiques , & Ecclefiaftiques , il a 
qualitez, eftà préférer à toutes les villes voyfî- droit de battre monnoye, qui eft la marque d'un 
nés. Et à fin que rien ne luy manque,elle eft très- fouverain & abfôlu pouvoir, 
bien fortifiée contre tous les aflàuts de guerre, Elle eft aujourd'huy gouvernée par Elizabeth 
car elle a fès boulevars , & baftions , qui fe ref- de Naffau vefue , fille de Guillaume Prince d'O- 
pondent, &(è défendent l'un l'autre, & font tous range , & de Charlotte de Bourbon, fille du 
entourez d'une forte enceinte de murailles de Duc de Montpenfier : Henry delà Tour Vi- 
pierre taillée tout exprès, laquelle on tire des comte de Turaine l'efpoufa après la mort de 
montagnes voyfînes , & principalement des fof- Charlotte de la Marche. Elle a un fils aujour- 
fez du chafteau , lefquels , a caufe de la quantité d'huy vivant Prince de Sedan , & Duc de Bouil- 
de pierres qu'on en tire tous les jours, font fi pro- Ion, qui porte les armes pour M", les Eftats fous 
fonds qu'ils femblent des aby fines. Du cofté que le Prince d'Orange (on oncle, & commande une 
les montagnes font proches de la ville , il y a un compagnie de Cavalerie , & Ce rend parfait imi- 
fort ou chafteau, qui va montant de peu à peu; il tateùr de fbn père. 

Les armes de la maifon delà Tour font d'azur 
à la Tour d'argent maftbnnée de fable, l'Efcu fe- 
mé de fleurs de Lys d'or, elcartele d'or à trois 
bandes de gueulles , & fur le tout d'or au goufa- 



eftgrand,fort,& tellement flanqué de fès boule 
vars , que les montagnes prochaines ne luy fçau 
roient nuire en temps de fiege;fes foflez font d'u 
ne énorme profondeur ; il eft bien fourni d'ar 



mes.de canon, & de tout l'appareil de guerre : le non de gueulles à la bordure de fynople. Les an- 
Prince de Sedan y fait fa demeure ordinaire. ciennes armes de cefte maifon n'avoyent autre 
Cette Seigneurie eftoit tenue comme heredi- charge que la Tour cy-deffus blafonnée ; Guil- 
taireparlesSeigneursdelaMarche.&audefaut laumedela Tourfut lepremier, quiportafon 
d'hoirs mafles elle vint par dévolu à Charlotte Efcu femé de France, parodroydu RoyPhi- 
de la Marche, qui fut donnée en mariage à Hen- lippes vi. 




LA LORRAINE. 




_ E Duché de Lorraine 
* du cofté du Levant eft 
borné de l'Alfàce ; de- 
vers le Midy , de la 
Bourgogne ; du cofté 
du Couchant , de la 
Champagne , & des 
montagnes des Suif- 
fes ; du Nord il a les 
montagnes & les bois 
du Duché de Luxemburg.qui regardent la Flan- 
L'ongw dre > & comprend le pays de Mets , & 
itfimmm. de Toul. Il s'appelle en latin Lotharingia du nom 
de Lothaire petit fils de Charlemagne, car au- 
paravant on le nommoit Auftrafia. Car l'Em- 
pereur Charlemagne ayant commandé à la 
France , & à l'Allemagne , les laiffa toutes deux 
aies fuccefleurs , qui les tindrent jufques à l'Em- 
pereur Otton, lequel au défaut d'hoirs malles de 
la race de Charlemagne, de Duc de Saxe qu'il ef- 
toit, fut fait Empereur des Romains, & attira à 
l'Empire la Lorraine , & la Bourgogne, ce qui 
fut confirmé par Otton (ccond , en telle façon 
toutesfois qu'ayant laifle la Lorraine à Charles 
frère de Lothaire Roy de France , il en donna 
une bonne partie à l'Eglife de Cologne , &de 
Liège; 8c voulut qu'Anvers fuft Marquifatde 
PEmpire,car auparavant le Brabant eftoit joinét 
à la Lorraine. A Charles fuccederent Otthon 
(du temps du quel la Lorraine fut (êparé de l'Al- 
fàce) Godefroyd'Ardenne, Godefroy II , Go- 
defroy III furaommé le Boffu , après la mort 
duquel , l'Empereur Henry I V donna le Duché 
de Lorraine à (on fils Conrad ; mais après il re- 
tourna à la mefme famille qui le tenoit aupara- 
vant, & vint à Godefroy ! V qui fut Roy de Hie- 
rufalem, lequel le laiffa à Baudoin, & celuy-cy à 
Euftathius. Apres, l'Empereur Henry V donna 
ce Duché a Guillaume Comte de Lovain, auquel 
fucceda Theodoric , fous lequel tout le Brabant 
fut fêparé de la Lorraine. D'où il appert qu'au- 
trefois le domaine de ce Duché eftoit fort am- 
Li MMn/ple, car il comprenoit tout ce qui eft entre le 
Antmoir. Rhem,I'Efoault,& le montVogelë, qu'on nom- 
me communément le mont des faucilles, & il ef- 
toit divifé en la haute & baffe Lorraine.La baffe 
comprenoit le Brabant , l'Hafbanie , ou Comté 
de la Mofelle , Geldre , & Cleve : la haute avoit 
l'Evefché de Liege,Luxemburg,Limburg,leDu- 
ché de la Mofelle.le Palatinat du Saur.la contrée 
d'Ober Rhingaw, & tout ce pays que nous ap- 
pelions aujourd'huy proprement Lorraine; le- 
quel eft abondant en troupeaux , fertile en frou- 
ment&envin; il y a auffï des viviers , des bois, 
des bains, des falines , des mines de fer , plomb, 
eftain,& argent , il s'y trouve encore des pierre s 
Sa rhit- precieufês.entre autres des calcedoines.il y a plu- 
'"■ fieurs rivières , entre autres la Meufe,la Mofelle, 

l» M,„fi. ] a Murthe, & le Sar. La Meufe fort du mont Vo- 



gefe en Allace, quePtolemée appelle Iurafftu,eU 
le pafle par les frontières de Neufchaftel, qui eft 
une ville fort plaifante,& en bon air; cette riviè- 
re fopare de ce cofté la Lorraine d'avec le Du- 
ché de Bar, puis elles'cfpancheparlepaysde 
Liège ; auprès de Goixom elle reçoit le Wael, 8c 
auprès de Dordrecht le Lee & l'Ifel , de là elle 
paflè devant Rotterdam & Vlaerdinge , & au- ^ MtfH* 
près de Briel elle fe defeharge dans l'Océan par *■ 
une grande emboUcheure.La Mofelle a (à fource 
entre le Levant 8c le Midy, non gueres loing de 
Remiremont,où il y a un noble monaftere de da- 
moylèlles, tresbien rente; de là elle prend fon 
cours, avec une grande roideur, versEfpinal, 
Charmes,Toul,& Metsjpuis elle s'en Vapafler à 
Trêves, & à Confluence, où elle fe jette dans le 
Rheinjc'eftunc rivière fort claire, pure, & poif- 
fônneufe. Aufone en parle quand il dit : 

Te fontes civique lactu,te urula nofeent 
flumina : te veteres, pagorumgloria, luci i 
Te Drntta, te /parfis incerta Druentia ripis, 
Alpinique cotent flicpiï'4uplkemqueptrurbem 
Gjui meat,& dextr& Rbodamu dût nomina tip<e. 
Te (lagnis ego cœru!eis,magnumque Jonoris 
Amnibus,œquore<e te commendaboGarumnx, 

1 La Mur* 

La Murthe fort de la vallée de Deodat , où eft'*'- 
auffi la fontaine de Godlebert , qui a une fouve- 
raine vettu contre plusieurs fortes de maladies. - 
delà elle pafle devant la ville deDeodat,puis elle 
va à Ravone,& àLuneville, qui font deux fortes 
places, tousjours preftes àfouftenir un affàut; de 
la à Nancy , & après elle fê va rendre à la Mofel- 
le. En la vallée du mont Vogefe , ou de la Voge 
il y a des fontaines , où l'on trouve fi 
grande quantité de pierres pretieufes , & de 
perles,qu'ons'en fert par toute l'Allemagne plus 
que d'aucunes autres , les lapidaires & jouaillers 
les prifent plus que les Indiennes & Otientales. 
Ortelius rapporte qu'il a veu,chez le gouverneur 
de Dole, une Calcédoine de Lorraine fi groffe 
qu'on la creufa pour en faire une couppe. Il y a 
auflî en Lorraine un lac, qui a quelques milles de 
circuit,où l'on prend des carpes de trois pieds de 
long , & fi favoureufes que celles des autres pays 
n'en approchent point.LeDuc de Lorraine tire 
delapefchedecelaCjdetroisentroisans.ioooOjTjSa,. 
francs. Le Sar a fa fource afles proche de Salm, 
c'eft la plus grande de toutes les rivières qui fe 
rendent dans la Mofelle , elle pafle par les villes 
de Sarbourg , Feneftrange , Sar-werden, Sar-al- 
ben, Guemund,Sar-pruck,Wa!derfang,& quel- 
ques autres, puis au pied des murailles de la ville 
de Trêves elle Ce rencontre avec la Mofelle, non 
gueres loing de Konterbruck. Aufone en parle 
en fa Mofelle. Outre ces quatre principales ri- 
vières il y en a quelques autres, comme Voloye, 
qui porte les perles , & entre dans la Mofelle à M „^'~ 
Charmeny : la rivière de Mortaigne fe mefle a-^w. 
T vec 



-i — - 



LOTHARINGIA DVCATVS; VuU LORRAINE t 




Sytk. 



Nide. 



N,tncy 
frfctropo: 



LA L O R 

vecla Murthe,prés d'un village de mefme nom. 
La Seylle fe rencontre avec la mefme rivière 
près de la ville de Mets,elle fort du lac de Linder 
qui donne le fel, & le poiflbn en quantité. La ri- 
vière de Nide eft doublera plus Orientale appar- 
tient à l'Allemagne , & la plus Occidentale à la 
France , elles fe rencontrent au village de Nor- 
thern,& à deux milles au deflbus de l'Abbaye de 
Baffon-ville elle fe rend dans le Sar. 

Le Ducbé de Lorraine , tel qu'il eft aujourd'- 
huy, a pour fa métropolitaine la ville de Nancy, 
qui eft affes petite, mais bien fituée en une plaine 
fort plaifante , elle eft quarrée.les Ducs de Lor- 
raine y ont leur palais qui eft très magnifique. 
Tout joignât eft l'Eglife de S. George,où fe voy- 
oit autrefois le fepulchre deCharles leHardy Duc 
de Bourgogne, lequel fut tué en bataille par les 
SuifTes& Lorrains au moys delanvier de l'an 
i477:Boifot, trompette de l'ordre delaToi- 
fon d'or,transfera folemnellement fes cendres de 
là à Luxemburg, par commandement de Char- 
les vfon arrière nepveu, au moys d'Octobre l'an 
i j 50;bien toft après MarieReyne de Hongrie les 
fit tranfporter à Bruges. Il y a en cette mefmeE- 
glife quelques tombeaux des Ducs de-Lorraine, 
fans infcription , ou epitaphe , non plus que dans 
les autres Eglifes où ils n'ont aucun lieu afleuré 
qui foit affecté à leur fepulture.Les derniersDucs 
pour la plus part font enterrez dans l'Eglife de S. 
Françoys , qui eft à l'autre cofté du palais , là fe 
void pareillement le fepulchre tresauguftede 
René , qui vainquit Charles Duc de Bourgogne; 
celuy du Duc Antoine,& de Françoys fon fils, & 
celuy de Claude de Valois femme du Duc Char- 
les,^: fille de Henry 1 1 Roy de France. La rivière 
de Murthe pafle devant la ville de Nancy , & fe 
va rendre dans la Mo/elle de là à trois milles, un 
peu par deffus le chafteau de Candei. 11 y a dans 
Nancy un arfenal très bien garni de canon. Près 
deNancy fe void le lieu où fut tuéCharles leHar- 
dy, auprès d'un ruifféau , lequel comme il vou- 
loir, paffer pour fefauver, fes troupes ayans desja 
efté taillées en pièces , il fut tué par ceux qui le 
Rt'.h de U pourfuivoyent , voicy Fhiftoire: L'an 1474 il y 
eut guerre entreCbarfes le Hardy Duc de Bour- 
gogne, & les Suides, partie à caufe qu'ils avoyent 
eu part à la mort de Pierre d'Hagenbach, partie 
pource que l'Empereur Sigifmond s'eftoit fervi 
d'eux pour recouvrer les provinces d'Alface, & 
de Sungoie , que Charles s'efforçoit de retenir. 
Comme donc il alloit contre les Suides , partant 
par la Lorraine , il attaqua la ville de Nancy , & 
la prit, de là prenant fa route par la haute Bour- 



mort de 

Charlel le 

Hndj. 



R A î N E. 
pès, & faict une recreuë , fe refolut d'affîeger la 
ville de Murfe, aujourd'huy Efleck , qui eft dans 
le territoire de Bern. Les Suiflesfejoignansà 
René Duc de Lorraine, fur lequel les Bourgui- 
gnons avoyent gaigné Nancy , vainquirent 
Charles, & le contraignirent de s'enfuir. lien 
demeura de l'armée de Charles feize mille hom- 
mes fur la place. Charles ne perdit point coura- 
ge pourtant, ains refit fon armée, refolu de don- 
ner une troifiefme attaque à fon enrtemy ; il mit 
donc le fiege au cœurdel'hyver devant la ville 
deNancy, que René Duc de Lorraine avoit re- 
prife. Mais le dit René la fecourut avec une ar- 
mée de Suiffes , Françoys, & Alemans, de forte 
que les Bourguignons furent contraints de le- 
ver le fiege, & gaigner au pied , les ennemys les 
pourfuivirent, & en tuèrent les uns, & emmenè- 
rent les autres prifonniers , quelques uns furent 
noyez. Charles en fuyant tomba de fon cheval, 
& fut bleflé de trois coups. Plufieurs (ôubçon- 
nerentde trahifon le ComteCampobaffb Italien 
qui commandoit l'aide droite de l'avantgarde, 
car il fe revolta,& fe rendit à l'ennemy avec 400 
Italiens, fe joignant aux Allemans,mais cette lâ- 
cheté leur defpleut tellement, qu'ils ne le voulu- 
rent recevoir, difàns qu'ils ne vouloycnt point 
de traiftres en leur compagnie : le corps de 
Charles demeura quelque temps caché dans la 
neige,on fit courir divers bruits.les uns difoyent 
qu'il avoit efté mené prifonnier au Roy de Fran- 
ce; les autres , qu'il s'en eftoit fui,& s'eftoit caché 
dans quelque monaftere d'Allemagne.Il fe trou- 
va aufïï à Spire un certain homme de Bruxelle, 
qui refïembloit tellement au Duc Charles que 
plufieurs fouftenoient que c'eftoit luy , nonob- 
ftant qu'il proteftaft du contraire, & cela dura 
jufques à ce que les neiges eftans fonduës,le corps 
de Charles fut trouvé, mais tellement défiguré 
de fes playes, du froid, & de la neige.q'uà grand 
peine fut il recognu, & porté à Nancy . 

A deux milles de Nancy, du cofté du Levant, 
eft la ville de S. Nicolas ; fur la rivière de Mur- 
the, en une plaine fort fertile: l'Eglife n'eft pas 
des plus anciennes, fi eft elle fort grande, & haute 
à proportion. Les piliers qui fouftiennent la voû- 
te font fi grands,& fi menus,qu'on jugeroit à les 
voir qu'ils ne font affes forts pour porter un tel 
fardeau. Il y a deux tours, en l'une defquelles eft 
la devife de Charles Cardinal de Lorraine, Evef- 
que de Mets , & Prieur de cette Eglife ; c'eft une 
efguille, ou obelifque , qui fe void fur le faifté de 
la tour, avec unlierre rampant,& ce mot, Te fian- 
te virebo, c'eft à dire, Tandis que tu feras fur pied 



S, Nicofds. 



gogne il alla en Savoye ; & prit deux chafteaux je feray verdoyant : on monftre dans cette Egli- 



Jires de Granfe, & fit pendre à des arbres tous 
es foldats Allemans de la garnifon, qui eftoyent 
au nombre de 500. Les Suifîes donnèrent une 
bataille contre les Bourguignons , dont la vi- 
ctoire leur demeura,& mirent Charles en fuite, 
le chaffans de fon camp , & firent un butin de 
3000000 efcus. Charles ayant r'allié fes trou- 



fe un doigt, qu'on tient eftre de S. Nicolas Evef- 
que deMyrevilledeLycie , dont il eftoit natif, 
enchafTé dans de l'or , richement eftoffé de plu- 
fieurs pierres pretieufes ; d'où eft venue la dévo- 
tion de ce lieu , lequel a efté tellement aggrandi 
par le continuel abord des eftrangers , qu'il fe- 
roit la plus belle ville de Lorraine s'y elle eftoit 

clofe 



la lorraine. u 

clofe de murailles. Il y a grand commerce , les leMidy; Sandacourt à mi-chemin entre Vaude- 

marchands y font fort riches , toutes fortes de mont & la Motte.au terroir deSandov 

^T^^St^**?"?^ ., H T y, !, Roy de France conquiftlavillede 

eit aun m le de Nancy ; Ormes a trois , Bayon Metz.laquelle appartenoit auparavant à I Fmni- 

& Lunev.He un peu d'avantage^ Pont à Mouf- re.le RoJ nomme le Magiftrat ^ prefi d a Tse- 

5 n ' &G « bev '«"«l»«"iChar«nesacin qi Cha. nat de la ville. Le Tribunal de Us ou c«de 

ftenoy.Moranges.&VaucouIeuràfix; Maxen Iuftice, adansfon refTort trois Evefhe qfi de- 

fcuzBreffeun peu plus ;Dompierre,Deneure, pendent de I'Archevefché de Trêve à £vok 

Belemont,Neuf-Chafteau,Mugftat,Marchain. jadis trois Comtez. Non gueresloinp de Mets, 

rn.nî^l^ r r UyereS ' D , arne , y * "^ *"", d ' Un Vllla g e nommé love - ™ ™d dans la 
Ormont Walderfing.Beaurains a dix ; Vaigny à Mofelledes vertiges d'un ancien aqueduc,duquel 
treize; lEftray a Quatorze. Divams en fon Itinéraire parle ainfi: Surceche- 

u, cm- . Les Comtez de Lorraine font Vaudemont à min, dit-il , on rencontre un village nommé Io- 
* 17 SS y ' ? TU maiD dr ° itte r ,emre le P ied dcs montagnes & la Mofelle.où 
ilriî! -S' /t my > i?? aC V£™ n - ''""«dlcsreftesdunaqulduclequeliadiscon. 
ce a fept milles de Mets vers le M.dy, c'efto.t an- joigno.t les deux montages qui font fur le bord 
cennement ^Chancellerie de Lorra.ne.comme de la Mofelle.on en void encor plufieurs arcades 
tefmo.gnent les Archives que Rozier a mis au de pierre blanche taillée en mode de brique , on 
jour ; Richecourt près du lac de la Garde , d'où en void encor d'autres femblables fur l'autre ri- 
fort une nv.ereqmfe va rencontrer avec la Mur- ve:leshabitans afteuroient , qu'encor aujour- 
the.entre S Nicolas & Rofieres; Remiremont à d'huy il y a une fontaine en cet endroit, mais ils 
main gauche de la Mofelle , qui fait la une Ifle à croyoient que les arcades avoient autresfois fer- 

1 endroit le plus Méridional de la Lorraine ; le vy à un pont, & difoient que fur la cime de la 
Moine Aimoinus met icy le fort de Rumaric. montagne, il y avoit eu des plus petites arcades, 
Non guère loing de la on void les montagnes de lefquelles fembloient tirer vers la ville de Mets 
l'Eftray & V agny La Mote eft fur une rivière , qui en eft elloignée d'un mille : ces arcades joi- 
qui le rend dans la Meufe ; là eftauffi le territoire gnant la rive ont environ foixante pieds de haut 
de Sanftoy II y a encore quelques Comtez de d'où l'on peut conjecturer quelle devoir avoir 
1 Empire, a fçavoir Salme, Kirckinge , & Blanc- efté la grandeur de tout l'ouvrage, & la hauteur 
mont , ou fe void un vieil chafteau fort grand & des arcades qui eftoient dans la rivière , dont il 
magnifique , auquel eft conjoint le nouveau Pa- ne paroift plus aucun vertige. Les mefmes habi- 
laisduDuc, d'une belle ftrufture. Leshabitans tans nous racontoient que le deffus des Arcades 
vacquent à l'Agriculture. eftoit plat , & enduit de ciment rouge, & qu'au 

La Baronrue de Nomeny eftàmaindroitte milieu il y avoit une petite logette ouverte des 
de la rivière de la Selle.à trois mille de Mets vers deux coftez:il y a del'apparence que c'eftoit une 
leMidy. partie du toift qui couvrait le canal. 
Us Sd- Voicy fes Seigneuries ; Marfal à main gauche Le Barrois va avec la Lorraine , il s'eftend juf- 
- de la Selle , près du lac Linder, où il y a une Ifle qu'à Neuf-Chaftel.Bar le Duc en eft la capitale, 
avec la ville Techenful; Remereville à trois mil- ainfi nommée pour la diftinguer de Bar fur Sei- 
les de Nancy ; S. Bellemont tout autant; Ram- ne , & de Bar fur Aulbe. La Motte, Ligny , Ar- 
berville à droitte de la rivière de Mortaigne, que, & quelques autres font de petites villes, 
nongueresloingdefafource, làoùeft laforeft Commercy & VaucouleurfontfurlaMeufe,& 
de Mortaigne; Rofieres fur la Murthe près de S. appartiennent partie à la France , partie au Bar- 
Nicolas, a deux milles de Nancy. Hombourgà rois. François Roze a fait un affez gros volume 
une grande lieuë de la ville de Sarbreck,fur la ri- des armes des Ducs de Lorraine , & de leurs ex- 
viere qui le joinét avec le Sar;Mariemont eft fur ploits de guerre, 
une montagne à un mille du lac de Linder , vers 

France. V 



fnemiiï. 



M 



S. 




A Cité de Met S ap- S. Clément, & celle de S. Arnold, afin qu'elles 
partenoit ancienne- n'empefchaffent de défendre la ville. Auquel 
ment à la Gaule Belgî- temps le Duc de Guife, à qui le Roy de France a- 
que, puis elle fut de la voitdonnélegouvernementdelaville,donnaun 
Germanie, comme ef- bel exemple de pieté: car il tranfporta de l'Egliie 
crit Celtes au livre 3 de S. Arnold en un autre Eglife , en grand pom- 
de les Odes: Antonin pe , comme fi c'eufTent efté des obfeques Roya- 
appelle ceux de Mets les,les corps de Louys le Pieux fils de Charlema- 
Metenfes. Marcellin au gne,& de fa femme Hildegarde,& d'Aleida Dro- 
livre 16 Mediomatrices. gon jadis Archevelque de Mets, & fils naturel de 
Rodolphe Agricola en Ces Epiftres dit , que c'eft Charlemagne.de Vitron Duc de Lorraine, d'A- 
une des villes plus renommées de Lorraine, & malrad Archevefque de Trêves , & Chancelier 
adjoufte, qu'elle eft forte d'affiette. Strabon au de Charlemague; ces corps, dis-je,avec ceux de 
livre 8, Pline au livre 4, chap. 17, & Cxfar, l'ap- quelques autres perfonnes Illuftres furent tranf- 
pellent Mediotnotrica,8c la mettent en GaulejPto- portez, avec un appareil du tout Royal , en l'E- 
lemée au livre 1 la nomme Dividurum.Marlhn la glife des frères Prefcheurs ; la ville de Mets fouf- 
met en Flandres entre les villes du pays de Tre- tint ce fiege fi vaillamment, que l'Empereur 
ves. Charles V, fut contraint de lever le fiege , & le 
Eoripnt Quant à fon nom , quelques-uns difent qu'il retirer fans rien faire, on dit, auiTî que la rigueur 
fin »m. v j en t j e ce qu'elle e ft au milieu entre Toul.Ver- de l'hyver , & la contagion qui s'eftoit mife dans 
dun & Treves.L'es autres tirent fon nom de Me- 
tiusRomain,& difent que Iule Caefarla prit,qu'il 
l'aggrandit,& qu'il l'entoura de murailles.de fof- 
fèz,& debaftions;mais la Cofmographie de Pto- 
lemée renverfè cette opinion,car parlant du pays 



le campde l'Empereur,luy fit un grand demma- 
gejcar on trouva dans le camp,des loldats morts, 
chargez de bois , & appuyez fur des baftons , & 
d'autres en diverfespoftures,comme s'ils eufTent 
efté encor vivans. Pour faire court, je ne diray 



de Mets.il dit que fa ville capitale s'appelloit Di- mot des calamitez & miferes qu'elle a fbuffertes 
fodurum, d'où il appert que ce nom de Métis luy a des François & Allemands,ny des conteftes.qu'il 
efté donné long-temps après Cxlàr. Certes il ap- y a eu entre les Princes touchant la poffeffion de 
pert affez par les hiftoires que ce nom de Métis a cette villejny commet l'Empereur Frédéric la fit 
efté incognu aux Romains, tandis qu'ilsont tenu l'une des quatre villes de l'Empire , & pourquoy 
ce pays,&quil n'y en avoit point d'autre que ce- à prefent elle ne Peftplus. le neveux non plus 
luy de Mediomatrices. Son domaine eftoitjadis parler de cette grande fomme de deniers.avec la- 
fort ample, car dans les limites de ce pays eftoit quelle les habitans l'achetèrent de l'Evefque, ny 
compris tout ce qui eftoit de l'Auftrafie. L'ad- de ce fiege, dont elle fut fort preffée par le Duc 
miniftration du Royaume de France eftoit an- de Lorraine.du temps de Charles VI,qui la remit 
ciennemétdiviféeenl'Auftrafie,Neuftrafie,&le en liberté. S. Clément a efté le premier Apo- 
Royaume de Soiflbns ; & d'autant que la ville de ftre de Mers,qui leur a annoncé PEuangile , & la 
Trêves eftoit accueillie de beaucoup de calami- Religion Chreftienne ; ce n'a pas efté le Pape 
tez, dont à peine fe peut-elle relever long-temps Clement,mais fon oncle, comme plufieurs eferi- 
apres.de la vint quela ville de Mets fut faite la ca- ventdequel eftant envoyé de S.Pierre en France 
pitale de l'Auftrafie , comme Paris l'eftoit de la pour y prefeher la Foy de Iefus Chrift, défricha 
Neuftrafie.C'eft une grande ville.opulente.forte toute la Lorraine & le pays de Mets , en arra- 
& une des principales de laGaule Belgiquejelle eft chant le culte & fervice des faux dieux,& y bafti t 
arrouféedelaMofelIe,&delaSeyle;ièsbaftimëts plufieurs Eglifes & Chapelles, à l'honneur du 
tant publics que particuliers , & principalement ieul vray Dieu vivant , & fut le premier Evefque 
fes Eglifes font magnifiquesjtoutesfois cette ville de Mets: la première Eglife qu'il y drefïa.fut cel- 
a beaucoup perdu de fa beauté depuis le fiege de le de S. Eftienne , qui eft aujourd'huy la Cathe- 
l'Empereur Charles V , car les habitans abbati- drale ; elle fut feule prefervée de l'embrafement 
rent les maifons proches de la ville, & les faux- des Huns, par une finguliere faveur du Ciel, de- 
bourgs , de peur qu'ils ne ferviffent de retraitte à puis cet Evefque jufques au Cardinal de Guife on 
l'ennemy pour fe retirer, comme auffi ils furent compte odtante & un Evefques. Quant à ce qui 
contraints de démolir les bellesEglifes.qm eftoi- regarde le gouvernement politique de cette vir- 
ent proches des murailles , comme l'Abbaye de le, vous le pourrez voir ailleurs. 



LES BOVRGOGNES. 



2 3 




E S curieux recher- 
cheurs d'antiquitez , 
| nous affirment, que les 
' Bourguignons (ont de- 
i fcendus des Wandales 
Se Goths Septentrio- 
naux , lefquels envi- 
ron l'an de grâce 108 
eftans chaffez de leurs 
demeures, font venus 
en grand nombre en cette partie de Germanie, 
laquelle pour lors fè nommoit Akmannia, Se pour 
eftre voifine du Rhein ne cedoit en fertilité à au- 
cune Province delà Germanie, & combattans 
long-temps avec divers fiiccez contre ceux du 
pays.ont à la fin impetré par la courtoifie des ha- 
bitans , ce qu'ils n'avoient fceu avoir par force, à 
fçavoirde s'habituer à ces coftez d'Allemagne, 
là où eft maintenant le Palatinat Se le Marquifat 
de Bade. Quelques Autheurs eftiment , qu'ils 
font appeliez du nom Burgus , c'eftàdire camp, 
d'autant qu'en la baffe Allemagne leurs confins 
& limites eftoient de la façon de celles des camps 
& armées. Les autres eftiment ce nom eftre dé- 
rivé de ce qu'ils fichoient & accommodoient 
leurs demeures à la façon des Septentrionaux, & 
par ainfi furent appeliez des Allemands Bourg 
woonders, laquelle diàion les François , accouftu- 
mez aux langues Latines & Allemandes cor- 
rompuës,les ont dit Bourgonders,faifans de deux 
mots un , en changeant quelques lettres : Et ap- 
portent pour raifon, que les Allemands (comme 
tefmoignent Caefar Se Tacite) n'eurent aucunes 
villes, mais demeuroient en des villages & bour- 
gades bien proches les uns aux autres, lefquels ils 
nommoientB<wge«,d'où vient le mot bour ou buir, 
qui fîgnifie voifin. Ceux qui penfènt que la di- 
ction Bourgons eft dérivée du langage des anciens 
Scytes ou Tartares , comme font les Lombards, 
Gepides, Wandales, &c. eftiment chofes très- 
incertaines. Pierre de S.Iulien fait dériver ce mot 
Burgundia d'une certaine place nomméeBcHî-ogwe, 
fituée au territoire de Langres. Les Bourgui- 
gnons du temps pafle avoient des Roys tres- 
puiflants , lefquels commandoient à une grande 
partie de laFrance. L'an 1010, Rudolphe beau- 
fils de l'Empereur Conrad, eftoit Roy de Bour- 
gogne , auquel a fuccedé Henry fils dudit Con- 
rad. En ce temps le Royaume de Bourgogne 
comprenoit enfemble les Sequanois , la haute 
Bourgogne, Savoye , Dauphiné , & le territoire 
d'Arles: ce pourquoy le fiege Royal tantoft eftoit 
à Arles , tantoft à Orléans. Du depuis Theobal- 
de mourant fans enfans , le Royaume efcheut à 
Clotaire Roy de France, & ainfi demeura juf- 
ques à prefent annexé au Royaume de France. 

Ce Royaume fut environ l'an 1 1 36 departy en 
deux,à fçavoir enDuché & ComtéJe Duché plus 
France. 



vers le couchant eft la baffe Bourgogne tf Royale, 
l'autre vers le levant eft la haute i? Impériale. 

LE D V C H E'. 

LE Duché de Bourgogne eft borné du co« 
fté d'Orient delà Savoye & de la Fran- 
che Comté , au Midy du Lyonnois , au 
Couchant du Nivernois & Bourbonnois, &au 
Nord de la Champagne. Charles va eu de gran- 
des querelles Se difputes avec Henry Roy de 
France pour la poffeffîon de ce Duché,lefquelles 
on peut voir & cognoiftre en PHiftoire Belgique 
de Pierre Merulalib. 6. Anciennement les Ma- 
nubiï Se Edui ont habité ce pays , defquels Cxfar 
fait mention , & de leur temps eftoient deux vil- 
les tres-floriflantes , àfçavoirAlexia, tellement 
anéantie, qu'à prefent n'y paroift aucune remar- 
que, tant feulement un village, lequel a retenu 
quelque peu de fon nom, àfçavoirvl/ï^e: l'autre 
très-grande Se riche, laquelle fe difoit Bibracle. 

La capitale de ce Duché pour le jourd'huy eft 
Dijon. Elle fut baftie , ou pluftoit r'acommodée 
& amplifiée par l'Empereur Aurelian; on croie 
qu'elle prit fon nom des Dieux, lefquels en grand 
nombre on adoroit en cette ville: c'eftlaplus 
belle Se plus plaifante place de toute la Bourgo- 
gne, fituée fur l'Oufche, rivière fort poiffonneu- 
fe, en un terroir fort fertil en grains , & les mon- 
tagnes en vin. Elle eft fortifiée non fouleraenc 
de nature , mais auffi de murailles & plufieurs 
autres ouvrages. De deux coftez elle eft ferrée 
par l'Oufche , Se la rivière Sufon , lefquelles co- 
ftoyent fes murailles ; le Sufon eftant rapide Se 
véhément gafte fouventesfois la ville de fes inon- 
dations; l'autre coulant doucement, donne toute 
forte de commoditez à la ville : Les murailles 
font de bonne hauteur & defenfè , fortifiées de 
tours & boulevarts.il y a fouz le cloiftre de fainct 
Bénigne, lequel a efté fondé de Grégoire Evef- 
que de Langres , une grande caverne , laquelle a 
des cachots & cifternes, là où on dit que S. Béni- 
gne fe retiroit, lors qu'il convertifloit le peu- 
ple encore payen & idolâtre au Chriftianifme. 
En cette ville eft le fiege Iudicial ou Parlement, 
là où ceux du pays décident leurs procez & diffe- 
rens. Celuy qui eft efleu à l'eftat de Mayeur delà 
ville , a plutoft une grofle charge qu'honneur, 
c'eft pourquoy il faut que l'Efleu & defigné, boa 
gré ou mal gré , fafle ferment en l'Eglife de la 
Vierge Marie, le Procureur du Royluy difanr. 
premièrement , qu'il fera fidelle au Roy , & gar- 
dera les droits , libertez & privilèges de la ville, 
les defendans contre tous ennemis quels qu'ils 
foient, voire, contre le Roy mefme. 

Cette Duché a deuxEvefchez, l'un d'Authun, 
l'autre de Chalons,lefquels font tous deux extrê- 
mement anciens. Authun a pris fon nom de 
X l'Empe- 



LES B O V 

l'Empereur Augufte , lequel l'a rebaftie & ampli- 
fiée; elle eft fitué furie pied des montagnes, dites 
vulgairement les Monts de Cinis, fur le fleuve Arou; 
ville autresfois extrêmement peuplée & fpacieu- 
fe , & maintenant du tout vuide d'édifices , la- 
quelle du temps paffé dominoit fur une grande 
partie de la France, eftant alliée auxRomains,& 
maintenant reduitte en tel eftat , qu'on ne l'ofe- 
roit quafi égaler aux moindres villettes : Neant- 
moins elle a encores des temples (uperbement 
baftis , le plus grand defquels eft celuy de S. Na- 
zare. En cette ville on void encores beaucoup 
d'antiquitez, comme l'autel de Pluton & Profer- 
pine, les temples de Ianus & de Mars, la monta- 
gne Pbilojia, les maifons de Venus & Cupidon, le 
Théâtre, Capitole,temple d'Apollon, les ftatués, 
colomnes,arcs triomphaux,pieces de monnoyes 
très-anciennes , les montagnes Druydes & Iupi- 
ter, &c. par lefquelles on cognoift que cette ville 
anciennement s'eft voulu égaler à Rome , c'eft 
pourquoy un certain Poète dit à bon droit: 
Celtica Roma dein Doluit , cœpitque vocari. 

En cette ville Magnentius François de nation 
fut couronné Empereur , après qu'on eut mafla- 
cré l'Empereur Conftans. Elle a efté jadis un 
vray réceptacle des fciences & arts libéraux, 
ainfiqu'efcrit Tacite lib. 3 Annalium, que les en- 
fans des principaux Seigneurs François eftudioi- 
ent en cette place. 

Gaballinum ou Caballionum E<fe<o«<*»,vulgairement 
Cbaa/ons fur Saône, nommé patCxfâr Cabilionum, 
eft fituée far la rive droite de la Saône, très-pro- 
pre pour Je trafic , à caufe qu'on apporte avec 
grande facilité toutes chofes neceflaires parla 
Saône: ce pourquoy Carfarl'avoitchoifiepour 
fon magazin , d'où il tiroit toute la provifion 
pour fon armée logée en divers lieux circonvoi- 
fins. Les fondements tefmoignent que du temps 
pafTé elle eftoit bien plus grande. On a autres- 
fois tenu uDSynode en cette ville, & ce du temps 
de Clovis Roy de France. Gunthrannus Duc 
d'Orléans , fils de Clotaire 1 , & frère de Chere- 
bert Roys de France, a choifi cette place pour fa 
demeure ordinaire, lequel l'a ornée grandement 
d'édifices fort beaux &fuperbes, fon corps gift 
enterré au cloiftre S. Marcel ; Mais au contraire 
Clotaire fils de l'Empereur Louys le Dévot , la 
ruina avec quatre faux-bourgs, lors qu'il fut chaf- 
fé d'Italie , les Princes & plus grands de l'Empire 
retirant fon père du cloiftre, pour derechef gou- 
verner : & gafta cette ville de la façon , à raifon 
de la grande haine qu'il portoit à Anfelme Com- 
te deChalons. L'Eglife principale jadis dédiée à 
S. Eftienne, maintenant à S. Vincent, d'autant 
que Chilberti apporta les reliques de cefàinâ: 
en cette meftne Eglife. Il y a encore un temple 
dédié à S. George , duquel on raconte que du 
temps de la vaftation de la ville faite par Clotai- 
re , il ne fut pofîîble de la gafter ou deftruire , ny 
par feu, ny par inftrument de guerre. Autresfois 
il y avoit deux foires en ladite ville, lefquelles du- 



R G O G N E S. 

roient un mois entier, l'une nommée Brandon, 
l'autre du mois d'Aouft : lefquelles la ville eftanc 
du tout ruiné, furent premièrement tranfportées 
à Genève, en ce temps du Royaume de Bourgo- 
gne, & depuis en la ville de Lyon, là où elles font 
encor pour le prefent : neantmoins Chalons re- 
tient les immunitez & droits , lefquels elle fou- 
loit avoir durant lefdites foires : car le Magiftrat 
de cette ville s'attribue le nom de Maiftrc des 
foires & marchez, & du temps des foires nuls 
Officiers, ou du Roy, ou d'autre, ne peuventar- 
refter un homme, ny mefme fes biens. Pour le 
jourd'huy la moitié de la ville appartient à l'E- 
vefque, & l'autre partie au Roy , comme Duc de 
Bourgogne: & par ainfi divifée fouz deuxjurif- 
dictions, elle a la cour Iudiciale du Chaftelet, la- 
quelle eft Royale , & le fiege Epifcopal , avec le 
Collège des Chanoines , là où eft la jurifdiétion 
de l'Evefque. La race & famille de ceux de Cha- 
, Ions a efté tres-noble & renommée , de laquelle 
a efté autheur ce tres-brave & héroïque Sei- 
gneur Guillaume furnommé de la Trompe, ou 
cornet Chaffeurs. 

Il y a encor en ce Duché grand nombre de pe- 
tites villes ; comme Tornus, fîtuée en un terroir 
tres-fertil. Cuyfel y'ûlette Royale au pied du mont 
Iura , là où croift l'Ellébore , & plufieurs autres 
herbes médicinales: elleaauffi des mines d'ar- 
gent , le terroir eft gras vers le couchant , le quel 
rend grande quantité de fruits & toute forte de 
grains : à une lieuè' de cette place , il y a un lac 
plein depoiffons, lequel prend fes eaux de di- 
vers ruiffeaux. Elle a peu de fomptueux édifices, 
eftant tellement ruynée par le feu , qu'elle n'a 
plus la fèmblance d'une ville , fes habitans font 
plus adonnez à cultiver la terre , qu'au trafic. 
Belna , ou Beaune affife fur la rivière Bourzoize, 
entourée d'un fort rampart avec des demy-lu- 
nes , ne redoute gueres la furie des canons; elle a 
un hofpital tellement fpacieux & fuperbe, qu'on 
jugeroit pluftoft eftre un Palais royal, qu'une re- 
traite de pauvres , lequel fut édifié & bafty par 
Raulinus, ce grand Grammaticien de Bourgo- 
gne. Elle a en outre du vin très-excellent & re- 
nommé par tout Punivers.il y a d'autres villettes, 
à fçavoir Cifteaux , Semur, fituée au milieu du pays 
d'Auxois , qui eft divifée par murailles en trois 
parties , lefquelles paroiflent comme villettes. 
Nuys renommée par les bonnes efpées qu'on y 
fait. Avalon, Saulieu, Flaïigny, Auforte, Noyers, Ratiè- 
res, Leigne, Mombart, Cba(lil!on,S. Seine,Seloigne, Cre- 
vant, Viteau, Verdun, Arnay, Seure, Tonnerre. On a de 
couftumedeconjoindreau Duché de Bourgo- 
gne ces trois villes Epifèopales , NeVers , Auxerre, 
Mafcon , laquelle eft nommée de Cxfar Matifcona; 
elle fut jadis Comté, ayant un pont par lequel les 
deux rives de la Saône font jointes. Philippe Bu- 
gnovius a élégamment, & en un livre particulier, 
pourfuivy l'hiftoire de cette place , laquelle il ap- 
pelle Matiffana. Toutes ces trois villes recognoif- 
fent pour appel le Parlement de Paris. 

C O M- 



LES BOVRGOG 



COMTE' DE BOVRGOGNE, 

dite vulgairement 
LA FRANCHE COMTE'. 

LE Comté de Bourgogne a du cofté du 
Nort pour limites la Lorraine; auMidy 
la Savoye ; au Levant les Suiffes ; & au 
Couchant le Duché de Bourgogne. Il comprend 
un pays tres-fertil en toutes chofes neceffaires à 
la vie humaine, comme bled, feigle, orge, avoi- 
nes, febves,millet & autres femblables grains. Il 
fùrmonte toutes les Provinces de France en bons 
& excellens vins , & eft auflî tres-plaifant en 
montagnes, vallées & bofoages , produifant di- 
verfes fortes d'animaux, & grande quantité de 
chevaux & belles à cornes , & principalement 
des chevaux ambles, nourris proche de Granvel- 
le, & auflî des chiens tres-furieux : proche la 
Conr Royale des anciens Roys de Bourgogne, 
aujourd'huy nommée Cbambrette au Roy : Ce tire 
hors de la terre du plaftrefemblableàla chaux. 
Il y a encor au terroir de Dole des mines de 
Marbre blanc nommé Alebaftre,& du noir avec 
des petites goûtes rouges , duquel on fe lert aux 
fèpultures de la Nobleffe. Il y a à quatre lieues de 
Befançon une caverne dans une montagne , la- 
quelle a une chaleur infupportable en hy ver , & 
un melme froid en efté. Cette Comté a plufieurs 
rivières, àfçavoirla Saône, Doux, Loignon, 
Dain, la Louve & autres : Auflî des lacs d'une 
merveilleufe grandeur, entre lefquels eft le plus 
renommé le lac de Roffes;tres-admirabIe,à cau- 
fe que deffus fon eau s'engendre quelque forte de 
terre argilleufe , laquelle s'endurcit tellement 
qu'on la jugeroit eftre terre ferme , fur laquelle 
des gens à pied peuvent cheminer ; mais non pas 
chevaux ou chariots ; & en temps de pluye ne 
s'enfle point , fi ce n'eft qu'il doive eftre beau 
temps & (èrain ; & alors par quelques trous ou 
bien fources s' augmentant , inonde toute la pla- 
nurc voifine : il a du cofté du Levant un mont 
très-haut , duquel viennent plufieurs fources & 
fontaines.il y a auflî entre Nozeret & Ripâre un 
autre lac en la Bonvallée tres-fertil en poiflbns, 
comme Brochets, Perches, Truytes & autres, 



NES. i 4 

Bourgogne. Les appeliez font les Nobles, les 
Ecclefiaftiques, & les Villes du pais. Elle eft divù 
fée en trois Evefchez & Bailliages , afçavoirde 
Dole, l'Inférieur & le Supérieur. Le premier eft 
à Dole ; le fécond à Vefoul ; le troifiefme à Poli* 
gny, lefquelles places ont chacune leurs villes, 
bourgs 8c villages, lefquelles ont de couftume 
d'avoir leurs voix aux diettes & affemblées avec 
les Comtes, Abbez, Prieurs , Chanoines & Sei- 
gneurs. 

Dans le Diocelè de Dole , font contenues ces 
villes , Dole , Gjujngey , Ornant , Roche-fort , Venelle, 
Loye. Dole, fortifiée d'un chafteau,eft la capitale 
du pays , ville plus renommée de toute la Com- 
té , elle eft aflîfe fur le Doux , là où fe divifant eo, 
deux fait une Ifle ; il n'y a rien qui manque à cet- 
te ville pour la rendre belle & magnifique. Elle a 
un marché très-beau 8c fpacieux, de forme qua- 
fi quadrangulaire ; du cofté de l'Occident eft la 
maifon du luge & les priions. Le temple princi- 
pal eft confacrè à Noftre Dame, lequel eft bafty 
d'un artifice admirable. Il y a une très-ancienne 
Vniverfité, laquellel'an 1484 , les guerres affou- 
pies , commença grandement à fleurir. Au Col* 
lege Hieronimian fe garde une très-belle Biblio- 
thèque, de très-anciens livres , & divers Au- 
theurs. En cette ville eft le Siège du grand Con- 
feil & Parlement , là où tous ceux du Comté 
peuvent appeller, & les adions & difputes eftans 
icy decidées,font fans aucun appel. Or eftant af- 
faillie & forcée par Amboife l'an 1379, fut tota- 
lement ruinée & mile en cendres;& par après re- 
baftie par fes citoyens , fut rendue plus belle & 
grandement fùperbe en divers édifices , comme 
de plufieurs ponts , tres-forts ramparts , de bou- 
levarts , ou demy-Iunes admirables , temples fû- 
perbes & magnifiques. Quingey eft une ville 
très-ancienne , fituée fur la rivière de la Louve, 
laquelle fut totalement razée par ledit Amboife, 
elle eft à cette heure aucunement reedifiée. Or- 
nans eft fituée entre de très-hautes montagnes 
for ladite Louve, rivière allez poiflbnneufocette 
place fut grandement annoblie par la naiflance 
de Nicolas Perenot de Granvelle, Grand Con- 
feiller d'Eftat , & Garde des Seaux de fa Majefté 
Impériale. Roche-fort , laquelle ayant efté pre- 
mièrement aflîegée par ce mefme Amboife, Ce 



lequel fe cachant & efcoulant tous les fept ans, rendit par accord. Vercelle eft une ville ayant 

fes ramparts ruynez. Loye c'eft un village très- 
grand & fpacieux. • 

Au Bailliage &Diocefe Supérieur appartien- 
nent ces villages, Grey, Vefoul, Mont-Boi/on , Buffey, 
Port a la Sarne , Cromary , Mont-lit ftin, Falœnet ; Au 
Bailliage inférieur appartiennent Salins , Mois, 
Poligny, Pont-Arlun, Nozeret, CbajielCbalon, Montagu, 
Orgelet. 

Toutes ces places icy nommées ont voix aux 

Eftats & Affemblées publiques : celles qui font 

de moindre authorité font en grand nombre, 

comme iougne, Vfier, Mort, S. Hippolite , Burge, Cler- 

Y Daux, 



par Pefoace de quelques fepmaines , après fe 
monftre & s'augmente derechef, laquelle chofe 
comme un miracle, eft difficile à croire: Il y a en- 
cor autres lacs, le petit & grand Makteny , Nar- 
lay, Vemoy, les deux Cbamblices,, Forgeay , Ronchault. 
Auflî il y a des bains d'eau chaude proche la ville 
Luxol. 

L'Eftat Politique de la Franche Comté confi- 
fle en trois Eftats , lefquels ont de couftume de 
s'affembler aux journées defignées , eftans jadis 
appeliez par le Prince d'Orange , Seigneur de 
Nozeret & Darley , de la part du Comte de 
fiance. 



LES BOVRGOGNES. 

de moindre authotité font en grand nombre, alors quand Orgetorix Seigneur tres-noble en- 
comme Iougne, Vfier, Mort, S. Hippolits, Burge,Cler- tre les Suifles , defireux de régner , la noblefle 
vaux,S.Claude,Twmay,Campignok, Monet,Mirebeau, ayant conjuré par enfemble, perfuada aux fiens 
Sorlin, Baume , Ar!ey,Rufey , Bkterrans , Lyon, ou defortirdeleurpays, & qu'il feroit très-facile 
Lon le Sauvier,SainB Laurent de la Roche, S. Iulien, parleur vertu & courage de dompter toute la 
Mont-fleur, ChaVannes, S. Jtnour,Montron,l'IJle, Lu- France. Toutesfois elle n'eftoit pas du temps 
xoul, Rougcmont , Oys , lonville. Il y a encore des des Romains fi magnifique & fuperbe en edifi- 
villagesaiTez renommez, comme la Motte, Roche ces comme elle eft à prefênt , carleDouxne 
lean, Fons-Jena, Vers, Saugean, Chaftillon , Mont-Ro- contenoit autre choie pour fon circuit , que ce 
iand', S. Lotbain, Saulbie, Dornon. qui eft voifin au mont S. Quintin , & aux Egli- 
Au milieu de cette Comté eft fituée la ville les S. Iean & S. Eftienne. Auffi par la rue nom- 
Impériale Befançon, tellement fortifiée de na- mée Rencliaux paffoit anciennement le Doux, 
ture qu'elle peut facilement chafler fes enne- la muraille qua; Cxfar raconte eftre joinûedc 



mis, de laquelle Cxfar en fes Commentaires li- 
vre i dit : Befançon , ville très-grande entre les Bour- 
guignons, eft tellement munie par la nature du lieu, tres- 
commodepourjouftenir & faire la guerre, parce queftant 
prejque environnée par le fleuve Doux , l 'autre partie 
ri ayant de diftancequefix cent pas , fortifiée d'une mon- 
tagne très-haute, tellement que les pieds de la montagne, 
/c joigne de deux cafter aux ri-ves duflewve , laquelle e- 
flant ferrée d'une muraille,^ au milieu d'une bonne for- 
tercjfe, islpar cette muraille eft elle conjointe à la Ville. 
Or le Doux paffe au travers d'une grande par- 



deux coftez aux rives du Doux eft encor pour 
le prefent,& /epare les montagnes de S. Eftien- 
ne & de la Croçe l'une de l'autre , & commence 
d'un cofté depuis la porte Taille , laquelleeft 
tranchée & cavée d'un rocher julqu'àla porte 
Matipas.W y en a qui affirment que la tour làinét 
Quintin ( laquelle eft une maifon ancienne de 
quelque Gentil-homme) a efté la portedela 
ville. Et encor que la puiffance de Befançon n'a 
efté à efgaler à celle de Rome,toutesfois elle ne 
cède guère en magnificence & fùmptuofité 



tie de la ville; il prend fa fource proche le mont d'édifices, tant publics que particuliers: car il y 
Iura, divifant les Bourguignons des SuifTes , & a encor des places tres-antiques , comme l'on 
pafTant par la Franche Comté coftoye Mont- void pareillement à Rome , nommées Pan- 
beliart , l'Ifle , Clervaux , & par après pafTant theon, Champ de Mars , de Diane , Minerve, 
par Befançon &DoIe , elle fe mefle dans la & le Champ de la Lune, & encor plufieurs au- 
Saone vis à vis de Verdun, non loing de Chaa- très antiquitez.Cette ville eft annoblied'un Ar- 
lons. L'antiquité loue grandement cette ville, chevefché , fur lequel a gouverné le premier 
laquelle a toujours efté en grand eftime auprès S. Andius,envoyé par Irenée Evelque de Lyon, 
de Carfar , tant pour leur grande vertu & for- avec autres hommes doctes & Religieux, pour 
ces, que pour le foin extrême de conferver leur enfeigner les fondements & principes de la Foy 
liberté. ËtCarfarmefme tefmoigne , avoir efté & Religion Chreftienne. Dans cette ville font 
en (on temps fi puifïante , qu'elle foudoyoit plufieurs vignes, jardins, vergers , & lieux très- 
grand nombre de fbldats Allemands. Et encor propres pour eftudes & méditations. 

De lafuccefsion des anciens Comtes de Bourgoignes, tant finie de la Race Impériale, que Royale, les Authcurs par- 
lent di-verfement, icy s'enfuit la famille des plus modernes : 

Thilippe V,fnrnommi le Long, Roy de France, fa femme fut Jeanne file héritière d'Olton Comte de Bourgogne. 



Jeanne Comte fe de Bourgogne , fon grand 
père dn eo^é maternel 13 fon oncle Robert 
eftant morts , efpouft Otthon Duc de 
Bourgogne . lequel par ce mariage acon* 
joinii le Duché avec le Comte. 

Thilippe de Bourgogne mourut avant fon 
père. 

\ 

Philippe Duc Êf Comte 'de Bourgogne , hé- 
ritier de [on ftjeul Otthon 3 mourut fans 
tnfans. 



Marguerite fucceda à fon ttepveu Philippe, fils defafœur leanne , au Comté de Bourgo- 
gne : car Iean Roy de France avoit donné le Duché à Philippe fon fils furnommé le 
Hardy. Elle effoufa Louys de Nevers Comte de Flandres. 

Loiiys Malanus Comte de Flandres, Nevers Gf Rhetehis , £? après la mort de fa mère de 
la haute Bourgogne , eut a femme Marguerite unique herttierede fort perc Iean 1 1 1 
Duc de Brabant. 
I 

Marguerite MMn* unique héritière dt fon pcre t DHcbcj[e de Bradant , (3 Omttffc de 
Flandres (S Bourgogne. 

le m furnomm é întrepidm. 

Philippe le Bon. 

Char les U Belliqueux. 

Marie femme de Maximil'tan d Autriche* 

Philippe I d' Autriche Roy d'Effaone* 

Charles y Empereur. 

Philippe II Royd'Efpagntt 

Philippe III. 

phihppe ir. 



*î 



Le Comté de 

c h a r o l o i s. 



ta Comte 
A, Charo- 
his, à' oit 
elle lire fin 
nom, fi Jî- 
tnation & 
limites. 




tel Anciens 
mettons. 



E Comté de Cha- 
roloiseftfitué en- 
tre les fleuves 
Loire & la Saô- 
ne. Elle a pour 
voifins du cofté 
de Septentrion la 
Duché de Bour- 
gogne, de l'Occi- 
dent les Bourbonnois & Forefiens , du 
Midy ceux de Beaujolois & Lionnois, 
& de l'Orient ceux de Breffe. Elle tire 
fon nom delà ville appellée vulgaire- 
ment Charroles. Il femble que les peu- 
ples queCefar,&Livius appellent Am- 
bares y ayent habité. 

L'aifne du Duc de Bourgogne fut 
honoré du tiltre de ceComté,pendant 
le vivant de fon père , ce que nous 
voyons eftre obfervé en Charles le 
Hardy , auffi long-temps que le père 
Philippe le Bon a vefeu , duquel nom 
de Comté de Charolois il eft fouvent 
fait mention aux hiftoires des Pays- 
Bas & de France: le mefme s'en: prati- 



qué en Charles touchant cette Com- 
té, à qui elle appartient de droit, qui 
depuis a efté Empereur des Romains, 
fon père Philippe cftant encor envie. 
Il y a eu de grandes querelles , conten- fr»'»*»* 
tions & débats , entre Philippe Roy{"J„7lc? 
d'Efpaene, & Henry n Roy de Fran-J rW ' 

1 ° . -il - r A L'nnas. 

ce , lors qu on travauloit fort par Am- 
baftadeurs à faire une bonne & aflèu- 
rée paix, par le mariage de Philippe, & 
Ifabelle fille du Roy Henry, au cha- 
fteau de Cambray , après les triftes , & 
cruelles guerres des Pays-Bas & de 
France. Où les raifons & arguments 
des partifans d'Efpagne l'emportèrent 
par deifus les autres , tellement que ce 
Comté, que le Roy Henry avoit,a efté 
entièrement remis entre les mains du 
Roy Philippe, & depuis ce temps-là, 
comme auparavant , il y a eu appel des 
caufes civiles au Parlement de Dole, 
ou premier confeil , & dernier appel 
du Roy, & cependant le Roy de Fran- 
ce en eft Seigneur feudataire. 



France. 



DES CRIPTION 

D V 

LAC LEMAN, 

O V 

DE GENEVE. 



16 




Fe'tiïité 

du terroir, 



Nciennement les Sa- 
voifiens eftoient dits 
Allobrogesi grandement 
renommez par la vi- 
ctoire de Fabius, & la 
conjuration de Catili- 
na. Dans leurs pays 
fe trouvent plufieurs 
grands lacs , entre Ief- 
quels eftle lac Léman , 
celuy de Nice, & l'autre de Bourg. Les habitans 
du lac Léman fe plaignent grandement de l'air 
intemperé, difans le plus fouvent, O quel froid il 
fait .' ou bien ; O quelle chaleur infupportable ! 
toutesfois la froidure n'y eft pas fi grande,qu'elle 
puifle geler ny le lac , ny le Rhofne ; & la cha- 
leur n'eft pas fi véhémente qu'au Dauphiné ; ny 
la froidure telle qu'éz Pays bas , où les rivières 
k gèlent. Le terroir eft aux environs de ce lac 
fort fertil & facile à cultiver : il produit grande 
abondance de vin très excellent & généreux, du 
grain à foifon , & toute forte d'herbes potagè- 
res: il eft auffi remply d'arbres fruicliers.comme 
de noyers , pommiers, poiriers de diverfes efpe- 
ces, cerifiers,meuriers ,chaftaigniers, amandiers, 
& figuiers , mais non en fi grande quantité : les 
champs font couverts d'un grand nombre de 
beftail, les forefts remplies de venaifon, & le lac 
fourmillant en diverfes fortes de poifïonsLa for- 
me du lac a s'eftend prelques comme une demie 
Lune; car il panche d'un cofté , reprefentant la 
forme d'un foye. Il eft auffi dit le lac de Genève, 
de la ville principale de cefte contrée. Du cofté 
des Suiffes ce lac a environ vingt & fix lieues de 
Grmdeur, longueur , & du cofté deSavoye douze : maisfà 
'' plus grande largeur eft feulement de quatre. Il 
a plufieurs ports , & afïez fréquentez : celuy de 
Morges 8c de Rolle fournifTent du vin très ex- 
cellent a la ville de Genève & autres lieux : ceux 
de Pormentou , & de Nerny envoyent grande 
quantité de bois. Le Rhofne traverfè le lac,& le 
pénètre de fes eaux, lequel depuis la fource& 
origine , jufques à fon entrée dans le lac , n'eft 
aucunement navigeable; ny de Genève , jufques 
à la prochaine ville,nommée Seflel , laquelle eft 
efloignéefêpt lieues de Genève. C'eft unechofe 
digne de remarque , qu'environ cinq lieues de 
cette ville le Rhofne fê perd & engloutit en des 
cavernes, & fè cache en des lieux fbufterrains. 



Ferme du 
lac. 



Icy fè voyent plufieurs montagnes d'une hau- M 
teur admirable, fpecifiées par divers noms,entre^»«. 
lefquelles eft Iura.d'une telle hauteur,que fes ha- 
bitans eftoient dits des Allemans Lankemans : car 
du haut de cette montagne on peut veoir les 
tours & clochers des villes de Genève & de Baf- 
le, efloignées environ quatre ou cinq journées 
l'une de l'autre. Outre plus eftla Pierre-trouée: 
Item le Chafteau de la Pucelle , bafty par l'Em- 
pereur Iule Cefar : & auffi la ville de S. Claude, 
ainfi dite à caufe que les boiteux ont de couftu- 
me de venir icy en pèlerinage. Il fe trouve pareil- 
lement une fontaine de neige en plain Efté;& un 
puits naturel, femblable à un large thcatre,eflevé 
comme un temple mediocre,obfcurainfi qu'une 
caverne,& remply de glace & criftal. Non loing 
du rivage du lac , du cofté de Savoye , s'efievenr 
de très roides montagnes , couvertes continuel- 
lement déneige. Vne lieue de Genève il y a un 
mont, que l'on ne peut monter fans grande hor- 
reur, par des degrez tranchez dans le rocher.Le 
mont de S. Sergius eft le plus fertil de tous; car 
les autres ne produifènt autre chofe que du bois, 
fi ce n'eft aux planures, où fe rencontrent de 
bons pafturages pour les beftes à cornes.Le pré- 
cipice de la montagne Muftruy eft horrible & 
grandement périlleux, dans lequel tombent tous 
les ans bon nombre de chevaux de pofte ou de 
relais. Les forefts font remplies dechaftaigniers 
& de chefnes,& fort propres pour engraifîer les 
porcs. 

Sur le bord du lac fè rencontrent plufieurs^"'- 
bonnes villes, comme Lofane, baftie par Arpen- 
tinus centenier d'Hercules , d'où eft dérivé fon 
ancien nom Carpentras.Cette ville eft annoblie 
par lès eftudes ou Académie, ayant une riche 
Bibliothèque, fournie de grand nombre d'an- 
ciens manufcripts des fainéts Pères. La ville de 
Genève eft pareillement fituée fur le lac, où le cexevt. 
Rhofne fort hors du lac, 

6Jh<j rapiturpmeps Rbodanm genitore Lemano. 

Cefle ville eft grandement ancienne,puis que 
Lucanus & Cxfâr en fontmention fi honorable. 
Son terroir eft fertil , & les vignobles fort fé- 
conds : elle a un pont de bois bafty furie Rhof- 
ne, qui conjoint les deux parties de la ville en- 
fèmble. Les fources du Rhofne font fur le haut 
du mont Furca, qui eft une partie du mont de S. 
Gothard. au paysdeVales, en un lieu froid & 
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LACVS IEMANNI 

iO CORVMQVE CIRCVM- 

IACENTIYM ACCVRATIS 

SIMA DISCRIPIIO. 

Auctore 

IACOJIO GOYIASIIO GenEVENSI. 



LAC LEMAN, OV DE GENEVE. 



glacieux , tousjoUrs couvert de neiges & dégla- 
ces. Le commencement de ce fleuve eft bien 
petit; mais les torrens & ruifteaux , provenans 
de tous coftez des neiges fondues.l'augmentent 
incontinent.jufques à ce qu'eftant forty du pays 
•de Vales,îl pénètre au travers du lac Léman, 
fans entremeller fes eaux avec celles dû 
lac. Genève fut premièrement nommée Ge- 
nevre , d'autant qu'elle eft fituée en une colline, 
au lieu d'unGenevre ; laquelle slïiette on dit luy 
avoir efté donnée de Lemanus , père des Alle- 
mans, petit fils de Priame, & fils de Paris. Par 
•après elle fut dite Aurélia de l'Empereur Aure- 
lian ; a caufe qu'ayant efté bruflée fous l'Empire 
d'Heliogabalus.l'Empereur Aurelian la reedifia. 
Cxfar la nomme Genève ; & les Poètes en leurs 
vers Gebenne : elle a un propre Anagramme à 
ïçavoir Vengée ; car elle a efté plufieurs foismira- 
culeufement vengée des injures de fes ennemis, 
& confervée de la confpiration des miftres : & 
principalement le xll ou XXTI de Décem- 
bre l'an 1601. Le chafteau de Morges fut 
bafty l'an 1135 par l'Empereur Clothaire: & 
celuy d'Evian par Pierre.frere & lieutenant d'A- 
medée Comte de Savoye , l'an 1137. En la ville 
de Genève y a une maifon publique pour les or- 
phelins de la ville,& une autre pour les malades, 
toutes deux comprifes dans l'hofpital. Le Magi- 
ftrat de cette ville eft de vingt & quatre Séna- 
teurs. D'un cofté de la porte de la maifon de 



ville eft le fiege Iudicial , & de l'autre fê voit un 
monument digne de mémoire, à Içavoir le 
temps,occafions,& moyens du renouvellement 
de l'Eftat.Ioignant la maifon de ville eft le maga- 
zin ou arfenal, remply de toutes fortes d'armes, 
tant offenfives que defenfives.Auflïfemonftrent 
quelques tours faicr.es & drefTées d'un artifice 
admirable, l'une defquelles k dit la MaiftrefTe, 
laquelle défend la ville du cofté de Savoye : l'au- 
tre la Tour de 1 Ifle , ou de Cxfar , & eftcon- 
ftruicte en la haute Ifle , pour la defenfe du pont 
qui anciennement appartenoitauxSuifTes. Cette 
ville a grand nombre de nobleffe , & d'hommes 
illufti es en doctrine & fcience, lefquels ont ren- 
du l'efcolede Genève fort célèbre par toutes les 
provinces de l'Europe. Elle aune très-belle Bi- 
bliothèque compofée de toutes fortes de livres 
de diverfès langues. Les habitans d'icelle font 
fort humains & débonnaires , ce qu'ils font pa- 
roiftre largement à tous eftrangers. Il y a encor 
fur le bord du lac la ville de Nyon , ainfi dite du 
nom d'un Centenier,qui la reedifia du temps de 
l'Empereur Vefpafian, laquelle avoit eftédef- 
truiéte avant la venue de Iule Cacfar, & fe difoit* 
dés fon commencement Benefis. Coflbner fut 
baftie l'an 441:6c Aubonne l'an 456. Le flanc 
Oriental du lac regarde les Suifles : à fon Midy il 
a la Savoye : au Couchant la France : & du cofté 
de la Bize le Comté de Bourgogne. 




LE PAYS 



^7 



DE BRESSE. 



Teuplfi 
Anciens 




N a de couftume(ainfi 
qu'il eft dit cy-devant) 
d'expliquer avec le 
Duché de Savoye, 
comme parties d'icel- 
le , les Comtez de 
Maurienne,Geneve & 
Tarantai(ê,le Marqui- 
fat de Sufe,& quelques 
limm. domaines, & pareillement le pays de Breffe. Ce 
pays eft ferré à fon Occident par la Saône, entre 
la ville de Lyon & Mont-bellay: ducoftédela 
Bize eft contigu à la Bourgogne : au Levant eft 
voifin au lac Lemanne & Comté de Genève, & à 
fon Midy regarde le Lyonnois & le Dauphiné. 
Plufieurs eftiment que ce pays a autrefois efté la 
demeure des anciens Segufiens , lefquels font ré- 
futez par Paul Merula en la partie troifiefrae de 
fà Gaule liv.33, chap. z6,\à où il affeure que ceux 
du Lyonnois font les mefmes avec ces peuples 
anciens, eftantfavorifé du tefmoignage de Io- 
foph Scaliger , qui dit , que Lyon eft aux Segufiens , 
ainfique l'autre eft aux Convenes fur la Garonne: mais 
tout le pays de Foreft eft contenu dam les Segufiens , isffe 
<void une ancienne infcription en la •ville de Furs , en la- 
quelle Je fait mention du marché des Segufiens ; car ceux 
de Foreft font dits a Foro,isf me/me la mille de Furs: ain- 
fi Scaliger. Villanovanus affirme , les Segufiens 
eftre ceux de Breffe : P.Sainér. Iulien ceux de Fo- 
reft : Ortele, le Lyonnois ; qui toutesfois nom- 
me le Bourg en Breffe des Segufiens,en la carte 
de Savoye : Philibert Pingonius croit , que les 
Segufiens font ceux de Brixe & Beaugey. Pinet 
& Vigenere conftituent le pays de Breffe ou 
Breffants : Scudes, en cette partie de Savoye, la- 
quelle fê dit aujourd'huy Bourg en Breffe. Ce 
pays eft enferré du Couchant par la Saône, & du 
Levant & Midy par le Rhofne ; & pour cette 
occafion je me veux un peu eftendre en la dc- 
foription de ces deux fameufes rivières. 

Le Rhofne eft un fleuve grandement renom- 
mé des anciens Grecs & Romains: en gênerai 
appelle par les François , le Rhofne. Pline efcrit 
qu'il fut dénommé de Rhode, qui eftoit une cer- 
taine vieille peuplade des Rhodiens aux envi- 
rons de ce fleuve. Ainfi fainét Hierofme en l'Epi- 
ftre aux Galatiens parle de la ville de Lyon : ville 
du Rhofne (dh-i\)conftruite par les Rhodiens,d'où eft dé- 
rivé le nom du fleuve Rhofiie.Ce fleuve prend fon ori- 
gine non loing des fontaines du Danube , Rhin, 
Po,& d'autres rivières proche le mont vulgaire- 
ment dit Brigia : lequel entrant dans le lac Le- 
manne, vis à vis du village Neuf-ville,traverfe le- 
dit lac environ dix lieues de longueur , gardant 
fa couleur qui eft diverfe à celle du lac , fort hors 
France, 



Lekhojfa. 



d'iceluy près la ville de Genève , & tirant d'une 
courfe impetueufe contre le Midy cofloye la 
Breffe, & puis outre-paffantla ville de Lyon, vi- 
fite Avignon , Arles & autres places , & finale- 
ment fe defcharge dans la mer Méditerranée par 
plufieurs bouches : fept, félon l'opinion d'Apol- 
lonius au livre des Argonautes ; cinq , félon Dio- 
dorus ; trois, félon Arthemidorus auprès de Stra- 
bon,& Plinius ; & deux, félon Polybius, ainfi que 
tefmoigne le mefme Strabon. Pour le jourd'huy 
les habitans en nombrent cinq, ou d'avantage; à" 
fçavoir Gras Neuf, Gras d'Orgon , Gras Paulet, 
Gras Grand, Gras d'Enfer,Gras de Paffon: la der- 
nière defquelles bouches, à raifon qu'elle eft voi- 
finedeMarfeille.eftappellée de Plinius Maffa- 
leotique. Pomponius Mêla livre z-, Le Rhofntidit- 
\\)prend fon commencement non loing desjourcesdu Rhin 
isf Danube : par après eftant receu du lac Lemanne , re- 
tient fon impetuofité , isf paffant tout entier par le milieu, 
fort femblable comme il eft entré- D'où coulant quelque peu 
contre ÎOcàdent fepare les Gaules : isf depuis rebrouffam 
contre le Midy,aggrandi par taccez.de plufieurs rivières Je 
defcharge entre le Vblcas isf les CaVaras. Ammian 
Marcellin au livre ij, efcrit difèrtement de ce 
fleuve , difànt : Le Rhofne défendant des Alpes d'une 
grande abondance de fontaines ( les habitans en monftrent 
ordinairement trois) isf d'une roideur impetueufe , défail- 
lant par desplaines, cache isf couvre de fies eaux les ri-ves, 
isf s'engoulfie dans le lac 'vulgairement dit Lemanne , isf 
le traverfant par le milieu tiefe méfie aucunement aux 
eaux eftrangeres , mais a deux cofte^. divifant les eaux du 
lac , isf cherchant fafortie a l'autre bout dudit lac ,pajfe 
d'une grande viteffe. D'où fans aucune perte coule au tra- 
vers de gros marefeages , isf après avoir cofloyé les Sa- 
voyards, laiffe Lyon a la droite, isf Vienne à lagauche,isf 
pourfuivantfa courfe reçoit le fleuve Araris , qu'on appelle 
la Saonc,laquelle 'vient des confins d'Allemagne. En ce lieu 
eft le commencement des Gaules; [car la Gaule Narbon- 
noife ,iSf celle quife difoit la province des Romains , eftoit 
exclufe des anciennes limites des Gaules) isf de là nefe me- 
furent point mille pas ou lieues: la ou le Rhofne grande- 
ment augmenté d'autres fleuves isf ruiffeaux porte de 
grands navires, qui font battus d'un cofté isf d'autre de la 
fureur des vents:isf aboutiffant entre des vallées que la na- 
ture luy a ordonnéje méfie tout furieux à la mer Gauhife, 
par un goulfre bien large isf ouvert , efioigné environ dix- 
huicl milles de laville d'Arles : jufques icy Ammian 
Marcellin. Le Rhofne reçoit ces rivières fuivan- 
tes , l'Arve , Saône , Yfere , Drune , Durance & 
autres, & a fà droite rive Nardone , avec plu- 
fieurs autres.Depuis fes fources jufques au lac de 
Genève , il n'eft aucunement navigeable, ny de- 
puis le pont des Suiffes du fauxbourg de Genève 
jufques à la ville prochaine nommée Seiffel. 
La Saône arroufe les limites &bornesOcci- .&»£««. 
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Cjuilfclmus Œlauw. cxcudiî ■ 

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24 



L E 



PAYS DE BRESSE. 



Antres 
jleHvts. 



Brttrg en 
Brejje. 



■dentales du pays de Brefle , laquelle ancienne- 
ment (è difbir Araris ; Ammian au livre 15 dit, 
f Araris qui efl appellà Saucona i peut eftre , mieux 
Saône; c'eft pourquoy on peut facilement con 
jeâurer 
nepenlë 



encor plusieurs autres villes de moindre renom- 
mée, à fçavoir Pont de Vaux , S. Iulien, Pont de 
Villers,MontaIier,Trevoux, Loye, S.Rambert, 
& autres. Les principaux Comtez font celuy de 
que ce nom luy eft plus ancien qu'on Varaz,Montreveil,Pont de Vaux,Bafgey. 
Cette rivière trouve lès fontaines non Vlric Comte de Befgey & Seigneur de BrefTe s«e"*" 
îoing de celles de la Meufe & de la Mofelle , & laifla une fille unique Se héritière à lès terres & 
non moindre au Rhofne avant qu'elles fe joi- domaines, nommée Sybille, laquelle ayant efté 
gnent,ce qui ce fait proche de Lyon : mariée à Amedée IV & VIII Comte de Sa- 

Excipit bine Narl>o,qua littora plana remordens voye,apporta pour dot au dit Comte la BrefTe & 

Mitis ArarRhodanasmolliterintMaquas. le Comté de Bafgey. Finalement l'an 1601 la 

Car elle defcoule fi doucement,que l'on ne peut BrefTe vint à la couronne de France , eftant pre- 

prefques appercevoir de quel cofté elle fè tour- mierement occupée par force d'armes du Roy 

ne. Silius au livre 1 j : Henry 1 v,& par après changée par leDuc de Sa- 

Quorumferpit Arar per rura pigerrimus unda. voyepourle MarquizatdeSaluzze. Orafinque 

Ilfèditauffi au cas denominatif Araris. Clau- l'on puiffe cognoiftre, quelle place le Duc de Sa- 
dianus: voye a quitté & abandonnée la couronne de 

§)ups Rbodanus •velox,Araris quos tardior ambit. France , j'adjoufteray les conditions convenues 
Cette rivière a fon origine au deflus de la Fran- par enfemble.Lesconventions(ditThuanus)ont 
che-Comté de Bourgogne , aux confins de Lor- efté telles , à fçavoir , que tout le pays depuis la 
raine, laquelle dépendant vers le Midy , s'appro- ville de Geneve.au deçà du Rhofne, eftant com- 
che de la ville de Verdun, paftant par après pro- prife toute la rivière, feroit dorelènavant avec 
che Tournus & Mafcon , & de là coftoyant tous droits de fupreme jurifdiétion des appen- 
Thoi(ëy,Belle-ville, Ville-franche, & autres pla- dances de la couronne: tant feulement refervé le 
ces, fe vient finalement joindre au Rhofne, prés pont Crefin , qui eft entre les Clufures & le pont 
la ville de Lyon. Tout ainfi que la Saône & le Arbie,pour la commodité du partage en Savoye; 
Rholhe bornent aux deux coftez la Brefle , pa- à telle condition, que le Duc de Savoye ny pour- 
reillement la traverfent plufieurs autres fleuves ra conftituer quelque tribut ou gabelle, ny con- 
& petits ruirtèaux, eftant receus ou par la Saône ftruire aucune forterefle. Le fort chafteau du 
ou Rhofne ; comme fait la Refouze , laquelle ti- Bourg fera livré entre les mains du Roy avec 
rant contre l'Occident , femelle en la Saône, l'artillerie , & toute la provifion & appareil de 
ayant premieremennt parte outre le pont de guerre.AuflîonlaiflèraàlapuifTance du Roy ces 
Vaux.Non loing de Malcon fe viennent joindre places lîtuées entre le Rhofne , comme Seiflel, 
à la Saône les trois fleuves,ou pluftoft ruifleaux,à Daire, Chaurtie , Arlepont , Chauve, & le Cha- 
fçavoir Renon,Yrance, Veyle : auprès de la ville ftelet, avec toutes fes dépendances ; par après la 
de Thoifey.Ia rivière Challarine s'y rend pareil- prevofté de Gexen , avec tout fbn terroir Se 
lement : mais le Dain fe defeharge dans le Rhof- plains droicts , tout ainfi qu'auparavant en ont 
ne, ayant préalablement parte devant la ville An- joûy & ufe les Ducs de Savoye. 

ton, traverfe de tout cofté le milieu delà BrefTe. Le pays de Brefle n'eft pas tant fùbjedt aux Qu^Uh 
La ville capitale de cette province eft Bourg en grandes chaleurs comme eft le Dauphiné, nyàw- 
BrefTe , ainfi dite pour la difeerner du Bourg de la froidure comme la baffe Allemagne , là où les 
Ponce Leoncien , vulgairement appelle Bourg rivières ordinairement fè gèlent. Son terroir eft 
fur mer , auconflans del'lfle en la Guaronne. fort fécond & abondant, & principalement en 
Cette ville eft affez ample, riche, & peup!ée,au- raifins,bled,pois,naveaux, choux, febves, & en- 
pres de laquelle eft une Eglilë grandement em- coren orge , foin, avoy ne, & autres fèmblables 
bellie & ornée par les fepultures des Ducs de Sa- fruiâs. A fon cofté Oriental eft le Comté de Ge- 
voye;elleeftfituéeenun terroir marefeageux, neve , quia pris fbn nom de la ville de Genève, 
& toutesfois fertil & abondant;au levant elle a le qui eft grandement ancienne, de laquelle verrez 
mont Iura, doucement delcendant, qui eft cou- ladefcriptionenfonlieu. 
vert de vignes très-excellentes. Ce pays contient 



DÊSCRÎPT ION 

DE LA SOVVERAINETE' 

DE DOMBES, 



Limites. 



Fleuves. 



miles. 




Fglifcs. 



Ette Seigneurie eft vant le Palais , bafti par le Roy S.Louys , & fut 
contenue dans les limi- ruyné avec tous les autres édifices publiques de 
tes du territoire de la ville l'an 1561, & 1567, par ceux qui fedifoyént 
Breffe, laquelle eft en- delà Religion prétendu-réformée. On afleure 
vironnée à l'orient des que le premier jour du Dimanche fut premie- 
fleuves Dain & Refou- fement célébré en cette ville par les Chreftiens, 
ze,aumidyduRhofne, ainfi qu'on peut voir de l'Arreft de Gontrand 
& au couchant de la Roy d'Orléans, lequel fut publié en la Synode 
Saône. Elle prend fon icy tenue. Cette ville a autresfois efté honorée 
commencement un du tiltre de Comté, lequel Louys ix Roy de 
peu au deffus de ThoyiTée à la rive de la Saône, France achepta de Iean & de fa femme Comtes 
d'où prenant fon chemin vers S.Trivier paffe de Mafcon. L'hiftoire tragique qui fe raconte 
par les villages S. Cyre, la Chapelle , S. George, communément deGuillaume Comte deMafcon, 
& le Bouchanz , puis retournant coftoye Bourg lequel à raifon qu'il avoit mal traifte les Moynes 
ville capitale de BrefTe , d'où tirant contre midy du Monaftere de Clune , fut emporté par quel- 
jufques à ce qu'elle enferre le village Cram , du- que incognu hors d'un banquet , fe pourra trou- 
quel elle s'eftend, vifitant Mantelier, & derechef ver ailleurs par le lecteur,y adjouftant telle croy- 
rebrouffant fa carrière vient d'une façon eftran- ance comme il luy plaira. Du cofté méridional 
geàla Saône. Sa plus grande longueur eftde nonloingdeTrevoulsfe voit cette tant fameufe 
neuf lieué's,& fa largeur prefque pareille au long & floriflante ville de Lion, aflïfe aux conflans de £>»»• 
du rivage de la dite rivière, depuis Thoyféejuf- la Saône & du Rhofne. Du temps de l'Empire 
ques au village Geney. Elle eft arroufée outre de d'Augufte fut icy menée une peuplade ou bien 
la Saône des fleuves Renon , Yrance , Veyle , & Colonie Romaine, en l'honneur duquel fut érigé 
Chalarinne. La ville capitale de ce pays eft Tre- un temple & un autel. Son ancienne grandeur & 
vouls , laquelle eft aflïfe fur le bord'de la Saône, magnificence eft tefmoignée par le grand nom- 
trois lieues diftante de Lion, les autres plus peti- bre de temples,arcs triomphaux.conduits d'eau, 
tes font ThoyiTey,S.Trivicr,Ville-neufve,Chal- & plufieurs autres remarques d'antiquité. La 
lamont , & des villages & hameaux en grand plus noble partie delà France a autresfois efté 
nombre,qui fe voyent en la carte prefente. Tou- divifée par cette ville en cinq parties, à fçavoir la 
tesfois ce pays n'eft pas tant renommé par (es Province Lionnoife 1 , n , m, iv,v, ainfi qu'il 
villes, comme de celles qui luy font voilïnes: car fe voit aux Notices des Provinces de la France, 
au feptentrion fur la Saône fe rencontre la ville Seneque fe plaint grandement, de ce que cette 
deMafcon, dite en latin Matifœna. Les Tables ville fut par cas fortuit fi miferablement confu- 
Itineraires, l'appellent Matifco , & les Notices des mée par le feu, & apporte la raifon de cette ruy- 
Provinces de la Gaule Matijconenfe caftrum , com- ne en l'Epiftre oz à Lucil: mais fept ans après elle 
me auflï Antonin,lequel conftituë icy la x légion fut rebaftie par l'Empereur Néron. Quelque 
Romaine. Aucuns eftiment que c'eft la mefme temps après, lors que l'armée d'Albinus fe fut ar- 
avec celle que Paul Diacre au liv. des Longo- reftée dans le circuit de fes murailles, elle fut al- 
bards nomme Machaonenfpillam. Selon Grégoire fïegée par l'Empereur Severe, & incontinent 
de Tours & plufieurs autres eft dite Matifina. Si prinfe par force, faccagée, & derechef brullee. 
on confïdere curieufement cette ville , fon afliet- Philippe* le Bel Roy de France I'adjoufta a fon 
te , baftiments , & murailles , on la trouvera du domaine par le commandement du Pape , a.nli 
tout femblable à Cavaillon ville de Provence, qu'affirme Papirius Manon enfesAnnales.Cette 
Elle eft baftie fur une colline panchante vers la ville eft fituée en un lieu fort plaifant & commo- 
Saone là où fe rencontre un beau pont de pier- de, & de nature prefque inexpugnable, d un co- 
re , bien pavé par defïus , laquelle rivière tirant fté eft munie de deux belles montagnes couver- 
d'union" trait & droit contre l'orient , fait que tes de vignes & d'arbres frui.5t.ers; de 1 autre eft 
les autres flancs fe forment à la façon d'arts. En- ferrée de deux greffes rivières , a fçavo.r de la 
te ë Eg H es principales de cette ville eft la Ca- Saône & du Rhofne.Elle eft grandement magnr- 
thedrale 8 contactée** l'honneur de S. Vincent, fique en ed.hces tant publics que particuhets & 
mais la plus belle & la plus remarquable eft celle tellement floriflante a caufe de fes foire q el e 
, .„' ...n.-: — . e ft re nommee par deflus les autres villes delà 



des Iacobins , le Cloiftre defquels eftoit aupara 
France. 



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France, 



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/ ' jipul GutljAmum et Ioanncm JDldi 

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3taeû . 



Lion 



LA SOVVERAIN 

France, paroifTant eftre vrayement le cœur du 
Royaume, & aufli la clef, par laquelle font bou- 
chées les entrées en Italie, Allemagne, & autres 
Provinces , accourant de tous collez un grand 
nombre de marchands de toute forte de nations 
aux foires publiques quatre fois par an. Du temps 
de Charles i x , lors que toute la France eftoit 
remplie de guerres civiles , fut baftie uneforte- 
reMeen cette ville. C'eftun fiege Archiepilco- 
pal , le nombre des Prélats eftant de loi , félon 
que rapporte Bi-lleforeft, lefquels font les Pri- 
mats du Clergé de toute la France. Ilyaauffi 
une Senelchaucée bien ancienne, fous laquelle 
font les territoires du Lionnois , de Foieft , Maf- 
con, & Beaujblois. S. Bernard Abbé de Cler- 
vaux a grandement eftimé le Clergé de Lion, 
difanten fa louange ce qui s'enfuit: Ilefl très-certain 
qu'entre les Eglifes de France, celle de Lion e[l la première, 
tant en dignité du jiege , comme en /es honnefles efludes , 
(3 inftitutions grandement /oitables. Carc'efl là oie a (a 
force iS viguetw la cenjure de la difciplinc , la gravité des 
mœurs, la maturité des confeils, le poids de lautlorité , la 
marque de l'antiquité, principalement aux offices Eccle- 



ETE' DE DOMBES. 

fafliques : tf elle n'efi feue gueres facilement arrefler a des 
nouveauté^ foudaines, aufîi ne fe laiffe elle jamais orner de 
légèreté ordinaire à la jetmeffe: jufques icy S. Bernard. 
Irenée Autheur Grec fut Archevefque de Lion, 
lequel a eferit cinq livres contre les méchantes 
opinions des anciens Hérétiques. Symphorian 
Champery , Médecin de Lion , a fait un plein 
traifté de l'antiquité Se origine de la ville de 
Lion, auffi des hommes Illuftres , tant Evefques 
qu'autres: entre lefquels eft mis Lucius Plotius 
François;lequel a le premier enlèigné la Rhetori- 
q.ue en la ville de Rome(ainfi qne tefmoigne Sué- 
tone) par lequel M. T. Ciceron raconte avoir 
efté inft ruiét au latin avec fon frère Quinâus. 

Vers à la louange, de la ville de Lion, par Sca- 
liger : 

hilmineis Rbodanus quàfefugat incitus undis : 
Qufique pigro dubitatflumine mitis Ârar: 

Lugdunumjacet, antiquo noVus orbis in orbe, 
Lugdunumque fétus orbis in orbe novo. 

Gjnpd nolis, alibi qu<eras : bic autre quoi optas i 
Aut hic, aut nujquam vincere Vota potes. 




LIONNOIS 

FORES T, & BEAVIOLOIS. 




E Lionnois a pour 
fÀmkts. fflSH ft^i^tV^^^Ç^OT ''mites ; au Septen- 
trion, la Breffe : à l'O- 
' rient , la Savoye ; du 
i cofté du Midy,le Dau- 
phiné & le Langue- 
I doc : & finalement du 
Couchant, eft ferré de 
ceux de Foreft , & 
d'Auvergne. Ancien- 
nement cette contrée fut habitée des Segufiens: 
aujomd'huy eft vulgairement dite le pays & Se- 
nefchaucée de Lionnois , ainfi que Ioléph Scaii- 
ger tefmoigne en fes Epiftres à Paul Merula: Lion 
(dit-i\)eft es Seguficns,tout ainfi que l'autre eft es ConVe- 
niens fur la Garonne. Mais au fi tout le territoire de Fo- 
reft , qui eft dit àprefent le Pays de Foreft , eft contenu es 
Segufiens , iâ il y a me ancienne in/cription en la ville de 
Fettrs, qui fait mention Feri Segufianorum ; car à Foro, ils 
font dits Forenfes, isf leur ville Feurs. La ville capitale 
de cette contrée eft Lugdunum , fituée aux con- 
flans de la Saône , dans le Rofne : à la différence 
d'icelle les Hollandois appellent la leur Lugdunum 
Bataforum; les Autheurs Grecs Anyiinn & A*y$é- 
vn:8c les François par abbreviatiô la difent Lion. 
Pline la nomme , en fes Epiftres.l'ornement des 
provinces. Grégoire de Tours l'honore du tiltre 
deTres-noble, d'autant qu'elle eft annoblie par 
le fàng d'un grand nombre de Martyrs : caries 
hiftoires Ecclefiaftiques affeurent , que 18000 
Chreftiens ont icy efté mis à mort , fous l'Empe- 
reur Antonin Vere , là où fê void à prêtent une 
Eglife dite Athenatenfis.W y a grande diverfité d'o- 
pinions,touchant l'origine du nom de cette ville: 
Aucuns croyent qu'elle eft ainfi dite du nom la- 
tin Lug ère , c'eft à dire pleurer , d'autant que cela 
luy eftoit ordinaire , après fa totale ruine par le 
feu , qui la confuma ; autres eftiment plutoft à 
Lucere , d'autant que fituée fur un haut, elle relui- 
foit & paroiffoitde tous coftez; quelques autres 
tiennent,qu'elle eft ainfi dénommée de Lugdon 
Roy des Celtes. La plus probable eft, qu'elle eft 
dite de la diction Belgique Luck, qui vaut autant 
que bonne heure,ou fortune, comme fi Lion eut 
efté le mont confàcré à la Deeffe Fortune: car el- 
le eft fituée fur une montagne , & anciennement 
les Gaulois nommoient les montagnes Dunum ou 
Dunes. 

Au refte cette ville a un air affez groffier , & 
non tant falutaire. 11 eft incertain par qui elle 3 
eftébaftie , tant feulement il eftaffeuré , que 
L: Munatius Plancus a aggrandy fon circuit , & 
cjue par le mefme fut icy faite & conduire une 
colonie ou peuplade Romaine , fous l'Empire 
d'Augufte : & depuis lors elle fut réputée l'une 
des principales villes des Gaules , & affranchie 
par plufieurs privilèges &immunitez. Mefme 
toutes les villes des Gaules baftirent icy un tem- 
France. 



pie à l'honneur d'Augufte, & y dédièrent un au- 
tel , la ou fecelebroient des jeux publics & fe- 
ftes folemnelles , voire mefme du vivant d'Au- 
gufte L'Empereur Caligula inftitua un combat, 
& dch de 1 Eloquence.tant Grecque que Latine, 
la où l'on dit que les vaincus paioient le prix 
conftitué aux victorieux : ledit Empereur les 
forçansàcompofer &dire chofesàfa louange, 
& ceux qui luy defplaifoient.eftoyent contraints 
d'effacer tous leurs eferipts avec leurs langues, fi 
ce n'eft qu'ils aimaffent mieux eitre fouettez, ou 
bien jettez dans le fleuve. 

Entre toutes les inferiptions anciennes , reluit 
celle qui contient en une table de cuivre l'orai- 
fon de l'Empereur CIaudius,touchant les immu- 
nitez & privilèges qu'on devoir donner aux Gau- 
lois de Lion , laquelle fe void aux Commen. de 
Iufte Lipfi au liv.11 des Annal.de Tacite. On ren- 
contre en divers lieux de cette tant noble ville, 
des reliques d'arcs triomphans , & de conduits 
d'eaux, marques irréfragables de fon antiquité. 
Elle eft de fituation prefque inexpugnable , & 
d'ailleurs baftie en un lieu extrêmement plaifant: 
car au circuit de fes ramparts tantoft fe rencon- 
trent des montagnes & collines , tantoft des pla- 
nures.vallées, & ruiffeaux,& auffi des edifices,& 
lieux cultivez , remplis de bons jardins , vigno- 
bles,prairies,& terres labourables,le tout fi dex- 
rrement compofé, que je croy qu'il nefe trouve 
aucune ville fi récréative & plaifante en diverfité 
de toutes chofes : foit que des vallées l'on confi- 
dere les montagnes, planures , & fuperbes edifi- 
ces.ou bien du deffus des collines l'on contemple 
les lieux inférieurs aux environs. La Saône tra- 
verfe la ville.fur laquelle eft un très-beau pont de 
pierre.conftruitde neuf voûtes ou arcs,au grand 
profit & commodité des habitans : & au deffous 
cficeluy elle fe décharge dans le Rofne.Or cette 
ville eft fituée prefques au milieu de l'Europe , 
d'où elle eft réputée le cœur de la France.De fon 
terroir fë recueille annuellementune telle abon- 
dance de toutes chofes neceffaires à la vie hu- 
maine , que non feulement il produit & nourrit 
un nombre infiny de peuple,qui fe rencontre ea 
cette ville, mais auffi fa fertilité naturelle com- 
penfe largement la fterilité des autres lieux cif- 
convoifins. D'avantage , ce qui rend cette ville 
plus riche & abondante , font les foires & mar- 
chez qui fè célèbrent quatre fois l'an,efquels s'aC 
femblcnt un nombre incroyable de Marchands, 
accourans de tous les quartiers de l'Europe , leC 
quels à raifôn du trafic font douez de rres-grands. 
privilèges. Cette ville eft réputée la plus riche du 
Royaume , & ce qui facilite grandement fon 
commerce , font fes rivières : car comme icelles. 
paffent & coftoyent grand nombre de villes & 
contrées,& par après fe defehargent dans la mer 
Méditerranée, vulgairement dite le Goulphe de 
D d Lion ; 





Occidcns 




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LE B O V R 
B O N N O I S 



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tJONNOIS, FORES 
Lîoa ; cela caufe que cette ville a une très-belle 
cômodité de recevoir & renvoyer toutes fortes 
de roarchandifes,non tant feulement par l'Euro- 
pe, mais auffi en Afrique, & Afie. Les Eglifes font 
jcy fort /ùperbes & magnifiques. Le pont qui eft 
for JeRofne eft long de 800 pas, ayant 19 arcs,& 
au milieu une haute tour , là où fe fait continuel- 
lementle guet & fentinelle ; & icyeftune Ifle 
tres-piaifante,couverte d'arbres, dite les Arches 
Se Breuteau. Les portes de la ville font au nom- 
bre de5,quatre fauxbourgs, entre lefqucls celuy 
-qui eft au delà du Rofne eft le plus grand , nom- 
mé la Guillotiere. Cette ville a produit des hom- 
mes fort illuftres,& bien renommez, & fpeciale- 
ment L. Plotius, lequel, felon le tefinoignage de 
Suetonius,a le premier enfeigné à Rome la Rhé- 
torique Latine , duquel Ciceron raconte avoir 
reçeu les principes en fajeunefTe , avec Ion frère 
Quintus. Ireneus.difciple de S.Policarpe, lequel 
a gouverné cette Eglife, après que la ville eut re- 
çeu leChriftianifine, lequel lûcceda à Photinus, 
qui fut martirizé fous l'Empire de Severe. Ily eut 
encor plufieurs autres Prélats de cette Eglife , 
grandement renommez tant en feience & do- 
ctrine , qu'en fainfteté dévie. S. Bernard Abbé 
de Clervaux eftréne grandement l'Eglife de Lion, 
dilànt en (à louange : Il eft très-certain, qu'entre tou- 
tes les Egûfes de France , (elle de Lionfurpajjfe les autres , 
/oit en dignité du Siege,comme en honneftetcd'eftude,iSf de 
kuablts mftitutiom.Car c'eft la où a efgalementfa rigueur 
Lt cenfure ds la Difiipline, lagraYitc des mœurs, la matu- 
rité des confeils, lapon de faut Imité, la marque de l 'anti- 
quité : i!f principalement es charges Ecclcfutftiques,elk n'a 
eftégueres Deu'è s'accommoder aux fondâmes noulpelletexj 
ny me/me «Ile ne s'eft point laiffée fouiller de quelque légè- 
reté de lajeuneffe: jufqu'icy S.B.Ceux de Lion font 
fort récréatifs & amiables, & encor qu'ils paroif- 
fentfimples, ils font toutefois affez rufez. Il s'y 



ftMtjoUis. 



FmJI. 



font mention honorable d'un certain Comte de. 
Lion,Foreft,&Beaujolois,lequel eut 3 fils, à Içâ-* 
voir Arthauld Comte de Lion , Eftienne de Fo- 
reft,& Emfroy de Beaujolois; & ces domaines fe 
font derechef reunis par la mort de Guichard 
Comte de Beaujolois,lequel durant le règne de 
Philippe I I.eftoit Conneftable de France : car fe 
foeur Habelle , Comteffe de Beaujolois, fut ma- 
riée à Renauld Comte de Foreft , lequel eftoit 
defeendu d'Arthauld fûfcnentionné , comme 
aufïî Ifabelle d'Eftienne , qui eftoit frère d'Ar-i 
thauld.Orde ce mariage fut procréé Guidon, le- 
quel eut à fon partage le Comté de Foreft , & 
Louys qui eut le Beaujolois. Apres iceux les An- 
nales ne font aucune mention d'autres. Le Roy 
Henry III, avant qu'il fut eflevé à la couronne 
de France, pofleda de droiét d'appennage avec 
le Duché d'Anjou, celuy de Bourbonnois, d'Au- 
vergne, & le Comté de Foreft. 

La ville principale de ce Comté eft Roane ,£«*<<.' 
baftie fur le Loire, là où il y a un pont, & eft voi- 
fîne du chemin royal de Paris à Lion , elle eft 
munie d'un chafteau. 

Il y en a encor une autre affez renommée,an- icms. 
dénuement dite Forum Scgufianorum, aujourd'huy 
Feurs. Cette ville eft l'accours de toutes les mar- 
chandifes de la province. Les autres places font 
Mombrifon,fituée (ùr le fleuve Vefefe, en partie 
for un coftau d'une montagne , & d'ailleurs en 
une planure , là où eft le fiege de la jurifoicTàon 
Royale ; puis S. Eftienne de Furen , où font des 
forges de canes de fer & d'armes , qui fe diftri- 
buent par tout le royaume. La commodité des 
eaux a monftré l'art aux habitans, laquelle rend 
l'œuvre grandement fâcile,& les charbons qui fe 
tirent des entrailles de la terre. Car proche la 
ville s'eflevent 3 montagnes , es quelles on void 
continuellement des flammes ardantesjl'une eft 



trouve beaucoup d'eftrangers,&: principalement dite Mine,l'autre Viale,& la troifiefmeBute.Icy 
taliens , d'où procède que les citadins imitent fe trouvent des charbons de pierre , tellement 



grandement les mœurs des nations eftrangeres, 
Se particulièrement la grandeur des Italiens. 

On comprend ordinairement dans la partie 
inférieure du Duché de Bourbon deux Comtez, 
à fçavoir de Beaujolois , & Foreft. Le premier 
contient tout ce qui eft entre le Loire & la Sao- 
ne.fitué vers le Levant.entre le Duché de Bour- 
gogne & le Comté de Foreft , & eft l'ancien pa- 
trimoine de ceux de Bourbon. La ville capitale 
de cette contrée eft Beaujeu. 

L'autre Comté ne prend pas fon nom.comme 
il femble, des bois & forefts , mais de la didtion 
latine For«t»,c'eftà dire Marché. Ceux de Foreft 
font à la Bize contigus aux Bourbonnois; à l'Oc- 
cident à l'Auvergne, au Midy ont le Lionnois,& 
à l'Orient le Beaujolois. Ce Comté eft fort am- 
ple & de grande eftenduë , & a dans fon circuit 
environ 40 villes ceintes de murailles , & 37 
bourgs ou bons villages.Les hiftoires Françoifes 



commodes , que tous les haSitans s'en fervent 
journellement au lieu de bois , pour leur feu do- 
meftique: & ce feu eft beaucoup plus véhément 
que celuy de bois , & de ce charbon fe fait de 
très-bonne chaux. D'avantage , il y a grand 
nombre de rochers , d'où l'on tire de très-belles 
pierres de couleur cendrée , defquelles on fe fert 
pour l'embellifTement des édifices. L'an i6oy on 
a tiré une pierre d'une grandeur admirable , de 
laquelle pour l'artifice des ouvriers & ingénieux, 
on a érigé une croix en 1 Iile.qui eft dite le Pretz 
des foires , qui fe void hors de la muraille , au 
grand eftonnement des foeétateurs. Outre ces Al " r " 
villes fufdites , eft S. Galmier , aux fauxbourgs de "*"' 
laquelle il y a une fontaine alumineufe, vulgaire- 
ment dite Font-forte: puis S.Germain Laval,re- 
nommé de fon vin genereuxjS.Bonet le Chaftel, 
là où fe forgent de tref-bons cifeauxjS.Rembert, 
là où eft le premier pont fur le Loire, &c. 



L E 



L I M O S I N. 



3° 




E LlMOSlN, lePeri- 
gord , & la Guyenne, 
(ont du reffort du Par- 
lement de Bourdeaux. 
Le Limofin a pour Tes 
bornes vers le Septen- 
trion le Berry ;du cofté 
du Levant leBourbon- 
noisjduMidy l'Auver- 
gne ; du Couchant le 
Perigord ; il y a un vieil orme entre le bourg de 
la maifon neuve & la ville d'Argenton en Berry, 
vers le Nord, qui fèrt de limites à quatre pays, à 
fçavoir Berry, Bourbonnois, Auvergne & Li- 
mofin, de forte qu'on dit que lesSeigneurs de ces 
quatre pays s'abouchèrent un jour enfèmble 
te ««««/fouz cet orme chacun dans fon territoire.Le na- 
dutcmir. ture j j e ce terro j r D > e ft p as ] c m efme par tout; il 
n'eft pas des plus fertils , toutesfois il porte du 
froument, de l'orge , du paniz, des chaftaignes, 
desnaveaux, du vin, mais il n'eft gueresbon,fi ce 
wiitmi. n'eft au bas Limofin. Les habitans font fort fo- 
bres & frugaux, qui fe contentent de peu,& ban- 
niffent de leurs tables toute forte de friandifes; 
toutesfois ils font grands mangeurs de pain , les 
villageois ne boivent prefque point de vin: ce 
font gens accorts, induftrieux, rufez,qui ne vont 
point à l'eftourdy , mais qui pourvoient bien à 
leurs affaires ; le menu peuple eft efpargnant & 
fordide en fon ménage ; mais la noblefle eft ge- 
nereufe , magnifique & libérale. Ils vivent long- 
temps, Se plufieurs voyent la troifiefme généra- 
tion ; on dit qu'ils ne font point difficulté de fe 
marier entre parens , mefme fans difpence , & 
qu'ils ne partagent point les biens , mais qu'ils 
■ vivent en commun. Belleforeft eferit qu'il a veu 
des familles compofées de plus de cent perfon- 
nes mariées qui vivoient enfèmble, & poffedoy- 
ent tout par indivis. Ce pays avec toute l'Aqui- 
taine fut jadis fubjugué par les Goths ; puis il tut 
tenu par les François, lefquelsenchafîerent les 
Goths; ilaauffiefté gouverné par des Comtes, 
qui adminiftroyentlaluftice, & par des Ducs, 
lefquels avoyent foing de la guerre. Plufieurs le 
divifent en haut & basLimofin. Le haut n'a point 
Lhmgtt. tant de montagnes que le bas. Limoges en eft la 
capitale, Ptolemée l'appelle Ratiaftum, & la met 
en la Gaule Aquitanique. Elle eft fituée fur la ri- 
vière de Vienne, partie en une vallée , partie fur 
une petite montagne , elle eft enceinte de bon- 
nes murailles, & a un fort chafteau; il n'y a point 
de fainéants , tous travaillent ; les femmes ont la 



pudiciré & la charité en fingulieïe recommen- 
dation ; au refte , c'eft un fiege Epifcopal. Il y a 
quelques autres villes, comme Glenic, Gueret, 
S. Iunicn, Aixe, Eimotiers , & quelques villages, 
à fçavoir la Soufterraine, le Boiffon , Barat , Do- 
rat , & Confoulan ; il y a auffi des Abbayes , en- 
tr'autres celle de Grandmont qui eft chef de 
l'Ordre, & S. Léonard entre Limoges & Felle- 
tin; il y a des anciennes & Illuftres familles, à fça- 
voir, Pierrc-Buflîere , Chafteau-neuf, Carfie qui 
porte tiltrede Vicomte, Roche-Choùart qui 
eft l'une des plus anciennes maifons d'Aquitaine, 
Maygnac & quelques autres. Le bas Limofin 
s'appelle proprement la Marche du Limofin : 
Tulle en eft la capitale , qui eft en un lieu afpre, TuIU, 
& montagneux; il y a un Bailliage & un Evefché 
nouvellement eftably. Vfarche eft une ville allez 
plaifante , en bon air , fur la rivière de l'Ifle , on 
tient que c'eft une place imprenable, certes il y a 
un proverbe qui dit , que celuy qui a une maifon 
à Vfarche, a un chafteau dans le Limofin. Les hi- 
ftoires font foy que cette ville refifta vaillam- 
ment aux Anglois qui ravageoient toute l'Aqui- 
taine, & luy donnent cette gloire d'avoir tou- 
jours efté fort fidèle à fon Prince le Roy de Fran- 
ce. Brive eft fituée en une plaine fertile & plai- Brht. 
fante, parmy les bois , elle a quelques vignobles, 
c'eft une Senefchauflee. Il y a encor quelques au- 
tres villes,comme Treignac,Donzenac, AlafTac, 
Beaulieu,Meiffac,Vf1et,Beaumont. Voicy com- 
mePierre Bertiusdefcritle Limofin en (es car- 
tes Géographiques. C'eft un pays, dit-û, abondant en 
fruicls, en "vin, miel, troupeaux , juments , jafran, noix, 
herbages, pafturages,bois,fontaines, rivières, bains, bitu- 
me,lacs, mines £ argent, places fortes bf marchandises. Il a 
vingt lieues de long Se dix de large , il tient une 
partie de lAuvergne qui eft un tres-bon pays, 
riche, & fort plaifant, non feulement au rapport 
deSidonius Apollinarisquien eftoit natif, ains 
encor de Theodoric Roy des Goths,lequel com- 
me tefmoigne Grégoire deTours, parla à les fol- 
dats en cette forte : Suive^-moy en Auvergne , 13 je 
Vous meneray en un pays où Vous trouverez, de For tëie 
l'argent, du beflail,desfafiteurs fcf des habits autant que 
Vous enfçaurie^ fouhaitter. Ce qui fe doit entendre 
voirement de tout le pays, mais principalement 
de la ville de Clermontqui en eft la capitale, 
dont Grégoire de Tours fait mention au livre 2, 
chap.20. Iornandesditen termes exprès ; Erik 
Vice-Roy des Wifigoths a pris la Ville d'JuVergne en Ban- 
ce : Se Sidonius remarque au liv. 1 j en l'epiftre 3, 
qu'autresfois les lettres y ont efté tres-floriflantes. 



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LA LIMAIGNE. 




A Limaigne eftunepar- 
i tie de l'Auvergne, que Sido- 
i nius Apollinaris Evefc|uede 
Clermont defcript ainfi en 
l'Epiftre 1 1 du livre 4 , qu'il 
1 adJreffe à Ton amy Alpre. le 
; laiffe a part l'agréable fertilité de 
ce terroir, cette mer flottante en ejpics de blé, ou il n'y a au- 
cun danger de naufrage , ce pays efl fi plaifant aux "voya- 
geurs , fi profitable aux laboureurs , fi agréable aux chaf- 
jeurs , qui efl entouré de montagnes fertiles en pafturages, 
de collines abondantes en vignobles , oh il)' a force maijons 
de plaifance, plufieurs chapeaux, bois, fontaines k? riviè- 
res, bref qui a tant de charmes pour les cPrangers , que 
plufieurs s'oublient du lieu de leur naijfance pour y demeu- 
rer. L'Auvergne fe divifee'n haute & baffe ; la 
haute qui eftmontagneufe , a pour fa capitalela 
ville de S. Flour, affilé fur une roche fort haute. 

La baffe Auvergne c'eft la Limaigne , en La- 
tin Limania , ou bien Alimania , ainfi nommée ou 
du Latin Alimonia, ou de la terre qui elt fort graf- 
fe & limoneufe, ou bien félon quelques autres de 
la rivière de Lymonne , qui le deicharge dans la 
rivière d'Allier. 

Sa longueur fe prend depuis le pont de la Bri- 
ve jufques à Ganat, d'environ vingt lieues : fa lar- 
geur, depuis la montagne du Puits de Dom, juf- 
ques à la ville de Tiers ou Croppiere, dehuicl: 
lieues ou peu s'en faut. Or cette montagne efl; 
l'une des plus hautes de toute la France, tres- 
fertile en fimples & herbes médicinales, au fom- 
met de laquelle on void de vieilles mazures , qui 
monftrent qu'autresfois il y a eu un chafteau ou 
quelqu'autre baftiment. C'eft un tres-bon pays, 
qui a de belles & grandes villes , plufieurs villa- 
ges &maifonschampeftres, des fontaines , des 
lacs , des bains Se eaux fouverains , & quantité 
de bois. La principale ville du pays c'eft Cler- 
mont , que Sidonius appelle la ville d'Auvergne 
au livre 6 en l'epiftre n. Scaliger croit que c'eft 
celle que Ptolemée appelle Auguftonemetum ; il 
appert par ce qu'en eferit Grégoire de Tours, 
que déjà elle eftoit anciennement enceinte de 



murailles & baftions. Elle fut par diverfes fois 
affîegée , moleftée & à la fin prifè par les Goths; 
elle elt entourée de petites collines tres-fertiles, 
d'où fourdent divers ruilfeaux& fontaines qui 
arroulent les terres , prairies, vergers & jardins 
voifins. Il y a un chafteau & un Evefchc, quia 
efté jadis tenu par Sidonius Apollinaris , lequel 
s'eft affezfait renommer par feseferits, on die 
que ce fut par force qu'il accepta cet Evefché, 
comme luy mefme en parle au livre 5 : Dernière- 
ment je fus travaillé d'une forte fièvre , qui me mit à deux 
doigts du tombeau, elle fut eau [ce de l'apprehenfion de ce 
grand fardeau , qu'on m'a mis Jur les efpaules ; dont je me 
cognais tout à fait incapable: car il me faut enfeignerles 
autres , avant qu'avoir appris ; fcf prejeher le bien , avant 
que le faire : je rejfcmble a un arbre fierile , qui n'ayant 
point de fruits de bonnes œuvres, donne des ftieilles de pa- 
roles. Ilyaauffi une fort gentille ville nommée 
Riom , avec un chafteau, le Senefchal de la baffe 
Auvergne y fait fa demeure, & a fouz fon reflort 
la ville de Clermont avec les autres villes & villa- 
ges. Il y a encor Montferrant fur une petite riviè- 
re nommée Bedat, qui le va rendre dans l'Allier, 
Aigueperfe,Maringues,Entraigues,Beauregard, 
Pont du Chafteau, Croppiere, Mofon, &c. 

A demy lieue de Clermont eftoit jadis cette 
ville tant renommée dont Cslàrfait mention, 
& qu'il appelle Gergovia , dont il refte encor 
quelques veftiges avec le nom de Gergoie. Ceux 
qui font deux villes de Gergovia , & Gergobina , Ce 
trompent, car jaçoit que Strabon mette Gergo- 
via en Auvergne , & Ca:far Gergobina en Bour- 
bonnois , n'importe ; c'eft la couftume des villes 
frontières, lefquelles eftans entre deux pays, peu- 
vent appartenir à l'un & à l'autre. Csefarlamet 
(comme vouz pouvez voir dans la carte) fur une 
haute montagne , qui a les advenues fort diffici- 
les, & eft preîque inacceffible. Sidonius au Pané- 
gyrique d'Avitus en parle ainfi : 

Çjuojvis mincis equo; teflis mihi Ufaris ejlo 
Hic nimiumfortunaparem, quum colle repu/fus 
GergovU cajiris miles vix reflitit ipfis. 



LE D V C H E' 



3 1 



D E 



B O V R B O N. 



Limita. 



Stiçnthrs, 




Epays , & Duché de 
Bourbonnois a pour 
lès limites , du cofté du 
Couchant le Berry , & 
leLymofin; du Nord 
le Nivernois , du Le- 
vant la Bourgogne, du 
Midy leLionnois. On 
tient que ce pays eftoit 
jadis tenu par ceux 
que Csfar au liv. i de la Gaerre des Gaules , ap- 
pelle Boji, Se aufquels il dit qu'appartenoit la ville 
de Gergovia ; c'eft la commune opinion des 
elcrivains , qu'ils ontauffi tenu tout le pays de 
Foreft. Tout ce territoire, comme auffi plusieurs 
autres voifins , appartenoit jadis aux Roys d'A- 
quitaine; puis il eut Tes Seigneurs particuliers,qui 
s'appelloyent Ducs de Bourbon , le dernier def- 
quels fut Archibauld , qui ne laifla qu'une feule 
fille héritière , nommée Agnes , qui fut mariée à 
Iean Duc de Bourgogne , dont elle eut une fille 
nommée Beatrix, à laquelle, quand elle efpoufa 
Robert, fils de Louys IX, elle donna pour dot 
le Duché de Bourbon , à la charge que Robert 
porteroit le nom de (à femme,& s'appelleroit de 
Bourbon , pour le Iaiffer à lès enfans , ce qu'il fit. 
Doncques Robert fils de Louys IX , lequel a 
efté mis au nombre des Saincts , a efté le tige de 
la maifôn de Bourbon : car il eut de fa femme 
Beatrix trois fils , & trois filles. Louys qui eftoit 
l'aifhé , fut déclaré Duc de Bourbon l'an 1318, 
par le Roy Philippe de Valois , & il efpoufa Ma- 
rie fille du Comte de Hainault,dont il eut Pierre 
Duc de Bourbon , & Iacques Comte de la Mar- 
che , dont nafquit Louys Duc de Bourbon , qui 
eut un fils nommé Iean , lequel ayant efpoufé 
Bonne , fille & héritière de Iean Duc de Berry, 
fut fait Comte de Montpenfier , & eut deux fils, 
Louys Se Charles: Louys qui eftoit le cadet fuc- 
ceda au Comté de Montpenfier , & après le de- 
cezde fa première femme,qui ne luy laiffa point 
d'enfans , ileutdeGabrielledeTure, Gilbert 
Comte de Montpenfier, qui fut père de Charles 
Comte de Montpenfier , lequel efpoufa Sulânne 
Duchefle de Bourbon , dont il n'eut point d'en- 
fans. De Charles Duc de Bourbon , & frère de 
Louys.nafquit Pierre Duc de Bourbon. 

Iacques Comte de la Marche, fut père de Iean 
Comte de la Marche , & de Vendofme , lequel 
eut trois fils. Iacques Comte de la Marche , 
Louys Comte de Vendofme,& Iean qui mourut 
au berceau. Louys fut père de Iean Comte de 
Vendofme , lequel eut un fils nommé François, 
France. 



qui fut père de Charles I, Comte de Vendofme, 
lequel entre autres enfans , eut Louys Prince de 
Condé , qui fut père de Henry Prince de Con- 
dé,de François Se de Charles. 

Ce Charles,dont j'ay parlé là haut, Comte de 
Montpenfier , fut fils de Gilbert Duc de Bour- 
bon , petit fils de Louys , mary de Sufanne , & 
Conneftable de France , lequel le révolta contre 
fon Prince François I , Roy de France , Se le ran- 
gea du cofté de l'Empereur Charles V , pour le- 
quel il affiegea la ville de Rome , mais il ne jouit 
pasdu fruit d'une fi glorieufe viâoire , carilfut 
percé d'une balle de moufquet , & mourut , l'aa 
1 JZ7. Or après le decez de fa femme Sulânne, le 
Roy fe faifit du Duché de Bourbon , & les Ducs 
de Vendofme par droiA de parenté enretin- 
drent les armes, & le tiltre. 

Le pays eft divifé par les Géographes Fran- 
çois , en haut & bas Bourbonnois : le bas com- DMfiml 
prend deux Comtez,& les villes.dont la capitale 
eft Moulins,fur la rivière d'Allier,qui paffe par la 
ville de Gergoye en Auvergne , que nous avons 
dit eftre affile fur une haute montagne , & cette 
rivière en Automne fe peut pafler à gué ; plu- 
fieurs tiennent que cette Gergoye , onGergofia 
n'eft autre que la ville de Moulins,mais ils s'abu- 
fent , car Gergtfpia eft en Auvergne, encor que 
Calâr la mette au pays desBoies.qui eft le Bour- 
bonnois , félon la couftume des villes frontières, 
telle qu'eft celle-cy entre l'Auvergne & le Bour- 
bonnois ; cette ville eftoit jadis la demeure des 
Ducs,puis ça efté le lieu de plaifance des Roys de 
France. Il y a un très-beau chafteau , avec un 
jardin , qui eft fort fbigneufement tenu & culti- 
vé,on y cueille des oranges Se citrons. Il y a une 
gallerie , où l'on void les pourtraits au vif des 
Ducs de Bourbon, avec leur généalogie. Voicy 
les.autres villes du Bourbonnois , Bourbon an- 
cienne & noble ville , qui a donné le nom à tout 
le Duché ; quelques-uns croyentque c'eft cet- 
te ancienne Boja , dont Csfar fait mention , 
elle a un très-fort chafteau , Se des bains fort re- 
nommez ; l'Archimont, Montmeraut, Cofnelur 
le Loire avec un chafteau,elle a les meilleurs pa- 
fturages du pays, Mont-laflon, S. Porcin, où l'on 
cueille de tres-bon vin ; Cuffet , Chancelle, 
Charroux, Vernueil , Varennes for l'Allier , Ga- 
nat fur les frontières de l'Auvergne;le Mont aux 
Moines ; Souvigny le Comté aux Coines ; la Pa- 
liffe où il y a un fort beau chafteau ,• Eriffon,San- 
coings, S.Pierre le Monftier , Ainay le chafteau, 
ainfi (ùrnommé àcaufède lôn chafteau ; S. A- 
mand,& quelques autres. 

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LE D V C H E' D 

Il y a deux Comtezde Beaujolois, &le Foreft. 
'• Le Beaujolois comprend tout ce qui eft entre le 
Loire,& la Saone,il regarde l'Orient,& eft fitué 
entre le Foreft, & la Bourgogne , c'eftoit jadis le 
patrimoine des Ducs de Bourbon , fa ville capi- 
tale s'appelle Beaujeu. L'autre Comté de Foreft 
prend fon nom du mot de Forum, dont nous par- 
lerons après, & non des bois,& forefts,comme le 
nom femble tefmoigner. 

Le pays de Foreft a leBourbonnois du cofté 
du Nord; du Couchant l'Auvergne ; du Midy le 
Lyonnois ; du Levant le Beaujolois ; il a efté ja- 
dis tenu par des Comtes , d'où font iflus aufli les 
Comtes de Beaujolois. Les hiftoires font men- 
tion d'un certain Comte de Foreft & de Beau- 
jolois , lequel eut trois fils , Arthauld Comte de 
Lyon , Eftienne Comte de Foreft , & Emfrid 
Comte de Beaujeu. Ces deuxComtez deFo- 
refts & de Beaujeu , ayans demeuré longues an- 
nées ainfi defunis &feparez,furent derechefunis 
par la mort de Guichard Comte de Beaujeu, le- 
quel avoit efté Conneftable fouz Philippe 1 1 
Roy de France. Car fa fœur Ifabeau Comteffe de 
Beaujeu fut mariée à Reginald Comte de Fo- 
reftdequel eftoit defèendu de la race d'Arthauld, 
comme Ifabeau eftoit ifïuë de la famille d'Eftien- 
ne frère d'Artauld. Or de ce mariage nafquirent 
Guido , lequel hérita le Comté de Foreft , 8c 
Louys , qui eut en partage celuy de Beaujeu, 
après lefquels nous ne trouvons rien de certain 
& avéré dans l'hiftoire.Henry 1 1 1 Roy de Fran- 



E BOVRBON. 

ce , avant (on advenement à la couronne , eut 
pour fon appannage le Duché de Bourbon & 
d'Auvergne, & le Comté de Foreft, avec le Du- 
ché d'Anjou. 

Roane eft la capitale du Foreft , fituée fur le Rouit. 
Loire,& fur le grand chemin de Lyon , il y avoit 
autresfois un pont & un chafteau. La féconde 
c'eft Feurs,en latin Forum Segttfianorum félon Pto- 
lemée ; on y void une ancienne infeription , qui 
fait mention de ce nom: N vmini. A vg. Deo. 
Sylva no. F abri. Tignvar. Qvi. Foro. 
Segvs. Consistvnt. D. S. P. P. Du nom 
de cette ville, ce pays a efté appelle Foreft, mais 
il faudroit pluftoft dire Fores , elle a tout le tra- 
fic de la province. Les autres villes font Mont- 
brifon,qui eft un Bailliage, S.Eftienne de Furan, 
où on travaille en fer , & où fe fait grande quan- 
tité d'armes & d'efpées, qui fe portent par toute 
la France,le lieu eft fort propre à tels ouvrages, à 
caufe de la commodité de l'eau , qui donne une 
très-bonne trempe au fer, & du charbon qu'on 
tire de la terre ,- S. Gremier,qui a aux fauxbourgs 
une fontaine nommée vulgairement Font- Foie, 
dont l'eau a un gouft d'alum, & a une fouveraine 
vertu ; Sainft Germain la Val , oùilcroiftde 
tres-bon vin ; S.Bonet le Chaftel ; SaincT: Ram- 
bert , où fut fait le premier pont fur le Loire. 
Voila pour ce qui eft du bas Bourbonnois. Le 
haut s'appelle proprement le pays de Combrail- 
le,qui eft plus montagneux que le bas. 




LE D V C H E 

DE NEVERS. 



3* 




Ans le pourpris du 
Duché de Bourgoigne 
on a de couftume de 
comprendre trois vil- 
les Epifoopales, qui 
toutesfois recognoif- 
fent lajurifdiâion du 
Parlement de Paris , à 
fçavoir Nevers,Auxer- 
re&Mafcon. La pre- 
mière eft honorée & annoblie delà dignité Du- 
cale, fon pouvoir & domaine s'eftendant bien 
Rivitm. loing de tous coftez,eftarroufée de trois rivières 
navigeablesjcomme Yonne, Allier & Loyre. Les 
habitans font fort adonnez à nourrir du beftail. 
Le pays produit fort peu de froment, & prefque 
point de vin ; outre les mines de fer il y a auffi 
des veines d'argent proche S. Léonard. 
Qualité. On fe fert grandement en ce pays de char- 
bons de pierre, qui fe tirent de la terre non loing 
de la ville Defize. On trouve dans le contenu de 
cetteDuché 13 villes ferrées de portes & murail- 
les, la capitale defquelles eft Ncvers, ayant fouz 
foy 30 Chaftellenies. Cette ville eft affez bien 
cognuë de Caelar , lequel la nomme au livre 7 
Noviodu- Noviodunumjvoicy fes paroles : Noviodunum efloit 
""""' une Ville des Eduens ,fituée en un lieu très-propre aux ri- 
ves du Loyre , &c. Et afin que l'on ne doute point 
d'avantage que Nevers ne foit la mefme que 
Noviodunum deCa:far, en quelque notice des 
Provinces de la France, laquelle a efté auprès de 
Iacques Cujace IC. fe lit particulièrement Novio- 
dunum Ntvernenfium. Antonin l'appelle Nivernium, 
par où on fa d'Autun a Paris. Cette ville eft de tous 
coftez ceinte de tres-forte murailles, flanquée de 
tres-puiffantes tours , & munie de profonds fof- 
fez.Du Midy fes murailles font lavées de la Loy- 
re.fur lequel eft un pont de pierres quarréesd'un 
artifice admirable, compofé de vingt arcs. Le 
Nivm. Nièvre , lequel a donné le nom à la ville l'envi- 
ronnant du cofté d'Orient,ayant receu deux pe- 
tits ponts, fe defgorgc incontinent dans la Loire. 
Au Septentrion, il y a deux fontaines, defquelles 
on peut conduire l'eau facilement dans la ville II 
y a un chafteau&PalaisdesPrincesdeNevers 
contigu à l'Eglife Cathédrale , qui eft confacrée 
à l'honneur de S. Cire & eft conjointe à l'Eve- 
fché.Cette ville n'a point de Faux-bourgs,ce qui 
n'cft pas d'ordinaire aux villes de France,& pour 
cela Nevers eft eftimée plus forte & moins fujet- 
te aux ambufches. En cette ville il y a onze Pa- 
roifles , outre les Abbayes de S. Martin & de S' e 
Marie de femmes , & les Cloiftres des Domini- 
cains , Francifcains , Capucins , Minimes, & des 
Sœurs de la Vifitation, & le Collège des Iefuites. 
Les Evefques felonClaude Robert font en nom- 
France. 



bre 103 , mettant pour le premier S.Auftremo- 
niusdifciple deS.Pierre,ainfique veut Baronius 
A.C.^6,ce que toutesfois eft ouvertement con- 
trarié par les autres Hiftoriens , qui rapportent 
ce premier Evefque au temps de l'Empereur De- 
cius. Il met pour le dernier EuftacheduLys, 
confacré l'an 1606. LeChafteau, duquel j'ay 
fait mention, eft grandement magnifique & an- 
cien,auquel font adjouftez de nouveaux édifices 
avec une tres-Iarge place quarrée au milieu, vra- 
yement une œuvre digne de l'invention d'un 
Prince ; là où font eferits ces vers : 

E» tibimagna Ducumprifca bxc nova mœniafurgunt, 

&iue veteri pojïto tegmine Lima vides. 
Sic Conflantinus Biçanti prifea noVaVit 

Pergama , quemfrater petlore isf oregerit. 

Entres les chofe plus remarquables eft le cabi- 
net du Prince , là où eft une table de marbre de 
très-grand prix, fur laquelle eft un tableau de 
mefme matière , qui eft trelparante & de veuë 
penetrative fion l'oppofc aux rayons duSolei! ou 
à quelque lumière , en laquelle la nature accom- 
pagnée d'un fingulier artifice fait paroiftre des 
peintures très-belles &du tout admirables. La 
ville de Nevers eft dépeinte au naïf en un grand 
tableau pendu à la muraille:& à la premieregal- 
lerie font tirez au vif toutes fortes d'hommes.por- 
tans par les rués de Paris à vendre toutes chofes, 
tant viles qu'elles peuvent eftre, ce qui fedit 
communément les cris de Paris. Hors de la ville 
il y a quelque bocage, avec une place pour le jeu 
de Palemail , ce lieu eft fort plaifant & ombra- 
geux, propre pour éviter les trop grandes cha- 
leurs del'Efté. 

G. Braun au Tome 3 des villes , eferit de Ne- 
vers ce qui s'enfuit. Noviodunum(dit-il)ou com- 
me les autres difent, Nevers, eft une ville fortan- 
cienne, & eft fituée en ce lieu que l'on peut feure- 
ment dire eftre la mefme , de laquelle Csfar fait 
mention en fes Commentaires , en ces paroles: 
llruynela Ville (parlant de Ganabus) 13 la brufle, isf 
divife les defpoûilles à fon armée, iS/ lafaitpajfer outre la 
Loyre , isf arri-va aux confins du Berry , Vcrcingetorix, 
lors qu'il eut cognu l 'arrivée de Ujar, quitte le fiege de la 
Ville, $3 vint au devant de Ujar. Il avoitpour deffein d'af- 
fieger Noviodunum , ville du Berry fituée auchemin , isfe. 
Ne voyez vous pas que Cadàr voulant fecourir la 
ville de Gergeau.affiegée par lesGaulois,prit fon 
chemin par Noviodunum, laquelle ville ne peut 
eftre autre que celle qui fe dit à prefent Nevers, 
/îtuée fur la Loyre,au chemin mefme que Ca?far 
devoir neceffairement pafter., là où craignant 
qu'il ne feroit mal traitté par l'armée des Gau- 
lois,encor qu'il occupoit ladite place.Toutesfois 
G g voyant 



Villes. 



LE D V C H E' 

voyant que la cavalleriedel'ennemy , commen- 
çant à fe monftrer.defiroit de combattre, quitta 
la ville. Au refteon peut voir encor pour lejour- 
d'huy un grand & très-ancien baftillon aflîs aux 
murailles de la ville, lequel eft fort ample & gran- 
dement fpacieux, égalant en hauteur les murail- 
les de la ville. Aimon au commencement defon 
hiftoire affeure que Nevers eft la mefme que 
Noviodunum de Cxfar , là où nombrant les vil- 
les de laGauleCeltique;Noviodunum(dit-il')eft la 
mefme qu'aujourd'huy on nommcNevers;Iequcl 
prouve en fa mefme hiftoire que cette ville (tout 
ainfi que le Duché de Nevers, qui a pour capita- 
le Noviodunum) avoit dés le commencement 
des Comtes qui gouvernoient la Republique & 
l'Eftat au nom du Roy ; mais lefdits Comtes par 
fucceffion de temps ont pris la pofTcfïîon dudit 
pays: Et quelque temps après ce Comté fut efle- 
vé à Indignité Ducale, eftantpour le premier 
Duc de Nevers François fils de Charles de Ne- 
vers & de Marie d'Arras , lequel print à femme 
Marguerite de Bourbon, fille de Charles pre- 
mier, Duc de Vendofme. 

Le fleuve Allier, lequel defeend du pays d'Au- 
vergne , fe vient joindre au Loire environ une 
lieuê de cette ville. 

Entre les villes principales du Duché de Ne- 
vers font Defize , Clamezy, Douzy, Moulins en 
Gilbert.Corbigny dit S.Leonard,Luzy,Preme- 
cy,& plufieurs autres. 



DE NEVERS. 

Aux Annales de France on fait mention de 
Philippes Comte de Nevers, Rhetel& d'Eftam- 
pes , fils de Philippe de Valois Duc de Bour- 
gogne , lequel avec fon frère fut tué en la jour- 
née d'Azincourt , laiffantdeux fils pourfuccef- 
fèurs , à fçavoir Charles aux Comtez de Nevers Ccmta. 
& Rhetel,& Iean à celuy d'E(tampes,lequel après 
le decez de fon frère Charles.fut héritier des au- 
tres Comtez. Iceluy eut plufieurs enfans de trois 
femmes ; mais tous les autres mourans , luy de- 
meura tant feulement une fille nommée Char- 
lotte, laquelle eftant mariée à Iean d'Albret, eut 
une fille dite Marie d'Albret, femme de Charles 1 '*"' 
de Cleves , fils de Iean fécond Duc de Cleves, 
premier Duc de Nevers, ayant pour fils François 
1 1 Duc de Nevers,qui eut de fa femme Margue- 
rite de Bourbon fille de Charles 1 Duc de Ven- 
dofme, trois fils & une fille, à fçavoir François 1 1 1 
Duc deNevers,Comte d'Eufi,lequel mourut fans 
enfans en la bataille de Dreux l'an i j^.Iacques 
Marquis d'ifle, & I V Duc deNevers.qui mourut 
auffi fans aucuns hoirs. Henry le V Duc de Ne- 
vers,lequel pareillemët que fes deux frères mou- 
rut fans laifler aucuns enfans ; à tous lefquels fùc- 
ceda leur (œur Henriette VI DuchefTede Ne- 
vers,laquelle efpoufânt Louys Gonzague Duc de 
Mantoue , luy tranfporta pour dot le Duché de 
Nevers. De ce mariage eft né Charles Gonzague 
de Cleves VII Duc de Nevers, &c. &aufli à 
prefènt Duc de Mantoue & de Montferrat. 




LE D V G H E' 

D E 

B E R R Y. 



33 



£ss limita 




Tmiliii. 



E Dttché de Berry 
du cofté du Nord re- 
garde la Souloigne, 
dont il eft fêparé par 
'e Cher,qui eft une pe- 
tite rivière ; du Cou- 
chant il aie Poiclou,& 
a Touraine,avec la fi* 
viere de Clery qui le 
fepare de l'un , & de 
l'autre ; du Levant , le Hurepois , Nivernois , & 
Bourbonnois,avec le ruifTeau de la Faye.qui fert 
de bornes ; du Midy le Limofin , où eft la rivière 
de Croure ; ça efté jadis la demeure de ceux 
qu'on nommoit Bituriges , lefquels , au rapport de 
Strabon,Ptolemée & autres autheurs , eftoyent 
furnommez Cubi. Car ces peuples nommez Bitu- 
tiges eftoyent de deux fortes , diftinguez par leur 
furnoms, à fçavoir Bituriges Cubi , dont la capitale 
eftoit la ville de Bourges , en latin Atarkum en la 
première Aquitaine ; Se Bituriges Vibifci, ou Vhijci, 
dont la principale ville eftoit Bordeaux en la fé- 
conde Aquitaine ; l'une & l'autre , au rapport de 
Pline , eftoyent libres , fous l'obeiflance des Ro- 
mains. Csefar au liv.7, Strabon au liv.4, & Ruti- 
lius au liv. 1 ,temoignent qu'en ces quartiers il y a 
force minières de fer : tout le pays eft abondant 
en troupeaux , dont il Ce faicl un grand débit 
par toute la France ; il y a auffi quantité de vil- 
les, bourgs, villages, bois, montagnes , prairies, 
pafturages , terres labourables, vignobles, ruif- 
îèaux, fontaines, &c. Bourges en eft la metropoli- 
tropci,,»,,. taine,Ammian, Grégoire de Tours, & Beda l'ap- 
pellent Bituriga. Elle eft fituée en un terroir fort 
plaifant , & fertile non feulement en toute forte 
de blé, & de légumes , mais auflî en vins très ex- 
quis.en beftail,poiffons,volailIe, gibier, & diver- 
ses efpeces de fruicïs. Elle eft arroufee de quatre 
petits ruifteauxjà fçavoir Aufron,&Aurette d'un 
cofté,& de l'autre Yvre,& Molon; on ne fçait au 
vray ,qui en a efté le fondateur. L'aflîette de l'an- 
cienne ville eftoit un peu différente de celle 
d'aujourd'huy; car elle eftoit proche de certains 
marez , où l'on void encor les murailles , non 
fans eftonnement , prefque toutes entières , ba- 
fties de matériaux très folides , comme font tous 
les anciens ouvrages des Romains. Elles com- 
mencent depuis la tour qu'ils appellent groffe,& 
partent par le milieu de l'Eglifè de S. Eftienne, 
par la place de S.Iean des champs , & par la por- 
te Gordejufques à la Neufve , qu'on nommoit 
autresfois la porte S.André;de là elles traverfent 
la place des Arenes,& s'en vont jufques à la por- 
te de Tours ; de là elles tirent vers la porte S. 
Paul,& s'en retournent de peu à peu aboutir à la 
France. 



totirga, 
vtUe ml- 



greffe Tour. Du depuis, fonenceincte fut telle- 
ment aggrandie par Charlemagne , & autres , 
qu'elle peut aujourd'huy eftre mife entre les plus 
grandes , & les plus fortes villes de France. Elle 
eft flanquée de 80 hautes & greffes tours , entre 
lefquelles celle dont nous avons parlé , qu'on 
nomme la greffé Tour, eft la plus remarquable» 
car elle eft d'une énorme groffeur,de figure ron- 
de^ fort haute; Philippe 1 1 Roy de France,en- 
viron l'an npo la fit enceindre de toutes parts 
de plufieurs petites tours,d'une muraille, & d'un 
foffé fort profond; on dit qu'il y en avoit une au» 
tre toute pareille , mais qu'elle à efte ruinée, Se 
quelques uns tirent le nom de Biturgiesde ces 
deux tours , &Calama;us loué ce vers d'un an- 
cien Grammairien : 

Turribus a binis inde tocot Bituris. 
Mais ce ne font que refveries de cerveaux creux. 
Elle a fept fauxbourgs,& autant de portes,outre 
quelques autres plus petites. Quand il y a quel- 
que bruit de guerre , on n'en ouvre que quatre, 
celle de Bourbon , de S. Privât, de S. Sulpice, & 
d'Aron. 11 y a 17 Eglifes Collegiales,& autant de 
paroifTesjquatre ordres mendiansjdeux Abbayes 
d'hommes ; l'une eft hors la ville, riche & bien 
rantée,elle s'appelle S.Sulpice;Pautre S. Ambroi- 
fe dedans la ville, pareillement aufîi fort riche; 
trois monafteres de filles; le premier eft de l'An- 
nonciade en l'honneur de la B. Viergejl'autre de 
S.Laurens;& le troifiefme des fœurs mendiantes 
de S.Claire. Les arts mechaniques y fleuriffent, 
entre autres la drapperie , auflî y a il un grand 
trafic de laines, & de draps. Il y a diverfes foires 
fort célèbres le long de l'année , celle de S. Lau- 
rens, de S.Lazare, de S. Martin, de S. Vrfin, &c. 
Le Magiftrat y a fait baftir n'a gueres un bel 
hofpital,pour les pauvres, & autres perfonnes af- 
fligées. Entre les beaux baftimens , dont il y a 
tousjours eu grand nombre , il n'y en a point de 
fi fomptueux que la maifon de laques Cœur , qui 
vivoit du temps de Charles V 1 1. On y void auflî 
les maifonsdes Allemansquimanioyent les fi- 
nances du Roy,avant que la foire, qui s'y tenoit 
avec un grand abbord des eftrangers, fuft trans- 
férée à Lion l'an 1 397. Belleforeft faiét, une lifte ArchcMtf. 
des Archevefques de cette ville , & en compte H""- 
jufques au nombre de 97 jufques à Antoine Val- 
lat Parifien. L'Vniverfité eft la plus célèbre qui .,„ , , 
foit en France , nommément quant a la Iunlpru- 
dence , dont il y a eu de tres-habilles profefc 
feurs, entre autres André Alciat , Eguinar Baro, 
Pierre Rebuffe , Françoys Duarenus , Françoys 
Baudoin, Antoine Conti, Hugues Doncl, laques 
Cujas,&c. 
On y voit une infinité de mazures d'anciens 
H h bafti- 



LE D V C H E 

baftimens fort bien travaillez,& de tresexcellens 
matériaux , on en tire auïTï tous les jours du foffé 
des arènes , où il y avoit jadis un Amphithéâ- 
tre. Cette ville a efté affligée de diverfès calami- 
tez. Elle à efté prife cinq fois par les ennemys, 
bruflée,fâccagée,& prefque entièrement ruinée, 
mais tousjours reftablie en meilleur eftat qu'elle 
n'eftoit auparavant. Charles VII s'y retira, 
eftantpourfùivide fes ennemys , lors de la guer- 
re d'Angleterre; & on l'appelloit par mocquerye 
Roy de Bourges , d'autant qu'il lèmbloit qu'il ne 
Iuy reliait que cette feule ville. Prés de Bourges 
«ntre Soulanges, Se Nohant , ceux du pays mon- 
ftrent le lieu où Vercingetorix avoit planté fon 
camp contre Csfar, pour luy faire lever le fiege, 
qu'il avoit mis devant la ville. 

Sot/ A II y a un fiege de juftice fouverain pour tout le 

jHJlice. Duché.auquel prefide le Baillyf de Berry.auquel 
il y a appel du luge de la ville , & de tous les au- 
tres juges des lieux qui font dans le territoire de 
Berry.Le gouverneur a (bus foy la ville de Bour- 
ges, &cinqdioce(ès, àfçavoir YlToudun , Dunle 
Roy,Vierzon,Mehun, ConcrefTault, 

Dtftndtn- De la ville de Bourges dépendent les Comtez 
de Sancerre, & S.Aignan, la Baronnie de Mont- 

itmcmt. faulcon, & environ 40 Chaftellainies. Sancerre, 
comme quelques uns eftiment,a pris fon nom de 
la DeefTe Ceres , laquelle y a eu jadis un temple, 
& un autel ; il porte tiltrede Comté , qui fut 
efchangé avec celuy de Beauvais l'an 101 j. Car 
Roger Evefque de Beauvais donna à Eudon 
Comte de Champagne le Comté de Sancerre 
pour celuy de Beauvais. L'an 1573 la ville de 
Sancerre fbuftint un long fiege , pendant lequel 
les habitans fbufFrirent une fi cruelle famine, 
qu'après avoir mangé les chiens , les chats, les 
chevaux,les rats,les fouris,Ies taulpesjes cornes, 
les cuirs.le parchemin,&c. ils n'efpargnerentpas 
mefmela chair humaine, & n'eurent pas hor- 
reur de manger les excremens. Elle a (bus foy les 
Chaftellainies de Sancergues,Beaufeu, Chapelle 
d'Angillon,le Chaftel de Boncard,Ialonges,Ta- 
renay , Verdigny , Menefme , Charentonnay , 
Brie, Sec. 

s.Aiziun. S.Aignan a pris fon nom de S.Anian Evefque. 
La Baronie de Montfaulcon comprend les Sei- 

Mmfmi- gneuries de Baugy & Gron; la Fane,Livron,Co- 

""■ ny, Villabon, Seury, Marcilly, Marnay, Farges, 
Avor,Saligny,Percigny,Cru,LafTay, Boisbofon, 
Nuiffcment,Villiers,& Compoy : avec les Cha- 
ftellainies qui s'enfuivent , Ays d'Angillon , Sury 
en Vaux, S-Soulange, S. Palais , la Salle du Roy, 
Bueil , Quantilly , Fomorigny , Francheville, la 
Chapellc,Nançay,Dry e, Beau lieu, Brecy, Ben- 
gy, S. Fleurant, Neufvy fur Baranjon, Morthon- 
nier, Marmaignes, Maubranches, S. Vrfin, Til- 
lay, Brilliers, Vatan , S.Satur , Lury, Eftrechyes, 
Maulpas , Ville neufve, S.Crapaix, AfcyllyJufTy 
le Chaudrier, la Corne, les Chaizes, Vauvrilles, 



DE B E R R Y, 

les Cloyes, Bouge. Mais c'eft. affes parlé de là 
ville métropolitaine, & de fa jurifdiftion. 

LeDiocefè d'iffoudun comprend la ville de 7 *""*' 
mefme nom , avec fon Bailliage , duquel dépen- 
dent quelques Baronnies , & plus de 20 chaftel- 
lainies. Les Baroniesfbnt Chafteauroux avec un 
très-beau chafteau,Charles I X l'erigea en Com- 
té pour gratifier le Baron d'Aumont, dont le fils 
aifrié fut le premier Comte de Chafteauroux , il 
fe nommoit auparavant Seigneur d'Eftrabonne. 
S'enfuivent Ceraçay avec fon chafteau , S. Sévè- 
re, Lynieres , auquel eft annexée la chaftellainie 
de Rizay , Argenton où eft la Senefchauffée de 
Ravennes , la jurifdiétion de Servignet ; on tient 
que c'eft Argmtomagus dont parle Antonin. C'eft 
une ville avec un chafteau,lequel a dix tours, fèpt 
grandes & trois petites, dont l'une, à ce qu'on 
tient,eft de l'Empereur Heraclée, qui porte gra- 
vée l'image d'un bœuf avec cette divife de Cçfàr, 
Veni , Vidi , Via ; ce lieu appartient a la maifon de 
Montpenfier ; les Antiquitez, qu'on en tire tous 
les jours.font aflez paroiftre qu'il eft ancien. Voi- 
cyles chaftellainies, Bourfac, Chafteau Meil- 
lant,Mareul,Neufvy,S.Sepulchre,RuIly,Pauldy, 
Ma(iay,Cahors,Peroufe, Chaftellet, Mafleuvre, 
Augurande, S. Chartier, le Palleteau, Bommie- 
res, Moche, Fully, Voullon , laFerté , Nohant, 
Ville Dieu , Chaftre qui eft une place forte , en- 
tourée de bonnes murailles , & de foffez pro- 
fonds,avec un beau chafteau. 

Dun le Roy eft de fort grande eftendué' , & a £«»£ 
fous foy la Baronnie de Chafteau-neuf , S.Iulien "" 
fur le Cher , & quelques chaftellainies. S'enfuit 
le Diocefe de Vierzon , qui eft cité royale, de la- Pimm. 
quelle relèvent les Seigneuries de Champre, 
Motte d'Aify, Saragoffe, Brivay, Mery. Mehun Mhim - 
a fous fôy deux chaftellainies Loue , &Foifly. 
ConcrefTault s'appelle en latin CottcordU Jaltus , C ' M '"- 
c'eft un bourg fort peuplé, qui a un chafteau im- 
prenable. Les chaftellainies de Vailly, Clemon, 
& Beaujeu en dépendent. 

Du temps de Hugues Capet ; Godefroy tenoit 
le Berry fous le nom de Roy,duquel eft iffu Har- 
pin , qui achepta du Roy Henry le Comté de 
Bourges : peu de temps après , fe difpofânt au 
voyage de la Paleftine avec les autres Princes , il 
le vendit au Roy Philippe I : puis le Roy Iean de 
Valois , l'ayant érigé en Duché , le donna à fbn 
fils Iean de Valois, lequel eftant mort fans hoirs 
mafles,le Duché retourna à la couronne de Fran- 
ce; après il fut donné à Iean fils de Charles VI, 
qui le laiffa à fon frère Charles , auquel fucceda 
Charles fon fils , & frère de Louys X I Roy de 
France. Apres , Marguerite feeur du Roy Fran- 
çois en fut faiete ufiitruduaire par fbn frère; en- 
fin il fut donné à Marguerite , fille dudit Roy 
Françoys, par fôn frère Henry 1 1 , quand elle fut 
mariée à Emanuel Duc de Savoye. 



LE BLAISOIS, 

E T 

LA PERCHE COMTE. 



34 



Lrmttil. 




, A ville de Blois a 
I donné le nom au 
| Comté , lequel à l'O- 
rnent eft contigu à la 
i Beauffe , à fbn Occi- 
dent eft borné en par- 
tie de IaTouraine & 
du Maine , & du 
cofté de la bize eft 
limité d'une partie 
de la Normandie , s'approchant du Hure- 
Wk Ca t i- p is : & au Mjdy a p our limites | e Berry. Sa ville 
capitale eft fort ancienne, tresbelle, & l'une des 
plus floriflantes du royaume , laquelle eft gran- 
dement renommée tant pour fa beauté , com- 
me auffi de ce qu'elle eft la mère d'un grand 
nombre dcPrinces Se d'hommes tresilluftres. El- 
le embellit grandement les rives du Loire, eftant 
aflîfè en partie fur des plaifantes colines, & le re- 
fle en un plain,à raifon de quoy en plufieurs pla- 
ces donne quelque difficulté à fe pourmener,tou- 
tesfois cette incommodité eft largement com- 
penfée par le bonheur de (on terroir & la bonne 
conftitution du ciehear il provient une telle falu- 
brité de l'agréable température de fon air , que 
plufieurs hommes de remarque Se de grande 
dignité choififlent icy leurs demeures , efperans 
d'y vivre plus long temps & fans aucunes mala- 
dies.Son terroir eft grandement plaifant,tresfer- 
til,& abondant en bons vins,grains,& toute for- 
te d'arbres fruictiers , & ne cède à aucune pro- 
vince de la France en quantité de bled , &en 
bonté de vin.C'eft un lieu de délices pour fa gran- 
de beauté , récréatif aux regardans , là où il n'y 
manque rien du tout de ce que la neceffité re- 
quiert: & qu'on fçauroit defirer pour la volupté. 
La finguliere plaifance des eaux de trefdouccs 
fontaines bouillonnantes de tous coftez en ce 
païs , auffi des ruifleaux defcoulans ça & la d'un 
gracieux murmure , rend à tout le pays un air fi 
doux & tempéré , que c'eft une chofe difficile à 
comprendre & encor plus à raconter ; tellement 
que les grands , & les hommes de remarque ac- 
courent de tous coftez pour y recouvrir leur fan- 
té par le confeil des medecins.Caufê pourquoy les 
enfans des Roys & Ducs s'eflevent & fe nourrif- 
fent pour la plus part en cette ville, & mefme les 
Roys de France y font fouventesfois leur demeu- 
re,d'où elle eft furnommée la ville royale. 

Et encor que la beauté de cette ville eft fi 
grande, & les délices de fescb.amps,tapiflez de 
vignobles , font fi fingulieres , neantmoins cette 
ville n'eft pas célébrée des anciens hiftoriogra- 
phes, lefquels ont produiét par eferit le plus lou- 
france. 



QmUiî. 



Antiquité. 



vent quelque chofe de ces peuples & villes , lef- 
quelles leur donnoyent matière de gloire, eftant 
contrainfts de les affieger & du tout les forcer. 
Et encor que leur cunofitéfoit louable, en ce 
qu'ils afleurent le lieu vulgairement dit Orcheze 
deux lieues de cette ville avoir efté le magazin & 
grenier de IuIeCadar,là où il (ê faifoit une referve 
de toute forte de choies neceflaires à l'entretien 
de fon armée, ainfi que telmoignent les ruinesde 
trefgrands edifices:toutesfois je ne croy pas, que 
les premiers fondements de cette ville ont efté 
pofez en ce lieu,veu que les anciens Gaulois avo- 
yent de couftume d'obferver en leurs fondations 
des villes, choifir des places afpres , montagneu- 
fes, d'accez difficiles, &contigues aux rivières. 
Toutesfois il eft certain que cette ville eft gran- 
dement ancienne, veu queGregoire deTours ra- 
conte en quelque paflage de fes hiftoires,que du 
temps du règne de Gontrand Tan de grâce 560, 
lors qu'il pourchafloit par tous moyens de pren- 
dre Iberulphe,quis'eftoit réfugié à fain&Martin 
de Tours , fut commandé à ceux d'Orléans, & 
de Blois, de foigneufement prendre garde, qu'il 
ne s'enfuyt. Au refte il (è veoit en cette ville un 
chafteau fitué fur une roche, & feparé de la vil- 
le,là où eft le palais Se la demeure des Roys,d'où 
il y a un fort plaifant profpeéf, fur la ville & les 
champs aux environs. Il y a en cette ville deux Eg/ifts. 
temples trefmagnifiques , l'un dans le chafteau 
confacréàS.Sauveur,dotédegrands revenus par 
les Comtes Se les Roys leurs iùccefleurs : l'autre 
eft celuy de S.lacques. Auffi fe rencontrent deux 
belles Abbayes, l'une de S. Lomery, conftruiéte 
par Rudolphe de Bourgogne Roy de France, 
l'an de grâce 917 , à laquelle fut donnée grande 
rente & biens luffifants pour fon entretien:l'autrs 
fe dit Noftre Dame de Bourgogne , de la pre- 
mière fondation d'icelle nefe faiit aucune men- 
tion par les anciennes hiftoires.il fe trouve encot 
plufieurs autres places confacrées pour le fervice 
divin.ce qu'il feroit trop long a delcrireraufquel- 
les on veoit plufieurs fèpultures grandement 
magnifiques, des Roys, Princes & hommes illu- 
ftres ; aucunes faites de fonte, alebaftre,porphire, 
& autres marbres pretieux, principalement en 
PFglife de fainét Sauveur, là où Louys & Guidon 
Comtes de Bloisgifent dans un marbre travaillé 
d'un admirable artifice.II y a auffi plufieurs con- 
duits d'eau, lefquels font menez de bien loing 
avec grand travail Se induftrie,ay ant à ce fubjeâ: 
pénétré bien profond dans la terre aux lieux plus 
hauts &eflevez, eftant conftruiâs de briques, 
& en plufieurs places eflevez par des hautes 
voultes Se arcades , de telle largeur & hauteur, 
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47 



S Èt S!., 



Mœurs, 



LE COMTE' 

qu'ils n'empefchent de palTer librement trois 
hommes à cheval de front : & en divers lieux il a 
elle necefîaire de trancher & pénétrer des ro- 
ches de très-hautes montagnes, avec telle def- 
penfe, qu'il eft prefque du tout incroyable. Ce 
qui eft grandement probable,que la puiffance & 
grandes richeftes des anciens Romains ont efté 
icy occupées à commencer des ouvrages de fi 
haute entreprife , encor que les anciens efèripts 
des Hiftoriens Romains n'en font aucune men- 
tion pour tout. Car ils mettent bien pareille- 
ment foubs filence ces édifices tant admirables 
deNifines, l'Amphithéâtre de Bourdeaux,les ba- 
ftiments de Poiftiers , Se les conduits d'eau de 
Paris. AulTï la façon ancienne d'édifier & de ci- 
menter, laquelle eft obfervée aux muraillerdu 
chafteau & de la ville, relent totalemët l'antiqui- 
té Romaine, ce qu'auffi font paroiftreplufieurs 
vieux fondements,que l'on tire en divers lieux des 
entrailles de la terre.Les citoyens & habitans de 
la ville , prenans leur naturel de la bonté du ter- 
roir & de la douceur de Pair,vivent par enfèmble 
d'une amitié fort civile & débonnaire.' Car en 
compagnie leur douceur eft fi grande.eftant con- 
jointe d'une façon de faire tellement agréable, 
foit en leurs difeours & converlàtions journaliè- 
res, ou bien en leur manière de fe veftir reluit une 
telle netteté & fplendeur, qu'il femble que la 
naifve bonté du pays produiét & accompagne 
toutes ces belles parties defquelles ils font fi lar- 
gemét douez. Le language ordinaire eft parfaiét 
& trefpurFrançois,non feulement en la ville.mais 
pareillement aux champs & villes circonvoifines. 
Les rués de cette ville font fort eftroittes & mal- 
ordonnées , toutesfois afTez nettes & très-bien 
pavées.Les maifons font de pierres, & couvertes 
d'ardoifes. La ville eft grandement embellie 
du chafteau , lequel on croit avoir efté bafti par 
Gedoncoufin de Rollon Robert premier Duc 
de Normandie ; mais depuis ayant efté ruiné fut 
refaiét & grandement augmenté par Louisxil 
& François i : les devifes & enfeignes defquels fe 
voyent ça & là gravées & relevées en bofle 
aux murailles dudit chafteau : à fçavoir un herif- 
fon, & une Salmandre.Proche ledit chafteau eft 
le jardin royal trefbeau & plaifant, divifé en 
deux,fçavoir,en fuperieur & inférieur. Vous voi- 
rez icy une galerie couverte , bien large, & fpa- 



D E B L O I S. 

Theobalde fùrnommé le vieux,fïls de Gedon,le- 
quel eftoit coufin de Rolon Robert premier 
Duc de Normandie. Ledit Theobalde eut 
un fils dit Othon , lequel tant par fes ver- 
tus, que par celles de fon père, adjoufta à fon 
Comté les pays de Champagne , Brie*, Tou- 
raine , & la ville de Chartres. Ceftuicy eut 
pour fils Theobalde il, & Eftienne qui fucce- 
da à fon frère decedé fans enfans. D'iceluy & 
de Adèle fa femme, fille de Guillaume le Con- 
quefteur, Roy d'Angleterre, font procréez avec 
les autres Theobalde 1 1 i.lequel fûcceda à fon pè- 
re aux Comtez;& Eftienne,qui fut Roy d'Angle- 
terre. Theobalde m eut pour fils Theobalde 
IV, lequel venant à mourir fans enfans inftitua 
héritiers de fes domaines lesfuccefîéursdefon 
Oncle Eftienne Roy d'Angleterre:entrelefque!s 
fè trouve avoir efté Comte de Blois, Louysfils 
de Henry n Comte de Champagne & de Brie, 
petit fils de Henry le Large, qui eftoit fils d'E- 
ftienne fufdit Roy d'Angleterre :1e dit Comte 
Louys fut, pour fes grandes prouefTes & faits hé- 
roïques , monftrez à la prife de Conftantinople, 
eftabli Duc de la Romanie, lequel mourant fans 
hoirs.Theobalde v fut Comte de Blois, après le- 
quel fa feeur Marguerite demeura feule héritière 
de ce Comté, laquelle en premières nopees ef- 
poufa Othon Comte de Bourgoigne , & en fé- 
condes Gaultier Seigneur d'Avennes, duquel naf- 
quit Marie Dame d'Avennes,ComtefTe de Char- 
tres, & de Blois , laquelle prit à mary Hugues de 
Chaftillon Comte de S. Paul. L'an i j 8 8 le 1 1 de 
Novembre furent cruellement mafTacrez en 
cette ville,par le commandement du RoyHenry 
m, Henry de Lorraine Duc de Guife,& le len- 
demain fon frère le Cardinal : d'où font déri- 
vées des grandes guerres par tout le royaume. 

Le Dunois a pour ville principale Chafteau- 
dun, & au compris du Blaifois eft aufïî le Comté 
de Tonnaire. 

LA PERCHE COMTE'. 

LA Perche Comté eft divifée en deux par- 
ties , dont l'inférieure fe nomme vulgaire- 
ment la Perche Gouet , & eft comme en- 
fermée dans laChaftellainie de Chartres, ayant 
pour fa capitale Nogent le Rotrou.L'autre eft la 
fûperieure qui conftitué proprement le Comté, 



Comtes. 



cieule.de 300 pas de longueur.conftruifte par le ayant, entre autres villes, Mortaigne , où eft le 

Roy Henry le Grand,foubs laquelle eft une grot- fiege du Baillif de Perche.Ses limites s'eftendent 

te regardant de 1 autre cofté le j ardin inférieur, vers la Normandie prez de Verneuil , & vers le 

Entre les premiers Comtes de Blois je trouve pays de MansjufquesàMamers. 



LA T O V R A I N E. 



35 



Limites. 



Bonté du 
terroir. 



Tours. 




Ans la BeaufTe média- 
ne , feparée de l'in- 
férieure & fuperieure, 
font comprifes leCom- 
té de Blois , le Duché 
de Vendofme , & le 
Duché de Touraine. 
LeDuché deTouraine 
commence trois lieues 
par deflus Amboile, 
vers Blois : & finit en des petits villages appeliez 
la Chapelle Blanche, & Choufay. Car fes pla- 
ces font eftimées les limites de Touraine d'avec 
ceux d'Anjou. C'eft la plus plaifante 8c faine pro- 
vince de la France , à caufe de la bonne conftitu- 
tion de l'air trefdoux & gracieux, qui àbon droit 
eft appelle le Verger ou Iardin de la France. Elle 
eft tresfertile en vins & froumens , & a des bois 
très-propres à la chaffe. Ceux de Touraine font 
les premiers & plus anciens entre tous les peu- 
ples de France , &, entre les anciens Celtes , pas 
des derniers. Leur ville capitale eft fituée fur 
Loyre , cette rivière arroufant une partie de fon 
fauxbourg par un canal qu'elle envoyé au faux- 
bourg de la riche paroifïe S.Anne, coftoyant 
toute la partie Orientale : le fleuve l'Indre eft du 
cofté du Midy, & Couchant. La largeur de cet- 
te Duché n'eft pas grande,d'autant qu'il eft ferré 
d'autres provinces voifines. Les habitansfont 
grandement louez &eftimez , tant à caufe de 
leur courtoyfie & gracieufeté en leurs mœurs, & 
façons de faire, comme auffi de leur grande fidé- 
lité envers leurs Roys & Seigneurs. 

La ville de Tours eft très-ancienne, dite par 
Tacite Cœfarodunum , baftie par les François, ce 
pourquoy à caufe de fon ancienneté lurpaffoit les 
autres villes de France, tellement qu'elle à méri- 
té le nom de chef de plufieurs nations. De mef- 
me les Turones font grandement louez de Ca:(àr 
& autres, qui ont traicté des Gaules , difans eftre 
premiers & principaux d'entre les peuples Fran- 
çois. Ptolemée liv. 2, chap. 8, tab. 3, les appelle 
Turegios , habitans fur les rives de Loire. Cxfar 
fait mention d'eux en divers lieux , & principale- 
ment au livre r de fes Commentaires : voyla fes 
paroles : Ces cbofes achey>ées,isf la France toute pacifiée, 
cette guerre a eflé tellement eflimée isf redoutée des na- 
tions étrangères , que ceux de la le Rhin envoyèrent leurs 
Ambajfadeurs a Cœfar ,promettans de donner des oflages, 
isf d'obéir à fes commandemens : isf les légions que Cœfar 
tù>oit commandé pour t Italie, isf Valmatie, les rappellant 
au commencement de FEftè , isf ayant conduit les légions 
pour hyverner au pays des Carnutes, d'Anjou,isf de Tours, 
le/quelles places efloyent foifwes à celles ou il a-poit fait la 
guerre, retourna en Italie: ainfi Cafar. D'où l'on peut 
facilement colliger, que ceux de Tours n'ont 
pasefté ennemis des Romains, mais qu'ils ont 
fûivy le party de Csfar , & cela eft un grand in- 
dice de leur magnificence ancienne. D'avanta- 
ge , félon qu'on peut voir de l'hiftoire de Gre- 
ïrance. 



goire de Tours , où plufieurs fois les habitans de 
Tours font nommez citoyens 8c auffi Sénateurs 
Romains, d'autant qu'ils jouifïoyent des droits 
& privilèges femblables aux citoyens Romains, 
defquels tous leurs amis & confederez eftoyent 
anciennement honorez 8c participans. Mais 
après que l'Empire Romain fut ruiné & ravagé 
par les Gots , Vandales, Alains , Bourgognons, 
Huns, & François, la ville de Tours , comme pa- 
reillement les autres, perdit fa liberté , eftant af- 
fiegée & grandement prefTée parles François,la 
quitterent.eftant efmeus par la grande révéren- 
ce, qu'ils avoyent envers le fepulchre de S. Mar- 
tin, les offements duquel repofent en cette ville : 
& la dévotion s'accreut par après de telle façon, 
qu'ils mettoyent toute l'efperance de leurs af- 
faires d'importance aux reliques vénérables de 
ce fainét perfonnage : 8c de cette manière la ville 
de Tours fut annexée à la couronne de France, 
jufques à ce , que les Danois & Normans faifàns 
de grandes excurfions par la France , Louysni 
Roy de France tranfporta cette ville à Ingelgere 
Comte d'Anjou, afin qu'avec fes troupes & genfA 
d'armes il chaffaft ces Barbares , & gardait tou- 
te la cofté de la rivière de Loyre. Ce qui eft 
encor digne d'admiration , c'eft qu'au terroir & 
mefme aux portes de cette ville, Charles Martel 
Roy de France a vaincu,environ l'an 7 19, & tué 
un Roy avec quatre cents mille hommes, lequel 
ayant dompté toute l'Efpagne avoit afïailly la 
France. Ceux de Tours ont auffi acquis un nom 
immortel, non feulement d'autant qu'ils ont cou- 
rageufêment refiftè aux infidelles 8c Sarazins, 
mais auffi pour ce qu'à leurs troupes & armée 
combattante contre lefdits Sarazins , la bataille 
eftant encor fort doubteufe & incertaine,ferme- 
rent les portes delà ville, afin que non en fuyans, 
mais en combattans & furmontans garderoyent 
leur vie. Le premier Archevefque de cette ville 
fut Gratian , lequel a vefeu du temps de l'Empe- 
reur Diocletian, & il eut pour fucceffeur S. Mar- 
tin, l'an 37J , lequel natif de Hongrie fuyvoit la 
guerre &portoit les armes fous Iulien l'Apoftat; 
& depuis ayant changé les armes en habits Epif- 
copaux, convertit le peuple de Tours du paga- 
nifme à la religion Chreftienne ; il garda cet Ar- 
chevefché par l'efpace de 16 ans. Cet Arche- 
vefché a onze Evefques Suffragans , à" fçavoir les 
Evefques d'Anjou, Mans, Rennes, Nantes, Van- 
nes, Brieux, Cornoûaille, S. Paul de Leon,Tre- 
guier, ouTriguer, ou Lantriguier, S. Malo, Dol. On 
voit en cette ville plufieurs temples , entre lef- 
quels eft ceftuy de S. Gratian, bafty par S. Mar- 
tin, à l'honneur de fon predeceffeur, lequel eft 
d'une architecture admirable 8c magnifique, 
ayant un horologe ou monftre bien rare & ex- 
cellente , laquelle ne monftre pas feulement les 
heures , mais auffi les mouvements des planètes 
& changemens de la lune ; il eft orné de deux 
belles tours d'efgalehauteur,d'ou l'on peut veoir 
Kk bien 



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IB 




LA T O V 

bien loing de tous coftez. L'Eglifc de fainét Mar- 
tin eft baftieàfon honneur & mémoire par (es 
fucceffeurs , où on a gardé avec toute révérence 
fes reliques, jufquesàcequela France remplie 
de guerres civiles & inteftines , l'autre partie 
brufla mefchamment l'Eglife avec lefdites fain- 
cT:es reliques. Le lieu eft encor à prefent envi- 
ronné d'un trillis de fer, auquel eft efcrit : 
Impia relligio furiis agitata malignis, 
Ojfa tiri [anHihk igné cremanda dcdit, Sec. 
Il y a encor plufieurs autres Temples, mais 
ces deux font les principaux. On veoit encor une 
demy lieue de la ville l'Abbaye de fainét Martin, 
par luy mefme fondée,fituée proche leLoyre,en 
laquelle eft l'eftable royale: on garde icy une am- 
poule remplie d'une huyle facrée , laquelle fut 
apportée par l'Ange à S. Martin; de cette huyle 
fut oinét Henry l v , & à caufe des guerres allu- 
mées par toute la France , il ne fut poffible d'a- 
voir celle de Rheims, le Roy eftant pour lors en 
Bretagne , en mémoire dequoy eft efcrit à la 
mefme Abbaye ; Henrici i v Erancorum Régis peracla 
efl unclio Carnuti, in majoiï œde D. Vuginis, ejujdem tir- 
bis Epifcopo H de Tours facra obeunte , 1 1 1 calend. Mart. 
anno cid 10 xciv. Or cette S. ampoulle fut 
portée à Chartres pour le facre du Roy , avec le 
confentement de tous les moynes , par F. Mat- 
thieu Cyron Sacriftain , Iacob Duyfkus Chan- 
celier , & Efayaslanay Supérieur du grand mo- 
naftere royal. 

Le terroir de Tours eft tres-fertil en toutes 
fortes de fruiéts. Entre autres fe trouvent des 
poires, vulgairement nommées de bons Chre- 
ftiens, tellement douces & amiables, que le Pape 
en mangea avec fes Cardinaux conviez , avec 
telle avidité & contentement, qu'il ne voulut 
permettre à fcs gens de prendre quelque recom- 
penfe de diverfes Bulles donnez en faveur de l'E- 
vefquede Tours. Deux lieues par deffous cette 
ville furlarivede laLoyreily aunerochecavée, 
d'où les gouttes d'eau tombans forment diverfcs 
figures, aucunes femblables aux amandes,autres 
rondes & orbiculaires , mais toutes blanches & 
unies, du tout femblables aux dragées, lefquelles 
trompent fouventesfois les conviez à table , & 
principalement les femmes friandes. 
vnusde Cette Duché a encor autres villes , comme 
Tnaàtu. Amboife , Langers , Chinon , Lodun , Loches, 
Mont-richard,Cha(tillon,Azay. Amboife nom- 
mée par Grégoire de Tours Vicus Ambocia, eft fi- 
tuée en un lieu tellement plaifant & récréatif, 
qu'il peut furpaffer toutes les autres places de 
France : ce pourquoy les Roys ont de couftume 
de venir en ce lieu pour fe recréer. Charles v I il 
a fait baftir en cette place un beau & fott cha- 
fteau, dans lequel il mourut fubitemét l'an 1498. 
Le principal temple de cette ville fut édifié par 
S. Martin, ayant premièrement aboly & extirpé 
toutes fortes d'idolâtrie, le Temple eft nommé 
vulgairementMarmouftier.il y en a un autre dé- 
dié à S.Florentin, lequel Eulco de Nerra Comte 
d'Anjou fonda avec plufieurs chanoinies, leur 



RAINE. 

conftituant des rentes affez fuffifàntes pour ho» 
neftement s'entretenir. Cette Duché a long 
temps efté fous la puiffance des Comtes d'An- 
jou. Philippe de Valois l'a receu par commuta- 
tion ou efchange. Autres difent que le Seigneur 
de Toùars l'avoit vendu à Louys xi Roy de Fran- 
ce par contracr. imaginaire , & cela à caufc de la 
grande haine qu'il poi toit à fon héritier le Sei- 
gneur de la Trimouille: le Royfe refervant la 
ville , 8c le challeau , à caufe que c'eft une vraye 
place de récréation, reftitua lerefte au mefme 
Seigneur de la Trimouille. Lechafteau eft fitué 
au deflus d'une roche , & eft eftimé eftre une 
place imprenable , fi ce n'eft par famine. D'où 
vient qu'on avoit de couftume de mettre en oe 
lieu, comme place de feureté, la Reine & enfans 
royaux en temps de guerres. Langers ville affez 
renommée, eft fituée un peu par deffus le lieu ou 
fe joignent l'Indre & le Loyre. Chinon ville mu- 
nie d'un chafteau , autresfois récréation des 
Roys de France, & principalement du Roy Char- 
les v 1 1 , où faifant là demeure ordinaire , fes en- 
vieux & emulateurs ne luy donnoyent autre til- 
tre que Roy de Bourges: cette ville eft fituée en 
un terroir trefgras & fértil : de cette place tirant 
vers le Poidtou les lieues commencent eftre plus 
grandes ; non loing de ladite place eft un pont 
avec des arches de pierre , long d'une demy 
lieue , appelle vulgairement Pont de la Nonnain. 
Lodonum, ou bien Lodun, qu'aucuns eftiment eftre 
fûjeéte au Poidtou , avoit anciennemeut fon Sei- 
gneur particulier,maintenant eft un fiege Royal. 
Loche aufïi une ville affez bien munie Se forti- 
fiée : en la caverne du chafteau on a trouvé le 
corps d'un homme de la hauteur de huiét pieds, 
ainfi que tefmoignoyent fes os , on dit qu'il fut 
trouvé affisfurune grande pierre abayffant & 
fouftenant fa tefte de fes deux mains. Mont-ri- 
chard eft une ville fituée en une planure tres- 
plaifante , ceinéte de tous coftez de roches & 
bois , communément dits les forefts de Mont- 
richard , aux fauxbourgs les maifons font fous 
la terre , ayans leurs jardins & vignes par deffus. 
Chaftillon ville royale fur l'Indre. Afay ; il y a 
deux villes de ce nom : l'une (ùr l'Indre appellée 
Afay le Bruffe, l'autre fur la Cher,nommée Afay 
le Ferron. L'Ifle Bouchard affife fur le fleuve 
Vienne , duquel elle eft environnée. Caude , fi- 
tuée où la Vienne entre dedans le Loire. Paul- 
mie eft une fortreffe fituée fur une montagne, 
laquelle porte le tiltre de Vicomte : elle a un vi- 
vier de deux lieues d'eftenduë environné de mu- 
railles. Louange de la ville de Tours par lui. Cx~ 
fârScaliger: 

Splendidior tiufquam Gallis opulentia regnis, 

Et nufquam nofiro major in orbe nitor : 
Non œftus nocuit pecori, nonfrigorapomis, 

Necjam bonis certet Gucia fœtafuis. 
Nunc etiam PbrygUque nurus, artefque Latinœ, 

Atquepetum radios Serica régna meos. 
'Aut ergo hk etiam Elyfiifimt munera cœli : 

Aut nullum fidit Gmia vanafuum. 



LE TERRITOIRE 

DE LOVDVN. 



3< 




ABeavssb médiane 
contient dans fes limi- 
tes tout ce qui eft aux 
deux rivages du Loir 
depuis Romorantin , 
jufques au Vendof- 
mois : de ce lieu foi- 
vant la droite rive de 
la mefme rivière, 
depuis Chaftellaudon 
jufques à Blois,& le pays de Touraine.comprend 
les Duchez de Vendofme , Touraine, les Com- 
tezdeBlois,Dunois, Tonnerre. Le Duché de 
Touraine commence trois lieues par deffus 
AmboifeversBlois , & a fes confins au. hameau 
nommé la Chappelle-blanche. La ville capitale 
eft Tours. Les autres villes font Amboife , Lan- 
gres, Chinon, Chaftillon, Afay, Mont-Richard 
& Loudun. Loudun,ou bien Lodun,c'eft le nom 
de la ville & de tout fon pays & terroir. Dans le 
Poiclou font i zoo ParoifTes.Iefquelles font fojet- 
tes à trois Evefques , à fçavoir de Poiftiers , Lu,- 
çon & Malezais. Les lieux plus remarquables 
entre ceux-cy font Roche fur Yon , Talmont, 
Meroil, Vouvant, Mervant , Breffuire, Loudun, 
Fontenay le Comte , & ce en la partie fuperieu- 
re. L'inférieure a Nyort , Partenay , Thoùars , 
Moncontour.Hernault, Mirebeau, Chaftelle- 
raut, &c. La ville capitale eft Poiftiers, laquelle 
eft la plus grande ville de la France après Paris, fa 
principale partie eftant entourée du fleuve 
Clain. Le pays de Loudun n'a pas grande eften- 
duë,veu qu'il eft ferré par la Loire, Dive, Vien- 
ne & Veude ,• &au milieu eft fituéela ville de 
Loudun, quoy que petite, fi eft-ce qu'elle eft de 
fïtuation tres-plaifante & récréative , ayant pro- 
che une très-belle foreft dit Bois-Rogne. Elle a 
eucy-devant des Seigneurs particuliers , mais à 
prêtent eft annexée à la couronne, & eft un fiege 
îudicial gouverné par des Officiers royaux. Au- 
cuns tiennent qu'anciennement elle Ce difoit Iu- 
liodunum , comme fi elle eut efté baftie & fondée 
par Iules Cxfar : mais de quel ancien Autheur ils 
ont apris cela, je ne fçay. Cette ville eft grande- 
ment louée de ce qu'on y fait du pain tres-ex- 
cellent,coloré de faffran, duquel les habitans des 
places circonvoifines ontdecouftume , quand 
ils viennent de cette ville , à raifon de leur nego- 
ce,d'en apporter à leurs enfans& amis.Etauffi il 
y a une chofe remarquable en ce pays, c'eft qu'il 
produit une grande abondance de très-grandes 
poulles,lefquellcs vulgairement le difent poulies 
France. 



de Loudun. En ce terroir il n'y a pas d'autres vil- 
les que je fçache : mais plufieurs villages & ha- 
meaux. Aufïî y a-il trois belles & plaifantes fo- 
refts,quafi mifes par ordre.celle du milieu eftant 
voifine à la ville. On void icy la rivière Laire ou 
Loire, affez renommée par Cadar & autres , fa 
fource eft au village Velaune , & eft vulgaire- 
ment appellée la Font de Leire, c'eft la plus gra- 
de de toute la France , de laquelle on peut à bon 
droift d\re,PaterGallu FluDiorutn; car outre fà lar- 
geur admirable, depuis fa fource, jufques à ce 
qu'elle s'engouffre dans la mer, plus de cent cin- 
quant lieues , arroufànt de fes eaux les plus belles 
provinces de France , enfin fe rendant dans l'O- 
céan entre le Poitou & la Bretagne , fait un 
goulfre plus de quatre lieues de largeur , ayant 
auparavant reçeu plufieurs autres rivières navi- 
geables,commeElaver,Carim,Vienne,Medua- 
ne , Cher. La rivière Vienne , de laquelle font 
mention Fortunat , Grégoire de Tours , & Hu- 
gues Floriacenfis,pa(fe proche le terroir de Lou- 
dun, venant du Septentrion droift au Midy , tel- 
lement qu'elle l'arroufe de fes eaux , & le rend 
fertil & abondant en toutes chofes. Du Cou- 
chant le Dive l'environne, & en partie le traver- 
fe.En (es confins vers le Septentrion on void, fur 
le bord du Loir, Saumur, ville affez belle, ornée 
de bonnes murailles & remparts, ayans plufieurs 
édifices fomptueufement baftis. Outre ce, elle a 
un chafteau fur le front d'une très-haute mon- 
tagne, lequel fi on confidere par dehors, il mon- 
ftre & paroift eftre du tout ancien & quafi ruiné: 
mais par dedans il reluit en magnificence , ayant 
des fales & chambres grandes & bien ordon- 
nées , auffi de beaux parterres & jardins tres- 
plaifans. En ces dernières années a tenu au nom 
de là Majefté le gouvernement de cette ville , le 
Seigneur du Pleffis Mornay , homme non feule- 
ment renommé par fa grandeur & nobleffe : 
mais par plufieurs livres & hiftoires par Iuy com- 
pofées. C'eftoit un homme tres-affable avec les 
eftrangers , & fe recreoit grandement en leurs 
compagniesjil fonda une très-belle Académie en 
cette ville , avec permiffion & confentement du 
Roy Henry IV. Il y a d'avantage un très-beau 
pont de pierre for la Loire , duquel en fe pour- 
menant on peut voir bienloing de touscoftez. 
Au Midy aux confins du pays de Loudun eft fî- 
tuée la ville de Moncontour fur le fleuve Dive. 
Au Levant eft la ville de Champigny , &plus 
haut l'Ifle Bouchart, environnée par les eaux de 
Vienne. 

Ll LE 



LE MIREBALAIS. 




EpaysdeMirebalaiseftfitué lequel defcoulant vers le Septentrion environ 
aux limites de Loudun, lequel quatre lieues fe rend dans la Vienne.On void en 
a prins ion nom de la ville ca- cette ville plufieurs antiquitez dignes d'admira- 
pitale Mirebeau , beaucoup tion ; outre un très-fort chafteau , vous y voyez 
de moindre eftenduë que le palais de l'Empereur Gallien , le fondement 
n'eft celuy de Loudun. Il eft d'un grand Amphithéâtre , vulgairement dit les 
du cofté de l'Orient ferré du Arènes, les arcs & voûtes des conduits d'eaux,& 
fleuve Clain , & du Septentrion du Veude , le- plufieurs autres remarques de l'Empire Romain, 
quel parlant à travers le pays l'arroufe de fes Le Temple principal de cette ville eft confacré 
eaux, & le rend tres-fertil & abondant en toutes à l'honneur de S. Pierre , auquel eft le ficge Ar- 
fortes de grains & herbages. Il y a en ce pays ou- chiepifcopal. S Hilaire a efté Evefque de ce lieu, 
tre la ville capitale Mirebeau , laquelle eft gran- lequel à converty tout le pays circonvoifin à la 
dément embellie d'un fort chafteau, & aflez re- Religion Chreftienne , ainfi que tefmoignent les 
nommée par (es falines, plufieurs autres villettes, Autheurs Ecclefiaftiques. Il y a auflî une tres-flo- 
comme Faye la Vineufe , Aurigne , Doufîay , riflante Vniverfité , laquelle tient le premier 
Moncontour,Vouzaille,& Ceaux. En ces limites rang après celle de Paris. Charles VII Roy de 
ducoftéduMidyeftlavilledePoictiers, fituée France l'a fondée l'an 1431. Les habitans ont 
en un lieu tres-plaifant & récréatif, toutesfois enduré &fouftenu grandes milêres & ruines,lors 
un peu montagneux , fi ce n'eft qu'une bonne que les Anglois & autres , par leurs excurfions, 
partie d'icelle fè termine en une bonne planure, ruinoyent & ravageoyent toute la France. Vne 
qui fe dit en langage du pays la Tranchée. Cette demie lieuë de la ville , fur le chemin royal , qui 
ville eft (comme j'ay dit cy-deffus) après Paris la conduit en la ville de Bourges, fe void une pierre 
plus grande de la France dans le circuit de les de forme quadrangulaire d'une grandeur admi- 
murailles : mais fa plus grande partie n'eft aucu- rable , foutenuë de cinq autres pierres, vulgaire- 
nement bâtie ny habitée , eftant occupée par nient dite la pierre levée, de laquelle eft efcrit ce 
belles & verdoyantes prairies , vignes , vergers , diftique : 
jardins, & autres commoditezchampeftres,lef- „. , . . - . 

quelles rendent cette ville propre aux eftudes & ^P^ntm fifâff*** Ccloffum 
méditations. Au refte, l'autre partie eft remplie Ponderis.Vgranàjideramlepm. 

de beaux & fomptueux edifices.tant publics que Ce pays eft tres-fertil en toutes fortes de grains, 
particuliers, & de ce cofté eft lavée Se nettoyée lin , & très-bonne laine , & abondant en grand 
du fleuve Clain, duquel artificiellement font ti- nombre de poifTons, volailles, & belles fàuvages. 
rez divers canaux , qui font plufieurs petites Les habitans font d'un melme naturel que ceux 
Hles,& accommodent grandement les habitans, du Poi&ou. 




LE D V C H Ë 

D' A N I O 



37 



V. 




, E Duché d' Anjov 
i commence depuis le 
village de Choufay, & 
! finit entre Moncon- 
i tour & Herraut , où 
commence le territoi- 
jre de Poidtou , qui eft 
au Midy au regard du 
pays d'Anjou. Duco- 
fté du Levant eft la 
Touraine ; du Nord le Comté de Maine & de la 
Val ; du Couchant la Bretagne. Ce pays a dans 
fon contenu plus de quarante rivières qui fe ren- 
dent prefque toutes dans le Loire , & un grand 
nombre de lacs , d'eftangs & de fontaines , & fi 
bien il n'eft pas de grande eftenduë, toutesfois il 
recompenfe fa petiteffe parla bonté de fon ter- 
roir,lequel eft fort fertile en vins blancs.qui font 
tres-delicats ; il y a force terres & collines , qui 
rendent le pays inégal; dans la plaine il y a des 
forefts de haute futaye & de belles prairies tapif- 
fées d'une gaye verdure. 
_ Ia ville La ville d'Angers, en latin Andegay>um,ed affife 
AA *8"- fur la rivière de Mayne , qui la partage en deux 
moities,dont l'une regarde le Midy & le Levant, 
l'autre le Couchant. En la partie Orientale font 
lesEglifosde S. Maurice.de S. Iean.qu'on nomme 
aujourd'huy S.Iulien,de S.Maurille,de S.Pierre, 
de S. Martin, &c.En celle du Couchant eft l'Egli- 
fe de la S' e Trinité,& de S.Laurens,le Monaftere 
de S. Iean qui appartient aux Carmes , Se celuy 
des Auguftins. Au commencement avant que 
Iean fùrnommé Sans-terre , de la maifon d'An- 
jou parvint à la Couronne,il n'y avoitque la par- 
tie Orientale qui fut habitée ; mais depuisque 
Iean fut efleu Roy de France, l'autre moitié de- 
vers l'Occident laquelle auparavant eftoit vuide 
& defèrte commença à s'habituer, de forte qu'il 
falut eflargir l'enceinte des murailles. 
irhikgts. Les Marchands joûiffent des anciens droits & 
privilèges des citoyens Romains , mefme quant 
au pouvoir de battre monoye. Ceux qui font en 
garnifon dans la ville joûiffent de finguliers pri- 
vilèges, & font exempts de tous impofts & fùbfi- 
des. On void des marques évidentes de fon an- 
tiquité au lieu nommé Grohan , où il y avoit un 
théâtre bafty par les Romains , dont les ruines 
paroiffent encore,on y trouve auffi bien fouvent 
des médailles des anciens Empereurs. Le Cler- 
gé fort d'un grand ornement à la ville ; l'Evelque 
y a jurifdiftion Civile & Ecclefiaftique , félon 
l'entier & plein pouvoir que les Roys & Empe- 
reurs donnoient aux Evefques jadis touchant 
les fiefs & jurifdidlions. On tient que le pays 
d'Anjou embraffalaFoyChreftienne, lorsque 
France. 



S.Iulien prefehoit l'Euangile à ceux du Mans; le^ 
quel après avoir prefché longtemps en ces quar- 
tiers , s'en allant à Mayne, laiffa fon compagnon 
nommé Defenfor , perfonnage de rare pieté, en 
fa place; lequel fut le premier Evefque d'Angers: Evifiutt: 
Apothemius luy fucceda , qui fut fuivy de Prof- 
per,& cului-cy de Maxillus, tous grâds & fainfts 
perfonnages : Sainct Renanusfutlecinquiefme 
Evefque, S.Breton ledixiefme, S.Andovinle 
treiziefme , faincT: Lezin le quatorziefme , un 
Comte d'Anjou environ l'an j8i le quinzième, 
S.Magnebod le feiziefme, S.Loup le dix-feptief- 
me, S. Iean Michel le 59, on compte jufqu'à" 
Charles I X, <5y Evefques, tous renommez pour 
leurs rares vertus, & pour leur fainéte vie. L'E- 
glife d'Angers a plufieurs bons bénéfices, riches 
Abbayes , Prieurez , Prevoftez, & Chanoinies, 
tant dedans que dehors la ville; les Annales d'An- 
gers en traittent affez amplement en la première 
partie,chap.6.Bertrada furnommée laBelle,quc 
le Roy Philippe avoit efpoufée ayant répudié fa 
femme , fit rebaftir le Chafteau d'Angers , car 
les Comtes ne s'y tenoient pas auparavant, ains 
en Touraine. le ne veux pas obmettre que 
Louys II, pour rendre la ville plus floriffante, y 
fonda l'Vniverfité , l'an 1398, & l'orna de plu- fVmvtr- 
fieurs beaux privilèges & franchifos: car c'eftoit-^"- 
fon defTein de faire valoir cette ville par deftus 
toutes les autres. Entre tous les ProfefTeurs, lef- 
quels y ont enfeigné publiquement le droiér. , & 
les autres facultéz, ceux-cy fe font rendus plus 
recommendables pour leur éminent fçavoir: 
Guillaume de Pojet Chancelier de France, La- 
zare Baifiustres-habile homme fans contredit, 
Ioachim Bellajus; François Baudoin, très- grand 
Iurifconfultejrîené Benoift Doéteur en Théolo- 
gie; Bodin Advocat au Parlement de Paris , & 
plufieurs autres Docteurs fignalez en doctrine 
& fainéteté de vie; de cette Académie , comme 
d'un autre cheval Troyen font fortis de tres-ha- 
biles hommes , qui ont donné des preuves irré- 
prochables de leur fufrîfance au maniement des 
affaires tant publiques,que particulières. La ville 
eft pofée en un lieu bas , d'où vient le proverbe,- 
Angers baffe ville , hauts clochers ; riches pu- 
tains, pauvres Efcoliers.Le pays aeujadisfesSei-z^cWj 
eneurs&Ducs particuliers,entrelefouelsHirtius ,.^ ms 
au hv.8 fait mention d un certain Dumnacus.qui 
fut vaincu parCxfar;du depuis les Roys de Frâce 
l'ont acquis avec les autres peuples & provinces. 
desGaules.Le Roy Chilperic ayant tué le Com- 
te Paul , fe rendit maiftre de la ville d'Angers, & 
la laiffa à fes héritiers, entre lelquels Charles le 
Chauve donna le haut Anjou à Torquat, s'en 
refervant la fouveraineté;& le basa Eudon Com- 
M m te de 



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LE D V C H E' 

te de Paris , lequel le JaifTa ;î Hugon le grand fils 
de fon frère Rupert Comte d'Anjou, & Duc 
delà Celtique ; Hugon le remit à Fulcon pe- 
tit fils de Torquat , & fils d'Ingelgere : a Fulcon 
lùccederent de fuite Fulcon 1 1, Godefroy qu'on 
appelloit communément Grifgonelle; Fulcon 
1 1 1, Godefroy 1 1, Fulcon I V, Fulcon V, qui fut 
Roy de Ierufalem; Godefroy le Barbu, Godefroy 
VI , Guillaume; Godefroy VIII, Arturus, Louys 
VIII Roy de France, auquel fucceda fon fils 
Louys IX furnommé le Sainét, qui donna cette 
province à fon frère Charles , lequellalaiffaà 
Charles 1 1, & celui-cy à Philippe de Valois, qui 
la remit à fon nepveu Iean , lequel la donna en 
appennage à fon fils Louys, ayant elle érigée en 
Duché l'an 1350^ Louys lùccederent en droite 
ligne Louys 1 1, & Louys 1 1 1 , lequel eftant mort 
fans hoirs eut fon frère René pour heritier;celui- 
cy, lès enfans venans a mourir , nomma Charles 
fils de fon frère pour fon heritier,auquel fucceda 
le Roy Louys X I , & voila comment ce Duché 
a efté annexé à la Couronne de France, & y eft 
demeuré, horfmis que François I enfitufufru- 
étuaire fa mereLouyfe deSavoye.LeRoy Char- 
les IX le donna en appennage à fon frère Henry, 
lequel fut après Roy dePologne & de France. 
u T$nidc A demy lieuê d'Angers eft le Pont de Cee,ou 
Ce:. de See, comme qui diroit le Pont de Cœfar , car 
on tient que c'eft un de lès ouvrages; d'autres ti- 
rent ce nom de Zee, qui lïgnifie en Alleman eau 
de lac ou d'eftang; comme lî vous difiez le Pont 
de Peftang ou du lac , d'autant que le Loyre fe 
desborde en cet endroit,& fait un lac. 
Smmm. Saumur eft auflî une ville de ce Duché aflîfe 
fur le Loyre , en un lieu fort plaifant, elle eft en- 
ceinte de murailles & de foffez,& a deux beaux 
baftimens. Le Chafteau qui eft pofé fur une 



D' A N I O V. 

montagne, monftre affez fon antiquité par de- 
hors , mais dedans il y a de belles chambres , & 
galleries. Ces dernières années, Philippe du 
Mournay, Sieur du Pleffis.a eu le gouvernement 
de la ville & du chafteau,ce Gentil-homme s'eft 
affez fait cognoiftre par fonefpée&parfaplu- 
me,il eftoit fort charitable envers les eftrangers, 
& les recevoit fort courtoifement dans fa mai- 
fon ; il aymoit grandement la vertu & les lettres, 
témoin le Collège de Saumur, qu'il a fondé.Les L " """" 
autres villes de ce Duché font Mon terneau.Bau- 
gé, Beau-fort,Briffat, Monftreul, Belay, Maule- 
vrier,Chantonceau, Vihers, Duretail, la Flèche, 
le Chafteau-Goutier, Segré. 

Le Duché d'Anjou comprend le Marquizatz„^> M . 
de Mayne , qui a efté depuis n'agueres érigé en d "" c "<i: 
Duché; le Comté de la Val; & le Vicomte de "*""■ 
Beaumont & d'Omfront. Le Duché de Mayne 
a trois principales rivières , le Mayenne, le Loir 
& la Sartre. Le pays du Mans appartient au Roy 
de France ; la ville de Mayne avecle Marquizat, 
à prefent Duché,eft à la maifon de Guife : la prin- 
cipale ville qui s'appelle Mans eft fur la rivière 
de Sartre. Le docte Scaliger croit que c'eft cette 
ville que Ptolemée nomme o£U«w, Capitale des 
Aulerciens Cenomans. Au commencement ce 
n'eftoit qu'un Bailliage ; après Henry 1 1 le Roy 
en fit un fîege Prefidial, qui a diverfes villes dans 
fon reffort. Elle fe glorifie d'avoir efté la premiè- 
re qui a embrafle laFoy Chreftienne, fouzle 
Pape Clement,lequel y envoya S.Iulien,qui gou- 
verna cetteEglife quarante fept ans tous entiers, 
& prefcha l'Euangile par tous les lieux aux envi- 
rons : les Comtez de Vendofme, de Beaufort & 
delà Val, rendent auflî homage au Duché d'An- 
jou. 



DESCRIPTION 



38 



D 



du pays & Comté 

M A I 



N 



iimilii. 




EsComtez du Maine 
1 & de Vendofme reco- 
I gnoiffent pour féodal 
Ile Duché d'Anjou, 
, comme aufli celuy de 
Montfort,& la Val. Le 
| Comté du Maine eft 
il borné par ceux d'An- 
" jou & deTouraine,& 
d'ailleurs eft ferré par 
laNormandie,& le pays de Perche. Il eft arrou- 
fé de trois rivières, fçavoir Mayenne, le Loir, & 
Sartbe. Lucain liv. 1 delà guerre Pharfalique 
faift mention de la rivière de Mayenne , en ce 
verfet : 

In ripis Meduana tuh marcereperofus. 
Cette rivière eft encor grandement renom- 
mée de Reginon & de Grégoire de Tours. Pour 
le prefent fe dit Mayne. Elle pafle par la ville 
d'Angers & fe vient conjoindre au Loyre , un 
peu au deffousduMidydeladiteville. Le Loir 
prend fon origine non loing de la ville d'Ifliers , 
de laquelle Fulbert Evefque de Chartres faift 
mention en fes Epiftres : lequel paflant par Al- 
louy , renommé par le dit Fulbert , & l'Abbaye 
diteBonneval de l'ordre des Cifteaux, fe vient 
rendre dans le Mayne : le dit Mayne prenant 
fon commencement aux confins du pays du co- 
fté de Normandie , coftoye d'une longue traifte 
la ville de Mayne , coulant d'une tardiveté in- 
croyable(encor que Grégoire de Tours l'appel- 
le torrent ) s'approche de la tref-riche ville de la 
Val,& puis après du Chafteau-Goutier: de la re- 
cevant le fleuve Volon près delà ville Lyon 
d'Angers , & un peu après le Sarte, qui paffe par 
Alençon & par la ville de Mans : d'où pénétrant 
les termes d'Anjou , traverfe Sablé , tk après fe 
rend dans le Mayne , lequel on dit qu'il perd fon 
nom près de Cliflon. En la vie de fainft Maurice 
Evefque d'Angers , on lit ces mots : Quand S. 
Maurice defcendoit fur une petite barque par le 
fleuve Mayne dans le Loir,&c. Le fleuve Sarthe 
eft grandement renommé de fes eaux claires 
comme criftal & de couleur argentine , d'oùfe 
lit ce vers d'un brave Poëte : 

Venimus ad Sartam quo non eft purior aller- 
I'adjoufteray encorde ce fleuve ce qui s'enfuit, 
tiré de la vie de fainft Léonard : le monaftere de 
fainft Léonard eft diftant cinq lieues de la ville 
de Mans.fitué fur le fleuve Sarthe, & eft grande- 
ment affligé & ruiné. En la dite vie nous lifons, 
que fainft Léonard du temps de l'Evefque Inno- 
centa grandement embelli le village de Mans,& 
France. 



après trouva un petit lieu fur le fleuve qui fe nom- 
me Sarthe , lequel jufquesaujourd'huy tient le 
mefmenom , &fe dit la Chapelle , oubienla 
chambre de fainft Léonard , & baftit au mefme 
lieu un temple à l'honneur de fainft Pierre. Ce 
fleuve produift grand nombre de carpes , larn- 
proyes.alofes, & plufieurs autres efpeces de poif- 
fons. Les belles forefts & les bois rendent cette 
province grandement agréable , entre lefquels 
fontlesforeftsdeVerfay,Longoulnay,Perfi,Sil- 
le.Charnay , Andain, Maine, & Concile. Toute 
cette eftenduë de pays eft depuis quelques an- 
nées divifée en deux parties. La ville principale yju,; 
eft Mans.laquelle eft adjouftée aux domaines de 
la couronne. Mais la ville du Mayne avec fon 
Marquizat, maintenant Duché, recognoit pour 
fes Seigneurs ceux de la famille de Guilë. Iofeph 
Scaliger eftime que cette ville eft celle quePto- 
lemée nomme ouWW, Aulerciorum Cenomanorum 
caput. Dés le commencement, elle fut le liège du 
Bailliage, & après le Roy Henry 1 1 elle lut faifte 
la court prefidiale , à la quelle plufieurs villes ap- 
pellent leurs caufes & aftions. Cette province 
eftoitautresfoiscomprifedans la Guienne , & 
par confequent fubjefte aux Ducs de Guienne, 
jufques à l'accord conclu entre le Roy de 
France , & le Roy d'Angleterre , s'accor- 
dans par enfemble que PAnglois fe contenteroir. 
de la Guienne.bornée du cofté de la bize du fleu- 
ve Charante,& du-Midy ferrée des monts Pyré- 
nées , & cederoit à toutes pretenfions & droifts 
qu'il pourrait avoir fur la Normandie & les ter- 
res d'Anjou & du Mans ; à telle condition qu'on 
luy conteroit au temps de la ceffion deldites 
provinces la fomme de 1 joooo efcus d'or. De- 
puis le Roy Iean donna à fon fils Louys , fon 
deuxiefme né, les Comtez d'Anjou & du Mans. 
La Charte de cette donation fe trouve encor au 
cabinet royal. Suitte de la race , & des fuccef- 
feurs de Louys : 

1 Louys I de Valois Duc d'Anjou, Comte de Cmtez. 
Mayne , lequel Ieanne I Royne de Naples ado- 
pta , & par ainfi fut couronné Roy de Ierufalem, 
Sicile,& de Naples, mourut au mois de Septem- 
bre l'an de grâce 1 384. 

z Louys II Duc d'Anjou, Comte de May ne, 
RoydeIerufalern,&Sicile,mourutrani4i7. 

? Louys 1 1 1 Duc d'Anjou,& Comte de May- 
ne.fils adopté de Ieanne 1 1 Royne de Naples,fut 
conftitué Roy de Sicile , Duc de Calabre , & 
Comte de Provence , mourut fans enfans 

ïani4U- „. _ ... . 

4 René frère de Louys , auffi Duc d Anjou, 
N n Comte 



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■'V Alirtltc. 




Celte Carte le lu dieccçfe^ 
le Mans, comprend jow le 
regard du Sjirituet , outre U 
Cathédrale, jftufieurs califes 
c o lie a taie s , a.bbaA'es, nwajhrcs , 
[< r /curez, coiwenbueU, etjunplej 
ebehers jtarocliiauls , et chai 
jjetles, comme cy les vai-ez par 
figures le lettres, avecg Us 
noms le jfalrotis tnferip-ts , 

re/j'ectiventerU a chacun. 

cbeher, dont explteatù/ii 
est cy iotnete . 



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_f scr^e j- e . . , \ SON: «TTOIS o j? ^ ^.o a,;,,,. 



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EXX.REX- 5D. Jb.sjJiotù/ymlKt. 

E . àfifc^ut Ctnom. OZ, Ah, OpuâttS. AnÀca^ 

C. fytbdum&cUfueCenlti. FG. Ab.JeFoaieiMlau. 

CP. ~ Ct£ittd.S.Teh-i ieùtr'w . ST. Ab.S.FLrê ieSaulm. 

S V. At-baj SMnsentf. VF JiJ e Fonte gihsrAt. 

AC. Abh.JtCultura., ADC. .41, 4e Cam^nU. 

BL . AbÙ. Je Belle Le* . AT. Ahhalïfta. deP rato . 

SK . Abb. S KtrSégU . J3t. .«. S.Sulpity XaL,!?. 

X . Mb. AeLonUy. ^A ■ Ab.S.Auitt. 

SAt. Abb.S.Aiehaelu. AF.S. Jb.AeejUiL,, 

SS. Abb. S. Sergf AnAtg. BAI. Ab . S. Mark Anieji . 

10. Ahb.S.Tjuiru Je.tLun CK. Ûjpùubint S.KjrUeftxt . 

EE. Mb. Je Sbroide. CAtA . CyibJk'.forbai La-Ja, 

JV. Abb.S.LtUaniMw, TR. C*.âeTr M , 

VJ>. Abba.JeVaJatw. CT. OuS.T^luJeZju^. 

1TL. Abb.VinJseitnfts . CS. Ct.ÂtSiUUc». 

HO. Abb. de&ita.. EN. De.-Mnu ItXojenie. 

FT. Abb . JeVelieU. HJ3. Hamas Del. 

SG-. Abb.S.Geergy itlfem.. HT, Hammus Hmj-orAu . 

M . Mb.Aaioris AUwfier r . Fc. Fmr h Ctflnltdi. 

SL. Abb.SXltuwmJitefu . PO. FrurJeOfiû. 

T Abb.ieTyromthi, FB . Trier Je&ettifmo. 

S. Abb. Je Stella. CAS. Trier Je Ctjhttls . 

AX. Mb. S.ALucuniidAurV. FV. Tri>r Je Vtuoaâ. 

AS. Abb.S.ALartinifagtett. FN. Frior le Xajento. 

AL. Abb.S.AlbtniAnAeaaaen. FS. Tr. et Cyital. S-uiea. 

SN. Abb. S.*icolaiAnieSZ. 







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LE COMTE' 

Comte Je Mayne , Duc de Calabre , & de Bar , 
Comtede Provence & de Guife , fut conftitué 
fuccefleur & heretier par fon frère Lonys , avec 
le contentement de Ieanne 1 1, mourut l'an 1480. 
j Charles , après la mort de Iean fils de (on 
frère René,& de Nicolas Duc de Calabre fils du 
dit Iean, quittâtes droiifts , qu'il pretendoit au 
royaume de Naples, & Comtez de Provence & 
de Mayne,& inftitua fon héritier Louys X I Roy 
de France. 

Anciennement les Cemmani furent grande- 
ment renommez & eftimez de Oefar , Ptole- 
mée,& autres.Les Notices de l'Empire font fôu- 
ventesfois mention de leur ville capitale,laquelle 
eft réputée la troifiefme du diocefe de Lyon. 
Pline en touche quelque peu , & les nomme auffi 
Cenomaniens. Plufieurs hiftoriographes com- 
me Polybe , Live, Iuftin , & autres racontent les 
foudaines irruptions de ce peuple en Italie ; d'où 
Ptolemée les conftituë dans l'Italie outre la ri- 
vière Po , auffi les nomme Strabon THaifuim ; les 
faifànt voifins de Carniole par deflus Venilê ; & 
finalement Pline les à rangé en la Gaule Nar- 
bonnoife.comme un peuple qui ne fe contentoit 
aucunement des limites de fon pays. Au refte ce 
peuple à prefent eft grandement dur à fouftenir 
toute forte de labeur & neceffité , fort indu- 
ftrieux & de bon jugement , difficile à tromper, 
extrêmement attentif, & bien pefant une chofe 
avant l'entreprendre. Enfin ce pays produiâ: 

Naitrci & des eforits autant nobles & finguliers qu'aucune 

mams. province du royaume. 

Claude Robert Preftre de Langres raconte 
de la ville de Mans ce qui s'enfuit : la ville de 
Mans, en la notice des provinces des Gaules, eft 
d'aucuns dite Vindimium, ou bien Vendkum , fituée 
fur le fleuve Sarte. Sous l'Archevelché de 
Tours , & au parlement de Paris cette ville eft 
réputée fort fubjedteauxfaftions & nouveau- 
teZjgrandement fanguinaire & rebelle : Oderic 



DE M A Y N E. 
liv. 4 tire l'origine de fon ancien nom Cenoma- 
nie de la rage des chiens , tout ainfi qu'on diroit 
Canis mania ; laquelle a pour fon Eglile principa- 
le celle de S.Iulien,ayant efté premièrement con- 
làcrée à l'honneur de la vierge Marie , & après 
à (iin<5t Gervais,& maintenant à fainft Iulien l'an 
1101 , tranfportant les reliques de ce Sainften 
icelle,laquelle 338 bonnes prébendes. En tout le 
diocefe il y a 670 paroifTes divifées en fix Archi- Fa "''S i! - 
diaconies & vingt Doyennez: auffi plufieurs Ab- 
bayes, comme Beaulieu, faincte Marie d'Euron, "■?"' 
faind: Vincent,S. Marie de Lonlay.fainét Calez, 
fâinét George des Bois , S. Marie de Perfine , de 
l'Elpau,S.Marie de Clairmont, S.Pierre la Cou- 
ture^. Marie de Vaaz,S.Iulien du pré; de la Vir- 
ginité , Eftival en Charnie , ces deux eftant de 
femmes : Bon-lieu, Fontaine Daniel, S.Marie de 
la Campagne , Tironneau , la Perigne : & de 
femmes.la Pelice, du Gué,& de Laune. Outre Ce 
trouvent en ce diocefe 191 Prieurez.La villede 
Mans eft le fiege Epifcopal , auquel à refidé le 
premier S. Iulien , félon l'opinion commune, du- 
rant l'Empire de Vefpafian : lequel(comme rap- 
porte Claude Robert) pénétrant le territoire du 
Mayne,s'eft efforcé d'abbattre les vieux chefnes, 
& les faux , fteriles par trop de vieillerie , c'eft à* 
dire , l'ignorance de l'ancien paganifme, & leurs 
vaines fuperftitions & idolâtrie , fe fèrvant à ce 
du fer de correction , pour retrancher les vices 
des mefohans , & d'un feu bradant par lequel les 
vices ja defchaflez rendroit les âmes capables à 
recevoir femence de l'amour divin , ce font les 
mots de l'Autheur,par lefquels il touche & mon- 
ftre l'ancienne fuperftition des vieux Gaulois,lef- 
quels adoroyent les chefnes , faux & autres ar- 
bres,pour leurs Dieux. Ce faincT: perfonnage a eu 
67 (ucceffeurs en fonEvefché , le dernier def- EvtfiHis. 
quels êft Charles de Beaumoir , fils de Iean Sei- 
gneur de Lavardin,Marefchal de France. 



NORMANDIE. 



39 



017{<« du 

nom* 




Limita. 



Ormandie, ancien- 
nement dit Weftrie,ou 
Neuftrie , a pris fa de- 
nomination des peu- 
ples Septentrionaux, 
par lefquels il fut occu- 
pé: car N»? lignifie le 
Septentrion , & Man 
homme, comme fi l'on 
difoit Nortman , hom- 
me du Septentrion. Les hiftoriens parlent fuffi- 
famment de leurs excurfions & pillages faits aux 
Allemagnes & Gaules: mais la plus grande & fa- 
meufe fut par le General de ces peuples barbares 
appelle Rollon , du temps de Charles le Simple 
Roy de France, lequel fut contrainâ: de donner 
fa fille Gille pour femme audit Rollon, nouvelle- 
ment converty au Chriftianifme , recevant pour 
douaire avec fa femme toute la Neuftrie & le 
pays de Bretagne. De cefte excurfion des Nor- 
mans parle Merula,Iouant grandement lesmots 
de la Synode tenue à Meaux l'an 845 : D'autant, 
dit-il , que l'on n'apas obey aux commandemens Divins, 
le Seigneur a envoyé du co^ci Aquilon, {félon k dire du 
Prq/>tee,Pandetur Malum) des Apoftres dignes de nos 
mérites, afçatoir tres-crueb , i3 grands perfecuteurs de /a 
religion Cbreflienne , kjqucls faccageans hf rodans jufques 
aux portes de Paris, ont monftrc le jufte jugement de Dieu. 
La Normandie a pour confins & limites du co- 
dé d'Orient la rivière Epte , qui la divife delà 
France & Beauvaifis. Cefte rivière prenant fa 
fource deux lieues ou environ deGournay, def- 
coule vers Gifors,& par après coftoyant Roche- 
Guyon, Dangu , & S. Cler , fe va rendre dans la 
Seine , fept lieues par deftous Gifors. Du Cou- 
chant elle a la rivière Cenon ou Coefnon , la- 
quelle venant de cefte grande forterefle Foulge- 
rie, fepare la Bretagne de la Normandie , & paf- 
lânt par le Pont-Orfon , & de là près du mont S. 
Michel (è delgorge dans l'Océan. Ducofté du 
Septentrion elle a la mer de Brctagne,& du Mi- 
QMlitidu dy le Duché du Maine. Au refte encor que cefte 
f"}'- province ayt des champs tres-fertils & des paftis 
& prairies tapifTées de bonnes herbes , fi eft-ce 
toutesfois, que le voifinage de la mer excite tel- 
lement les habitans au trafic & au fait de la ma- 
rine , que l'agriculture des champs grandement 
fe néglige ; & neantmoins ce pays n'a pas faute 
de vin, grains, fruiéts , & toutes autres fortes de 
provifions neceffaires à la vie humaine : & auffi 
la grande abondance de cidre , compofedefuc 
de pommes ou poires , compenfe facilement le 
peu de vin qui croit au pays. Et le cidre eft aucu- 
nesfois fi excellent, qu'il (e peut efgaler aux meil- 
leurs vins de la France. La partie de celle con- 
trée voifine à la mer eft fterile & fablonneufe. 
MtmcUu Ceux du pays font grandement rufez & trom- 
f " fk ' peurs, ne (ùpportans aucunement quelques loix 
France. 



eftrangeres , & dutoutopiniaftresà conferver 
leurs anciennes couftumes : &fontgrandemcr.c 
adonnés à procez,& fort adextres & cauteleux à 
pourluivre leurs adions : caufe pourquoy les 
eftrangers ne fe plailent guercs de leurs compa- 
gnies & amitié ; au refte ils font d'un bon juge- 
ment , & fort courtois , très-propres & adroits à 
toutes fortes d'arts, (ciences,& difeiplines. 

Ce pays anciennement eftoit occupé par ces p t *pUi 
peuples anciens, comme Venellocaffiens , Bajo- «**>"• 
ca(îiens,Abrincantiens, Aulerciens, Eburovices, 
Sayens,Se(ûniens, Conftanciens, Lexoviens.Ca- 
lefiens , & Nerviens , delqucls on trouve encor 
quelques marques de leurs anciens noms. Il y a 
pour le prefent en cefte province de Normandie 
trois Duchez , à fçavoir Alençon , Aumale , & d,,Mx. 
Longueville;& plufieurs Comtez,un Royaume, 
quoy que bien petit , vulgairement appelle le 
Royaume d'Yvetotll acquift le tiltre de Royau- R°ya»mt. 
me fous le Roy Clotaire I , lequel avoit injufte- 
ment fait maftacrer le Seigneur d'Yvetot , & 
pour cela fut condamné par la fentence du Pa- 
pe de permettre aux héritiers du deffunct de 
jouyr des droids Royaux en leurs terres & pof- 
feflions. La Normandie fe divife en fuperieure, 
& inferieure.La fuperieure comprend dans fes li- 
mites les trois fufdits Duchez, &feptComtez, Ccmtik 
comme Eu en partie , car l'autre eft en France ; 
Harcourt , Evreux , Tancarville, Maulevrier, 
Mortain,& Mongommery, aufquels on adjoufte 
Vexin le Normand , & la Baronnie de l'Aigle. 
En l'inférieure font contenus le pays de Caux,de 
Beflin,Conftantin, Hovinet, Yvetot, le Vaux de 
Vire. 

La ville capitale de ce pays eft Rouen , en la- fo»«. 
tin Rotomagus. Il y a diverfes opinions touchant 
l'etymologie du nom de cefte ville.entre lefquel- 
les il y en a plufieurs grandement ridicules. Pre- 
mièrement c'eft merveille , que quelques uns fo 
peinent de controuver un Roy qui fenommoit 
Magus , comme fi cefte diction ne fignifioit en 
haut Allemand, ville; laquelle on a de couftume 
d'adjoufter aux noms des villes , ainfi que les 
François ont de couftume de pratiquer avec la 
diétion,ville;& pareillement les Allemands avec 
Stadt. Or la pluscertaine opinion de l'origine de 
ce nom femble eftre , qu'il foit dérivé d'un Idole 
dite Roth, laquelle on adoroit en ce lieu ; ce qui 
eft confirmé par un village diftant de là trois ou 
quatre lieues, lequel le nomme Mont-roth. Ce- 
fte idole fut ruyné & aboly par S. Melon , ainfi 
que te/moigne l'Hymne chantée à fon honneur: 

Extirpato Rotb idolo , 

Edeseflinlumine: 

Feno cinclus,panefolo 

Pafcitur tëflumine : 

Poft kecjunftus eft in polo , 

CumSanclorum agmine. 

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N O R M 

Celle ville eft très-grande & belle , ferrée du collé 
du midydelaSeine, ayant un pont de pierre de taille 
d'un artifice admirable , lequel conjoinil la ville avec 
le faux-bourg S. Severe , fitué fur l'autre rive ; du Se- 
ptentrion elle a de très-hautes montagnes , au pied def- 
qtielles coule leruiflèau Albet, lequel fecoure de fes 
eaux Darnetal , bourg renommé àcaufe de fes draps, 
arroufant par après de belles prairies & pafturages voi- 
fins de la ville. Du codé de l'Orient , fur le chemin de 
Paris , elle a le monaftere de fainéte Catherine fïtué 
fur une montagne , autrefois fondé 8c bafty par Gabriel 
Comte de Montgommcry , Se du meftne codé paflê 
le fleuve Robec , lequel entrant dans la ville prés la 
porte S. Hilaire, fert à onze moulins de la ville, 8c puis 
fortant entre les portes du Havre & celle de Guillaume 
Léon, il fe mefle à la Seine. L'ancien Palais de la ville 
eft déforme quadrangulaire, fitué en un coing d'icel- 
le , lequel regarde d'un codé le faux-bourg de Calais, 
& de l'autre eft contigu à la Seine ; la forterefle ou cha- 
fteau à demy ruyné , tirant vers le Couchant , eftbafty 
plusvoifin de la porte de Bouveroile que celle de Ca- 
lais. Le principal temple eft celuy de noftre Dame, 
travaillé par le dedans & dehors d'un fmgulier artifice, 
embelly de trois tours , àfçavoirS. Romain , la Burée, 
Se Piramide: la Burée eft ainli dénommée, d'autant 
qu'elle fut édifiée pat la fomme de deniers que l'Arche- 
vefque George d'Amboife avoit amafle, delà licence 
donnée aux habitans de manger du beurre tout le long 
du Carefme , prenant de chafque telle fix deniers. 
En celle tour fevoitunecloche d'admirable grandeur, 
ayant treize pieds de hauteur , trente-deux de large, 
onze en fon diamètre, pefante quarante mille livres , ou 
comme aucuns difent 36000 , laquelle eft beaucoup à 
l'advenant plus efpaiflc que grande, ayant ceft eferiteau 
par dell'us , le Cuis nommée George d ' Amloifc , qui ptm de 
trente Jîx mille potfe , & qui bien me pt fera , quarante mille il 
trouvera. La Piramide eft faite de bois, d'un tel arti- 
fice & induftrie , qu'elle eft admirée d'un chafeun, 
citant reveftuë de plomb , Se dorée en divers lieux. 
Auffi au coupet du temple eft une trcs-belle Se grande 
ftatuë de S. George. En la chapelle voifine du cœur, 
laquelle fe nomme d'Amboyfe , eft la fepulture , avec 
fon epitaphe , vrayement digne d'eftre admirée , du 
Cardinal George d'Amboife Seigneur deBreflay, Se- 
nefchal de Normandie. Prés du cœur eft le portraiél 
d'un horrible dragon .lequel infeâoit Se ruynoit le plat 
payscircouvoifin , fut en fin futmonté & vaincu par S. 
Romain , luy prelentant tant feulement fa ftole , lequel 
comme pour fecours avoitpris deux condamnez à la 
mort, l'un defquels eftoit auparavant fuy. Caufe pour- 
quoy il eft de couftume , que l'Archevefque & Cha- 
noines de celle Eglife , ayans ouy les confeffions de 
tous , puiflênt tous les ans délivrer un prifonnier digne 
de perdre la telle , & cela fe fait le jour de l'Afcen- 
fion: Et qui plus eft, a rai Ion de ce grand miracle 8c 
de la délivrance d'un monftre fi horrible, onfaiélune 
proceffion , en laquelle le captif délivré doibt affilier 
fept ans continuels en perfonne , ou , s'il n'eft poflible, 
par un autre. Il y a une autre ttes-belle Se magnifique 
Eglife , dite fainc"l Oinc~l , avec fon monaftere tout 
voifin , bafty 8c fondé de bon revenu par le Roy Clotai- 
re au plus beau &plaifant lieu de toute la ville. Il y a 



A N D I E. 

auprès des jardins artificiellement compofez , 8c des 
parterres très-bien agencez. Au frontilpice de celle 
Eglife il y a deux feneftres refTemblantes àdeuxrofes, 
l'une faite pat un brave Maiftre , l'autre par Ion difciple, 
qui par envie efmeu d'une mefehante jaloufie tua fon 
difciple , 8c par après félon fes mérites fut adjugé 
d'eftre pendu ; on dit qu'ils font tous deux enfemblc 
enterrez prés du cœur de celle Eglife. En ce mona- 
ftere eft le logis ordinaire des Roys de France. Le Pa- 
lais de la Cour du Parlement eft une pièce admirable, 
8c grandement louée 8c eftimée de tous, lequel a des fa- 
les vrayement royales , Se chambre tres-magnifiques . 
8c principalement celle qu'on appelle communément la 
chambre dorée. Outre on voit en celle ville plufieurs 
Palais de Princes Se grands Seigneurs , avec un grand 
nombre de très-belles maifons. 

Icy eftlefîege de la Cour du Parlement 8c auffi de 
l'Archevefché ; Se le Parlement de Rouen eft fupe- 
rieur de l'Archevefché ; lequel a fous fa puiffance fix 
Evefques SufFragans , comme celuy d'Aurenches , 
Evreux , Bayeux , Sais , Confiance , 8c Lifieux. Clau- 
de Robert conte 86 Archevcfques , entre lefquels il 
advoiie pour le premier S. Nicaife envoyé par S. Clé- 
ment , Se le dernier François fils île lean Seigneur de 
Harlay. 

Adjouftons quelque peu desDuchez de la Norman- 
die fuperieure. Alençon eft voifin du fleuve Sartre, 
qui prés d'Angers s'engoulfre dans le Loire. Ancienne- 
ment il avoit le tiltre de Comté , le premier qui fe trou- 
ve avoir elle Comte d' Alençon , fut Charles de Valois, Comtes & 
filsdePhilippes ni Roy de France. 11 efpoufa trois Duad'A^ 
femmes , à fçavoir Clémence fille de Charles 1 1 Roy '«fon- 
de la Poùille : Catherine fille de Philippes , Se niepee de 
Baulduin 1 Empereur de Bizance : Se Machthilde fille 
de Guidon de Chaftillon Comte de S. Paul , de cefte-cy 
fut engendré Louys, lequel mourant fans enfans , celte 
Comté vint en la puiffance de fon frère Charles 11 , à 
cettuy-cy fucceda fon fils Charles 1 1 1 , lequel eftant 
efleu Archevefque de Lion i fon frère Pierre fut faidt 
le cinquiefme Comte , Se après fa mort fon fils lean fut 
le premier Duc d' Alençon , eflevé à celle dignité par 
Charles vi Roy de France. Auquel ontfuccedé lean 
11 Duc deuxiefme , RenéDucm 8c Comte de Per- 
che. Charles 1 v Duc quatriefme , lequel décédant 
fans enfans , le Duché revint en la puiffance de Fran- 
çois 1, Roy deFrance. Depuis Hercules d'Anjou , qui 
fut par après nommé François , reprint le tiltre de ce 
Duché: mais ne laiflànt aucuns hoitsmafles reftitua le 
Duché à la Couronne. Quant eft au Duché d'Aumale, 
Authoine Comte de Vaudemont prit à femme Marie 
fille Se héritière de lean Comte d'Hatcure Se d'Auma- 
le. Comme ileutefpoufé Iolante fille de René d'An- Comtes S 
jou Roy de Sicile , le Duché de Lorraine eftant fans au- Ducs 
cun héritier , revint en la puiflance de la famille de à'Aumtlt. 
Bouillon, ayant de fa dite femme pour fuccefleur René 
Duc de Lorraine , Comte de Vaudemont Se d'Aumale, 
lequel ayant plufieurs enfans , Claude fon feptiéme fils 
fut Duc de Guife 8c d'Aumale , le Comté changé aupa- 
ravant en Duché pat Henry 1 1 l'an 1 f47 , il eut un fils 
nommé Claude Duc d'Aumale , Se luy n'ayant qu'une 
fille nommée Catherine, la maria avec fon coufin Ni- 
colas Comte de Vaudemont. 



PAYS ET DVCHE 

D E 

BRETAGNE. 



40 




TeupîfS 
anciens. 



Nciennement la B r e- 
TAGNE eftoit nom- 
mée Armorique, prin- 
cipalement la partie 
voifine de l'Océan , là 
où eft à prefent la Bre- 
tagne inférieure. Car 
Atmor ne fignifioit au- 
tre chofè en vieux 
Breton,que la mer, ou 
fur la mer. Cïfar au 7 livre fait mention des vil- 
les Armoriques, & affirme qu'elles eftoyent aux 
derniers confins des Gaules , & conjointes à 
l'Océan. Auffi au livre 3 des Guerres Gauloifes, 
raconte leur conjuration fai&e contre les Ro- 
mains, pour conferver leur liberté. Au livre des 
Mémoires eft dit que toute la cofte de Norman- 
die & de Bretagne , bien loing& avant dans le 
pays,eftoit occupée des Saxons,lefquels foulôiét 
roder & efcumer la mer en ces quartiers , ce que 
nous enfeigne Sidonius Apollinaris livre 8, Epift. 
6 à Numance,là où il raconte leur grande cruau- 
té & tyrannie.Ccrtainement ces foudaines & di- 
verfes excurfions des Saxons , pillans & rava- 
geanslepays , furent caufe qu'on inftitua des 
Gouverneurs , & bonnes garnilbns de foldatsà 
Grannone,Blaye, Marche, defquelles eft fait 
mention au li v. des Mémoires de l'Empire , d'où 
font fortis les Lieutenans, Comtes, Ducs de Bre- 
tagne , lefquels difpofoyent à leurs volontez le 
Gouvernement du pays. Finalement cette pro- 
vince reprit (on nom de Bretagne, (car elle avoit 
efté auparavant ainfi nommée , comme tçfmoi- 
gne Pline liv. 4 Natur. hift. chap. 1 7, & Sidonius 
liv.i, Epift.7,) des Bretons, lefquels demeurans à 
l'Ifle oppofite, furent contraints par les Anglois, 
Saxons,Piétaviens,& Efcoflbis de quitter lifle, & 
venir habiter aux confins de ce pays , environ le 
cinquiefine fiecle. Et par ainfi toute cette con- 
trée fut par ces Bretons dite la Bretagne de deçà 
la mer, & mineur, à la différence de l'In fui aire, la- 
quelle eft plus grande, & fut nommée la Breta- 
gne d'outre-mer. Outre ces peuples elle en a eu 
encor d'autres , comme Redoms, leur ville eftant 
pour le jourd'huy celle de Rennes , auquel Dio- 
cefèeft une Abbaye dite vulgairement Redon, 
retenant encor l'ancienne dénomination. Nan- 
tietes,\eur ville eft l'Evefché de Nantes. Curojopites, 
leur ville l'Evefché de Cornoûaille. Veneti ,\eur 
ville principale l'Evefché de Vannes ; outre , les 
Ofimii,Diablinti,Aml/ibari, Vendit, Ambiliates,Biduufii, 
Lemovices, Arvii, Caducs, les lieux & villes defquels 
fontTriguier.Leondoul, Ambie, Lambalois, S. 
Paul de Leon,& Chafteau Briant. 
France. 



La province de Bretagne a pour limites du ■£>»««• 
cofté de l'Orient la Normandie, & ceux d'An- 
jou ; du Midy le Poiétou , & du Couchant & Se- 
ptentrion l'Océan de Bretagne , s'eftendant 
grandement vers le Couchant , le plus grand 
Cap de toutes les provinces de la France. Elle eft 
divifte en deux parties, à fçavoir en la fuperieure 
& inférieure , en laquelle tous les Bretons , qui 
font venus de la grande Bretagne , maintenant 
Angleterre , ont choifi leur demeure & habita- 
tion , lefquels auffi font encor à prefènt du tout 
différents en leur Iangageaux autres peuples cir- 
convoifins.En la fuperieure on parle François, Se 
en cette-cy on retient l'ancien langage des Cel- 
tes , comme plufieurs do&esperlonnagescolli- 
gent des diétions Celtiques , lefquelles les plus 
anciens Autheurs eftiment & louent grande- 
ment , & ils nomment les peuples de la Bretagne 
Supérieure, Bretons François, &ceux del'Infe- 
ferieure, Bretons tonans , d'autant qu'ils ne fem- 
blent pas parler, mais plutoft tonner, avec quel- 
que fon de leurs dents. Le pays eft tres-fertil & a- rmXtl. 
bondant en toutes fortes de grains & frouments, 
pafturages & prairies , le vin n'eftant pas de fi 
grande importance. Il y a auffi plufieurs mines 
de fer, plomb, & mefme d'argent. Les habitans 
font fort adonnez au trafic , & fort adextres au 
fait de la marine. Toute la province eft riche, & 
bien accommodée par les rivières & plufieurs 
bons ports de mer. 

La Bretagne comprend dans fes bornes neuf £«ft*« 
Evefchez , leurs fieges eftans aux villes principa- 
les de la province. Le premier eft à Nantes fur 
Loire : le 1 à Vannes : le 3 à Rennes : le 4 à Dol: 
le 5 à S.Malo:le 6 à S.Brieu:le 7 à S.Paul de Léon: 
le 8 Cornoûaille , & le dernier en la ville de Tri- 
guier ; aucuns appartenans à la Bretagne infé- 
rieure, les autres à la fuperieure. Et ce qui eft di- 
gne d'eftre noté , eft ce que les habitans , tant 
hommes que femmes , & toutes fortes d'ani- 
maux, voire mefmes les arbres, font de moindre 
ftature,& grandeur, qu'es autres provinces de la 
France, bien que voifines , ou grandement efloi- 
gnées.La partie & région prochaine à la mer eft 
beaucoup mieux peuplée & cultivée que l'autre, 
attendu qu'elle tire grand profit & commodité 
des ports de mer , & de toute la cofte ; mais au 
milieu dudit pays il y a une contrée affez inferti- 
le , vulgairement dite Lande , encor qu'elle foie 
propre au pafturage d'un grand nombre d'ani- 
maux. On trouve en ce pays & principalement 
aux lieux voifins de l'Océan grand nombre de 
lépreux , ce qui peut faire juger cette province 
dire du tout mal faine. 

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PAYS ET 

N«*n. La ville capitale de la Bretagne fuperieure eft 
Nantes,Iaquelle encor qu'elle ne foit pas fi gran- 
de &ipacieufe , neantmoins eft très-bien munie 
de murailles, tours, boulevarts, & très-bons fof- 
i'ez. Par deflus, au bord de la rivière Loire elle a 
un très-fort chafteau , auquel les Princes ont de 
conftume de demeurer. Lesfauxbourgs font pa- 
reillement enferrez d'une bonne terrafTe. En 
cette ville eft le fiege Epifcopal. On void en l'E- 
glife cathédrale la fepulture de Francoys 1 1 der- 
nier Duc de Bretagne , qui fut faite par ce Scul- 
pteur admirable Michel Colombe. La ville eft 
du tout adonnée au trafic.comme eftant l'un des 
premiers havres de France , ayant la Loire qui 
luy apporte toute forte de biens & marchandi- 
ses, prefoue de toute la France , laquelle com- 
mence à le méfier aux eaux falées de la mer pro- 
che Nantes ; toutesfois les grands navires & au- 
tres vaùTeaux ne peuvent venir avec leur char- 
ges juiques à la ville, eftans accouftumez de s'ar- 
refter quatre ou cinq lieues plus bas. Elle a un 
pont fur la Loire , le plus long, (comme jem'af- 
feure) entre ceux de l'Europe, le fleuve eftant , à 
caufe de plufieurs bancs de fables , d'une largeur 
admirable, & ce pont eft bafty de pierre de tail- 
lc,lequel aboutit du cofté de l'autre rive du fleu- 
ve à la Paroifle Pilmie ; cette ville eft efioignée 
douze lieues de S.Nazaire,fitué for la bouche du- 
dit fleuve. La rivière Ardre traverlê la ville, s'ef- 
coulant dans la Loire. Cette ville eftoit ancien- 
nement la demeure des Ducs de Bretagne , & a- 
voit le filtre de Comté, & eftoit advouée aux 
premiers néz des Ducs. 

Xtmn. La ville de Rennes anciennement dite Condate 
Rcdonum , tient la première place après Nantes ; 
car Thuanus l'appella la capitale du pays , & dit 
que le Magiftrat de (ix mois refide pour le jour- 
d'huy en cette place , qui jadis eftoit à Nantes. 
Elle eft fituée fur le fleuve Vilaines. 

D,l. Dol ou bien Doul tiendra le troifiefme lieu , 

laquelle avoit anciennement un chafteau nom- 
mé DwWin(r«w,maintenantc'eft une ville & Eve- 
fché fojet à PArchevefque de Tours : l'Evefque 
de cette ville a droiét d'ufèr du mantel d'Arche- 
vefque,c'eft pourquoy il tient entre eux fon rang 
& place. La ville de Dol (dit Chenu) eft du tout 
environnée de marez , & fituée aux derniers 
confins de Bretagne. L'Evefque a filtre de Com- 
te, Se il s'eft long-temps tenu & réputé pour Ar- 
chevefque, & encor à prefent poflede le premier 
rang entre les Evefques aux aflemblées généra- 
les de Bretagne. 

S.Srim. La quatriefme ville eft S. Brieu , affez renom- 
mée, & pareillement un fiege Epifcopal ; icy y a 
une très-haute roche , qui donne aux navires 
agitées de tempeftes & vagues de la mer cour- 
roucée une retraite, & fecours afleuré. Elle a une 
très-bonne forterefle. 

s.Mde. Sainct Malo eft une ville Epifcopale , ayant un 
port principal de la France , elle eft affile for une 



D V C H E' 

Ifle en la mer de Bretagne , & efioignée de deux 
mille pas d'Aleth.d'où fut tranfporté le fiege Epi- 
fcopal. Le premier Evefque de cette ville fut S. 
Malo. Iacques Cartier natif de cette place,hauf- 
fant les voiles pour defeouvrir quelques terres 
nouvelles, par le commandement de François I, 
Roy de France, trouva le Canada, & plufieurs 
autres lieux fituez vers le Pôle Arétique. En cet 
Evefché il y a trois riches Abbayes , comme 
Beaulieu,Mont-fort, & Preez. 

La fixiefme ville eft Dinan , laquelle eft très- Diiu». 
belle & plaifante,& fut jadis la récréation & plai- 
fir des Ducs de Bretagne : elle eft coftoyée du 
fleuve Rance , lequel prend fa fource prés la pla- 
ce dite Lande du Menay, & fe defeharge dans la 
mer proche S. Malo. 

Il y a encor plufieurs autres villes en la Breta- ^««•r 
gne fuperieure , comme Rieux for le fleuve Vi- **"*'■ 
lain. Chafteau Briant eft une ville avec fon cha- 
fteau , fituée fur les limites de Bretagne & d'An- 
jou , elle eft fouz la puiflance de la famille de 
Mont-morency. Lamballe, de laquelle fe nom- 
me la Seigneurie de Lamballois, icy fe fait gran- 
de quantité de parchemin. Vitray eft aufïï une 
ville , entre laquelle & le village Croifille palTe 
un petit ruifleau , qui fepare la Bretagne du 
Mans. lugon, là où on void des chafteaux extrê- 
mement anciens. S. Aubin du Cormier , on dit 
qu'en fon terroir s'eft commis cette tant fan- 
glante bataille , laquelle eft appellée dans les hi- 
f toires de France,la bataille S.Aubin. Item Mon- 
contour,PIoermel, loflelin, Maleftroit, Pontiuy, 
S.Iulian , & finalement Encenis la dernière place 
vers le Poiétou , fouz laquelle font contenues les 
Seigneuries ClifTonois, Rais, & autres. Encenis 
( dit Maflonjeftun port de grande importance : 
à raifon qu'on reçoit icy les tributs & gabelles 
de toutes leschofesqui partent parla Loire & 
l'Océan, & font tranfoortées hors le Royaume 
de France. 

Les villes de la Bretagne inférieure plus re- 
nommées font Vannes, qui anciennement eftoit 
la plus puiffante & fpacieufe ville de toute la 
Bretagne , elle eft fituée fur la dernière poindre 
du Cap , & du temps paffé fe dilôit Vemtia : vis à 
vis eft une Ifle nommée Belle-Ifle , à raifon de fâ 
grande beauté, (eparée de la terre ferme environ 
de fix lieues , & quatre du havre appelle Tibe- 
ron , laquelle a fept lieues de circuit , trois & de- 
mie de longueur , & deux en fâ largeur , eftant 
tres-fertile en bled & avoine, il n'y a nuls arbres 
en cette Ifle , ny aucuns bois , d'autant que ce 
n'eft qu'une roche couverte d'un peu de terre. 
II y a quatre Paroiffes,compofée de cent quaran- 
te petits hameaux , plufieurs defquels n'ont que 
trois ou quatre maifons, icy fe nourrit une infini- 
té de lièvres. Il y a une forterefle qui eft tran- 
chée d'une roche , ayant continuelle garde de 
cinquante hommes. Les villes voyfines font 
Hannebont & Kimperlé ; Kimper en langage 

Breton 



DE B R E 

Breton fignifie ville , auflï anciennement elle 
eftoit une grande ville ferrée & entourée de 
bonnes murailles, mais gueres peuplée. Le fleuve 
Oderela traverfe par le milieu. La rivière ^Eon 
pafle près du chafteau Line , vulgairement dit 
Kimpercorantin , elle eft tres-fertile & abon- 
dante en faulmons , & prend fa courfe droiâ à 
I'Ifle nommée Rotande, contre laquelle defcend 
auflï le fleuve Elenie , par après fait un havre 
très-excellent nommé Breftie : puis le Cap de S. 
Matthieu très-difficile pour approcher. A Pop- 
pofite eft une Ifle dite Oefiant , très-belle & 
grande , & auflï fuffifante pour eftre cultivée & 
habitée , encor qu'elle n'ait gueres d'habitans, à 
caufe des pyrates qui la ruinent & defpoùillent 
louventesfois , de l'autre cofté eft I'Ifle de Sayn. 
Finalement, fur la cofte qui regarde le Septen- 
trion, eft la ville de S. Paul, laquelle eft ennoblie 
du fiege Epifcopal,& plus outre eft Triguier vil- 
le aflez renommée , ornée auflï d'un Evefché ; 
dans le milieu du pays il y a encor quelques vil- 
lettes.mais elles font de peu de valeur. 

Aufone parlant des Bretons , dit en un verfet, 
Nemo bonus Brito e(l : toutesfois félon la variété 
des lieux on les trouve plus ou moins courtois & 
civilifez. Car ceux qui font plus voifins de la 
mer , le naturel du terroir , & la rudefle de l'air 
les rendét plus groflïers & furieux. Au refte tous 
font fins & cauteleux au poflïble , encor qu'ils 
ne paroiflent tels , ils font fort adonnez à l'y- 
vrongnerie , & aiment grandement le vin, à rai- 
fon dequoy ils hantent fort les tavernes. Il fem- 
ble que naturellement ils hayflent les Nor- 
mands , comme iceux auflï réciproquement les 
hayflent. 

Anciennement la Bretagne eftoit un Royau- 
me , par après Comté , lequel fut donné par le 
Roy Charles le fimple à Rollon Duc de Nor- 
mandie^ depuis ce temps les Comtes de Bre- 
tagne faifoient hommage aux Ducs de Nor- 
mandie , jufques à ce que Pierre Mauclerq , fils 
de Robert de Dreux, recognut immédiatement 
le Roy de France , & fon fils Iean fuccedant fût 
eflevéen la dignité Ducale , & par ainfi le Du- 
ché demeura en la puiflance des fuccefleurs de 
Pierre, depuis l'an njo, jufques à l'an 1484, au- 
quel temps mourut Franço;s dernier Duc de 
Bretagne , & fa fille unique héritière efpoufa le 
Roy Charles VIII: depuis ayant après la mort 
de Charles efpoufé le Roy Louys XII, elle ad- 
joufta ce Duché à la Couronne de France : & 
par après l'an 1J31 François I régnant , parla 
prière & demande des Eftats Généraux de Bre- 
tagne, ce Duché fut totalement incorporé à la 
Couronne. 



T A G N E. 



4i 






trame. 



Ordre des Comtes & Ducs 
de Bretagne. 

Onan premier Comte de Bretagne. 

i Confiance fille unique deConan, 
héritière du Comté. 

3 Artus fils de Conftance & de Godefroy fils 
de Henry 1 1 Roy d'Angleterre , fut Comte de 
Bretagne , d'Anjou & de Tours , lequel fac 
maflacré par fon oncle paternel en la ville de 
Roiien. 

4 Iean I , petit fils de Conftance , de la part 
de Guydon Vicomte de Tours , fat furnommé 
le Roux , Comte de Bretagne & de Dreux , eut 
à femme Blanche, fille de Theobalde V I , Roy 
de Navarre , & Comte de Champagne &de 
Brie. 

5 Iean 1 1, premier Duc de Bretagne, mourut 
à Lyon en la coronation du Pape Clément V, 
l'an^oj , fa femme s'appelloit Beatrix fille de 
Henry 1 1 1, Roy d'Angleterre. 

6 Artus Duc de Bretagne , mal-heureux fol- 
dat pour le Roy de France , fa femme Beatrix 
Comtefle de Limoges. 

7 IeanIII,DucdeBretagne,mourut fans en- 
fans , & par teftamentconftitua pour héritière à 
fon Duché de Bretagne , Ieanne Claude fille de 
fon frère Guidon. 

8 Ieanne Claude inftituée héritière par fon 
Oncle paternel , eut de grandes querelles contre 
Iean de Brenoigne , à raifon de ce Duché , elle 
efpoufa Charles Comte de Blois , lequel mourut 
en une bataille contre ledit Iean. 

9 Iean de Brenoigne Comte de Montfort , 
après la mort deleanlllfoncoufin germain, 
eut grand procez & querelles avec Ieanne Clau- 
de pour la fucceflïon du Duché de Bretagne , & 
encor que la caufe eut efté vuidée au grand Par- 
lement de Paris , ne fe fouciant aucunement de» 
décrets du dit Parlement , avec le fecours d'E- 
douard III, Roy d'Angleterre, prit par force 
d'armes le Duché; fa femme fut Claude fille de 
Robert Comte de Flandres. 

10 Ieanl V, eftant recommandé par fa mè- 
re Claude aux Princes de fa faftion , fut con- 
ftitué le V Duc de Bretagne , après la mort de 
Charles de Blois , faifant une tranfacliion avec 
Ieanne de Ponthieu , conftitua cette Ioy avec 
fon confentement , que nulles femmes ne fe- 
roient héritières de ce Duché , tant qu'il y au- 
roit des fuccefleurs malles de la famille de Bre- 
tagne. Il eut a femmes Marie , fille du Roy 
Edouard 1 1 1, fterile , Se Ieanne fille de Philippe» 
de Yorck, de laquelle il eut quatre fils, & autant 

de filles. 

ji IeanV, le fîxiefme Duc de Bretagne , la 
Qq femme 



PAYS ET DVCHE' 

Femme eftoit Jeanne fille de Charles V I Roy de 
France. 

iï François I, fèptiefme Duc de Bretagne, 
parricide.fa femme fut Ifabelle,fille de Iactpes I, 
Royd'Efcoflè. 

1 3 Pierre,Seigtieur de Guincamp, VIII Duc 
de Bretagne , il eut à femme Françoife fille uni' 
que & héritière de Louys Vicomte de Toùars. 

14 ArtusII,oncle paternel de Pierre , fut le 
I X Duc de Bretagne ; il eut deux femmes toutes 
deux fteriles. 

ij François II , Comte d'Eftampes & de 
Vertu , héritier de /cm oncle paternel , dixiefme 
Duc de Bretagne , prit à femme Marguerite , 
fille de Gallon Comte de Foix , & Roy de Na- 
varre. 

\6 Anne de Bretagne fille de François I ^dé- 
faillant la race malculiae de Bretagne , fûcceda 
au Duché. Elle fut premièrement mariée à Ri- 
chard Prince de Galles, fils d'Edouard IV , Roy 
d'Angleterre : & puis après à l'Empereur Maxi- 
milian I : enfin elle efpoufa Charles VI 1 1, & luy 
mourant Louys X 1 1 Roy de France : & par ain- 
C ce Duché fut annexé à la Couronne. 



DE BRETAGNE. 1 

Les familles plus Illuftres & puiffantes de Bre- 
tagne, font le Comte de Montfort , le Vicomte 
deRoban,Ponthieu,Rieux,Rais,BloiTac,Avaul- 
gour, ClifTon, Léon, Vitre,Foulgeres, Ancenis, 
Grello, & plufieurs autres, 

ENCOMIVM BR1TANNI/E. 

Vîdit Aremorkcu animofa Britanniagentes : M.Scdi- 

Et dédit impofito nominaprifea jugo. gr. 

Nunc etiampatru rémanent commercia lingut. 

Vltimaque a Gallo diferepat orafono. 
Impa-oidumgenus, Argots gens dottapalcflr<e j 

Nec minus in bellis utilis,acer eques. 
Par domino quadrup.es, fois haud/egnior armis : 

Refondent animis roborafirmaferis. 
Gens tamen b<ec eadempatriis intenta clxreis , 

Laxat inexpleto petlora Leta mero. 
lama etiampecoris,tanta efi opukntiafiugum,m 

Cum Cereris certet womere magna Pales. 
Gjujd varias referampi/cofa/ub œquora turmas ? 

Abditaque ignoto litora capta mari? 
Ne partireplagas,ut partis des mibipartem : 

Si Galli bxc dicat intégra régna Joli. 




LE P O I C T O V. 



4» 



Limite'- 



Tmcijfci. 



QHdliti. 



liiHitrs. 




EPoiCtOV eft au 
Septentrion ferré de la 
Bretagne & du pays 
d'Anjou, vers l'Orient 
a pour limites la Tou- 
raine , Berry & Limo- 
fin : du Midy eft con- 
tigu à la Xaintonge Se 
Angoulmois, & finale- 
ment s'eftend jufques 
aux bords de la mer vers le Couchant. Ce pays 
contient dans fes bornes mille deux cent Pa- 
roiflTes fujettes à trois Evefchez,à Içavoir de Poi- 
âiers , Maillezay &Lu(lon. Le terroir eft tres- 
fertil en grains, lin, & autres fortes de fruits , 
produifant force bons vins , eft riche en menu 
t>eftail,abondant en poifton,& très-grand nour- 
ricier de toute forte de fauvagines. Il fe trouve 
icy grand nombre de vipères , propres pour 
compofer cet antidote tant finguliere, vulgaire- 
ment dit Theriaque , & principalement aux en- 
virons de la ville capitale , entre les roches Se 
broffailles , d'où les Apoticairesen envoyent 
grande quantité à Venife. Les habitans de ce 
pays font d'un entendement vif,entre-femant en 
leurs difeours des gaufleries d'une dextérité ad- 
mirable , & fingulierement les citadins de Poi- 
tiers ; les champeftres font fort rufez & caute- 
leux , & s'il eft licite de dire la vérité , traitres Se 
mefehans , aufquels qui peu fe fie, paroift en cela 
grandement fage. La noblefTe eft courageufe , 
moult prudente Se hardie. Les Pictoniens ont 
efté les habitans anciens de ce pays.bien renom- 
mez par Cefar, Strabon Se Pline. La capitale de 
cette province eft Poiftiers , autresfois dite Au- 
guftoritum.ville tres-ample & fpacieufe,aflîfe fur 
le dos d'une montagne , environnée de tous co- 
llez de tres-afpres & roides collines , feparées 
d'icelle d'une eftroite vallée , qui donnent un fa- 
cil profpeft dans la ville , tellement que des Ar- 
quebuziers pourroient fans péril tirer ceux de 
dedans , aux coings mefmes les plus couverts de 
la ville : tant feulement du cofté de la porte de 
Val eft feparée de fes roches par une ample pla- 
nure. Cette ville fe glorifie grandement pour fes 
Antiquitez.comme du Palais de l'Empereur Ga- 
lien , des tres-larges fondements de l'Amphi- 
théâtre , vulgairement dit les Arènes , des ponts 
des conduits d'eaux, & plufieurs autres chofes 
femblables.Le fleuve Clain détendant du Midy 
arroufe de fes eaux le bas de cette ville,& laifïant 
ladite porte du Val à gauche , fe divife en divers 
canaux.conftituant plufieurs Ifles.non feulement 
plaifantes & récréatives , maisaufTî très-utiles & 
commodes aux habitans, & au deffouz du rem- 
part defcoule vers l'Eglife S. Ciprian en partie 
tout au long des murailles de la ville , & le refte 
un peu de là , Se fe joignent derechef au pont de 
France. 



fainét Iobert,& coftoyent les prez de l'AbbefTe, 
quitte la ville entre Roupiroie Se le Chafteau, 
qui eft en forme de triangle ; conftruicT: par Ieatl 
Duc de Berry, frère de Charles V Roy de Fran- 
ce : & par après fe vient rendre dans le fleuve 
Vienne , non loing de Chaftellerault. Outre lé 
Chafteau eft le fauxbourg de fainét Lazare au 
plus bas de la ville , d'où il s'eftend vers l'Eglife 
de S. Hilaire, regardant contre le Septentrion Se 
Couchant,là où il y a au deflous des murailles de 
la ville un eftang,vulgairement dit S.Hilaire,di- 
vifé par le pont Achard , d'où on monte droia 
à la porte du Val. 

Les autres villes de cette province font -Jutra 
Nyort,Fonteney, Lufignan, Talmond,Chaftel- * ' 
lerault , Toùars , qui eft un Vicomte des appen- 
dancesde ceux de laTremoûille : &lesBaro- 
niesfuivantes, Mainlers, Partenay,Meyle, Chi- 
zay,Chauvigny, Lufîac, Chafteneraye, S. Mcfc 
min, S. Gilles, & plufieurs autres. 

Nyort eft une ville bien munie & fortifiée, A ? MT ' 
fort fameufe par tout le Royaume, à raifon de fes 
foires annuelles ; elle eft fituée fur le fleuve Seu- 
re,lequel commençant icy d'eftre navigeable,ti- 
re contre le Couchant, & fe defeharge dans la 
mer un peu par deflus Marans. 

-Fonteney le Comte fe trouve fur le fleuve 
Vandele,qui a un chafteau bien foible,& gueres 
muny. 

Lufignan eft diftante cinq lieues de Poifliers, tiifgmn. 
ayant un fort chafteau.aflîs iùr un afpre rocher, 
& droit de tous coftez. La partie de ce chafteau 
qui regarde les champs eft ceinte d'une murail- 
le, tellement groffe & puiftante , qu'elle ne re- 
doute aucunement les efforts du canon , outre ce 
qu'elle a un profond fofle qui défend ladite mu- 
raille , de manière qu'encor que du haut des 
montagnes circonvoifmesle dedans du chafteau 
foit totalement defeouvert , fi eft-ce toutefois 
qu'il eft impoffible de l'approcher ; du cofté qui 
regarde la ville il eft environné de trois murailles 
Se de doubles foflez. 

En la mefme province de Poi&ou eft la Prin* 
cipauté de Talmont : cette ville , dit Manon, eft TJmm. 
baftie fur le front d'un très-haut promontoire, 
panchant vers la mer; du cofté de la terre ferme 
la montagne eft tranchée par artifice, tellement 
qu'ayant la femblance d'une Me , par la grande 
véhémence du flux & reflux de la mer, la nature 
la fortifie grandement , Se l'artifice &induftrie 
encor beaucoup d'avantage ; cette place a un 
havre grandement renommé ,& fort hanté par 
toute (brte de marchands. Non loing de la dite 
ville eft Roche fur Ion ; aufli eft une autre place 
fort célèbre dite Chaftellerault ; cette ville jouit cimjltllc- 
du tiltre de Duché , eftant ( dit Thuanus) fituée """''^ 
au milieu d'une plaine , a des murailles bied foi- 
bles,ny gueres bons foffez, la Vienne arroufe fes 
Rr mil- 




L'ifle d'Olcrori 

L— . L-l L.U L.i L..J L.i - ■ r ... ...p y. T :' !..,. -Jfi I . .... ~-, 



LE P O 
murailles , fiirla quelle il y a un pont ; elle n'eft 
pas fi peuplée qu'elle pourroit bieneftre , veu 
qu'il y a de tous codez une bonne diftance en- 
tre les maifons & les murailles de la ville. 

Cette province de Poidtou a autresfois efté 
annoblie du tiltre de Royaume parles Goths, 
qui furent dechaffez de toute la Guienne par le 
Roy Louys. L'Empereur Louys le Débonnaire 
donna à fon fils Pépin le Royaume de Guyenne, 
les fils duquel , à fçavoir Pépin & Charles après 
qu'ils eurent efté dejettez du dit Royaume , par 
leur Oncle paternel Charles le Chauve,& enfer- 
rez en des cloiftres , il ufurpa leurs domaines, & 
lesdonnaàfoncoufin Arnoulphe:eftant premiè- 
rement le tiltre de Royaume changé en celuy de 
Duché. A cet Arnoulpheont conlécutivement 
fùccedé Guillaume le Bon.Eblon I,& I I.Guillau- 
me 1 1,& 1 1 1 ; Guidon ; Guillaume I V,& V- La 
fille duquel eftant demeurée unique heretiere, 
efpoufa Louys V 1 1 Roy de France , qui la ré- 
pudia pour fufpicion d'adultère & de trahifon , 
& depuis mariée avec Henry de Normandie,le- 
quel après la mort du Roy Eftienne fucceda à la 
Couronne d'Angleterre. Richard & Iean fils du 
dit Henry ont fuccefîîvement hérité à leur pcre, 
tant au Royaume d'Angleterre , commeaullîà 
tous les dots & domaines paternels qui eftoycnt 
en France. Mais lors qu'Artus fils de Godefroy 
( lequel avoit efté le fils ailhé du Roy Iean ) pro- 
reftoit de devoir eftre préféré à Iean fon Oncle 
paternel , fut incité par Philippe Augufte Roy de 
France, d'ofter de la puilïance de fon oncle Iean, 
le Poictou, ce qu'ayant commencé par guerres, 
fut fùrpris à l'impourveu par Iean , & fon armée 
eftant mife en route, fut arrefté prifonnier , & 
conduit à Rouen , là où il fut puny de fa téméri- 
té. Caufe pourquoy , ledit Iean eftant accufé de 
parricide par Confiance mère d'Artus , auprès 
de Philippe Roy de France , par PArreft des 
Pairs de France fut condamné, & fes biens adju- 
gez au Roy Philippe , comme Seigneur Féodal, 
aveclefquels eftoit compris le Poictou ; lequel 
pays incontinent après , Louys VIII fuccefieur 
de Philippe le donnaàlôn fils Alphonfe , &cet- 
tui-cy mourant fans enfans , revint fouz la puif- 
lance du Roy Philippe III, demeurant entre les 
mains de lès (uccefîeurs , julques à ce que du 
temps du Roy Philippe de Valois , Edouard 1 1 1 
Roy d'Angleterre lereprint par force d'armes, 
le retenant plus amplement avec toute la 
Guyenne, par le traité de paix conclu & arrefté 
avec Iean Roy de France ; eftant le Duché de 
Guyenne changé en Principauté. Ledit Roy 
Edouard le donna à fon fils , lequel ayant com- 



! C T O V- 
mandé un grand tribut & impoft aux habitans 
de Guyenne, perdit une grande partie d'icelle.fes 
fubjets fe revoltans,& prenans le party de Char- 
les VI Roy de France , le filsduquelchaflant 
les Anglois de toute la Guyenne , lalaiflaàfon 
fils Louys. Iceluy la donna par après à fon frère 
Charles,lequel mourant,& le Roy Louys l'ayant 
derechef receu la tranfporta à Charles VIII; 
& depuis ce temps-là, la Guyenne & le Poictou, 
qui eft une partie d'icelle,eft demeuré en la puif- 
fance des Roys de France. 

L'Evefché de Poictiers eft fuffragant de l'Ar- 
chevefché de Bourdeaux , & fujet au Parlement 
de Paris, lequel a pour fon Eglile cathédrale cel- 
le de S. Pierre , contenant en fon Diocefe fept 
cent ParoifTes , & 27 Abbayes. On trouve 98 
Evefqnes.lc premier defquels eft S.Victorin, & le 
dernier Henry Louys Chaftagnier; ledixiefme 
fut S.Hilaire , lequel eftant réputé entre les pre- 
miers faincts , Père, très-grand aflerteur de la 
Tres-Saincte Trinité: d'où eft ce veriêt du Van- 
délbert au Martyrologe du Vénérable Bede : 

PiftaDis Hikrio tnuhnm radiata magiftro- 
Voicy un Epigramme de Iule Scaliger àla louan- 
ge de la ville de Poictiers : 

Sifludium eft animx , r veniunt a eorpore vires, 
Qalliaque a meritis pofch utrumquefibi. 

Necfttidiis , alu belli exercentur amore, 
Piclatium eft animus,utera corpus erunt. 
Au cofté du Midy eft conjoint au Poictou la pro- j4tigmt- 
vince d'Angoulmois, laquelle a pour fa capitale *""• 
la ville d'Angoulefme , qui eft baftie fur le front 
d'une haute montagne, ayant au Levant les Ly- 
mofins, àla Bize le Poictou, à fon Occident la 
Xaintonge,& le Perigort au Midy. La Charen- 
te lave le pied de fa montagne. Cette ville a des 
remparts & chaftelet nullement fortifiez ;fes édi- 
fices font amples & Ipacieux, & elle a un plaifant 
profpect furies provinces circonvoifines.Les au- 
tres villes de cette province, font Marton, Cha- 
fteau-neuf,Blaifïe,Chabannes,Confoulant,Rur- 
fec,Aigres, Courville, Roche-foucaut chef d'un 
Comté ; Mareville, Lanfac , Villebois, apparte- 
nantes à la famille de Mareville : Monberon & 
Bouteville des appendances de ceux de Mont- 
morency. Ainfi a eferit Scaliger à la louange 
d'Angoulefme: 

Armipotens rerumprtfes Valefia tellus 
Addidit antiquisjam noya jura focis : 

Cum dédit mviclos,terrarum lumina, Reges : 
6H10 levius gaudens pondère prejfa volât. 

Quiim te igitur memorem ? neque enim terram effe 
fatebor, 
Sied cœlum : quœficfundis habefque Deos. 



X A I N T O N G E.' 




A Province de Xainton- 
ge eft contenue' dans la 
Guienne , ayant du collé 
d'Orient les Angoul- 
rnois , & de la Bize ceux 
du Poiétou , eft arroufée 
des flots marins à fon 



temps, & fait une place eflevec entamer de forme 
''■..■',■ - :.' '■ ' ' ] ■'•■'■■■' « '!.:..!« quarrée & grande environ de quatre-vingts pas , la- 

quelle au commencement environnée d'une levée ac 
palliflàde par Iacques Pontinn , duquel fût dite Iacques- 
ville , la fortifia avec desais de fapins & des mats de 
navires entreme liez de gazons & fjfcines. De là, après 
la bataille de Moncontour , Hardoin Vilier fit munir 
Occident, & au Midy eft & fortifier cette place , nouvellement prife & tirée de 
ferrée de la Garonne, la puiffance de ceux de la Religion , de bons boule* 
Cette Province eft gran- varts, terraffes, & battions. Mais furvenant François 
dément renommée de Comte de la Roche-Foucault , & Dorienna & Annibal 
Cxh' > Strabon , Proie- de Cozonac ettans dechaffez de cette place , le Sei- 
mee.&lline, lelquels la conftituent au deçà de la Ga- gneur Mirambel s'efforça derechef à la bien munir ■ 
ronne, & Galenus mefme fait mention d'une herbe & les Infulaires attirez tant par la commodité du lieu, 
Xaintonique.amfi dite à raifonqu'ellcfur premièrement que par la douceur & humanité dudit Seigneur, qui 
trouvée dans les termes de cette Province ; Pareille- offrait demeures & places fuffifantes à ceux qui s'y 
ment Iuvenal en la troifiefme Satire , parle du capuçoa vouloicut habituer ; De façon que cette ville eft par- 
de Xamtonge. L'Autheur des Ephemerides au livre venue à la grandeur que nous la voyons àprefent. Au 
des guerres Gauloifes, eftend bien plus au large les H- Couchant non loing de cette ville eft l'ifle d'Oleron , 
mites de cette Province, lequel dit avoir efté ancienne- tres-fertile & abondante en toutes chofesneceffaires â 
mentvoifine des confins deTonlouze: & affirme que la vie humaine, laquelle a environ fept lieues de cir- 
ceux de Xaintonge furent des principaux de cette gran- cuit, Se appartient pareillement aux Seigneurs de Pon- 
de Affemblée & Confeil de guerre tenu contre Caîfar, tianes , d'où on apporte toute forte de vivres & com- 
là où futarreftéqu'iceux fourniraient douze mille hom- moditez en la ville de Broùage. Cette ville eft eiloi- 



gnée environ fept lieues deXaintes, Se autant de Ma- Am, 
rennes , la où eft un très-haut clocher avec une lanterne I". 
ardante toutes les nuicls, en faveur des pilotes & ma- 
riniers efgarez en mer. Près de Marcnnes eft une Penin- 
fule nommée Arverd , beaucoup p!us large que les 



mes , encore que ceux de Poiâou & les Limofins fai- 
foient feulement chafeun huiâ mille. Cette Province 
Xànttt. a pris fa dénomination de la ville capitale Xaintes, an- 
ciennement dite Mtdiddn'uim, lavée du fleuve Charente: 
c'eft auffiun Evefché, où fe trouve grand nombre d'an- 

tiquitez Romaines, comme un Amphithéâtre, conduits autres palus falez, laquelle produit grand nombre de 
d'eaux, & un pont de pierre fur la rivière. Deux lieues pins & d'autres arbres toujours verdoyans : & d'autant 
AAnl'l'" ^ C Cette V '" e eft S ' Iean d An 8 e 'y ' Domm é d'un ancien que cette matière graffe & huyleufe encore que verde, 
l'I- Monaftere voifin de cette place , laquelle eft aflife en conçoit facilement le feu ; on a furnommé cette place 
une baffe campagne fur le fleuve Botone, quidefeen- Ard-verd. Royan eft une villette très-ancienne , &en 
dant du territoire Angoulmois par Chifee & Tonée fe icelle eft une fortereffe plus munie par fa fituation , que 
vient rendre danslesfoffez delà ville, environnant la par artifice. Aux mefmes confins de Xaintonge (dit 
meilleure partie d icelle , & la laiffe & quitte au faux- Maffon) eft la ville de Pont , ainfi nommée par les ponts 
bourg de Saindte Croix. Aurcfte cette ville eft très- de bois qui donnent accez en icelle. Soubize eftauffi 
bien munie de bons remparts, tours &foffez, remplis une ville avec un très-beau chafteau arroufé du fleuve 
pour la plus part d'eau vive: & depuis les guerres civiles Charente. Finalement les François difent commune- 
fortifiée à la moderne, mais depuis quelques années elle ment de la Province de Xaintonge : 
fut bruflée & totalement ruinée , lors que Louys XIII, Si lu France eilmt un teuf, 

à prefent régnant , fit la guerre pour la première fois Xaintonge en finit le msyeuf. 

contre ceux de la Rochelle & ceux de la Religion re- Car outre ce que cette Province â un air bien doux 
formée. Il y a encore en cette Province plufieurs autres & tempéré , les champs grandement fertils , & les eaux 
TMUmrg villes, comme JLorgaire , Archaut , Pont-Loubleze , & bonnes & agréables , il ne fe trouve en France une 
Taillabourg, laquelle a une très-belle fortereffe , &eft contrée , qui aye moins affaire d'aucuns fruiéts & biens 
coftoyée du fleuve Charente : cette place n'eft gueres de fes voifins , foit que l'oneftime la generofité de fon 
efloignée de fa ville capitale, ny aufll de S. Iean d Ange- vin, 6c la grande abondance de fes grains , fruitts, 5c 
ly , & île la jurildiclion de ceux de la Treruoiiille. Son herbes, foit la bonté du fel , qui luy eft fortfingulier, 
chafteau eftfïtué fur des roches très-hautes & inaccef- ou bien fes ports S: havres de mer grandement affeu- 
fibles, eftant environné de toutes parts par la ville, tel- rez, & le grand commerce & trafic qui s'y fait. Or le 
lement que les maifons des habitans conftruites aux pays d'Aulnis eft compris dans la province deXainton- 
pieds defdites roches la ceignent en forme d'une cou- ge, grandement abondant en vignes très-excellentes, 
ronne. Au deflus des roches il y a diverfes petites places qui produifent du vinpuiffant & généreux. Sa ville 
naturellement applanies, qui regardent le bas delà ville, principale eft la Rochelle , ville de Xaintonge , die ^ 
&les champs aux environs, d'un cofté paffe la rivière, Thuanus , fituee en un terroir gras fur les rivages de la c ^ (& _ 
où il y a un très-beau pont de pierre. Iarnac eft une mer, laquelle eft grandement riche par la commodité 
ville fans muraille ; puis fuivent Barbefieux , Iofac , & de fon havre , & par fa negotiation & commerce mari- 
tnitgi. Broùage: Cette ville eft ainfi appellee d'une tour retirée finie , & d'avantage douée de très-beaux privilèges & 
environ trois lieuè's plus dedans la terre, & par ainfi fut immunitez par plufieurs Roys & Princes, &eftparve- 
dite Broiiage, laquelle depuis quelques années a efté ba- nué en telle grandeur & magnificence durant les guer- 
ftie en un lieu marefeageux , couvert de la plus part des res civiles , que nous la voyons à prefent , lefquelles 
flux de la mer, & eft grandement accreué par lafre- au contraire ont grandement affligé les autres, ou to- 
quentation des peuples Septentrionaux, lefquels venans talement aneanty. Cette ville eft beaucoup accreué 
en grand nombre pour charger du fel, lequel eft très- par la paix faite avec les Anglois l'an 1360, après la 
bon & grandement abondant en cet endroit , fouloient captivité du Roy Iean, lors qu'on laiffa le Poicïou , Ly- 
ofter & defeharger lesvaiffeaux de leur contre-poids mofin, Xaintonge, Angoulmois, en la puiffance des 
& balaft en ce lieu ; ce qui a caufé en longueur de Anglois : ce que toutesfois les Rochelois n'accor- 
Frame. Sf doienr. 



XAlNTONGE. 



dViicnt gueres volontiers , car avant que douze ans fùf- 
fent accomplis , ils fe rebellèrent , cuchafTant les An- 
glois, & prenant le party du Roy de France , receurent 
leurs immunitez & privilèges précédents , avec plu- 
sieurs autres nouvellement adjouftez. Depuis ce temps 
là cette ville a demeuré fidèle & en l'obeyflince des 
Rovs de France , quelque temps toutesfois fut fujette 
à Charles frère de Louys XI avec toute la Guyenne. 
Ptlict. i_ e M 3 gj(t rat e ft compofé de Pairs & Efchevins, qui 
administrent le gouvernement de toute la ville, delquels 
on eflit tous les ans , après les feftes de Pafqucs un 
Maire , qui eft le premier après le Gouverneur de la 
part du Roy , & fon Lieutenant , & a très-grande puif- 
fance en la ville, cepourquoy par arreft & constitu- 
tions bien anciennes eft défendu de ne pas gouverner 
plus d une année. C'eft la couftume d'eflire trois du 
nombre des Pairs & Efchevins, lesnomsdefquelson 
envoyé au Gouverneur, ou bien au Roy mefme , qui en 
defigne un de ces trois félon fa volonté pour gouver- 
ner l'année fuivante. Cette ville eft fituée au territoire 
d'Aulnis , (comme je viens de dire) qui eft desappen- 
dances du pays de Xaintonge , fur les rives de l'O- 
céan en une très-belle planure , laquelle toutesfois ti- 
ranc vers l'Orient & Septentrion s'efleve doucement 
fans qu'on s'en apperçoive. La mer lave defes flots la 
ville à demy ouverte , faifànt un canal de mille pas 
de largeur, qui fertde havre, propre à recevoir heurcu- 
fement toute forte de navires , & eft un afyle affeure 
des pauvres mariniers battus de la tourmente. En fa 
bouche, aux deux codez , il y a des groflès tours bafties 
de bonnes briques, ayans plufieurs teneftres regardan- 
tes en la mer, très-bien munies de bonnes pièces d'ar- 
tillerie, qui flanquent aux deux codez de l'entrée , de 
telle façon qu'ils peuvent défendre facilement aux 
moindres barquettes l'accez du havre: & ce lieu eft 
vulgairement dit la chaifne , à raifon que tendant une 
chaifne des deux coftez ferrent toutes les nuicts l'en- 
trée du havre. D'avantage, deux lieues de la Rochelle 
s'avance dans la mer un cap vulgairement nommé Bo- 
fy , lequel eft coftoyè d'un large goulfe , non toutesfois 
battu des vents & tempeftes , ( comme font pareille- 
ment tous les autres goulfes de cette contrée lefquels 
ils appellent Bayes) eftant capable d'une armée navale 
autant grande qu'elle puifleeftre. 11 y a une grofle & 
puiflanre muraille quifejoindf aux deux tours qui fer- 
rent le havre & fe viennent aboutir à un boulevart de 
médiocre grandeur, bafty en forme circulaire , nommé 
communément Garroty , lequel femble commander à 
tout le canal, &eftconftitué pourl'Arfenal de la ville. 
D'oii fe conduit une muraille outre le canal droiit à la 
porte de S. Nicolas, laquelle s'efleve grandement & eft 
très-bien munie de tous coftez de bons terreplains, 
puiflantes platteformes , & efperons d'une eftrange 
grandeur, avec des fofTez très-profonds : par après la 
muraille, tournoyant quelque peu, fe conjoint aubou- 
Ievart des Dames, ainfidit, àraifonquelesfemmesde 
la ville durant les guerres paflees ont diligemment tra- 
vaillé , portant de la terre pour le parachever, & icy 
faifant un coing , 8c fe courbant au dedans , elle tire de- 
rechef à la forme d'une coudée un longtraict, ayant 
au deflbus les falines , jufques à ce qu'elle s'approche 
de l'autre porte , qui ed appellée Cuinée , d'un temple 
autrefois confacré à l'honneur de la Vierge Marie , à 
prefent totalement ruiné , & en fa place ed conftitué 
quelque platte forme ou femblable fortification : & de 
là s'eflevant doucement va en biaifant de telle façon, 
que fe regardant fouventefois , conftitué la forme de 
tenailles , & félon la couftume ordinaire des Architectes 
& ingénieurs fut nommée les Tenailles. Les foflez en 
ce circuit font très-profonds & remplis des flots delà 



mer enferrez par les falines joignantes, 8c par après ils 
font quelque peu fans eau, ettans du cofté de la bize ca- 
vez à force de cizeaux bien profond dans la roche. La 
porte Cuinée eft fortifiée de cette manière , à fçavoir, 
qu'elle eft contenue dans un gros boulevart de terre 
bien aigu, 8c receué par des fortifications de pierre de 
taille , la couvrent jufques au dedans d'une muraille 
continuelle. Le fommet de la tour de l'ancienne Eglife 
eftant abbatu par l'advis des habitans , le refte fert pour 
faire le guet fur les champs circonvoifins , y ayant plu- 
fieurs pièces de canon difpofez , qui commandent aux 
environs fur la raze campagne. De cette porte , la mu- 
raille pourfuivant fa carrière , avec une bonne terrafle 
par dedans , & un fofle très-profond fe vient conjoin- 
dre obliquement auTerreplein qui ed communément 
dit la Vieille fortune, d'où ed un plaifant profpecî fur les 
champs d'alentour. Par après d'une affiette un peu plus i 
bafle elle defeend doucement au grand boulevart de 
l'Evangile, là où l'eau commence à remplir le fofle, qui 
fut condruit anciennement par Guidon Dallony Comte 
de Lude & prefident de la Province. Cette grofle 
maffe de terre eft derechef receuë de la muraille en- 
tre-meilée de plufieurs tours , laquelle faifant un coing 
s'eftend enpanchant au dedans jufques au vieux cha- 
deau , & de là s'unit à la porte neufve , eftant fortifiée ', 
d'un double fofle regorgeant du flux de la mer , & d'un s 
grand Se large boulevart. De là la muraille fe courbant 
derechef, & paffant par la porte Molinée , vient aboutir 
à l'entrée du havre. Cette porte eft la mieux munie de 
toutes, comme ayant un double fofTé rempli d'eau ma- 
rine, fit autant de boulevarts qui l'environnent, edans 
l'un dans l'autre, non de forme oibiculaire , mais en 
triangle , 8c de telle grandeur que chacun comprend fa- 
cilement une compagnie de foldats. En iceux il y a des 
feneftres correfpondanr.es l'une à l'autre de grandeur 
médiocre, afin que l'on puifle facilement tirer contre 
les ennemis. Tout le circuit de cette ville eft de trois 
mille pas, déforme prefquesquadrangulaire. La mu- 
raille a prefques de tous codez pour fondement une 
roche , eftant quafi par tout hors d'efealade. Les eaux 
marines 8c la roche empefehent qu'on ne peut miner 
par deflbus, fi ce n'eft depuis la porte Cuinée jufques au , 
boulevart de l'Evangile. Elle ed défendue des efforts du 
canon par diverfes fortifications tant vieilles que nou- 
velles. La contr'efearpe eft plus haute que les reropars, 
tellement qu'ils femblent eftre couverts d'icelle : le 
flux de la mer remplit journellement deux fois les loi- 
fez , lequel découlant , l'eau ed détenue par des éclufes 
d'une hauteur fuffifante, quied auflî conduite par plu- 
fieurs endroits dedans la ville pour la commodité des 
moulins 8c la purgation d'icelle. Depuisquelque temps 
cette ville eftant preffée d'une famine plus que Sagun- 
tine, par laquelle font confumez. plufieurs milles des ha- 
bitans , les Anglois s'efforçans en vain de la fecourir , 8c 
finalement tombant de fa première liberté s'eft rendue 
à la mercy de fon Roy, lequel par fa bonté naturelle Se 
clémence Royalle pardonnant à ceux qui s'eftoient fi 
opiniaftrement oppofez contre leur Roy , l'a totale- 
ment démantelée , la rendant autant humble qu'au- 
paravant elle s'eftoit monftrée fuperbe 8c inagaifi- 
que. 

Au Diocefe de Xainàtonge font les Abbayes fuivan- jj^„ tt 
tes, S. Iean d'Angely , S. Edienne desValées, Baflac, 
Châtres lez Cognac , Fontdoulce , Baigne , S. Léger, 
Sablonceaux , la Grâce de Dieu , Frenade , Montai- 
gnier, Nodre Dame de rifle de Rez , Noflre Dame. 

Claude Robert conte foixante 8c huidt Evefqnes, _ . , 
mettant pour le premier S. Eutrope , &z le dernier Mi- 
chel Raoul fait de Doyen Evefque l'an 1 6 j 8, 



LES ISLES 



44 



D E 



RE & D' O L E R O N. 



Jflc de Ri. 




V devant de la Xain- S. Martin avec deux mille cinq cents hommes, 
tonge(qui eftunepro- qui y eftoient en garnifon. Bouckingam eftant 
vince d'Aquitaine ) du entre dans ce bourg , y fit des foflez tout à l'en- 
cofté d'Occident , il y tour , afin que nul n'en peut fortir fans fa permif- 
a deux grandes Ides, fion. Il fe retrancha auffi autour du fort , lequel 
dont l'une s'appelle ayant deffein de prendre par famine , pluftoft 
l'Ifle de Ré, l'autre t Ifle que par force , il contraignit quatre-vingt fem- 
d'Olerm. L'IfiedeRé, mes des François de s'en aller avec leurs enfans 
qu'on nomme auffi dans le fort , afin quefi on les y recevoit , elles 
rifle de S. Martin , eft fuffent en charge aux affiegez,finon, de faire re- 
cfloignée d'une lieuë de la terre ferme , & deux jetter le blafme du mal qu elles pourroient fouf- 
lieué's de la Rochelle. Elle a cinq lieues de Ion- frir (iir les François mefmes. Durant ce fiege il 
gueur , & une lieuê & demy en fa plus grande publia un manifefte , auquel il deduifoit au long 
largeur; car aux autres endroits elle eft beaucoup lescaufes quiavolent meule Roy d'Angleterre 
plus eftroite : elle rapporte du vin & autres cho- à faite cette entreprife , laquelle il fçavoît bien 
îêsneceflairesàlavieenaflezgrande abondan- devoir eftreprife en mauvaife part , desperfôn- 
ce. Du cofté du Septentrion il y a des ports & nés des-inteteflfées; mais on luy oppofa auffi toft 
havres afleurez pour les navires ; mais du cofté une refponce , en laquelle on reproche au Roy 
du Midy elle eft du tout inacceffible : elle eft d'Angleterre qu'il cherche en vain de couvrir 
fort peuplée , & y aplufieurs Bourgs , à caufe fes ambitieux defleins du prétexte de la Reli- 
qu'elle eft fituée en un lieu bien commode pour gion , qu'il ne s'agit point en cette guerre de la 
le trafic ; elle eft comprife fouz le gouvernement Religion.à la liberté de laquelle le Roy de Frau- 
de la Rochelle. Cette Ifleappattient à l'Abbaye cène veut point toucher , mais feulement de 
de S. Michel, qui pour ce fujet eft auffi appellée chafler la rébellion de ceux qui s'eflevent con- 
l'Abbaye de Ré. Le Bourg de S. Martin eft le tre leur Souverain , & luy ferment les portes de 
premier de l'Ifle, & le plus peuplé de tous, à eau- fes villes. Or les Anglois n'aimans pas la chair fa- 
fedequoy il donne fon nom à toute cette Ifle. lée, &mangeansdelachair fraifche, qui n'eftoit 
Outre ce bourg on y en void encor plufieurs au- point encor aflez mortifiée , & auffi quantité de 
très moindres , tels que font S. Marie , Ars , l'A- raifins , commencèrent à eftre attaquez de di- 
baye , la Flotte , la Couarde , & femblables qui fenterie,dont plufieurs moururent. Le Colonel 
font marquez en la carte. Burcht Anglois fut tué d'un coup de canon; du- 

L'entreprife dernière des Anglois fur cette quel Bouckingam voulant venger la mort , ht 
...e l'a rendue célèbre; car comme Louys X 1 1 1 braquer toute (on artillerie contre le fort , lequel 
tt^Roy de France affiegeoit la Rochelle , le Roy emportaReftincler frère deTorax,& vingt-cinq 
"V- d'Angleterre eftimant qu'il eftoit obligé à la de- foldats. Les provifions venans a manquer aux 
fence de cette ville,à caufe de la profeffion d'une affiegez,& la famine fe renforçant parray eux, le 
raefme Religion , y envoya le Duc de Bouckin- prix des vivres y accreuft demefurement , d au- 
eam,accompagné du Seigneur de Soubize, avec tre cofté la difenterie emporta bien la moitié de 
une puiffante flotte de nonantevaifleaux , tant l'armée Angloife : cependant quinze barques 
navires que pataches.dont il y en avoit quarante- ayant le vent favorable,entrerent dans le fort, & 
deux bien armcz,le refte fervoit à mener les pro- le ravitaillèrent ; à caufe dequoy les Hollandois, 
vifions: dans ces vaifleaux y avoit fept régiments qui eftoient en cette armée , blafmo.ent fort la 
de gens de pied, compofez chacun de neuf cents négligence des Anglois qui , ivoient fait i mau- 
hommes , & trois cents chevaux , lefquels ayans vaife garde. Les Anglois afin , qt 1 ne leur en 
mis pied à terre, donnèrent la chaffie aux Fran- prift une autre fois de mefme, firent une chaîne 
ois P 1 lesco^raignirentdeferetiterdansle de grands arbres , ^^J^ft 
bourg nommé la Flotte. Bouckingam pourfui- port ; mais la force de h mer & de *ven s a 
vantlapoinde , s'empara du Bourg S.Martin, romp.t & l'emporta j finalement ils eurent re 
où i nVavo point de murailles , lequel le Sei- cours d un femblable artifice que «luy dont le 
eneu "de Tom , qui commandoit aux troupes tres-Illuftre Prince Maurice de Naffau , fe fervit 
Francolèsd ns cette Ifle, avoit un peu aupara- autresfoisaufiegedeGertrudenberg; afçavoir 
Sïï£^^£^itd« P «ta.lîfirt deboufeher le paffage avec des barques quils 
France. 



La demie- 
rentre- Jfl e 






IfltfOlt- 
Un. 



LES ÏSLES DE R 

codèrent à fond. Mais Je courage eftant revenu 
aux afîîegez par ce ravitaillement , les Anglois 
commencèrent de penfer à leur retour. Depuis, 
deux on trois mille François ayans trouvé moyen 
d'entrer dans l'Ifle , ils refolurent de le retirer 
fans rien faire. Les François fe jetterent fur 
ceux qui eftoient demeurez les derniers , & en 
tuèrent cinq ou fix cents. Et en tout il demeura 
bien trois mille Anglois en cette Me ; le refte fe 
retira en Angleterre , ayans outre leurs autres 
pertes efté rudement agitez par la tourmente. 
Les François enflez de ce fuccez,fe mocquoient 
des Anglois , & leur reprochoient leur lafeheté 
& ignorance de l'art militaire , quoy qu'au refte 
ce foit une nation fort vaillante & belliqueufe. 

L'Ifle d'OIeron , que Pline appelle Vliarus , cft 
très -fertile & abondante en toutes fortes de 
biens, elle a fept lieues de circuit, & eft compriië 



E' ET D'OLERON. 
fouzle Gouvernement de Pont. Le terroir de 
Broùage ne rapportant point affez pour nourrir 
fes habitans , tire d'OIeron du bled & autres vi- 
vres neceflaires : quand le vent eft bon, il ne faut 
que deux heures pour y aller de Brouage. Il y a 
un chafteauqui eft très-fort d'afllette. Elle efl: 
diftinguée en fix Paroifles, outre lefquelles il y a 
un Convent de Benediétins,& un deCordeliers, 
& un chapitre deChanoines.il y a en cette Ifle fi 
grande abondance de froument, de vid,defel,& 
autres chofes , qu'on n'y fçauroit rien defirer 
pour I'ufage de cçjte vie que l'on ne l'y trouve. 
Elle eft auffi d'aflez facile abord , on tranfporte 
de là quantité de fel es Pays-bas , & en autres 
provinces voifines. Ses principaux bourgs (ont 
ceux-cy, fainéi: André, fainét Vrgence , faine* 
Pierre/aincT: George, & fain&Denys. 




DESCRIPTION 

de l'Evefché 

DE SARLAT. 



4J 



Limites. 



Qiialit 



Kdtlirel. 




E Duché de Guienne 
comprend dans Tes 
bornes plufieurs Du- 
chez, Comtez, & Sei- 
gneuries. Entre les 
Comtez le Perigort 
1 eft un des principaux, 
' lequel eft terminé au 
Septentrion des Li- 
mofins , à Ton Occi- 
dent de ceux de Xainétonge , & auMidy des 
Gafcons , & au Levant eft lerré par ceux de Ca- 
hota d'Auvergne. Ce pays eft grandement 
pierreux, les montagnes y font fréquentes , les 
bois &forefts remplis d'arbres fruiétiers , dont 
la plus part font des chaftaigniers & guifniers: il 
eft tres-fertil en vin , & de diverfe forte , félon la 
bonté & naturel du terroir. L'air de ce pays eft 
trefpur, doux, agréable & falutaire, les habitans 
non fubjects aux maladies. Les herbes y font en 
grande abondance , & en toute forte d'elpeces, 
fort favoureulês , & d'extrême efficace , eftant 
une contrée propre aux Medicins& Apothecai- 
res : on dit auffî qu'il y a en ce pays plufieurs mi- 
nes d'argent : il s'y trouve grand nombre de 
très-belles & claires fontaines, plufieurs defquel- 
les font fort faines & médicinales à raifon des 
veines de foulfre qui traverfent. Cefar appelle 
les habitans de ce pays Petrecorios , lelquelsfont 
d'un naturel alaigre,iains, fobres, de longue vie, 
affables , eftans tres-idoines à toutes honeftes 
actions , lettres , & feiences mécaniques , & fort 
adroiéts aux armes. La noblefle eftime & faict 
monftçe de fon antiquité , s'enorgueillant gran- 
dement de fa defeendence , qu'elle eftime eftre 
des anciens Françoys , qui premiers occupèrent 
les Gaules. Les femmes font très-belles & fort 
agréables , non adonnées aux plaifirs , bien mo- 
deftes, débonnaires, vrayes mères de famille, & 
ennemies d'oyfiveté & pareffe. Ce qui ennoblit 
fort cette région , font deux E vefchez , l'un def- 
quels ayant fon fiege Epifcopal en la Métropoli- 
taine Perigeux,laquelle eft fituée en une planure 
ceincte aux environs de montagnes doucement 
s'eflevantes, & tres-fertiles en vin puilTant & gé- 
néreux : l'autre , qui eft reprefentée en la carte 
prefente , a fon fiege en la ville de Sarlat. Cet 
Emfchi de Evefque eft fuffragant de l'Archevefque de 
SmUt. Bourdeaux, comme auffi ceux de Xaintes , Peri- 
geux, & Agen. La ville de Sarlat eftoit autrefois 
du diœcefe de Perigeux.mais à prefent elle a fon 
Prélat particulier. Ses limites regardent vers le. 
fiance. 



Levant ceux de Cahors , au Midy font contigus 
à l'Evefché d'Agen , au Couchant font bornez 
par ceux de Bordeaux , & à la bize par le Peri- 
gort. Cet Evefché eft arroufé du fleuve Dordo- 
gne ou Duranne. Grégoire de Tours l'appelle Dordomt. 
Duranona: mais Aufone & Sidoine Apollinaire 
Duranne. Pour lejourd'huy fe dit communé- 
ment la Dordoigne , ou bien Dordonne. C'eft 
une des rivières principales non feulement dé 
Guienne mais de tout le Royaume , ne cédant 
aucunement à la Garonne.De la Dordogne ain- 
fi parle Aimoinliv. i, chap. 5 desHift. fur la fin. 
La Dordogne,laquelle, proche d'une montagne 
du pays d'Auvergne dite Dor , provient de 
deux fontaines , eftant l'une appellée Dor , & 
l'autre Dogne , non loing de ladite montagne Ce 
conjoignent par enfemble , & defcoulent en la 
Garonne près de la Tille nommée Bourg, ce que 
Sidonius dechifre poétiquement,difant : 

Le Duran très-bien moujfc, 

a tous /es contrepoids coi<rbé,i$c. 
De ce que Strabon dit , que la Garonne eft au- 
gmentée de trois rivieres,il faut entendre de ces 
trois (uivantes, le Tar, le Lot, & Dordogne. La 
Dordogne entre dans l'Evefché de Sarlat, près 
les villages de Calviac & de Fenelon, laiflant l'un 
à fa droicte, l'autre à gauche, & un peu plus bas 
reçoit une autre petite rivière à Carlàc ; puis, 
palTant outre la ville de Domme, qui eft prefque 
vis à vis le ruiffeau qui paffe par Sarlat , & entre 
icy en la Dordogne , qui va de là vers fainct Cy- 
prien, ayant l'autre cofté unpeuefloigné dans 
les champs Belvere , & après eftant engrofTy a 
Limeul du fleuve Vefere , eftant paffé la ville de 
la Linde,tout contre Coufe,qui luy faiél part de 
fes eaux qui portent fon nom. De là eftant paffe 
à Bergerac , & ayant coftoyé plufieurs villages, 
reçoit à fainct Nazari un fleuve, lequel conftitue 
les derniers limites de l'Evefché. La ville capita- Smlst. 
le eft fituée en un lieu montagneux Se eflevé par 
diverfès collines , & environnée des villages 
Campignac , Tempniac ,Puymartin, S. André, 
la Cazenac, & S. Vincent. Son affiette eft gran- 
dement plaifante & récréative , tant pour les 
fleuves voi fins , comme à raifon des belles mon- 
tagnes , & de l'air extrêmement agréable & 
tempéré. Le fleuve Vefère traverfe cet Evelché, 
& faict fon entrée proche la ville Terraffbn , 
d'où paffant par Montignac , ville grandement 
renommée par fon vin excellent & délicieux, re- 
çoit la Beune , ruiffeau auprès de Tayac. La ri- 
vière Drot prend fon commencement en ce 
V u dice- 



L' E V E S C H E' 

diceceiê près le village Capdroc , puis tire droi<ft 
contre Montpazier , Ville-real, Caftillones, Ay- 
met , & fort de l'Evefché a Salvetat. Ce diœcefe 
comprend encor dans fes confins Ville-franche, 
où il y a une fontaine , dite par ceux du pays la 
Fontaine de trois Evefques , comme à Giniac le 
puy des trois Evefques , à caulè qu'en ces deux 
endroiéts,troisEve(chezconfinent.Sur le fleuve 
Coufe eftlavilledeBeaumont , qui eft un lieu 
tres-plaifant & délicieux , faifant affez paroiftre 
la raifon & origine de fon nom. Au refte tout cet 
Evefché eft parfemé de très-beaux villages & 
hameaux , de montagnes couvertes d'arbres, & 
collines , de vignes tres-fertiles , dont ceux qui 
les contemplent font grandement efmerveil- 
lez. 

Claude Robert , Preftre deLangres , efcrit 
ce qui s'enfuit de l'Evefché deSarlat , au livre 
de fa Gaule Chreftienne. Sarlat ( dit-il ) fituée 
au 21 degr. jo min. de longitude, &4j degr. 
io min. de latitude. Là où les plus grands jours 
font de i y heures i6 minut. c'eft foubs l'Arche- 
vefché & Parlement de Bourdeaux. Cette ville 
fut honorée du filtre d'Evefché par le Pape 
Iean XII, l'an 1 317 , eftant retirée du pouvoir 
de Perigort, & fèparée d'iceluy par le fleuve Ve- 
fere. l'Eglife Cathédrale , ayant auparavant efté 
d'une Abbaye de fainét Benoift , eft à prefent 
confacrée à l'honneur de S. Sadroc trentiefme 
Evefque de Limoges : & contient dans fon Diœ- 
cefe les Abbayes Terraflon, fainct Amand , Se 
Cadourin. 



DE SARLAT. 

Les Prélats ou Evefquesde cette Eglilê font 
mis en tel ordre par Chenu & autres: 
1 Raymond de la Roche. 

Bertrand Bercngair. 

Arnould Ramier. 

Guillaume de Sendré. 

Pierre Berengair. 

Pierre de Mirolac, 

Pierre Itery. 

8 Elias de Salignac. 

9 AuftencedeS.Coulombt. 

10 lean de Ra1>illon. 

1 1 Gérard de Palcirac. 
1 1 Raymond de Gretenou, 

13 lean F Amis. 

14 lean Arnald. 

15 Bertrand de la Crepte. 
i<5 Pierre Bonald. 

17 Bertrand de Rojignac. 

18 Ponce de Salignac. 

1 9 Armand de Gontauld de Biron. 

20 Char le de la Bonne- Vall. 

2 1 Guidon Deydie. 
2 2 François de Bourgueil. 

23 Jean de Rilhal. 

24 lacques de Larmandie. 
2 y Nicolas de Gadis. 

16 François de S.Neclar. 

27 François de Salignac. 

28 Louis de Salignac. 

29 lean Louis de Salignac. 

30 LancelotdeMulet,l'ani6ij. 




4 6 



LE BOVRDELOIS, 

ET LE BEARN. 




àiimx. 



Tolhmee met les 
Bafoues,& les Gafcons 
en l'Efpagne Tarra- 
connoift ; & les Bour- 
delois,qu'il appelle Bi- 
turiges Vibifci , en la 
Gaule. Mais aujour- 
d'huy les Gafcons & 
les Bafques font en 
France, & (ont voifins 
delaBifcaye. Donc toute la Gafcogneeft vers 
l'Océan, entre Bayonne & Bourdeaux , & com- 
prend la Guyenne, Medoc, Albret, Bigorre, 
î'Agenois , Sec. Le terroir eft prefque par tout 
fertile, principalement en vin. 
J'^'X" B° ur ^ eaux e ft ' a principale ville de tout le 
de Bikt- pays , laquelle dans le teftament de Charlema- 
gne eft mile entre les Métropolitaines de l'Em- 
pire Romain; elle eft affife fur la Garonne du co- 
fté du couchant,& des monts Pyrénées; fur l'au- 
tre bord de la rivière, il y a de tres-plaifantes 
collines couvertes de diverfès fortes d'arbres, & 
fur tout de vignes ; entr'autres il y en a une qui 
regarde la ville & le Midi , où fe void un petit 
bois de Cyprès fort ancien, lequel eftoit jadis 
bien plus grand qu'il n'eft à prefent ; car à peine 
contient-il fèpt journaux de terre : le Cyprès eft 
affez rare en France, c'eft pourquoy ceux de 
Bourdeaux font grand cas de ce bois , & s'en 
glorifient : & c'eft une ancienne couftume qui 
dure encore à prefent, que tous ceux qui veu- 
lent porter ailleurs du vin deBourdeaux,ne peu- 
vent fortir du port , qu'au préalable ils n'ay eut 
pris de la main du Magiftrat un rinceau de Cy- 
près , pour lequel chalque navire doit payer 
une drachme & deux feptielmes. Cette ville 
n'eft gueres loing de l'emboucheure de la Ga- 
ronne, dit Strabon, dedans laquelle l'Océan 
venant à fe dégorger, il fait comme un lac qui 
aie mefmeflux & reflux de l'Océan, ce que le 
Poète Aulbne natif de Bourdeaux a remarqué 
en ce docte Poème qu'il a fait à la louange de 
fbn pays , voicy ce qu'il dit de fon climat , & d u 
naturel de fbn terroir : 
Burdigala eft natale folum, clementia cœli 
Mitis, ubi isf rigux larga indulgentia terr<e, 
Ver longum, brunuque brèves, jugafrondeafubfunt. 
Lemefme dit,qu'elle eftoit au commencement, 
de figure quarrée : 

Quadnta murorutnfiecies,fic turribus altis 
Ardua, ut aerias intrentfaftigia tmbes. 
Diftinclas interne "nias mime domorum 
Difpofitum, tf latas nomen/ervareplateas, 
tum rejpondentes direcla in compita portas. 
L'enceinte des murailles a efté par diverfès 
France. 



Sijitm- 
riott. 



fois aggrandie,& notamment environ l'an 1 301. 
Il y a une rue à Bourdeaux , qui n'eft pas des 
moindres , qu'on appelle la rue aux loups , d'au- 
tant que l'an 582 les loups fe jetterent dans la 
ville, & entrèrent dans cette rue. Il y a deux fort 
belles Eglifes Collégiales, dont l'une eft la Me- s " E l"f"- 
tropolitaine ; izParoiffes, huift Convents de 
Moines.un Monaftere deReligieufes,& le Collè- 
ge des lefuites.eftably l'an 1573, par le foin & li- 
béralité de M. François deBaulon Confeiller auPar- 
lement de Bourdeaux. Le Palais de Galien fem- Lt p « w ' 
ble avoir pris fon nom de l'Empereur Galien; on'' 1 G "'""' 
voit encor quelques relies de l'ancien amphi- 
théâtre, lequel au rapport de Vinet qui l'a veu, 
avoit fix enceintes de murailles, entre la premiè- 
re ou celle de dedans , qui eftoit la plus baffe , & 
la dernière , ou celle de dehors qui eftoit la plus 
haute, il y avoit 86 pas d'intervalle , félon qu'on 
peut meiurer par les ruines, la place du milieu 
avoit 214 pas de longueur & 140 de largeur. 
Cet amphithéâtre a toujours efté hors de l'en- 
ceinte des murailles , à 400 pas de la ville , félon 
qu'elle eftoit du temps d'Aufone. Le Palais de la ** ™' 
Garde eftoit auffi hors la ville, quand elle e&oit' UUG "" U - 
quarrée, mais fort près de la Garonne, joignant 
le foffé , dont la ville eftoit entourée du cofté du 
Nord, mais enfin la ville ayant efté aggrandie 
dececofté-là, il a efté enfermé dans l'enceinte 
des murailles ; quelques uns croyent que c'a efté 
un temple dédié au Dieu Tutelaire, pource qu'il 
s'appelle de la Garde. Le Puy Paulin a pris fon Le ?»» 
nom de Pohce Paulin dilciple d'Aufone , de l'H- P«k'<». 
luftre famille des Paulins & Leontiens , à qui Si- 
donius addreflefon Poème de Burgo. Aufone^»«v» 
dit qu'il y avoit un canal au milieu de la ville, H*me. 
qui forvoit de havre aux navires : 

Per mediumque urbisfontanifluminis aheum, 

Quempater Oceanus refluo cum impkverit tftti ; 

Adlabi tov.im fpeclabis dafiibus œquor. 
Mais il ne refte aujourd'huy aucun veftige de 
ce havre; fi ce n'eft à l'emboucheure de la pe- 
tite rivière de Peuge, aux deux coftez de laquel- 
le il y a deux tours fort hautes,où on tendoit une 
chailhe de l'une à l'autre, joignant la porte de la 
ville appellée de Caillau. Aujourd'huy il n'y a 
ny port , ny havre, qui entre dans la ville , mais 
toute la Garonne fert déport. Le mefme Poète 
Aufone deferit ainfi la fontaine Divone, laquelle 
eft entièrement tarie: 

Salve fins, ignoteortu,facer, alme,perennis, 

Vitrée, glauce, profimde,fonore, inlimis, opace, 

Salve utbis genius, meiico potabilis hauflu 

Divona, Celtarum linguafons addite Divis, 

Not Aponuspotu, Vitrea non luce Nemaufus 

Purior, xaiioreo nonplenior amneTtmavus. 

Xx Hn'y 




PUrtt^ ^Es^GVZ f^ t »>,^A"lr^ 



LE B O V R 

Il n'y a aucune contrée en France plus plan- 
tureufe en vins, ny qui en porte de meilleurs. Le 
vin de Grave eft renommé fur tous , il s'appelle 
ainfi, pource que le terroir où il croift, lequel eft 
aux faux-bourgs , n'cft que fable & gravier ; les 
vins de Lermont & de la Baftide font auflï tres- 
delicats. La Garonne paffe au pied des murail- 
les , & fe reffent de la marée à plus de cinquante 
mille pas par deffus la ville. La république eft 
gouvernée par le Maire , qui eft le chef de l'ho- 
ftel de ville, & par les Confuls qu'ils appellent 
Iurats,les quels eftoient autresfois au nombre de 
trente , & puis de vingt-quatre , & à la fin ils ont 
efté réduits à douze, félon les douze quartiers de 
»7 » un la ville. C'eft un liège de Parlement , qui y fut 
VvUmm. e ft a bly l'an 1351 le n jour de Novembre , au- 
quel Meilleurs de la Cour prefterent le ferment 
à la façon du Parlement de Paris, & fut ordonné 
que les Provinces de Bourdeaux , de Bafas, d'A- 
gen, de Condom, d'Armaignac , de Cahors, de 
Limoges , de Perigueux , d'Angoulefme , de 
Xaintonge, & de la Rochelle , feroient du ref- 
fortdece Parlement. Toutefois les Provinces 
d'Armaignac, d'Angoumois, de la Rochelle , & 
la plus grande partie du Quercy en furent après 
VEwfM feparées. C'eftoit jadis Evefché , & c'eft à pre- 
f ûïfiM Ch '~ fent Archevefché & ville Métropolitaine. L'V- 
niverfité y fut eftablie à l'imitation de celle de 
Thoulouze, approuvée par un briefdu Pape 
Eugène , & ornée de plufieurs beaux privilèges 
accordez parLouys Roy de France l'an 1472. 
Ceux de Bourdeaux impetrerent de Charles 1 x 
droit de foires franches, comme celles de Lyon, 
quifc tiennent an mois de Mars Se d'Octobre 
durant quinze jours. C'eft à faire à un Hiftorien 
pluftoft qu'à un Cofmographe de raconter les 
faits & proûeffesdes Bourdelois, feulement je 
diray queTetricus, l'un des trente tyrans , de 
Gouverneur de Province qu'il eftoit , y fut fait 
Empereur du temps de Galien , & qu'il prit la 
pourpre, ce qui eftoit un crimedekzf Majefté, Elle 
a efté par diverfes fois prilè, pillée, ruinée , bru- 
flée & faccagée par les Vandales, Goths , Sarra- 
zins & Normans , d'où vient qu'elle a perdu cet- 
te beauté & majefté que luy donne le Poète 
Aufone. L'an 1497 la ville de Bourdeaux & le 
Bourg pacriferent enfemble,& fut dit que Bour- 
deaux, comme eftant la capitale,auroit fuperin- 
tendance & commandement fur toutes les villes 
delà province j depuis ce temps-là jufques au 
dernier jour du gouvernement des Anglois cette 



D E L O I S. 

couftume s'eft obfervée, qu'en temps de guerre, 
le Maire & les Iurats de Bourdeaux ont efleu 
quelques-uns d'entre les bourgeois , pour Gou- 
verneurs des villes & places fortes de laprovin-^'""'- 
■ « i iio ..: - i_„ .,:1I„.. aJ 



Vdrtcnantti 



cède Bourdeaux, delà vient que les villes de j /* i>™- 
Blaie, Bourg, Libourne, S.' Emillian, Caftel Ca-™^ 
dillac & S. Machaire furent appellées les filleules 
de la cité de Bourdeaux. 

Blaie eft une ville forte fur le Bord de la Ga- 
ronne à main droitte, à douze lieues de fon em- 
boucheure , & à fept de Bourdeaux ; on y fait 
bonne garde jour & nuift , & il y a des fentinel- 
les qui defeouvrent tout ce qui fe paffe fur la Ga- 
ronne , afin d'empeicher à coups de canon le 
paffage à la flotte de l'ennemy , fi elle le vouloit 
entreprendre, autant que la largeur de la rivière 
le peut permettre,qui eft en cet endroit,de deux 
mille & deux cent pas. Il y a de l'apparence que 
Bourg eft l'ancien Ebromagum , mais cette ville 
ayant efté du depuis accrue de tours & de gre- 
niers publics par Ponce Leone Paulin , elle fut 
appellée Bourg ; car c'eft ainfi qu'on nommoit 
les chafteaux, & places fortes, munies de provi- 
fions de bouche. 

Libourne eft une ville baftiefûr le concours 
de la Dordonne & de Lafle; le Parlement s'y eft 
fouventesfois retiré,quand la pefte eftoit dans la 
ville de Bourdeaux. Cette ville n'eft pas ancien- 
ne , car il n'y a aucun hiftorien devant Froiffard 
quienfaffe mention. 11 y a dans laSenefchauf-^'""''- 
fée de Bourdeaux quatre territoires, à fçavoir le sîZ'fibLf 
pays entre deux mers,Medoc, Buchs & Fronfac/ît^Am- 
Le pays entre deux mers eft en un tres-bon à ""* r 
fonds entre la Garonne & la Dordonne, qui font 
deux grandes rivières , que ceux du pays appel- 
lent mers: la ville de S.Machaire & de Libourne 
luy appartiennent , avec quelques autres qui dé- 
pendent du Parlement de Bourdeaux. Le pays 
de Medoc comprend tout ce qu'il y a de terre 
entre Bourdeaux, l'Océan , & la Garonne ; tout 
ce territoire prefque n'eft que fablejprés des ma- 
rez il eft fort bas , de forte qu'il eft grandement 
fùjetaux inondations & desbordeméts des eaux, 
lefquelles vont toujours gaignant , & il eft à 
craindre qu'avec le temps tout ce pays ne foit 
noyé. Le pays de Buchs eft tout proche de Me- 
doc, il porte le tiltre de Principauté. Le pays de 
Froufac eft un Marquizat , il a pris fon nom de la 
ville & chafteaude Fronfac, que Charlemagne fit 
baftir, quand il faifoit la guerre à Hunold Duc 
d'Aquitaine. 



LA PRINCIPAVTE' 



4? 



D E 



B E A R N. 




StJitatttiS. 



A Principauté de 
Bearn & celle d'Au- 
I ranges font bien en 
France , mais elles 
font fôuveraines , & 
ne relèvent de per- 
sonne. Le Bearn a 
efté de tout temps fe- 
paré du domaine de 
la France , & ajoùy 
des mefmes droi&s, que le Royaume de France; 
toutesfois il luy fut annexé, lors que le Roy trts- 
Chreftien Henry IV, auparavant Roy de Na- 
varre , parvint par droi<5t de fucceflîon à la cou- 
ronne de France. On rapporte mille niaif.ries 
touchant l'etymologie de ce nom de Bearn , que 
je laiffe à part. Ce pays eft fitué au pied des 
monts Pyrénées entre Bigorre , Bayonne & autres 
Satmia. territoires voifins. Ileftdivifé en deux parties, 
dont l'une eft toute montagneufe, où eft la ville 
d'Oleron ; l'autre eft, partie en plaine , partie en 
vallée, où eft la ville deLefcar. Le naturel du 
i£»««re terro j r e £|. merveilleux , tant es montagne; 

duimoir. , . » , » 

quen la plaine: a peine y a-il ville ouvillag: 
qui n'ait quelque fingularité; le millet, le lin , , 
le chanvre y abondent prefque par tout , ( an liî 
eft-ce le principal traffic de ce pays,) lefroa- 
ment , & autre blé y vient fort beau ; les trou- 
peaux y trouvent de fort gras pafturages , & 
donnent force lai&age , dont on fait quantité 
incroyable de beurre &defourmage: les chè- 
vres y font en grand nombre , qui fe nourriflent 
parmy les rochers Se bruyères , fans aucun dan- 
ger ny dommage des fruiâs , & jeunes arbres : 
les vins n'y manquent point , entre lefquels le 
vin de Iurançon eft le plus délicat. Il y a les meil- 
LcMturti ' eurs bains de l'Europe. Les naturels du pays 
tUsbaii- font forts Se vaillans, & ont le cœur haut, ils 
uni. font bien duits aux armes; la duplicité & diffi- 
mulation n'a point de lieu parmy eux ; ils font 
neantmoins fort accorts , le bien dire leur eft 
comme naturel , ils aiment fur toutes chofes 
leur liberté , ils jouiffent de plusieurs grands 
privilèges & exemptions. Tous fe difent Gen- 
tils-hommes , &ceux qui le font en effet , ont 
plus de foing de faire de belles aérions que de 
porter des beaux habits ; les plus nobles qu'on 
tient eftre iffus de Bifcaye , & anciennes famil- 
les font celles deGrammont Se de Lu^. Mirens , 
^momies ^ re > Monens , S. Colombe, Efgnalabagne , Codereh, 
NaTaiks yCaftelnau ,Maferes ,Lttç.,Suni, &c. font 
desBaronnies. 

Voicy maintenant la fuite des Princes de 
Bearn. 

France. 



i Gaflon fils de Guillaume de Moncado Efpa- 
gnol, a efté le premier Prince de Bearn , & ayant 
eipoufe Marthe , fille unique & héritière d'Ffqi<i- 
bat Comte de Bigorre , il acquit la Comté de 
Bigorre. 

i Marguerite fille de Gaflon , qui fut mariée 
à Roger Bernard , Comte deFoix, fucceda à fera 
père en la principauté de Bearn , Se unit les 
maifons de Bearn , Bigorre Se Foix. 

3 Gaflon n, fut le troifiefme Prince de Bearn, 
Comte de Foix Se de Bigorre , qui eut en mariage 
Jeanne , fille de Louys Comte de Liège. 

4 Gaflon m fut le quatriefme Prince de 
Bearn, lequel eiponùEleonordeComminge, fille du 
Comte de Comminge. 

j Gaflon I v , le cinquiefme Prince de Bearn , 
e(pouh Agnes , fœur de Charles Roy de Navarre; 
Froiffard le loué grandement. 

6 Matthieu Vicomte de Caftelbon , fucce- 
da à Gaflon i v , & fut le fixiefme Prince de Bearn, 
fa femme fut ïeanne d'Anagon, dont il n'eut point 
d'enfans. 

7 IJdeau au défaut d'enfans mafies fucceda à 
fôn frère Matthieu , Se fut la feptiefme Princeffe 
de Bearn. 

8 Iean fut le huiériefme Prince de Bearn, 
Comte de Foix Se de Bigorre , Se Seigneur de 
Moncado. Il eut deux femmes : Marie de Na- 
varre , que d'autres nomment Agnes , dont il 
n'eut point d'enfans , Se Ïeanne d'Albret. 

9 Gaflon v , neufiefme Prince de Bearn , 
Comte de Foix , Sec. fa femme fut Eleonor fille de 
lean , Roy de Navarre , laquelle eftant demeurée 
veufve , après le decez de ion père eut le manie- 
ment detout. 

io Gaflon VI, dixiefme Prince de Bearn, 
mourut devant fes père & mère , c'eft pour- 
quoy il ne fut pas Roy de Navarre ; il eut en 
mariage Magdeleine fille de Charles vu I Roy de 
France. 

il François Phxbus fut le XXIV Roy de Na- 
varre , fucceffeur d'Eleonor fon ayeule , Se xi 
Prince de Bearn, mourut l'an 148 1 fans hoirs, 
& fut enterré à Lefiare. 

il Catherine XX v Reyne de Navarre , & 
XII Princeffe de Bearn , Comteffe de Foix , Sec. 
fut donnée en mariage à Jeun fils d'Alain le Grand, 
Seigneur d'Albret , Se luy apporta pour fon 
douaire le Royaume de Navarre. Ce fut luy 
qui prit les armes contre le Pape Iules il, pour 
Louys xii Roy de France , & fon Royaume 
ayant efté mis en interdit, Ferdinand Roy d'Ef- 
pagnefejettadeffus & l'envahit prefque tout. 

13 Henry d'Albret XX VI Roy de Navarre, & 
Yy xiii 



L E B 

XIII Prince de Bien, Cofrite de Voix, Sec. mou- 
rut l'an iyjy. Ilavoit efpoufé Marguerite deVa- 
lois, fœur de François I, Roy de France , & veufve 
de Charles Duc d'Alençon. 

14 leanne tTAlbret, x x v n Reyne de Navarre, 

X I V Princeffe de Boarn, Comteffe de Foix , &c. 
ayant efté fiancée ^Guillaume Duc de Cleves, 
efpoufâ avec difpenfe du Pape Anéoine de Bour- 
bon, Duc de Vendofme,qui fucceda àfon beau- 
pere au Royaume. Elle mourut à Paris , l'an 
iy7iaumoisdeIuin, aagée dedans, peu de 
jours avant les nopees de fon fils, qui fut 

ij Henry de Bourbon, xxviii Roy de Na- 
varre , X v Prince de Bearn , Comte de Foix, &c. 
fut après , & par droit de fucceffion , Roy de 
France, & père de 

16 Uuys xni, Roy de France à prefent ré- 
gnant, xx IX Roy de Navarre, & xvi Prince 
de Bearn. 
Tmtdfi- Pau eft la capitale du Bearn ; c'eft là où eft la 
m*; Cour des Princes , lefquels y ont un magnifique 
Palais, bafty par Henry d'Albret Roy de Navar- 
re , ayeul maternel du Roy tres-Chreftien Henry 
Sm?*rii. I V , il y eftablit auffi une Cour fouveraine pour 
me/a. toute la Principauté , où toutes les caufes font 

jugées félon les loix , & couftumes du pays. 

SuEwfi 1 Dans cc reffort il y a deux Evefchez , qui de- 

chtz.. pendent de l'Archevefché d'Aux , à fçavoir ce- 

VEfmn. luy d'Efcar ou Efcure , & celuy d'Oleron. L'Ef- 

cure a efté autrefois la demeure des Princes , 

mais après ils aymerent mieux fe tenir à Pau ; 

François Pbcebtu Prince de Bearn y eft enterré , le- 



E A r n; 

quel fucceda à fon ayeule Eleonor au Royaume 

de Navarre. Oleron eft fur le fommet d'une oUm'. 

montagne. 

Il y a quelques autres villes de moindre re- 0nhs - A 
nom, comme Orthes fur la rivière deGaven,<i»5w/i. 
où les anciens Princes de Bearn , & Comtes de 
Foix , avoient leur Cour. Iofeph Scaliger au 
livre 2, chap. 7, for Aufone , remarque qu'elle 
s'appelloit jadis Benearnum , d'où la Principauté 
a tiré fon nom. Grégoire deToars, au livre 9 en fait 
mention , difant que la PrincelTe Gailefvinde 
foeur germaine de Brunihilde, venant en Fran- 
ce , eut pour fon douaire les villes de Bourdeaux, 
Limoges, Cahors, Bearn, 13 Bigorre. Morlaix, où l'on *&***: 
batla monoye , eft auffi dans cette Principauté, 
& Navarrins ville lîtuée au pied des Pyrénées, NmminT. 
& fortifiée par les Princes de Bearn, nommément 
par Henry I, Roy de Navarre, ilfemble que le 
Royaume de Navarre ait tiré fon nom de là. 
Serrance eft pofée fur une montagne , & eft la Sn ™"** 
dernière ville de France du cofté d'Efpagne. 

Le pays de Bigorre confine celuy de Bearn, 
car il eft entre le Commingeois & le Bearn. 
Tarbe eft la capitale ville fur la rivière de La- 
dour , affez grande , elle a efté agrandie à di- 
verfès fois , de manière qu'il y a comme qua- 
tre petites villes diftinctes , ilyaEvefché. Les 
autres villes de ce pays font Trie,Rabafteins , Mau- 
bourget , 13 Baigneres , où il y a des bains foulfrez 
fort fou verains , qui ont leurs fourcCs aux pro- 
chaines collines. 



4» 



L E 



CL V E R C Y. 




n/o>fm. 



L'Evefitjê 
de Cahors. 



V codé gauche de la 
rivieredeLoyre,ilya 
deux Parlements , ce- 
luydeBourdeaux, & 
celuy de Thoulouze. 
Le Lymofin , le Peri- 
gord , & la Guyenne 
l'ont fouz celuy de 
Bourdeaux. Le Quer- 
cy, Rhodez,& le Lan- 
guedoc fouz celuy de Thoulouze. 

Le Quercy eft environné du Perigord , de 
l'Albigeois, de l'Auvergne, & du Lymofin. C'eft 
un pays enfermé de montagnes. Les peuples 
qui y habitoyent jadis (è nommoient Cadurci, 
dont il eft fait mention dans Pline au livre 4, 
chap. ip, & dans les Commentaires de Cazfar au 
livre 7, où il raconte avec qu'elle diligence Ver- 
cingetorix attira à fon party ceux de Paris , de 
Poictou , de Quercy ( qu'il appelle Cadurci ) de 
Touraine, du Lyonnois, du Lymofin, d'Anjou, 
& tous les autres qui font vers l'Océan , qui le 
choifirent tous, d'un commun accord, pour leur 
Chef. Il fait mention , en ce mefine lieu , d'un 
certain Lufterius, homme hardy & courageux, 
que Vercingetorix envoya avec une partie de fes 
troupes contre ceux de Rhodez. Le mefme 
Cxfar nomme encor ceux de Quercy Eleuthe- 
rij c'eft à dire, Libres. 

Il y adeuxEvefchez, Cahors &Montauban. 
Ptolemée appelle la ville de Cahors Dolpeona; 
quelques doctes la nomment Divona ; certes en 
quelque façon qu'elle fe nomme, Scaliger & Vi- 
netfur Aufonecroyentque c'eft la Métropoli- 
taine du Quercy. Lipfe , au traitté de l'Amphi- 
théâtre , tient que DoVeona eft un village , qu'on 
nomme aujourd'huy Douve , à demie lieue ou 
environ de la rivière de Loyre , fur le chemin 
d'Angers à Poiétiers ; il y a voirement un grand 
rapport quand au nom ; mais cela ne s'accorde 
pas bien avec Ptolemée,qui fait Deveona capitale 
de Quercy, qui eft à plus de foixante lieues de ce 
village nommé Douve. le diray d'avantage,que 
la ville d'Aunedonac , ou Avedonac , dont parle 
Antonin fur le chemin de Bourdeaux a Authun, 
ne peut eftre la meime que DoVeona de Ptolemée, 
qui n'eft autre que Cahors ; car d'Aunedonac à 
Xaintes , il n'y a , au rapport des Efcrivains , que 
fèize mille pas ; & deDoveone , c'eft à dire, de 
Cahors à Xaintes,il y a environ quarante lieues, 
qui font cent mille pas & d'avantage ; joinft que 
Cahors eft tellement à l'Orient , qu'elle ne fçau- 
roit fe rencontrer fur le grand chemin de Bour- 
deaux à Authun ; n'en defplaife à ces grands per- 
France. 



fbnnages qui font de contrai re advis : pour moy 
je fuis de 1 opinion de ceux-là , qui dilentque 
Aunedonacum d'Antonin, n'eft autre que la ville 
d'Aulnay , qui eft efioignée de Xaintes vers le 
Nord, un peu plus de fix lieues. Aufone au livre 
des Profefleurs , Poéfe 18, qui eft d'Exupcre 
ProfefTeur de la Rhétorique à Thouloufe , parle 
de Cahors Metropolkaine de Quercy : 

Decedens, placidos mores, tranquillaque 'viu 
Temporel pr<cdivcsfini(lifedeCadurca. 

L'autre Evefché eft celuy de Montauban , qui Effikîdt 
a fon chafteau fur la rivière de Tarn , où il y a un t . °' '"" 
pont, dont la moitié eft du Languedoc. La ville 
afïîfe fur une montagne, eft afïez marchande; les 
maifons y font poui la plulpart de briques. Il y a 
une Académie pour ceux delà Religion refor-» 
mée , où s'enleignent la Théologie & la Méde- 
cine par de tres-habiles ProfefTeuis , entr'autres 
Daniel Charnier y a enfeigné la Théologie , le- 
quel ces années paffées , lors que le Roy Très- 
Chreftien LouysXIII tenoit la ville affiegée, 
fut tué fur les murailles d'un coup de moufquet. 
Auprès du Pont, qui eft fur le Tarn , ilyaplu- 
fieurs caves fouz terre, fort propres pour garder 
le vin , à caufe de leur fraifeheur ; il y a auffi une 
fontaine, qui fort par douze tuyaux: lesEglifes 
durant les guerres ont efté à demy ruinées. 

Les autres villes de Quercy, font Burelle, Na- «*«»««£• 
zareth, Soùillac, Gourdon, Martel, &c. 

Sur les frontières du Quercy , près de Martel, 
eft Yfioldun , Vxellodonum , dont Hirtius livre 
8 de la Guerre des Gaules parle ainfi : Drapes rfaldun. 
<y Luclere ayant eu advis que Canneius s'advançoit 
eMc jes troupes , 4? qu'ils ne pouvaient , fans un danger 
codent, entrer dans la Province, ,49" voyans qu'ils ri avaient 
plus la liberté défaire des courfes 13 pillages , comme au- 
paravant , ils s'arrêtent dans le GJuercy , 43" Lcclure, qui 
avoit autrefois eu grand crédit envers lesfiens, tandis que 
les affaires eftoient en leur entier , 4? qui avoit tousjours 
porté les Barbares à des nouveaux deffeins , fe jette dans 
Tffoldun , ville forte d'afsiette , qu'il avoit eu jadis fous fa 
proteclion , 4? y fait entrer fes troupes avec celles de Dra- 
pes, &c. Il dit que cette ville eftoit forte d'alîiet- 
te, d'autant qu'elle eftoit adife fur un fort haut 
rocher , & avoit au pied un précipice effroyable 
avoir. Il y a force veftiges d'antiquité, les la- 
boureurs trouvent tous les jours des Médailles 
des Empereurs Romains : à peine trouverez- 
vous un villageois qui ne fçache que le Chafteau 
d'Yfioldunaeftéaiïîegé par Ca-lâr. L'Autheur 
que je viens de citer au mefme livre 8 , parle 
ainfi : Il y avoit une rhlere , qui coupait par le milieu une 
Vallce,qui entourait prefque toute la montagne Jur laquelle 
Z z efîoit 



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''jà.t,,,://., Amilerdami 
~""' y/ ' Gmljelmusjaiifstmuis 



ExcudcbiinL. 



LE Q V 

tfloit TjJoldun,qui aVoit tout a l'entour des précipices pour 
fojftx, il eftoit impojuble de détourner cette rivière, car elle 
eftoit tellement au pied de la montagne, qu'on ne pouvait 
creujer en aucune part deifofilx , pour détourner Jon cours 
( ce fleuve, dont parle l'Autheur, & qu'il ne 
nomme point, c'eft la Dordonne) puis après il 
adjoute: Au pied des murailles delà ville Jour doit une 
belle fontaine , du cofle que la ville n eftoit pas enceincle 
de la rivière , par Fcfpace d'environ trois cent pas. Cœfar 
ayant trouvé le moyen de couper a ceux de la Ville ajsie- 
gc'ele chemin de cette fontaine,il commença non /ans grand 
danger à faire des retranchements vis à vis de la fontaine, 



E R C Y. 

avec un grand travail, fcf un continue! combat , ceux du 
pays monftrent encor aujourd'huy cette fon- 
taine. 

Le Roûargeois du cofté du Levant confine le 
Quercy ; c'eit une Senefchauflee qui comprend 
deux Évefchez , Vabras & Rhodez , en latin 
Rutena, félon que la nomme Grégoire de Tours. 
Cette ville a efté grandement travaillée des 
Goths, François & Sarrazins. Les autres villes 
font Ville-franche de Roùargue , Gourdon, 
Eftauges, Efpeiron. 




4? 



LE LANGVEDOC. 



L'origint 
difjn mm. 




E Langvedog, la 
Provence, le Dauphi- 
né , & la Savoye , au 
rapport de Pline , ap- 
partiennent à la Gau- 
le Narbonnoife , qui 
s'appelloit auffi Brac- 
cata. Quelques-uns 
tirent le nom de Lan- 
guedoc de la terre des 
Goths , comme qui diroit Lang-Goth: mais 
ceux-là, à mon advis, ont mieux rencontré , qui 
ont dit que ce nom venoitde la propriété delà 
langue. Car comme ainfi /bit qu'en France les 
autres difent 0*)»,ceux-cy difent OcScaliger divi- 
fêle language Gaulois en François & Provençal 
au Teétofagique , & derechef il divife les Fran- 
çois en deux fortes,à fçavoir en langue d'Ouy, Se 
langue d'Oc. En effeft il y a deux cents ans que le 
Royaume de France eftoit partagé en deux ibu- 
verains Gouvernements:en la langue d'Ony, dont 
Paris eftoit la ville capitale ; & en la langue d'Oc, 
dont la capitale eftoit tantoft Thoulouze , tan- 
toft Mont-pellier alternativement. Les François 
appelloient ce Gouvernement, le Gouverne- 
ment de la langue tortue , ainfi nommoient-i!s 
la langue d'Oc ; carilscroyoient que la langue 
d'Ouy, qui eftoit la leur, fut la feule vraye , & 
droite langue. 

Quant aux limites du Languedoc , du cofté 
du Couchant il a ia Gafcogne , & la Garonne 
entre deux ; du Nordeft le Quercy ; du Septen- 
trion l'Auvergne & le Foreft ; du Levant le 
Dauphiné& la Province ; de forte que tout le 
Rholhe appartient au Languedoc, & eft du ref- 
fort du Parlement de Thoulouze; du Midy la 
Mer Mediterrannée , & une partie des Pyré- 
nées. C'eft une tres-noble province, Se fort re- 
nommée par les efcrits des anciens Romains : 
aufli a-elle efté jadis plus habitée & fréquentée 
Su «nains q U ' aucune desautres des Gaules.Ses anciens ha- 
bitans ont elte les Volces, Arecomiques, & Te- 
dtofages , qui eftoient delà le Rhofne vers le 
Couchant; les Septemains , Decumains, Ata- 
cins, Thoulouzains , ceux du Gevaudan , & du 
Velay,les Albigeois, Confarains,Helviens, ceux 
de Nifmes, d'Alaix, de Beziers, d'Agde, de Ma- 
gallonne, les Lutevains, & Sontiates. Il y a dans 
cette province de tres-bellesvilles,dont les unes 
font Archiepifcopales, les autres Epifcopales, & 
d'autres de moindre confcquence.il y en a deux 
VîMtsAr- Archiepifcopales , Thoulouze & Narbonne. 
/«'"^ Thoulouze outre l'Archevefché a auffi le Parle- 
ThonioHv. ment du Languedoc , & eft la principale Sene- 
fchauffée des trois de la province : Voicy com- 
me le Poète Aufone l'a deferit : 

Nonunquam altricem no(lri retkebo Tolofam, 
France. 



Scslmui. 



Cotlilibus mûris, quant circuit ambitus ingens, 

Perque latuspukbro prxiabitur amm Garumna , 

lnnumeris cultampopitlis, confîniapropter 

tiingida Pyrenes , fcfpinea Cxbennorum , 

Ititer Jquitanas gentes, isf nomen Iberum. 

&iu modo quadruplices ex Je quumeffuderitmbes, 

Nonulkexbauft<eJenfitdi$endiaplebis, 

G}ups genuit cunclos gremio complexa colonos. 

Ce Pocte luy donne une grande enceinte, 
mais aujourd'huy elle n'eft de gueres moindre, 
car il y a peu de villes en France plus grandes 
que Thoulouze, & poffible qu'elle ne cède qu'à 
lafeule ville de Paris. C'eftla vérité que jadis 
elle a efté plus grande , & plus opulente , com- 
me il appert de ces vers d'Aufone , &defaij 
Epiftre à Paulin, où il l'appelle Qujntupkx, com- 
me eftantcompofée de cinq villes. Elle afouf- 
fert beaucoup de calamitez & de mal-heurs du 
temp des Albigeois. 11 y a une Eglife dédiée à la 
B. Vierge, qu'on appelle la Daurade , jadis ba- 5 "%''^ 
ftie en l'honneur de Iupiter ; & une autre de S. 
Quintin,anciennement dédiée à Apollon. On y 
void quelques vertiges d'un ancien Amphithéâ- 
tre ; & auffi du Capitole , au lieu qu'on appelle L'Jmfhi- 
l'Inquifition ; car il y a un Chafteau baty en^XpW, 
rond. Cette ville a efté jadis la demeure des 
Roys des Goths, félon l'accord qui fut fait entre 
Confiance Patrice, & Willia Roy des Goths. Il 
y a une fort célèbre Vniverfité , où s'enfeignoi- 
ent autresfois toutes les facultez & arts libe- rvùixt- 
raux, aujourd'huy l'eftude du droict. y fleurit le/"'- 
plus. Touchant l'or de Thouloufe, & le pro- 
verbe qui en eft venu , pour fignifier un homme 
mal-heureux , auquel il arrive defafhe fur defa- 
ftre, Agelleauliv. j de fes nuids Attiques, Stra- 
boauliv. 4, & d'autres, vous en inftruiront à 
plain. ApresThoulouze marche la ville de Nar- 
bonne , qui a donné le nom à toute la province ^™"""- 
Narbonnoife , c'a efté la première Colonie des 
Romains en Europe , que Ciceron appelle l'Ef- 
chaugette & le boulevart de l'Italie Pline la nom- 
me Colonia Decumanorum ; elle fenommoit auffi 
Narbo Martius , on ne fçait d'où ; quelques-uns 
difent que c'eft du nom du Conful Martius , du- 
rant le Confulat du quel Narbonne fut faite Co- 
lonie; d'autres tirent ce nom des vieux foldats 
delà légion Martienne; elle s'appelloit encor 
Iulia Patcma , pource qu'elle fut faite la Colonie 
fouz Iules le père, qui eft Ca-fàr Dictateur , & 
non pas fouz Iules le fils,qui eft Octavian Augu- 
fte. Aufine dans /on Catalogue des villes la 
loue en ces termes : 

6jms rmmoret poitufque tuos, montefque, lacufque ? 
Gwis populos vario dijerimine T>e(lis & oris ? 
6)updqtie tibi quondam Pario de marmore tcmplum 
Tanu mofis erat, quantam non fcemeret olim 

Tarqttmiiu, Catulufque iterum,poJlremus is" Me, 

A a a Aurta 



JâE 



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Les Tignes. 



LE LAN 
Aurea qui flattât Capito/i culmina C<efir ? 
Te Maris Eût mènes, & Hiberiù 'itant 
jEquora, te clajfes Libyà, Siculiqueprofimdt : 
Et quicquid vario, perflumina, per fréta, curfu 
Advcbitur, toto tibi nafigat orbe xarÀw^m. 
Sidonius Apollioaris a auffi employé fa veine à 
Ja Joiier, par cette fort gentille poëfie,qui méri- 
te que Meffieurs delà ville de Narbonne la faf- 
fent eforire ou graver en greffes lettres, en quel 



G V E D O C. 

derrière fur autant : fbn toiét eft plat , & cou- 
vert de belles grandes pierres , où l'on fepeut 
pourmener fort à l'aifè ; le temple tout proche 
eft encore entier , de forme quarrée ; aux coftez 
il y a deux rangs de pilliers parfaitement bien 
travaillez. Onyvoid encore les Aigles Romai- 
nes, mais fans teftes ; on tient quelesGothsles 
ont oftées , pour fîgnifier que l'Empire Romain 
efloit un corps fans tefte. Près des murailles de 



que lieu public , afin que tous apprennent quel- l'ancienne ville il y a un vieil baftiment , fur une 



le & combien grande a efté jadis leur ville : 

Salve Narbopotensfalukitate, 

Vrbe, y mre jimul bonus Dideri, 

Mûris, civibns, ambitu, tabemis, 

Portisjporticibiis, foro, theatro, 

Dclubris, Capitoliis, monetis, 

Tbermis, arcubus, horreis, macellis, 

Pratis,fontibus, infulis, falinis, 

Stagnis,flumine, merce, ponte, ponto. 

Vnus qui tenerare jure dbos 

Len<cum,Ccrerem, Valent, Minerfam ; 

Spicisjpalmite, pafeuis, tapetis, 

Solisfife l'iris, nec expetito 

Natuu auxiliojprocul rcliclis 

Promens montibus altius cacumen. 

Non tefojfapatens, nec hijpidarum 

Objeftufuiium coronat agger. 

Gjui quod C<efaribusferaxcreandis, 

Félix prèle tiiriimfmul dedifti, 

Natoscumgenitoreprincipantes. 
Par le mot de lac , Aufone entend l'Eftangde 
la Rubine ; & par le mot de rivière Sidonius en- 
tend PAude,fùr l'emboucheure de laquelle Nar- 
bonne eft fituée , elle prend fa fource des monts Pyré- 
nées, dit Vibius ,isfpresde Narbonne elle fe rend dans 
la mer Méditerranée. 
yuuiEpif. Entre les villes Epifcopales , quelques-unes 
cifiits. font Métropolitaines , & comme capitales de 
certaines grandes & belles Communautez, qui 
font dans le contenu de cette Province , comme 
font le Gevauldan, l'Albigeois, le Vallay, Cofe- 
rans, & le Vivarais. Mende eft la capitale du 
Gevauldan, Alby de l'Albigeois, le Puy du Vel- 
lay, S.Legier de Coferans , & Viviers du Viva- 
rais. Les autres villes qui ne font point Métro- 
politaines font celles qui s'enfùivent. 

Nifmes, en Latin Nemaufus , eft l'une des plus 
anciennes villes de France , comme il paroift en 
fes murailles,& en plufîeurs autres reftes des an- 
ciens ouvrages. Entr'autres il y a un Amphi- 
théâtre dit vulgairement lesArennes, lequel eft 
auffi entier par le dehors,que celuy de Veronne; 
devant lequel il y avoit une place qui eftoit le 
Champ de Mars,mais aujourd'huy elle eft toute 
remplie de baftimens, comme celuy de Rome. 
Ce bel édifice, qu'on nomme le Cap dueil, eftoit 
autresfois, à ce qu'on croit, le Capitole, ou bien 
un Palais Royal , que l'Empereur Adrian fit ba- 
ftir pour l'amour de fa femme Plotina ; il eft de 
forme quarrée,mais un peu plus long que large, 
fes deux coftez font fouftenus for dix colomnes, 
ou pilliers, fon frontifpice fur fix , & la partie de 



Ktfmts. 



colline voifïne d'une fontaine, qu'on appelle 
Touremagne, eequ'auenns dérivent des mots 
Tunis Romana,8c d'autres de Tunis Magna; elle eft 
baftie de petites pierres quarréesjon y void auffi 
quelques ftatues fort antiques , & quelques epi- 
taphes très-bien faits , & une colomne vers la 
porte de la Couronne. Les Empereurs Domi- 
tian & Antonin le Philofophe en eftoient natifs. 
On doute fert fi la fontaine, tant célèbre par les 
vers d'Aufone, foit celle-là mefme , qu'on nom- 
me aujourd'huy la fontaine, ouvray ement quel- 
qu'autre conduite de collines voifines dans la 
ville , laquelle feroit maintenant perie. A une 
lieue & demie de Nifmes eft le Pont du Gai , le- 
quel a trois rangs d'arcades,dont le premier fert 
de paffage aux hommes & aux chevaux , le fé- 
cond fôuftient l'aqueduct ; c'eft un ouvrage du 
tout merveilleux. Entre S. Privât & Remolins 
fë voyent encor les ruines d'un acqueduét , par 
lequel les Romains conduifbient l'eau dans la 
ville de Nifmes. 

Apres Nifmes s'enfùivent Vfetz, Lodefve, 
S.Pont deTomieres,Alaix &Montpellier,enLa- ;j/, w; ,,/. 
tin Mons Pejfulanus. Cette ville eft affife for une'»"- 
colline, à dix lieues de la mer Méditerranée, en 
tres-bon air. Il ne fe peut rien voir de plus plai- 
fant que cette ville , rien de plus courtois que fes 
habitans, rien de plus fertil que fon terroir ; les 
Herboriftes y trouvent toute forte de fimples, 
ce qui a invité les Médecins à y venir demeurer, 
& y enfèigner la Médecine ; car il y a une Aca- 
démie fort célèbre , qui fut dreffée environ l'an 
1 196, ou pour le moins lors que les Sarrazins 
ayans efté chaffez d'Efpagne, la Médecine vint 
habiter en cette ville, menant avec foy les difci- 
ples d'Averroes, d'Avicenna , & autres Arabes. 
Le reéleur de l'Académie eft tellemët refpeété, 
que toutes les fois qu'il fort dehors, les Efcoliers 
font obligez de l'accompagner par honneur, 
dequoy Rebuffus fe plaint de l'avoir fait trop 
fouvent, difant que cela Iuy a fait perdre beau- 
coup de bonnes heures de fes eftudes ; il y a di- 
vers Collèges, entr'autres celuy du Pape , fondé 
par le Pape Vrbain. Les autres villes Epifcopa- 
les font Beziers, Agde , Caftres , Pamies, Mire- 
poix, &c. 

Il y a en outre quelqu'autres petites villes, 
comme Beaucaire , Aiguefmortes , Pifeaux, 
S. Gilles , Chafteau-Garry, Lufignan, Montai- 
gnac, Milant , &c. Il y a quelques années que le 
Comté de Foix a efté adjoufté au Languedoc. 



jo 



LA PROVENCE. 



IA qualité 
4f*ptt)i. 




A Provence eft vem populi , & des Alpes maritimes. Aufone 
fituée au pied des Al- l'appelle Gallula Roma , pource qu'elle imitoit la 
pes , entre le Rhofne, ville de Rome en plufieurschofes,& refTembloit 
& le Vare : elle porte à une petite Rome ; elle eft pofée fur le bord du 
du blé , du vin très- Rhofne à main gauche.Le poète Aufonedit.que 
excellent , des figues, le Rhofne paffe par le milieu, & en faift comme 
deux villes, voicy comme il parle : 

Pande, duplex Arelate, tuos Manda hofpitaportus , 
Gallula Roma,Are/tu:quam Narbo Martius,& quant 
Aaolit Alpinis opuknta Vietma coloras. 
Pucipitis Rhodanific intercifafiuentis, 
Vt mediamfacias naVali ponte plateam : 
Per qaem Romani commerciafufàpis orbis, 
Nec cohibes : populo/que alios tëmœnia ditas : 
Gallia quisfruitur, gremioque Aquitania lato. 



des coings, des grena- 
des , du myrte , du fa- 
fran, des oranges, des 
citrons, & des dattes ; 



[Original 
(bn nom. 



car toute cette province de Narbonne eft la 
meilleure , la plus fertile , & la plus delicieufe de 
toute la France. Pline au liv. 3,chap. 4, en parle 
ainfi: Cette Province ne cède a aucune en bonté du terroir, 

en ricbeffes, i$ engentilleffe des habitans ; en un mot c'eft ^»...™ 2 — j , & - L ± . 

une autreltalie. L'air y eft fort doux & temperé;ei- Il l'appelle duplex Arelate,ipource que le Rhoine la 
le s'appelle Provence, d'autant que long temps a- coupe en deux; toutesfois aujourd'huy elle 
vant la venue du fils de Dieu,elle fut reduiéte par n'eft point divifée en deux , ains elle eft toute iur 
les Romains en forme de province , d'où vient le rivage qui regarde l'Italie ; entourée de toutes 
que ce nom de Provincial eft demeuré par pre- parts de marez, dans lefquels on nourrit des 
ciput, comme eftant la plus noble province de bœufs fort faroufches & dangereux. Orient 
s«i«»«. l'Empire Romain. Du cofté du Nord elle eft que cette ville a efté autrefois plus grande, & 
bornée du Daulfiné, dont elle eft feparée par les qu'une partie d'icelle fut ruinée par les Cotes. 
montagnes du Velay , &par une partie de la l'Empereur Conftantin en efcnpt a Agncola, 
Durance. Devers l'Orient elle a les Alpes ,& le Maire du palais du Roy de France , encester- 
Vare , qui eft le commencement de l'Italie , du mes : Cetteville eft fi commodepour le commerce , Uy a. 
cofté du Midy eft la mer Méditerranée; du Cou- fi grande abondance de vivres , V damées qui y abordent 
chant, la principauté d'Aurange, fcleComté detoutesparts,qu'ondiroitquetoutycrotft,carony trou- 
d'Avignon , qui eftoient jadis de la Provence , & % toute forte de marchandifes de Levant, d Arabie, d AJ- 
appartenoient au Roy de France, maintenant ils fyrie, d' Afrique, d'Efpagne, V de france , avec toutes les 
ont lenrs Seigneurs à part. Vne partie du Rhof- ramenés plus curieufes de ces pays lalefquelles ony porte 
ne, depuis Lion jufquesà Arles, c'eftàdirele oupar mer, ou par terre. Caefar <er lia guerre qu.l eut 
Vivares , eft du reffort du Parlement de Thou- contre lesMarfeillois fe femt de ce havre pour la 
loufe, qui eft celuy du Languedoc. retraifte des navires ; on y void encor les reftes 

Il va en cette Province fous le Parlement d'un Amphithéâtre, que ceux du pays appellent 
d'Aix treize villes principales,dont il y en a deux les ^mx.Au college,qui eft au plus haut delà v.l- 
qui font Archevefchez , & onze Evefchez. Les le,il y a deux colomnes.que le vulgaire croit avoir 
Archevefchez font Aix, & Arles. efté d'Hercule , mais c^eft la vente que c eft un 

Aix s'appelle en latin Ép* Sextu, à caufe qu'il ouvrage des Romains. Procope & quelques au- 
y avoit autresfois des bains d'eau chaude, & tresd.fentque esRoysde Bourgo.gney fa.foy- 
ou'tllefut baftie par C. Sextim C««mm Conful, ent volontiers leur fejour. Puis après les Comtes 
LdepuislafondationdelavilledeRome^o, de Provence s'y font tenus. 1 H.ite« ecclefia, 
affin d'y tenir une garn.fon Romaine, pourem- ft.que témoigne que S. Troph.me difcmlede 
pefcherlescourfes^des barbares furlacoftequi S. Paul en a efté le premier Evefque, 1 an fécond 
va depuis Marfeille jufques en Italie ; car les Mar- de l'Empire de Néron y envoyé : du mefrne 
feilloisn'eftoientaiîesfortspourlesrepouffer. Apoftre.S Honore &.HJ 0« ffiell 
Arles, Arelate,™ rapport de Feftus Avienus^ok pafteurs de la mefme Eglife. Voyla pour ce qm 
jadisnommée^parlesGrecquilatenoy- *fi^£$£*fc, entre Quelles W 

ent; voicyfes vers: Marfeilk mérite de marcher la première. C'eft 

ArelatusilTicavitasattoltur Ma: ferikrn nte *«n ^ 

rheknevocatafubprtorefaculo cTecseûlAfie mineure , d'où jadis elle eltoit 

FlavîSnSinus ordonna qu'elle s'appelle- ?°™ é ^ C ^Î ^Z^fé^ 

roxConflantina, & qu'on y tiendroit les Eftats de la guerre Pharfal iqu & S hus au hv. 4 delà 

fept provinces, à fçavoir de Vienne, de l'une ,& g uerrede ^"^ ,l ; p P^ uliv ldeS guer- 

l'autre Narbonne! des deux Aquitaines , de No- Quant a fa fituation , Czfarau hv. 1 des guer- 

France. 



Les villes 
lAnhe- 

irefcbé 7 



Arles, 



res 




lAmiÀ Guiu çîmunT~îanfoi\ ^ 
/S / et jTohjïnucin lilaeu. 



tes civiles en parle ainfi 

merprefquede trois cofle^. ; le quatriefme a une advenue' 
par terni &l' endroit! ou cft le Cbafleau a une profonde 
malice pour retranchement , isf nefçauroitejlrepris que 



LA PROVENCE. 

Marjeille e(l entourée de la qu'elle fut piife pat lesGoths avec la ville d' Af les. 



Il y a eu jadis à Marfeille une des plus celebtes 
Académies du monde , où la jeunelïe de Rome, 
des Gaules, & d'Efpagnes'en alloit , comme a 




ville 



poinct q 

jus,queladilcipline , & gravité de cette vi 
mérite d'cftre préférée non feulement à la Grè- 
ce , mais prefque à toutes les nations du monde. 
Il y avoit 600 Sénateurs qui jouiflbient de l'hon- 
neur de cette magiftrature toute leur vie. On 
en choififfoit 1 j de ce nombre, pour vuider tous 
lesdifferens qui naifïbient entre les bourgeois. 
Iuftin au liv. 43 touche en pafTant les couftumes 
Se ftatuts de la republique des Marfeillois,difant, 
que les jours de fefte ils ferment les portes de la ville, ils 
font bonne garde , ils font les rondes isf fentinelles fur les 
murailles, ils interrogent tous ceux qui viennent de dehors, 
href ils gardent leur ville en temps de paix , comme s'ils e- 
floient au milieu de la guerre , ce qu'ils obfervent inviola- 
blemsnt , non par necefsitc , mais par une certaine accou- 
tumance qu'ils ont a bien faire. Valere le grand au 
liv. i,chap. 6, rapporte quelques autres regle- 
mens des Marfeillois , touchant la franchife des 
efclaves, les fpeétacles , les funérailles , & fepul- 
cb res, les mandians, & le droiér. d'hofpitalité, & 
comme leurs loix & ordonnances eft oient très- 
bonnes, auffi tafehoient ils d'y conformer leurs 
mœurs. Tacite tefmoignê qu'ils mefioient la 
douceur & gentilleiTe Grecque avec la gravité, 
& frugalité Provençale. Strabon , Iuftin , & au- 
tres autheurs racontent les hauts faicts &proù- 
efTes des Marfeillois , contre les Gaulois , Car- 
thaginois, ceux de Gènes , & autres peuples , & 
les victoires & triomphes , qu'ils en ont rempor- 
tez; en fbmme les alliances qu'ils ont faictes avec 
les Romains, Efpagnols , & autres peuples ; & 
mefme il appert du panégyrique de Conftantin, 
& de Maximinian, qu'ils eftoient appeliez frères 
des Romains , lefquels de vray leur portqientun 
trefgrand honneur, & refpeét.Les mefmes eferi- 
vains témoignent, qu'on amené jadis diverfes 
colonies de cette ville, en plufieurs autres places 
gaignées fur Fennemy; Strabon en racompte di- 
verfes,comme Agde,Antibe,Mce, &c. Sa félicité fut 
fort ef branlée la première année de la guerre ci- 
vile,entre Pompée le grand, & lui. Caefar,lequel 
eftant demeuré victorieux la traifta fi douce- 
ment, que refpeâant fbn antiquité, illuy laifTa fa 
liberté. Ifidoreen fes chroniques l'an 504 dit, 



aage : ça efté le pays d'Eumenides , qui a recher- 
ché fi curieufement les merveilles du Nil ; de 
Pythias,que Strabon tafche fi foigneufement 
d'imiter; & de quelques autres, dont les œuvres 
fe font perdues. Cette ville rendoit tous les Gau- 
lois tellement amateurs de la langue Grecque, 
que tous les contrats, &aélestant publics que 
particuliers fefaifoient en Grec ; elle avoit fon 
havre , fon arfenal , & quantité de navires , d'ar- 
mes, & de machines & engins de guerre,pour le 
defendrecontreles barbares, & s'acquérir l'ami- 
tié des Romains ; fbn terroir eft fertile en huile, 
& en vin , dont l'on faict grand eftat , comme 
auffi des huiftres. Vitruve remarque qu'on y 
faifôit des briques qui n'enfonçoient point dans 
l'eau. S. Hierofme après Varron rapporte 
qu'anciennement les habitans avoient trois 
langues à commandement, la Grecque, la Lati- 
ne , & la Gauloife. Cette ville eft recommanda- 
ble non feulement pour fon antiquité, & pour fes 
forces, mais beaucoup plus pour la fidélité qu'el- 
le a tousjours gardée à fon Roy.EUe eft baftie en 
forme de théâtre, de telle forte que le gros de la 
ville eft au cofté plus feptentrional , & en l'autre 
qui eft plus vers le midy il y a unecolline,où font 
les forts de N. Dame de la Garde , & de S. Ni- 
colas , avec la maifon du Gouverneur , & l'Arfe- 
nal. Entre ces deux extremitez eft le port , vis à" 
vis duquel font les Ifles de Pomegnes , en l'une 
defquelles D. Iunius Brutus avoit fon quartier 
avec la flotte , quand Iule Cxfar , duquel il eftoit 
AmbafTadeur , affiegeoit la ville. A une lieue de 
la ville fur la mer eft une citadelle, qu'on nom- 
me communément le Chafteau Di. Son premier 
Evefque a efté S. Lazare , que Iefus Chrift refût 
cita des morts ; on garde fa telle en l'Eglife de la 
Majour. Les autres villes Epifoopales font Digne, vj ^ tr " 
Grajfe, Glandere, Sene^, Vance, Apt, Frejus, Cifleron,^ 
Talon fur la mer, à neuf lieues de Marfeille. 

Il y a en outre quelques autres petites villes j 
Antibe , Hieres , vis à vis duquel il y a de très-belles 
ifles, où fe trouve du corail , qui ne doibt rien a 
celuy de la mer de Gènes; S.Maximin,8c Tarajcon, 
le Comté de Sauh, & celuy de S. Gilles. 



JI 



LA PRINCIPAVTE 

D' A V R A N G 

& le Comtat 

D' AVIGNON, 

ou de VenilTe, ou Venaiffin. 



E, 




Ntreles contrées, & 
provinces que les Cof- 
mographes d'aujour- 
d'huy ont accouftumé 
d'expliquer en la de- 
<ï fcription de la France, 
les unes font au Roy 
de France , lefquelles 
font divifées en huiâ: 
Parlements ; les autres 
font fubjeétes aux Princes étrangers , & ne re- 
cognoiffent point le Roy de France pour leur 
Seigneur.Or de ces Princes les uns font Ecclefia- 
ftiques, les autres Politiques. Le Comtat d'Avi- 
gnon eft fous unPrince Ecclefiaftique,à fçavoir le 
Pape. Le Duché de Savoye, & celuy de Lorrai- 
ne , la principauté d'Aurange, le Comté de 
Bourgogne, &de Charolois appartiennent à 
des Princes, & Seigneurs politiques. 

La principauté d'Aurange eft en la Gaule 
Narbonnoife, jadis appellée Braccata, laquelle eft 
feparée de l'Italie par la rivière du Vare , & par 
les montagnes des Alpes. Elle emprunte fon 
nom de la ville d'Aurange, qui en eft la capitale; 
elle eft enclavée dans leComtat d'Avignon com- 
me il appert par la carte ; du cofté du Couchant 
le Rhofne l'environne en forme de demi lune, & 
fes deux cornes regardent le Nord. Le terroir 
produift diverfes fortes de fruifts, & eftarroufé 
des rivières de Meine, Louvefe , & Egues, qui fe 
defehargent dans le Rhofne. Le circuit de tout 
ce pays eft fort petit , & n'a pas plus de i j milles 
de France, c'eft à dire huicT: lieues ou environ. 
Les habitans s'appelloyent jadis Canons , isf 
Araufici. La ville d'Aurange eft fort ancienne,car 
Strabon, Ptolemée, Pline, Pomponius Mêla , & 
Sidonius Apollinaris en font mention. Les Fran- 
çoys l'appellent Aurange,ou bien Orange; ceux 
du pays, Aurange ; les Latins Araufio , tf Cavarum: 
Pomponius Mêla la nomme Colonia Seamdanorum, 
& il y a une ancienne pierre , qui porte cette m- 



feription, Col. Avrasio. Secvndano- 
rvm. Coh. XXXii. Volvnt. IlyaunEve- 
fché , & Académie , mais elle n'eft pas des plus 
celebres;on y void plufieurs veftiges d'antiquité, 
entre autres les reftes d'un théâtre , & d'un arc 
triumphal fur la porte par où on fort pour aller à 
Lion ; dans cet arc on void des batailles à che- 
val, gravées avec un indicible contentement , & 
admiration ;on tient que C.Marius l'a faift dref- 
fer. Ilyadans cette mefme principauté quel- 
ques autres petites villes de moindre importan- 
ce, Martignan, Cadarouffe, Courtezon , Cau- 
fans, lonquieres , S. André de Ramiers, Brabay- 
on &c. Derbous eft hors de la demiluDe, & a fon 
petit territoire à part. La ville d'Aurange eft 
aujourd'huy munie d'une forte citadelle pofée 
fur une montagne , on y a adjouté divers boule- 
vars, & baftions , fous le Prince Maurice , à l'imi- 
tation des citadelles & chafteaux de Hollande, 
de manière qu'elle eft imprenable. On a tenu 
dans Aurange divers Conciles. Le premier fut 
tenu fous le Pape Léon , aux fins de remettre fus 
la difeipline Ecclefiaftique l'an de grâce 441 , au- 
quel affifta Eucher Evelque de Lion , avec d'au- 
tres Evefques. Le fécond fut l'an 461 fous le Pa- 
pe Hilaire,contre les reftes des Pelagiens, où fat 
déterminé ce qu'on debvoit croire de la grâce, 
& du franc arbitre , félon les articles envoyez du 
fiege Apoftolicq. Le troifiefme fut aflemblé l'an 
ji6 par le commandement duPape Félix, au- 
quel S. Cefarius Evefque d'Arles eferivit une let- 
tre dogmatique touchant la grâce , & le franc 
arbitre , laquelle fut confirmée par un brief du 
Pape Félix, & envoyée en divers lieux. 

Cette principauté eft aujourd'huy tenue par 
le Prince Frédéric Henry , Comte de Naflau, 
Gouverneur de Hollande , Zeelande , Vtrecht, 
&c. glorieux de plufieurs belles & fignalees 
victoires, fils de Guillaume de Naflau, & de 
Louyfe.filledeGafparde Coligni , Admirai de 
France. 



France. 



Ccc 



LE 



LE COMTAT D'AVIGNON. 




E Comtat d'Avignon, ou de 
Venaiffin , appartient au Pa- 
pe ; du codé du Couchant.il 
a le Languedoc, & leRhofne 
entre deux; du Midy, la Pro- 
vence, dontileftfeparépar 
I&à ' a Durance ; du Levant il a 
encor la Provence; du Nord leDaulfiné. En di- 
vers fiecles il a eu divers Seigneurs ; mefme il a 
efté tributaire de l'Empire Romain, comme le 
refte de la Gaule Narbonnoife. LesGothsen 
chafferent les Romains ; les Bourguignons en fi- 
rent fortir les Goths;& les Françoys ayans chafle 
les Bourguignons s'en rendirent les maiftres. 
Charles le Chauve Roy de France le donna à 
Bofon , qui fe fit appeller Roy d'Arles. Mais 
l'Empereur Otton ayant envahi le Royaume 
d'Arles s'empara par mefme moyen de ce Com- 
té;de là vient qu'il y a encore aujourdhuy plu- 
/îeurs lieux dans le Comtat, qui font fous la jurif- 
di&ion de la Chambre Impériale. Du depuis il 
fut tenu par les Comtes de Provence. Car Char- 
les, frère de Louys i x,ayant efpoufé Beatrix, fille 
de Raimond Comte de Provence , fut faidl Sei- 
gneur du Comtat. Le mefme conquift après le 
royaume de Naples , & de Sicile, qu'il laifla avec 
le Comté de Provence à fes fuccefleurs , entre 
lefquels fut Ieanne I, fille de Charles Duc de Ca- 
labre, laquelle fit prêtent de ce noble Comté au 
Pape Clément v l , en recompenfë du tribut,qui 
n'avoit point efté payé il y avoit fort long temps, 
pour le royaume de Naples , dont le Pape le dit 
Seigneur bénéficiaire, d'où vient qu'il eft appelle 
la Terre du Pape. Ce pays eft arroulé de trois 
rivières, du Rhofne , de laDurance, & delà 
Sorgue , tant chantée dans les vers de Petrar- 
che. 11 y a quatre diocefes, dont l'un eft Arche- 
vefché, à fçavoir celuy d'Avignon ; les trois au- 
tres , Carpentras , Cavaillon , & Vaifbn font 
Evefchez , dependans de l'Archevefché d'Avi- 
gnon ; qui eft la ville capitale du Comtat, fituée 
furie Rhofne,à main gauche; fur lequel il y a un 
pont de pierre , qui appartient au Roy de Fran- 
ce, avec la rivière, & non pas au Pape , fauf une 
petite partie , qui eft la plus proche de la porte. 
Cette ville eft recommendable pour le nombre 



de fept , qui eft le plus parfaiâ: de tous : car il y a 
lept fois fept ouvrages magnifiques. Première- 
ment, fept Palais; z fept Paroifles ; 3 fèptHoipi- 
taux ; 4 fept Monafteres de rehgieufes , j fept 
Collèges, 6 fept Convents; 7 fept portes. l'Egli- 
fe Cathédrale eft dédiée à la Vierge Marie. 11 y 
a un Convent de Chartreux, qui ne cède à aucun 
qu'ils ayent en Fiance , PVniverfité a efté jadis 
fort floriflante, quand les Papes faifoyent leur 
demeure dans Avignon ; Paulus Caftrenfis luy a 
fervi d'un fingulier ornement , par la renommée 
qu'il s'eft acquis mettant en lumière des com- 
mentaires fur le droict civil; André Alciat a aulfi 
efté Profefleuren cette Vniverfité. Les Papes 
y ont tenu fiege l'efpace de 60 ans tous entiers, 
ce fut Iean x X 1 1 lequel y transfera le fiege. Les 
autres villes du Comtat font Carpentras, Cavail- 
lon , Vayfon ; il y a une infcriptionàRome en 
l'Eglife de S. Pudentiane , qui en faiâ mention : 
C.Acilio. CF. Martiali. Vasione. 
Veter. Ex. Coh. xii. Pr. Militavit. 
Annis. xvii. Vixit. Annis. lv. M. I. 
Q^Domitivs. Adivtor- Hères. Con- 
sorti. Svo. Bene. Mer. Fecit. Et. 
S 1 b 1. le laide plufieurs autres petites villes , ou 
pluftoft bourgades. Il y avoit jadis non gueres 
loing d'Avignon , fur le rencontre du Rhofne & 
delà Sorgue , une puiflante ville, que Florus ap- 
pelle Vindelium, là où eft aujourd'huy la Trail- 
le : les bateliers du Rhofne appellent traille cet- 
te corde qui eft tendue lùr le Rhofne d'un bord 
à l'autre,à laquelle eft attachée la barque dupaf- 
fager , de peur qu'elle ne foit emportée par le 
courant de la rivière , laquelle eft fort rapide. 
Entre Avignon & Aix eft Vauclulè, en une très- 
plaifante vallée , toute pleine defources claires, 
comme cryftal , au pied d'un rocher; on y void 
encore la maifon de Petrarche , où il fe retirait 
en la plus agréable faifon de l'année , pour vac- 
quer plus à requoy à l'eftude,& méditation de la 
philofophie. Scaliger en fes poéfies arraifonne 
la ville d'Avignon en ces termes : 

Vivendi ratio cum libertate recepta 
Efficiunt, M fis altéra Roma tibi. 

Templa, forum, celfojubdufta palatia cœlo, 
Magna hxc : te plus efi dicerepoffe tuttm. 



5 1 



LE DAVLFINE. 



tes limites . 




, E Davlfin n'a pour 
\ fes limites du cofté du 
j Midy la Provence , du 
I Septentrion la Bref- 
, fe , & le Rhofo.e entre 
deux; du Couchant le 
I Comté de Veniffe, 
qu'on nomme com- 
munément leComtat; 
du Levant le Pied- 
mont avec la Savoye ; il eft fous le reffort du 
Parlement de Grenoble. Quelques uns tirent 
U«mml f on nora j e Chafteau Daulfin. Le naturel du 
dutemir. unQn n > e f|. p as ] e me f m e par tout ; car en quel- 
ques endroiéts il eft fort fertile,& fterile en d'au- 
tres , principalement du cofté des montagnes, 
lefquellesy font fort fréquentes. Les habitans 
ont bonne opinion d'eux mefmes,& font grands 
amateurs de leur liberté , laquelle ïlsdoibvent à 
Dieu,& à leur noblelTe;ils font affez induftrieux, 
& accorts en leurs affaires , toutesfois ils fe laif- 
fent tromper à leurs voyfins; les villageois & 
payfans font pour la plus part affez greffiers ; 
mais la nobleffe, & ceux qui demeurent dans les 
villes, font grandement courtois,& duifts à tou- 
te forte de bien-feance , ils ne font nullement 
arrogans , ni defdaigneux , ils ont un naturel jo- 
vial , un efprit es-veillé & gaillard , tousjours ac- 
compagné de gravité , ils font propres à toute 
forte de feiences , nommément à la Mathémati- 
que, & feplaifent grandement à la recherche 
£M*w«wdesiëcrets delà nature. Cette province com- 
Mitms in prenoit jadis les Allobroges , qui font aujour- 



J)anljîn 



Ses villes, 



Vienne* 



'd'huy les Savoyards , & ceux de Genève ; les 
Viennois ; les Caturiges, aujourd'huy Chorges 
près d'Embrun fur la Durence ; lesEmbrunois; 
les Valentinois , qui fe nommoyent Selagalatmi ; 
les Vocontiens , qui font ceux du pays de Dye, 
jufques à Vaifon;ceux del'Evefché de Grenoble, 
nommez Gratianopolitani ; lesTricaftins, où eft 
aujourd'huy S.Anthoinejle pays de Gapençois, 
jadis nommé Vapincenfes; &leBriançonnois, 
que les anciens nommoyent Brannovii. 

Il y a dans cette province fept villes principa- 
les , dont il y en a deux qui font Archevefchez, 
Vienne, & Embrun,& cinq Evefchez; les autres 
font de moindre confequence. Strabon met 
Vienne pour capitale des Allobroges , elle eft 
fur le Rhofne à cinq lieues de Lion , Aulone l'ap- 
pelle Alpina en divers endroits ; outre que c'eft 
un Archevefché , elle a auffi efté érigée en Du- 
ché. On tient que Crefcent difciple de S. Paul 
en a efté le premier Evcfque: Mamercus a auffi 
efté Evefquede cette ville.lequel appaifa l'ire de 
Dieu par des procédions , qu'il inftitua , Se laifla 
France. 



àlapofterité. Elle a porté de grands perfonnâ- 
ges, entre autres Adon, qui afaict le martyrolo- 
ge, Claudius Mamercus.qui a compofé des livres 
fort doftes touchant l'eftat dé l'ame; on dit auffi 
que Pilate y fut envoyé en exil , il y a encor une 
tour qui porte fon nom. Qui voudra voir les dif- 
cordes &diffenfions qui ont efté de tous temps 
entre ceux de Lion & de Vienne touchant la 
prefeance, life Corneille Tacite au liv. i. Sué- 
tone raconte , que tandis que l'Empereur Vitel- 
lius donnoit audience & feoit en fon lit de Iufti- 
ce , un coq fe vint pofer fur fon elpaule , & puis 
furfatefte, & les devins ne fe trouvèrent point 
menteurs , qui dirent que ce prefage fignifioit 
que l'Empereur tomberoit entre les mains d'un 
Gaulois, qui le tueroit ; car quelque temps après 
il fut tué par Antonius premier chef du parti 
contraire , lequel eftoit natif de Toulouze, & le 
nommoit en fon bas aage Becus , qui lignifie le 
bec du coq. L'an i J43 cette ville fut fort affli- 
gée & incommodée des des-bordemens du 
Rhofne. Pline loue grandement le vin de ce 
pays, & dit qu'il a un gouft de poix. 

Embrun, en latin Ebrodunum, eft la metropoli- f^£> 
taine de PEmbrunois , elle a des montagnes tout mm . 
a l'entour fertiles en vin, en blé, en fruifts, & en 
diverfes fortes de fimples. Il y a eu jadis un Ar- 
chevefque nommé Guillaume , quia colligé le 
lixiefme des decretales , par le commandement 
de Boniface vin. Les Archevefques font Sei- 
gneurs temporels de la ville; laquelle a obtenu 
plulieurs grands privilèges des Roys de France, 
entre autres le droicl: de fouveraine Iuftice , & de 
battre monoye. 

Les cinq villes Epifcopales du Daulfiné font 
Valence, Dye, Grenoble, S. Anthoine, & Gap. 
Valence a pris fon nom delavaleurouvaiUan-^fc,„. 
ce des foldats , & non de l'Empereur Valens, ou 
Valentinian. Il y a une fort célèbre Vniverfité, 
où laques Cujace.qui a efté l'ornement du fiecle 
pafté, a enfeigné; elle porte tiltre de Duché, & 
eft la capitale du Valentinois; elle eftoit jadis 
fubjeaeàl'Empire Romain, auquel elle a efte 
tousjours fidelle&obeiifante; environ 1 an 41 y 
elle fut prife par les Goths , puis après par es 
Bourguignons ; elle fut auffi affiegée par les 
Lombards, l'an 576, mais pour néant On y 
void quelques raierez , entreautresleffig.edu 
Géant Buard, qui a 1 j coudées de haut, & quel- 
ques uns de fes os;hors la ville parmi les mazures 
del'Eelife de S.Pierre fe void une grotte, ou 
voutelbus le Rhofne; je laifte les autres. Quel- 
ques uns eferivent que le corps defainûc Iuft.ne 
fut trouvé hors la porte de fainft Félix avec 
quelques ornemens. Dye eft la capitale du pays vy. 
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Grimlk. j e j)y ; Si Grenoble s'appelloit jadis Cularo,Sc fes 
murailles dans les anciennes infcriptions font 
nommées Culttrontnja mûri ; il s'en void encor 
une fur la porte,qui eft du collé du Midy,& s'ap- 
pelle Romaine , & une autre fur la porte qui re- 
garde le Nord , par laquelle on va à Vienne , du 
depuis , ayant efté pofllble accreue par l'Empe- 
reur Gratian.elle fut appelle Gratianopolis : S. Au- 
guftin au 1 1 de la Cité de Dieu chap. 7, Sidonius 
Apollinaris au liv. 3, en Pepiftre 14, Grégoire de 
Tours au liv.4, chap. 44,1a nomment ainfi. C'ell: 
le fiege du Parlement de Daulfiné ; elle eft baftie 
for la rivière d'Ifere , au pied d'une montagne 
cju'on nomme communément Charlemont : fes 
anciennes murailles & portes font voir quelle a 
fefté jadis fa figure: quand les murailles, que 
Françoys premier a commencées , feront ache- 
vées, la ville lera prefque quarrée. Vers le Nord, 
entre la ville & le fauxbourg de S. Laurens , eft 
la rivière d'Ilère, fur laquelle il y a un très beau 
pont. Le Drac eft un torrent fort rapide & im- 
petueux,du cofté du Midy, lequel gafte & ronge 
les terres voyfines par fes desbordemens , & ne 
peut eftre enfermé d'aucun rempart. Le terri- 
toire s'appelle Graifivouldan. A mille pas de 
la ville il y a un bourg nommé Parifet , où eft la 
tour S. Venin, ainfi appellée d'autant que quel- 
que belle venimeufe qu'on y porte meurt fur le 
champ; toutesfois elle n'eft point habitée. 
s.Amhoi- S.Anthoine de Tricaftin,au rapport du doâre 
Scaliger, s'appelloit jadis Augufta Tricaftino- 
<7«/>. rum. Gap, en Latin Vapingum , eft la capitale du 
Gapençois, tout montagneux ; la ville eft pofée 
au pied d'une haute montagne, que ceux du pays 
appellent le Col S. Digo , il y a un bailliage. Il y 
a de plus les pays deTreves, des Baronnies, & le 
Briançonnoisjle premier a pour fa capitaleMens, 
le fécond Buys , & le troifielme Briançon , près 
de laquelle ville il y a une roche percée en for- 
me de porte , fur laquelle fe lifent ces mots : 
D. Cœfari Auguflo dedkata,Jalutate eam, c'eft a dire, 
Dédiée à l'Empereur Augufte , Saluez là ; mais 
cette infeription ne fent point fon antiquité , on 
tient que ce fut Iule Csfar qui perça cette ro- 
che, pour s'ouvrir le chemin dans les Gaules. 11 y 
a deux Comtez, Champfaut, & Roffilon. 



L F I N E'. 

Il y a dans le Daulphiné pîufieurs autres peti- ******* 
tes villes, dont.les unes font fur le Rhofne, com- * 
mêle Montelimar, &Thin, qui appartient aux 
Comtes de Tournon ; Romans avec fon cha- 
fteaueftlùrl'Ifere , c'eft une ville riche qui a un 
très beau pont, pîufieurs ayans efgard à fon nom 
tiennent que les Romains en ont efté les fonda- 
teurs. Celles qui s'enfuivent font dans les mon- 
tagnes, Talart,Chorges, Chafteauroux, S-Cref- 
pin, Vayne, Serre , le Bayx, S. Eupheme , Vau- 
xerre, Corp, la Mure, Men, Vigile, Ours, Effil- 
les qui eft la clef du Daulfiné , quelques uns croy- 
ent que c'eft celle que Cefar nomme Occhtm, 
Chalteau Daulfin , S. Clément : celles-cy font 
dans la plaine, Quirieu,Cremieu, La Verpiliere, 
Bourgoing, la Tour du Pin, le pont Beauvoifin, 
dont la moitié eft en Savoye , la Cofte S. André, 
S. Donat , Macelan , Ville neufve, S. Marcellin, 
Tulins , Lamben , Modian , Moretel, S. Valier, 
Beaurepaire , Beau pays, Muraz, Neiron , Len, 
Ten , Chafteau d'Imble , Aleflan , Montelier, 
Beaumont , Lauriol, le Creft, Sallians, Verane, 
S. Paul , Avallon. Entre les derniers Princes 
Daulphins il y aeuunGuido, lequel mourut en 
la bataille contre les Savoyards, & ne laifla point 
d'enfans, fon frère Humbertluy lùcceda, lequel, 
environ l'an 1 340 , outré de regret à caufe delà 
mort de fon fils unique , & ne pouvant fouffrif 
que cette noble province fut démembrée en 
pièces , & partagée entre les héritiers après fa 
mort , la donna , avant qu'entrer en l'ordre de Fomqmy 
S.Dominique, à Iean Roy de France, à la charge "J^ ' 
& condition que l'aifné de France s'appelleroit ïappeih 
toufiours Daulfin , ce qui s'eft faiét , & par ainfi Dm H'"- 
Charles fils de Iean fut le premier Daulfin. Hum- 
bert fe rendit moy ne auxlacobins de Paris, où 
fe void fon fepulchre avec cet epitaphe : 

Cy gift le Père & tres-illuftre Seigneur Hum- 
bert, jadis Daulfin de Viennois, puislaiflantfa 
principauté fut faiét frère de noftre ordre , & 
Prieur de ce Convent de Paris, & enfin Patriar- 
che d'Alexandrie , & perpétuel Administrateur 
de PArchevefché de Rheims , & principal bien 
faéteur de ce noftre Convent . Il mourut l'an de 
gracei 3 jy. 



DESCRIPTION 
DELADVCHE 

DE S A V O Y E. 

Es Savoyards ancien- tiennes , auprès defquelles l'Empereur Pertinax, 

nement nommez Allô- à caufe de Ton avarice , defireux de gaigner , de- 

broges, font renommez vint marchand , incité & ravy par la fubtilité & 

parla victoire de Fa- fineffédu menu peuple, ainfi que raconte Capi- 

bius, & conjuration tolinus. Et ce n'eft pas merveille, que Pline & 

de Catilina. Or pour plufieurs autres mettent les Sabatiens en Italie 

! certain (ainfi que. les entre les Liguriens, puis que Strabon mefme 

Antiquiteznousenfei- affirme qu'anciennement les Grecs mettoient 

gnent)toutecétecon- auffila ville de Marfeille dans la première de Li- 

trée & pays a eu jadis gurie : ce que faifoient pareillement les Fran- 

tiltre de Royaume,& du temps du vaillant Han- çois , i, tï^„ «a™", a,>« i , f/ ^ wl ^ ^^ rS 

mbal, lequel , Branco guerroyant contre fes fre- yUi wl M*. Cette dénomination doncqueseft 

res pour le gouvernement du pays , fut par eux dérivée du rivage de la mer Méditerranée aux 

conltituearb.trcadjugeant en faveur de l'aifné, lieux intérieurs. Outre les Allobroges, plufieurs P , 

!" e , " 3 M &a J e ë^ L ainfi que raconte Lbius autres ont habité ce pays ,comme Centroniens,™! 




lib. z i hiftoriar. Lucius Florus 'fait auffi mention 
du Roy Betullus captif par Q_Fabius Max. Pa- 
reillement Cottius Roy des Allobroges fut très- 
grand amy de l'Empereur Augufte , lequel ren- 
dit plus acceffibles les Alpes , facilitant grande 



Nantuafes, Carroceliens, Meduliens, Vera- 
griens, Salaffiens & autres. Les Allobroges ne 
font pas inférieurs en richeffes & renommée à 
quelconque nation Françoife, ainfi que dit Li- 
vius. Le Poète Horace aux Epodes en un vers ■dti'bni"- 



ment les paffages. Anciennement la ville capita- au peuple Romain , ayant grand pitié & ce 

le du pays fut Vienne: à raifon dequoy Mêla la paffion de la Republique exagitée de guerres 

f^"' nomme Vienna Allobrogum. Il y a grande difpute civiles, nomme le Savoyard notis rebut infidelis Al- 

& diverfes opinions de l'origine du nom Savoy- lobrox: là où le vieux Commentateur dit , que les 

ard. Charles Bovil affirme que ce pays , à caufe Allobroges font François roux , & appeliez Se- 

des deftroits & chemins obfcurs ; & auffi du peu quanti, demeurans en cette eftendue des Alpes 

d'habitans, fut remply de voleurs & brigands, depuis Befançon jufqu'en Allemagne , lefquels, 

lefquels maflàcroient oudépoùilloientlespafTa- adonnez grandement aux nouvelles , negar- 

gers , & pour les grands périls & difficultez dés dent aucunement leur foy à leurs Princes & Sei- 

chemins fut nommée AW-ïoy* ,c'eft à dire mau- gneurs,& la plufpart d'eux ont les cheveux jeau- 

vaifè voye;& ces brigands & aflaffineurs enchaf- natres. Les Centroniens ont demeuré en cette CtM "«»- 

fez & tuez par quelque Seigneur ou Gentil- partie des Alpes , là où pour le jourd'huy eft 

homme voifin , fut dit Saul-ipoye ; mais d'autant Tarantaife. On lit aux Antiquitez des Provin- 

qu'il n'apporte aucun Autheur de cette opinion, ces Gauloifes , eftre fouz Vienne CMt.asCentro- 

ny le temps que cela peut eftre arrivé, ayants ««ra.c'eftàdire.l'ArchevefchédeTarantaife.Les 

tant d'hiftoires véritables , nous le rejettons Autheurs nouveaux mettent en divers lieux les 

comme chofè fabuleufè. Certainement l'Anti- Nantuates,- Marlianus les loge fur le lac Acronie,2w„ W 4/«. 

quité de l'Empire fait fouventesfois mention de aujourd'huy de Confiance. Paradinus affirme 

Savoye, lareduifant entre les Provinces Nar- que la contrée &le nom des Nantuates fè ren- 

bonnoifes : dequoy il paroift que le nom de Sa- contrent encor pour le jourd'huy en cette 

voye eft beaucoup plus ancien que la langue bourgade nommée Nantua,nonloing deCham- 

moderne des François & Savoyards. Autres bery. Iofeph Scaliger eferivant à un fien amy de 

Autheurs tiennent pour certain que les Savoy- ce peuple, dit: Garde^de croire qu'ily aenSaipoye 

ards furent du nom Sabatia, nommez Sabatii , & une Abbaye de ce nom , comme affirment quelques tefles 



depuis Sabaudi , laquelle opinion eft afTez proba- 
ble ; Auffi Plinius lib. 3 fait fuffifante mention des 
eaux Sabatiennes, c'eft pourquoy Silius lib. 8 , 

Quique tttos Flalpinafocos, Sabatia quique 

Stagna tenent. 



malfaines , ce font ceux où efl Oftodurus , Te(l à dire 
S. Maurice,' dequoy rend affe^fuffifant tefmoignagethi- 
floirede la Pafsion delà Légion Tebéene,en laquelle on fait 
mention d'Oclodurus. Cefar conftitue Oiftodurum 
aux Nantuates voifins>des Veragriens. Aucuns 



Mêla nous affirme pareillement d'une ville lifent Antuates: mais ceux qui mettent les Nan- 

nommée Sabatia. Or il eft certain & hors de tuâtes fur le lac Acronie, & affirment eftre ceux 

controverfê , que ce font les vrayese aux Saba- de Conftance , tf&ne fe trompent pas moins que 

France. % E e e ceux 







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Meri '"' die s 



D E S C R I P T 

ceux qu'ils eftiment eftre l'Abbaye des Benedi- 

Cmaii. £j.j ns _ Caroceliens, eftimez par Raymund Mar- 
Iian habiter, où pour le jourd'huy eft la monta- 
gne Cinefia, ou de cendre , dit vulgairement le 

/t/«/«/rtw.]vIont-cenis;leurs voifins ont efté les Medulliens, 
ainfi que tefmo'gne Vitruvius lib. 8 , lefquels 
Philander & Barbarus difent demeurer en la 
vallée Cikra, & Dalechampius dit eftre ceux de 

Krtgiau. Miollant & Tarantaife. Le pays des Veragriens 
eft nommé de Guillaume Paradin WaMfferkni,8c 
par /Egidius Scudus Pays du Gavot,& Pingonis 
laDuché de Cliablais.Marlian dit eftre les monts 
S. Bernard & deBrige, lequel met pour capita- 
le quelque village , là où eft l'Abbaye de S. Mau- 
rice. Cefar eftime que les Nantuates Veragri- 
ens & Sedunois depuis les confins des Savoy- 
ards, le lac Lemanne,ou de Genève, & le Rhof- 

SulUffim. nC) appartiennent aux Alpes. Les Sallaflîens 
eftimez par Ptolemée avoir efté anciennement, 
où eft pour le jourd'huy Augflallen Allemand, & 
en Italien Vald'Ofta. L'antiquité de Vienne fait 

cintvatci. pareillement mention delà ville de Genève. 11. 
eft certain qu'il y a encor d'autres habitans de 
ce pays, aujourd'huy nommé la Savoye, le nom 
defquels eftpery , à caufe d'antiquité & habita- 
tions incertaines. 

Tout ce pays-là , où font pour le jourd'huy la 
Savoye, Dauphiné & autres Provinces voifines, 
ajoûy du tiltre de Royaume, ainfi qu'il paroift: 
enLiviuslib. n. La Savoye partie dece Roy- 
aume a eu divers Princes & Seigneurs , lefquels 
par l'efpace de cinq cents ans furent contents 
d'une petite eftenduè" de pays, mais pour le prê- 
tent eft gouverné par Ducs tres-puiffans : car 
alors ils le difoient tant feulement Comtes de 
Morienne, le premier delquels lut Bertold le- 
quel contraint de quitter fon pays, vint en cette 
partie de Bourgogne , laquelle entre les Savoy- 
ards eft appellée la Comté de Morienne. Or 
ayant monftré fon courage & vaillance au fèrvi- 
ce de l'Empereur, obtint cette Comté, laquelle 
lônfils HumbertI, recevant plus amplement 
par droiél fœudal de l'Empereur Henry III, la 
tranfporta depuis à fon fils Amedée I , & Hum- 
bert fon nepveu , lefquels par la fucceflîon d'A- 
delheyde femme de Humbert I, furent Marquis 
de Suze , ayans adjoufté à leur domaine Taran- 
taife. Humbert 1 1, eut pour fils Amedée 1 1, pre- 
mier Comte de Savoye, Marquis de Turin & 
Saluffes,lequel eut pour héritiers en droite ligne 
Humbert III, puis Thomas , lequel par armes 
adjoufta le Piedmont, Amedée III, lequel ocr 
cupa la Petra de Val d'Ofta , & la Seigneurie de 
Chablais , les Seigneurs defquels eftoient décé- 
dez fans héritiers malles. Boniface , auquel, 
eftant mort fans enfans , fucccderent les frères 
de fon père , à fçavoir Pierre , lequel augmenta 
grandement fon domaine.ayant pris par guerre 
plufieurs bourgs voifins du lac de Genève; & 
Philippe auparavant Archevefque de Lyon , le- 



I O N DE LA 

quel fruftré d'avoir des enfans , tranfporta la 
meilleure partie du pays au fils de fon frère 
Thomas, appelle Amedée VI, inftituteurde 
l'Ordre des Chevaliers de l'Annunciation. Ame- 
dée V 1 1. Amedée VIII, lequel fut crée le pre- 
mier Duc de Savoye par l'Empereur Sigifmund 
l'an 141 6 : celuy tranfporta volontairement 
tout Ibn domaine à lôn fils Louys, Se eftant déjà 
Moine,fut par les Pères du Concile de Confian- 
ce efleu Pape , contre Eugène IV, ayant pour 
nom Félix V , toutefois après neuf ans cédant à 
Nicolas V , le contenta feulement d'eftre Car- 
dinal, & mourut l'an 1452 à Ripaille fur le lac de 
Genève. Apres 

1 Amedée, furent Ducs, 

2 Louis Duc de Savoye, mourut l'an 1462, 

fa femme Anne fille du Roy de Cypre. 

3 Amedée I X , Duc de Savoye furnommé 

Difus Paterque, mourut l'an 1475 , il eut 
à femme Folante fille de Charles VII 
de Valois, Roy de France. 

4 Philibert Duc de Savoye , mourut l'an 

1485. 
j Charles Duc de Savoye , mourut em- 
poifonné, l'an 1489, il eut à femme 
Blanche, fille de Guillaume Marquis de 
Montferrat. 

6 Charles II, Duc de Savoye , mourut aa- 

gé de fix ans l'an 1496. 

7 Philippe de Brefle Comte de Venaiflîn, 

Se Seigneur de Brefïe,fès coufins morts 
fut Duc de Savoye,& mourut à Cham- 
bery,l'an 1498. 

8 Philippe le Bel eut à femme Marguerite 

fille de l'EmpereurMaximilian,& mou- 
rut fans enfans, l'an 1 J04. 

9 Charles 1 1 1, Duc de Savoye, lequel guer- 

roya mal-heureufêment contre ceux 
de Genève. François I, de Valois , Iuy 
olta la meilleure partie de là Duché, 
& le chafla de fon pays , mourut à 
VercelliPanij;j4, au mois de Iuin : Il 
eut à femme Beatrix , fille d'Emanuel 
Roy de Portugal. 

10 Emanuel Philibert Duc de Savoye, de- 

jetté de Ion domaine, a porté les armes 
lôus l'Empereur Charles V , & Philip- 
pe II, Roy d'Efpagne, mourut l'an 
ij8o,le2d'Aouft. 

1 1 Charles Emanuel Duc de Savoye , Prince 

de Piedmont , eut à femme Catherine, 
fille puifnée de Philippe 1 1 , Roy d'Ef- 
pagne , mourut l'an 1630, le 16 de 
Iuillet. 

12 Victor Amedée Duc de Savoye , Prince 

de Piedmont , a pour femme la fille de 
Henry le Grand , & feur de Loûys 
XIII, Roy de France. 
La Savoye eft bornée du cofté du Nord de Limita. 
la Bourgogne , des Suifles & du lac de Genève : 

du 



DVCHE'DESAVOYE. j4 

Levant de Wallis & Piedmont : &du cofté du parée en deux parties parle Rhofne, &eftcon- 

Midy & Couchant eft jointe au Dauphiné , & jointe par un pont de bois, lequel eft fortifié 

Duché de Bourgogne, eftans feparez l'un de grandement d'une Ifleintcrpofée,eftant remply 

l'autre par le Rhofne. L'air eft pur & tempéré des deux coftez delà riviere,de maifonsmagni- 

en cette contrée: elle a force montagnes du fiquement bafties; la plus grande partie de la 

cofté du Septentrion , regarde les très-hauts ville eft du cofté du Midy , la plus petite vers le 

coupets des montagnes lut*; les Veragriens ont Nord. Au bout de lifte qui regarde 1 Orient eft; 

les Alpes Pcenines ; les Salaflîens ont les Alpes une haute Tourelle, ou en latin Spécula, laquelle 

Grajes;&les Medulliens, les Alpes Cottiennes; aucuns dilênteftre baftie de Cefar. Enla plus 

quant eft des vallées & lieux champeftres , ils grande partie eft la grande Eglife dédiée à 

fonttres-plaifânts& fertiles, & principalement S.Pierre, en l'autre eft le Temple de S. Gervais, 

du cofté du Nord au long du Lac de Genève, là duquel toute cette partie de la ville prend fon 
où croift le vin tres-puiflant & généreux, vulgai- 
rement appelléRipaille a lactisRipa.EWe a d'avan- 
tage des belles prairies pour y paiftre toute 
forte de beftail , tant proche du petit mont 
S. Bernard,comme en autres divers lieux. Elle a 



nom. Qui veut cognoiftre les antiquitezdecet- 
te ville, & les difputes desEvelques contre les 
Ducs de Savoye pour le gouvernement , peut 
lire & fueilletter François Bonivard efcrivantà 
Sebaftien Munfter,& encorplufieursautres.Elle 



pour Rivière l'Arch, le Rhofne, Are, Drance & femit en liberté environ l'an 1535-, comme tef- 

plufieurs autres : elle a pareillement divers lacs, moigne un Efcriteau pendu publiquement à la 

entre lefquels ceux-cy font les principaux, le lac muraille de la court. Elle eft confédérée avec les 

de Genève, celuy de Nice, & l'autre de Bourg. Bernois, Canton des SuifTes, depuis l'an 1 j 36", & 

La ville capitale de Savoye eft Chamberiacum, cette alliance a efté plufieurs fois depuis renou- 

communement appellée Chambery , ayant une vellée. Pour le prefent elle recognoift le Roy de 

forterefle, demeure ordinaire des Ducs, là où France pour fon protecteur. Ces chofes fuivan- 

eft le fupréme Siège Iudicial , lequel on nomme tes font principalement dignes d'eftre veuës : 

vulgairement le Parlement. Cette ville eft fituée i,Le lacLeman long de quinze lieues & large de 

en une vallée ceinte de tous coftez de monta- quatre , par le milieu duquel pafle le Rhofne, 



gnes très-hautes. 

Nousadjouterons , comme parties principal- 
lés de la Savoye,lesComtez de Genève, Morien- 
ne , Tarantaife , le Marquifat de Suze , Se quel- 
ques Seigneuries. 

COMTE' DE GENEVE. 



n'entremeflant aucunement fes eaux avec celles 
du lac. i, Le Temple de S. Pierre avec le Cloi- 
ftre, du temps du Paganifme dédié à* Apollon. 
3, Le Boulevart duquel le Duc de Savoye, ayant 
drefle des efchelles , penfant furprendre la ville, 
fut chalTé honteulèmentavec grande perte des 
fiens. 4, Trois portes de la ville .appellées, la 
porte Neuve, la porte Rive, & la porte Corne- 

LA Comté de Genève a pris fon nom de rin. j , Trois rangs de rampars defquels la ville 
la ville Genève , la fyllabe du milieu eftant eft entourée , eftans par deflbuz minez de tous 
brève; comme inElufa,ce que le language coftez. Or cinq cents Bourgeois conftituent le 
Suiflere fait paroiftre, lequel nomme cette ville Magiftrat , elizans d'entr'eux douze des Princi- 
Genff, ce que nous enfeignent pareillement les paux,lefquels tiennent le Gouvernement l'efpace 
payfans des faux-bourgs , & les Savoyards , lef- d'un an rant feulement , & d'entre ces douze on 
quels la noment Zeneva , mettans l'accent en la en choifit quatre Syndics ; l'un pour gouverner 
premier fyllabe. Mais c'eft toujours la couftume les chofes appartenantes à la guerred'autre pour 
des François de prolonger les fyllabes du milieu chofes criminelles , le troifielme pour les affaires 
brèves, comme publique , facile, Sec. lefquelles les civiles, Se lequatriefme a de couftume defecou- 
Latins abbrevient : & mefme félon la prefente rir les trois autres, 
prononciation des habitans , ledit CenaVapav 



IMTE DE MORIENNE. 

' Aurianenfis , vulgairement la Morienne, 



Ms'eftendVerslarïviercArche, il y aune 
Chapelle de S. Iean , c'eft poorquoy 
elle eft furnommée S. Iean de Morienne. C'eft 



Antonin au chemin de Milan à Strasbourg par 
les Alpes Graj es. 

Cette ville eft très-ancienne : car Cefar fait 
mention au liv. 1 des Guerres Gauloifes d'un 
pont lîtué fur le Rhofne proche Genève par 
luv demoly;& d'une muraille tirée du commen- 
cement du lac Lemanne, jufqu'àla montagne un bourg aflez noble & renomme ayant une 
Jura, de longueur de dix-neufmille pas , ayant belle forterefle. En ce heu eft enfevelyHum- 
feize pieds de hauteur. Ce que nous admirons bertl, lequel par droiét féodal "™>treceula 
grandement, c'eft que Strabon.Pline, Ptolemée Comté de Monenne , a cette heure Duché de 
& autres Autheurs ne font point mention d'une Savoye de 1 Empereur Henry III, lan 1048, 
ville fi renommée que cette ville de Geneve.Elle auprès duquel repofe le corps de fon fils Ame- 
eft pour le jourd'huy fituée fur le lac LemaD, Ce- dée, furnomme Couda. 
France. 



COMTE' 



S A V 
COMTE' 
DE TARANTAISE. 



L 



A Comté deTarantaifè eft ferrée des Al- 
pes & des rivières Arche & Are, là où 
' l'Arche fe méfie avec la Chamoufe. Elle 
a pris fon nom de la ville Tarantafia, laquelle s'ap- 
pelle aujourd'huy Mouftier, Se des Allemands 
Munfter in Tarant/ifett,ainCi que raconte Iofias Sim- 
ler, Humbert II Comte de Morienne fut enfe- 
vely en l'Eglifè principale de cette ville , lequel 
avoit adjoufté à fon domaine par droict de guer- 
re la Comté de Tarantaifè. 
/î.'maiy5( Le Marquifat de Suze ainfi dénommé de la 
àiSau. ville de Suze, laquelle eft fituée non loing du 
fleuve Dorie , qui deffous Turin entre dans le 
P6. Ammianus au livre ij dit, que la ville de 
Suze eft le commencement des Alpes Cottie- 
nes, & que les Roitelets de ces Alpes avoient 
leur fépulture proche les murailles de cette ville. 
Aucuns tiennent que Suze eft la Principauté du 
Piedmont. 

SEIGNEVRIES. 

LA Seigneurie de Foflïgny eft voifine du 
Lac de Genève , en laquelle eft Ripaille, 
lieu affez plaifant,& fort renommé,à rai- 
fonqu'AmedéeV III, premier Duc de Savoye, 
ayant quitté /es Eftats & honneurs , fe rendant 
Moine , & depuis efleu Pape, par les Pères du 
Concile de Balle, contre Eugène IV, le 24 
d'Aouftl'an 1440, eftant appelle Félix V, il de- 
meura quelque temps en ladite place , faifant 
baftirpour luy & les fiens quelques édifices de 
petite defpence. On lit qu'Eleonore fille du 
Seigneur de Foflïgny , efpoufà Pierre , fixiefme 
Comte de Savoye. Auflï Marie, fille d'Amedée 
I V.huictiefmeComte de Savoye,& de Braban- 
tine,fut mariée avec un des Seigneurs dudit lieu. 
cU/iuj. La Seigneurie de Chablais , join<fte du cofté 
du Levant à Foflïgny , fut adjouftée au domai- 
ne de Savoye par Amedée III, lors qu'il man- 
quoit d'héritiers malles. Aucuns attribuent à 



O Y E. 

cette Seigneurie les places fùivantesj Tonon, 
Evian , S. Gingo , & autres. Qui veut fçavoir 
quelque chofe de la Seigneurie Vulgairement 
nommée Val d'Ofta , il peut voir les Hiftoriens r<ddop*. 
de Piedmont. Il y a encor autres villes au pays . ., 
de Savoye, comme Aiguebdk, dénommée des %,, 
eaux belles , d'une rivière qui fe joint non loing 
delà dans le fleuve Arche: Mont-belial, Bellay, 
Nky, Mont-Melian, Infilles par deffus Suze. 

Le pays de Brefle eft auflï de la Savoye , il eft 
enferré du Rhofne & de la Saône , le traverfant P«j"h 
la rivière Dain , duquel on parlera plus ample- s "^'' 
ment à la carte de Brefle. 

Papirius Mafloniusenfon traittédes Ducs de 
Savoye eferit choies dignes de remarque de ce 
pays,que les Allobroges, (defquels,fêlon Livius, 
la ville capitale eft Vienne, la plus ancienne de 
toutes les Gaules) laiflant leur nom ancien, fè 
nomment à prefent Dauphinois: & avant Li- 
vius la ville de Genève eftoit fouz la puiflance 
des Allobroges , ainfi que tefmoigne Cefàr en 
lès Commentaires deBello Gall. Il eft certain 
qu'à prefent les Savoyards font voifins aux Dau- 
phinois,par lefquels traverfent le Rhofne & lier, 
rivières affez renommées. Par ce pays on va au 
Mont-cenis, lequel divife l'Italie de la France: mais 
il faut pafler la Vallée de Morienne , là où eft ce 
bourg très-ancien de S. Iean , annobly d'un 
Evelché,qui eft fouz la puiflance de l'Eveique de 
Vienne.Et faut bien qu'il foit vieux,puis queTn- 
ronenfis, y a déjà plus de mil ans, a fait mention 
del'Evefché de Morienne:tout ce pays eft pour 
le jourd'huy réduit fouz le nom de Savoye , le- 
quel nous eftimons eftre nouveau , puis que nuls 
anciens Autheurs ou Hiftoriens n'en font men- 
tion aucune. La Savoye , ou bien la Sabaudia 
( ainfi qu'à la Chronique de Prolper ) propre- 
ment eftimée, s'eftend depuis le fleuve lier , juf- 
ques au pied de la montagne Cenis , en laquelle 
il y a deux villes , à fçavoir Chambery & Mont- 
melian : mais à prefent , les eftrangers, pluftoft 
que ceux du pays, prenans une partie pour le 
tout, nomment Savoye, toutes les Provinces 
fûbjettes au Duc. 



L' E M P I R E 



H 



D E 



HARLEMAGNE. 




EsanceftresdeChar- 
lemagne , outre la 
charge de Connefta- 
ble, eurent plufieurs 
belles & grandes Sei- 
gneuries; car ils poffe- 
derent en Auftrafie 
une grande partie de 
la région qui eftfituée 
entre les rivières de la 
Meule & Mofelle , d'où ils furent appeliez les 
Ducs de Mofêllanie. Les Annales de Brabant 
mettent pour leur premier Duc, Pépin, furnom- 
médeLanden: le fécond Angefille : letroifief- 
me Pépin de Herftal : le quatriefme Charles 
Martel : le cinquiefme Pépin , furnommé le 
Nain , qui de Conneftable fut fait Roy de Fran- 
ce, lequel eftant mort , Charles & Carloman 
partagèrent entr'eux le Royaume; mais la mort 
de Carloman furvenant, les mit d'accord , telle- 
ment que Charles eftant Roy tout à fait , poffe- 
da luy feul tout ce que les Roys lès predecet 
leurs avoient acquis , voire mefme l'augmenta 
de beaucoup , veu que auparavant (comme rap- 
porte Eginhard , duquel font ces paroles) le 
Royaume de France ne contenoit pas plus que 
ce qui eft comprins entre le fleuve du Rhin , & 
le Loire, & entre l'Océan, & la mer Balearique, 
avec cette partie de la Germanie, qui eft entre 
les Saxons & le Danube, & entre le Rhin & le 
fleuve Sala, qui divife ceux de Thuringe des So- 
rabes , habitée pour lors par les François Orien- 
taux ; & de plus , contenoit la vraye Allemagne, 
& la terre de Bavière. Voila tout ce qui appar- 
tenoit à la couronne de France. Mais Charle- 
magne par les guerres qu'il fit , y adjoufta pre- 
mièrement la Guyenne & la Gafcogne, avec 
touts les monts Pyrénées , & tout ce qui eft juf- 
ques au fleuve Ebro , qui fbrtant de la Navarre, 
s'en va arroufer les champs fertils d'Efpagne, 
& fe jette dans la mer Balearique , auprès des 
murailles delà ville Dertofe : Apres il gaigna 
toute l'Italie , depuis Ofîa , ou Angiifta Pretoria, 
jufques en la balte Calabre , où eftoient les con- 
fîns'dela Grèce & de Benevent. De plus il ad- 
joufta la terre des Saxons, qui eft plus large au 
double que la France Orientale, bien qu'elle luy 
puiffe eftre égale en longueur : en outre l'une & 
l'autre Hongrie, & la Tranfilvanie , qui eft de 
l'autre cofté du Danube. Item l'Iftrie , la Libur- 
nie, & la Dalmatie , excepté quelques villes ma- 
ritimes; &en fin tous les peuples farouches & 
barbares , qui font entre la rivière d'Elbe & la 



Vixelle, & entre l'Océan & le Danube.defquels 
les principaux font les Velatabes , ceux de Sora- 
bie, ceux de Meklembourg, les Bohémiens & 
Moraviens. Toutes les autres nations, qui fonc 
en beaucoup plus grand nombre , fe rendirent^ 
compofition , & touts les Roys Chreftiens de 
l'Europe le recognurent pour leur Empereur : 
car quant aux Danois & Sarrazins , ilss'opinia- 
ftrerent en haine de la religion. Adelfonfe Roy 
de Gallice &d'Afturie , ayant pris la ville de 
Lifbonne , luy envoya des marques de fa victoi- 
re, & en luy eferivant, nes'appelloit point autre- 
ment que fon fubjecL Les Roys d'EfcofTe & Hi- 
bernie fe difoient fes ferviteurs , & l'appelloient 
leur Seigneur. Les Roys d'Angleterre n'avoient 
autre plus afTeuré refuge que la faveur & affi- 
ftance de Charles ; de forte que Bardulphe Roy 
des Nordanimbres , eftant chafïé de fon pays & 
Royaume , y fut remis & reftitué par le moyen 
de Charles : mefmement le Roy des Perfes Aa- 
ronlefalûadeux fois par fes Ambafladeurs , ce 
que lesRoys desSarrazins firét auflï par plufieurs 
fois; tant eftoit grande la majefté de l'Empire 
François.L'Empereur d'Orient,MicheI,luy bail- 
la le tiltre d'Empereur par fes Légats. En cette 
grande eftenduéde terre il eut vingt & une ci- 
tez métropolitaines fubjedesàfon Empire; a 
fçavoir Rome, Ravenne, Milan, Frioul, Grades, 
Cologne , Mayence , Saltsbourg , Trêves, Sens, 
Befançon, Lyon , Rouen , Rheims , Arles , Ta- 
rentaife , Embrun , Bordeaux, Tours , & Bour- 
ges. Au refte , il eftoit tres-neceflaire d'eftablir 
ceft Empire ; car n'y ayant eu aucun Empereur 
en Occident depuis Auguftule , l'efpace de trois 
cent vingt & cinq ans , une fi grande confufion 
s'eftoit eflevéeen tous endroits , que l'Eglife 
Chreftienne ne pouvoir plus fubfifter (ans prote- 
cteur, ny la Republique /ans Empereur; d'au- 
tant que les Sarrazins eftans fortis d'Afie , avoi- 
ent faifi toute l'Efpagne , & s'erforçoient encor 
de prendre la Guyenne , le Languedoc , & le re- 
fte des Gaules. Toutes les villes maritimes de 
l'Italie eftoient expofées en proyedes Barbares. 
Le mefme eftoit des Ifles de Corfîque , Sardine, 
Majorque, &Minorque. Les Lombards rava- 
geoient l'Italie ; pilloient les biens de l'Eglife, 
eftans tousprefts d'entrer en la ville de Rome, 
fiege de l'Empire , & mère de toutes les Eglifes, 
fî l'on ne fe fut oppofe de bonne heure i leurs 
efforts. Parmy tous ces defaftres l'Eglife gemif- 
fbit , & n'attendoit aucun fecours de l'Empereur 
de Conftantinople , qui eftoit luy mefme bien 
empefché de fe deffendre contre les Sarrazins Se 
Ggg Bd- 



V EMPIRE DE CHARLEMAGNE. 

Bulgares, & qui pour certaines caufes eftoit mal mains , fe trompent grandement en l'hiftoire ; 
affeétionné à l'Eglife d'Occident. Donc en ce car puis que l'Empire Romain eft le dernier de 
miferable eftat l'Empereur Charles fut ordon- tous les Empires, on n'en peut ou doit imaginer 
né, par la providence divine , pour le fecours de aucun autre, auquel ceftuy-cy ait efté transfère: , 
l'Eglife, citant fait premièrement Advocat, puis doneques en quelque lieu qu'il foit , il eft tous- 
Patrice , & en fin déclaré Empereur des Ro- jours Romain ,& ne s'enfuit pas, que fi l'Empe- 
mains par le Pape Léon, qui pour lors tenoit en reur a efté de Germanie , fon Empire ait elté 
main le gouvernail de l'Eglife Catholique, corn- Germanique; fi nous ne voulons feindre une cin- 
ine fucceffeur de S. Pierre , ayant excommunié quiefme & fixiefme , voire plufieurs autres Mo- 
Leon Empereur de Conftantinople , & tout en- narchies. Car il ne faut pas prendre l'Empire du 
femble démis de l'Empire, àcaufe de fon herefie pays de celuy qui eft Empereur , ou du lieu au- 
& haine des Catholiques , comme tefmoigne quel il refide ; mais du droit , de l'origine , & du 
Platina. Tout le peuple s'eferia lors à haute voix, chef principal de l'Empire, qui a tousjouis efté, 
à Charles Au^ufte, couronné de Dieu, grand & eft, & fera la ville de Rome , veu que Conftanti- 
pacifique, Empereur des Romains, vie & viétoi- nople melme n'a jamais efté le fiege de l'Empi- 
re, ainfi comme eferit le Poète Saxon : re d'Orient fous autre tiltre que celuy de nou- 
velle Rome ; voire il fe peut faire que quelque 
jpfius impofuit cap* Léo Papa coronam, Alleman tienne le feeptré de l'Empire en Alle- 
Conclamatpariterpopulus,facraperfonat *des e ou , F is en France . autre . 
Jngentijubilo, voxferturadttberapkbts m £ t fous , es Empcrcnrs Nerva ( Tra j an , & 
Romande concordifmulorecanentts, Adrj y Empne auroit e fté en Efpagne: & lors 
Avgvsto Carolo Uhcvo, pacmqnt queCGnftans.Gratian^Valentiniandemeu. 



ferenti, 
Imperii merito Romani feeptra tenenti, 
Qloria,profperitas, regnum, pax, rita, triumphus. 
Pofl laudes igitur diclas, tëfummus eundem 
Prœful adorafit, ficut mos debhus olim 
Principibus fuit antiquis; ac notnine dempto 
Patricii, quo diclus eratprius, inde yocari 
Avgvstvs mruit , Pivs, Imperii quo- 

qtlù PR INCEPS. 

C'eft à dire: 

Jinfi doneques Léon Pape le couronnait, 
Le peuple s' e ferlant, l'Eglife refonnoit, 
L'on etendoitpar tout chans de resjouyjfance, 
Des Romains, qui louaient ce haS>e Roy de France, 
Vive Charles le grand, Augufle, porte-paix. 
De F Empire Romain quifoufliendra le faix. 
'Ayant ainf chanté, le Pontifie luy-mefme 
Tlechijfant les genoux, l'orna du diadème, 
En luy donnant deflors ces filtres fouverains 
D' Augufle, de Pieux, de Prince des Romains. 



royent dans les Gaules, en la ville de Trêves, ils 
ne regifïoient pas pourtant un Empire Gaulois. 
Que fi nous difons quelquesfois l'Empire Fran- 
çois ou Germanique , ce n'eft pas. pour nier qu'il 
(bit Romain; mais pour fignifier en quelle per- 
fonne, &en quelle partie du monde refide la 
majefté de l'Empire Romain. Au refte, ceux qui 
difent que Charlemagne eftoit de Germanie, & 
non de France , laquelle opinion eft fuivie au- 
jourd'huy delà plus grande part des Allemans, 
femblent eftre abufez par l'ignorance de laGeo- 
graphie , & trop grande admiration de leur 
pays : or l'ignorance & la paffion font très-mau- 
vais juges de la vérité. La chofê eft ainfi: comme 
la Gaule eft bornée par les monts Pyrénées , & 
du fleuve du Rhin , aufîï la Germanie eft termi- 
née par le mefme Rhin &la Wixelle. Charle- 
magne donc eftant né àlngelheimaudeça du 
Rhin , en terre Gauloifè , fous un Roy de France 
Gaulois, d'un père Gaulois, ne doit pas eftre efti- 
mé Alleman, mais Gaulois : Aufîï ne mit il pas le 
Et certes une telle dignité ne devoit eftre fiege de fon Royaume en la Germanie , mais en 
conférée pour lors, ny à autre , ny par autre, ny la Gaule, à Aix la Chapelle, au deçà du Rhin, & 
autre part. Nous avons dépeint l'Empire de a voulu que cette mefme ville fuft appellée la ca- 
Charlemagne en telle façon , que l'on y peut pitalede toutes les citez & provinces des Gau- 
voir les confins de l'Europe, Afie , & Afrique, les, & fiege du Royaume au deçà des Alpes, à 
pour entendre mieux l'hiftoire de ce temps-là. raifon que Parisn'eftoit pas encor eflevée aune 

telle fplendeur , comme nous la voyons aujour- 

A fçaVOir fi l'Empire de Charle- d'huy.D'ailleurs,puis que la Germanie n'agueres 

MAGNE a efté Germanique. avo » commencé de fe rendre à la foy Chreftien- 

ne , qui croira que Charlemagne ait voulu met- 

CEux qui penfênt qu'en la perfonne de Char- tre le fiege de fon Empire pluftoft là , qu'en la 
les le Grand l'Empire ait efté tellement Gaule ancienne , voire première place de la 
transféré en la Germanie , que ce qui apparte- Chreftienté? Et bien que cette partie de la Gan- 
noit aux Romains , ait commencé d'appartenir le s'appelle quelquesfois Germanie, elle ne laifTe 
aux Allemans, comme autresfois l'Empire a efté pourtant d'eftre vrayement Gaule , puis que 
transféré des Affy riens aux Perfes ,& des Perfes dans la Gaule mefme, nous avons la Germanie 
aux Macédoniens , & enfin de ceux-cy aux Ro- haute & baffe , qui font parties delà Belgique : 

comme 



L' EMPIRE DE CHARLEMAGNE. j<* 

comme auffi parce qu'il y a une France dedans Cinquièmement , on peut prouver le mefme 

la Germanie , qui en ce temps-là s'appelloit la par les actions de Charles ; car en premier lieu il 

France Orientale : il ne s'enfuit pas que Charles voulut , que la plufpart des Evefques de Germa* 

ait pris fon tiltre d'Empereur pluftoft de ces nie fuftentfubjeéts aux Archevefques delà Gau- 

François Orientaux , que des Occidentaux , qui le; comme à celuy de Mayence,ceux de la vraye 

font dans la Gaule , car cette France là n'eftoit Allemagne & Bavière ,- à celuy de Cologne , les 

pas lors un Royaume , mais feulement un accef- Saxons, à fçavoir les Ooft-phales , Weft-phales, 

foire du Royaume Gaulois , & pour cette caufe & Angrivares. En fécond lieu , il tint fesEftats 

elle eftoit gouvernée par un Comte , qui eftoit par plufieurs fois dans les Gaules. Entroifiéme 

en ce temps-là le Comte Henry. Auffi cette di- lieu, il affembla auffi plufteurs Synodes en la Gau* 

ftin&ion demeure encor au jourd'huy ; car les Al- le , & principalement fur la fin de fes jours , ces 



mans appellent la France Occidentale ou Gau- 
loifè Franckreycb, c'eft à dire, Royaume des Fran- 
çois. Au furplus , que la Gaule ait efté le propre 
fiege de l'Empire Romain , & non la Germanie, 
je le prouve parles points fuivants. Première- 
ment, que la ville capitale, à fçavoir Aix la Cha- 
pelle, eft dans la Gaule. Secondement, par l'in- 
tention du Pape Léon , qui ne donna pas l'Em- 
pire Romain à quelque Comte de Germanie, 
mais au Roy des François & Lombards , celuy- 
mefme qui eftoit fùcceffeur de tant de Roys , & 



cinq plus fameux , de Mayence ,deRheims, de 
Tours , de Chaalons fur Saône , & d'Arles. En 
quatrième lieu , il fonda l'Vniverfité des Arts d£ 
bonnes lettres à Paris en la Gaule, car celle d'O- 
fembourg eftoit peu de chofe. En cinquième 
lieu, les appels & decifions des caufes en der- 
nier reffort fe firent au palais d' Aix la Chapelle, 
en la Gaule. En fixiéme lieu, les Collèges des 
Chantres , pour la direction de l'Antiphonaire, 
à SoifTons & Mets, en la Gaule. En feptiéme lieu, 
la monnoye mefme & l'argent de ce temps-là 



qui avoit efté fait Advocat& Patrice. Tierce- monftre !que la Gaule Trans-alpine eftoit le 
ment , par l'intention mefme de Charles ; car à vray fiege de l'Empire. Ceux qui difent.pour 
quel propos eut -il voulu un autre fiege pour maintenir la contraire opinion , que Charles a 
l'Empire, quepour le Royaume François, qui ulé de la langue Tudefque, doivent fçavoir, que 
n'eft autre que la Gaule , en laquelle on avoit tous les François , long temps devant & après 
des-ja régné par l'efpace de trois cents ans, en Charles, fe fervoient du mefme langage , corr- 
laquelle tant de Roys eftoient nez , décédez , & me maternel. Quant à ceux qui nous opp^lent 
enterrez : de forte que les enfans mefmes de larefcriptiondu Papelnnocent m, inférée aux 
France en partageans le Royaume, nefaifoient Decretalesde Grégoire , liv. i , tilt. 6, difint 
mention quedela Gaule , fans fe foucier beau- ainfi: L'Empire des Romains en laper forme de Chai h le 
coup de la Germanie. Voilà pourquoy vouzen- Grand, a e(lé par le S. Siège Jpoftolique transféré des 
tendrez bien nommer entr'eux le Roy d'Orle- Grecsaux Allemans : fe doivent fouvenir, queles 
ans,deParis,deSoifTons&deMets;&nonpasun Empereurs Allemans ont fuccedé aux Empe- 
Roy de la Germanie. Quatrièmement, la bonté reurs François : comme par exemple à Conrad, 
du terroir Gaulois , qui eft telle , que (comme a qui fut le dernier de la race de Charlemagne, 
fort bien remarqué C. Cefar) celuy de la Ger- Henry le ChafTeur Saxon : & que partant ce de- 
manie n'eft aucunement à comparer avec celuy cret du Pape Innocent fe doit entendre de la fuc- 
des Gaules. Outre cela, tant de villes infignes en ceflîon médiate , & non pas de l'immédiate. 
la Gaule, de fi gtandes richefTes.une fi belle po- C'eft pcurquoy le Pape Léon ix a ttes-bien de- 
lice, tantfeculiere comme Ecclefiaftique, au lieu claré, commeileft rapporté dans le décret ,que 
que pour lors en Germanie vous aviez fort peu Othon , fils de Henry , a efté le premier Ri y de 
de villes remarquables , point de richeffes , le la Germanie , fon père ayant refuië le tiltre 
Paganifme en plufieurs endroits ; bref, par tout d'Empereur. Mefme Othon de Frifînge eftime 
une extrême barbarie, & façon de vivre quafi que le Royaume de Germanie encor aujour- 
fauvage. Car tout ce qui a efté du depuis en la d'huy n'eft autre chofe qu'une partie de Roy- 
Germanie , de civilité , de doctrine , & de reli- aume François : Voyez ce qu'il dit fur ce fujet, 
gion , y a efté apporté des Gaules : & partant à chap. 17 & 1 8, liv. 6. 
bon droit le Poète Saxon, qui a defcrit les geftes 

de charlemagne du temps de l'Empereur Ar- De la Monnoye des anciens François, 
nould, parlant des Saxons vaincus & furmontez, 
dit ainfi : 



Copia pauperibus Saxonibus agnitaprimur» 
lumfuerat rerum, quas Galliafert opulenta. 

C'eft à dire : 

Lors les pauvres Saxons eurent la cognoiffance 
Des biens, que les Gaulois aboient en abondance. 



PErfônne ne peut douter que les villes de Fran- 
ce n'euffent leut monnoye propre & parti- 
culiere devant la venue' de Cajus Cefar en Fran- 
ce , car après fon arrivée avec les Ioix & la lan- 
gue Romaine , la monnoye des Romains y fut 
introduite. Les villes où l'on battoit la monnoye 
eftoient Lyon, Ailes &Treves,comme il femble 
par la lecture du livre intitulera Notice de l'Em- 
Ggg z pire, 



L' EMPIRE DE 

pire,auquel fous ce filtre : Les Procureurs de la mon- 
noye par les Gaules , on lit ; Le Procureur de la monnoye 
de Lyon. Le Procureur de la monnoye d'Arles. Le Procu- 
reur de la monnoye de TreVes. Mais du depuis , com- 
me te/moigueProcopius au livre troiliéme de là 
guerre Gottique , les François ayans fecoué le 
joug de l'Empire Romain , commencèrent à 
battre la monnoye au coin de leurs propres 
Roys , tant en or , Se en argent , comme en cui- 
vre. Ce que les Bourguignons, & les Goths fi- 
rent auffi es parties de la Gaule qu'ils avoient oc- 
cupé , comme l'on peut voir aux médailles anti- 
ques. Toutesfois il eft croyable , qu'après quel- 
que efpace de temps , les Roys de France ayant 
fait alliance avec les Empereurs de Conftanti- 
nople , on receut pareillement la monnoye de 
l'Empire. Mais après que Pépin eut en main le 
Royaume de France, & Charles l'Empire des 
Romains.rien n'empefcha de fe fervir feulement 
delà monnoye frappée à la marque &coin de 
leurs Roys : quoy que non obftant les Gouver- 
neurs des Provinces ayant quelquefois ufé de ce 
privilege,de faire battre la monnoye à leur mar- 
que. Ils y mettoyent auffi par fois le nom & le 
pourtrait de quelque Sainét , comme de S- De- 
nys, de S. Martin, & de S. Nazare. Reçois, amy 
Leéteur , ces figures de la monnoye des anciens 
François, que nous te prefentons,afin de fçavoir 
quelle eftoit la monnoye de ce temps-là, & en 
quels lieux on avoit couftume de la battre. 





Quant auxedits, & règlements de la mon- 
noye , nous en avons plufieurs de Charlemagne, 
de Pépin fon père , & de Louys fon fils. Au livre 
des ordonnances Royales , recueillies par Anfe- 
gife Archevefque de Sens , nous liions ces paro- 
les au chapitre 8 du livre 3. A raifon des fauffes 
monnoyes qui fe font en plufieurs lieux , contre 
la juftice, & contre nos edits. Nous ordonnons, 
qu'en nul autre lieu ne fe battra monnoye , ex- 
cepté en noftre palais, finon que nous en ordon- 
nançons autrement. Nous permettons neant- 
moins de retenir & garder les deniers qui font 
àprefent monnoyez, pourveu qu'ils foient de 
poix , & de bon alloy. Item au liv. 4 , chap. jj, 
Nous avons un edit , par lequel la fauffe & nou- 
velle monnoye eft prohibée. Et au liv. 4, chap. 
80 , il eft défendu de refufer aucune monnoye 
de bon alloy. Dans le Capitulaire de Charles 
le Chauve , chap. 1 1 , Nous avons ceft Edit, que, 
aux deniers de noftre monnoye on mette d'un 
cofté noftre nom en rond , & au millieu le cara- 
ctère contrait de noftre dit nom , & de l'autre 
cofté le nom de la ville à l'entour , & au millieu 
une croix de cette forme. 




Et au chapitre iz , fùivant la couftume de nos 
predecefleurs , comme il eft porté par leurs 
Edits. Nous voulons & entendons que la mon- 
noye fe batte feulement en ces lieux de noftre 
Royaume , & non ailleurs ; à fcavoir , en noftre 
Palais , à Qwentovic , & Rouen , laquelle mon- 
noye de Qwentovic appartient à l'ancienne cou- 
ftume , & à Rheims , à Sens , à Paris , à Orléans, 
à Chaalons fur Saône , le Medoc , & Narbonne. 
D'où il faut conclure, que la plus part de la mon- 
noye ancienne,qui le trouve aujourd'huy, a efté 
battue devant cet Edit de Charles le Chauve; 
ou bien , que l'ordonnance du Roy (comme il 
arrive aucunefois) n'a pas efté fi exactement 
gardée. 



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félon Strabon, & autres Anciens. 




V ^^&^m^z^ ^ Oute cette contrée 
qui eft entourée de 
l'Océan , de la Mer 
Méditerranée , des 
Alpes, des Pyrénées, 
& du Rhein , à efté 
nommée des anciens 
Gaule , ou Galacie, & 
les habitans Celtes, 
d'où vient cjue Ptole- 
mée l'appelle Ceko-Galacia ; le nom de Celtes 
eftoit jadis de beaucoup plus grande eftenduë: 
nousfçavons bien auflî que le nom àeGallia a 
paffé les Alpes , & qu'il s'eft eftendu jufques au 
fleuve de Rubicon, pource qu'ils ont autrefois 
tenu cette partie d'Italie. Or nous ne voulons 
icy deforire que la vraye Gaule, laquelle nous 
avons dit eftre bornée de la Mer , du R hein , & 
des montagnes. Quelques uns des anciens l'ont 
appellée Transalpine, les autres Cijalpine ; Mêla , & 
Pline l'ont divifée en deux, ducofté du Nord 
& du Midy : Pline & Solin la diftinguent par les 
montagnes des Cevennes , & de S. Claude , 
qu'ils appellent Mons Iura;Meh par les Cevennes, 
& par le Rholhe, comme font auflî Eutrope , & 
Suétone. Ils appellent celle qui eft vers le Nord 
Comata ; & l'autre , qui eft vers le Midy Braccata. 
Cefar l'a divifée toute en trois partiesjdont l'une 
eft habitée par les Belges , ouFlamens; l'autre 
par ceux d'Aquitaine; la troifîefme par les Cel- 
tes ou Gaulois. Les Gaulois font feparez de ceux 
d'Aquitaine, par la Garonne,- & des Belges par 
la Marne, & la Seine. Outre cette divilîon de 
Cefar il y a la Gaule Narbonnoife, dont Pline, 
& Melafontunedefcription à part ; &Cefàrla 
comprend fous le nom de Provence : toutesfois 
Ptolemée en fà deicription de la Gaule , & Am- 
mian qui le fuit la rapportent à la Gaule ; la- 
quelle Ptolemée partage en quatre , àfçavoir 
l'Aquitaine, la Lionnoi(e(quieft la mefme que 
la Celtique ) la Belgique, & la Narbonnoife. 
Mais tous ne s'accordent pas quant aux Bornes,- 
car Cefar joint les SuifTes aux Gaulois , ou Cel- 
tiques ,- que Pline & Ptolemée mettent en la 
Belgique. Cefar eftend la Belgique depuis le 
Rhein jufques à la rivière de Marne, & Pline 
depuis PEfoault jufques à la Seine. Cefar met 
la Garonne pour limites entre les Celtes , & les 
Aquitains , comme faiét auflî Mêla ; & Strabon 
met le Loyre, félon l'advis d'Augufte, à quoy 
s'accorde Ptolemée ; le mefme Strabon dit 
que les Belges habitent entre le Rhein , & 
l'Océan ; & met avec eux ceux de Vannes , qui 
font , dit-il , les derniers peuples du cofté de 
France. 



l'Océan Occidental , je ne fçay fur l'authorité 
de qui il fe fonde: mais je crains qu'il n'aye vou- 
lu dire les Celtes, & non les Belges , attendu 
que tous les autres hiftoriens , & géographes 
mettent ceux de Vannes, qu'ils appellent Vene- 
ti, en la Gaule Celtique , ou Lionnoife. Les 
autheurs qui font venus après ont divifé la 
Gaule en plufieurs parties , comme nous appre- 
nons de Sextus Rufus, & d'Ammianus au liv.des 
Notices, & au petit traidé des Dignitez, qui 
luy donnent dix fept parties , lefquelles ils nom- 
ment , nous les avons mifes en cette carte. Mais 
depuis Charlemagne, elle a efté toute reduide 
à deux parties; fçavoir eft l'Auftrafie, c'eft à 
dire l'Orientale, & la Neuftrie ou pluftoft la 
Weftrie, c'eft à dire l'Occidentale. Suétone, 
en la vie de Iule Cefar , donne à la Gaule tren- 
te deux cent mille pas de circuit. Mais c'eft 
affez difeouru de fonnom, & de fes bornes, 
dilonsunmot du naturel du pays, de fa tempe- 
rature, & de fes qualitez. 

Claudian l'appelle tres-heureufe ; Cefar au 
liv. 3 des guerres civiles la qualifie tresfàine. Se- 
neque au liv. 3 Natural. queft. dit , qu'elle 
abonde en ruiffeaux , & rivières ; Solin luy 
donne de plus des fontaines fâcrées qui jettent 
des vapeurs. Strabon dit, quelle eft toute en- 
trecoupée , & arroufée de rivières , lefquelles 
paffent par des grandes campagnes: Sidonius 
en dit de mefme. Strabon adjoute qu'elle eft 
fertile enfroument, millet, gland ,& en tou- 
te forte de troupeaux , qu'il n'y a rien de fte- 
rile, hormis ce qui eft en bois, oumarez. Tre- 
bellius in Balifta la fait abondante en grains. 
Ciceron dit le mefme en fa harangue pour 
M. Fontejus : &affeure quelesRomains y ve- 
noient chercher du blé , & qu'ils en emme- 
noient quantité: Cefar au liv. 3 de la guerre 
des Gaules, & Dion 39 tefmoignent, que les 
Romains depefeherent des Embaffadeurs à 
ceux de Vannes pour leur demander du grain. 
Solin deferit les Gaules heureufès en terroir, 
plantereufes en fruits , riches en vignoble , & 
fertiles en tout ce qui eft requis pour l'entre- 
tien de la vie. Oyons ce qu'en dit Pompo- 
nius Mêla : Le terroir de la Gaule ( dit-il ) eft fer- 
tile , principalement en blé , isf enpafturages ; il y a force 
bois, & fort peu a" animaux Venimeux ,& malfaifans. 
L'Empereur Iulien l'a deferit ainfi enfenMifo- 
pogon , comme l'ayant veuë: L'hyVer y eft fort 
doux, à caufe de la chaleur , a ce au' ils difent , de t Océan, 
d'où viennent certaines halences de Vent chaudes ; en ef- 
fet! il femble que l'eau de la Mer eft plus chaude que 
celle des rivières ; quoy qu'il en /oit, c'eft chofeaffeurc'e 
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iptelhyver n'y eft point rude. Il y croit de tres-bonvin, 
isf me/me plufieurs ejlevent des figuiers avec artifice , car 
•enhyver ils les couvrent de paille , i^ leur en font comme 
des robes pour les mettre à couVeit des injures du ciel. 
Certes il y a de l'apparence que les fruicîs y 
font un peu tardifs en quelques endroits plus 
voyfins du Septentrion , comme dit Cefar au 
liv. i delà guerre des Gaules, àcaulê du froid; 
àquoy il faut rapporter ce que dit Varron en 
Ton traidté de l'agriculture liv. i ; En laGauk 
Tranjalpine Vers le Rhein ( dit- il ) il y a certains quar- 
tiers , ou Une croiftroit ni vin , ni huile , nifruicls , fi la 
terre n'efloit engreficc de marne, qui cfl une certaine efpece 
de croye Hanche, dont H y a des mines dans la terre : Pline 
l'appelle Margt.Chud'ian dit qu'elle elt fubjede 
aux neiges: Lucain fait mention de la glace des 
Gaules , d'où vient le proverbe qui eft chezPe- 
tronius Arbiter, Plus froid que la neige desGaules. 
Et Diodore le Sicilien enchérit par defTus, quand 
il dit, que les rivières font tellement priles en 
liyver, que les armées entières, avec leurs che- 
vaux , & charriots peuvent paffer deflus fans 
danger; je crois que c'eft pour ce fujet qu'Ari- 
ftote , en fon livre des merveilles, aefcritqu'és 
Gaules il n'y a point d'Afne. Seneque 3 Natur. 
dit qu'elle elt fubjedre aux vents: La Gaule (dit il) 
eft travaillée de certains tourbillons de yent fi impétueux 
qu'ils esbran/ent les maifons ; ce non obftant les habitant 
ne s'en plaignent point, cmyans que Pair en eft plu* pur, & 
plus Jain. Ce qui pourrait fembler une fable, 
s'il n'adjoutoit incontinent après , qu'Augufte 
eftant en Gaule voua, &drefïaun temple à ce 
vent, qu'il appelle Circius. Gelle en parle auffi 
au liv. 1, chap. iz: je crois que c'eft le mefme 
que le vent de bize. C'eft , à mon advis , ce qui 
donna fubject àCiceron de s'eferier ainfi. Qui 
a il de plus rude que ces contrées ? quey de plus 
agrefte que ces villes? quoy de plus farouche que 
ces peuples? &quoy deplusefloigné que l'O- 
céan ? Neantmoins la rigueur du ciel , & la na- 
ture du terroir, n'ont point empefché , comme 
dit Macrobe , que les Gaulois n'ayent appris des 
Romains , qui eftoient encor en I'adolefcence 
de leur empire, ou des Marfeillois , comme veut 
TroguS43, à planter la vigne, & l'olivier. Pline 
a remarqué, que cefut un certain Helicon SuifTe 
de nation, & charpentier de fonmeftier, qui 
apporta le premier des figues feiches, & des rai- 
fins , de l'huyle, & du vin d'Italie en Gaule. Du 
depuis le vin y creut fi abondamment, que Colu- 
mellafe plaint en quelque façon de ce que ceux 
d'Italie y venoyent faire leur provifion; certes la 
ville deVienne enDaulfiné, au rapport dePlutar- 
que au y de fes queftions de table, avoit couftume 
d'envoyer à Rome du vin , qu'ils appelloient Vi- 
num Picatum, c'eft à dire poifTé, dont les Romains 
faifoient grand cas. le voudrais donc bien 
fçavoir, que c'eft que veulent dire Vopilcus & 
Eufcbius, quand ils rapportent que l'Empereur 
Probe permit aux Gaulois d'avoir des vignes. 



ANCIENNE. 
Quelqu'un pourra croire , qu'avant cet Empe- 
reur il n'y avoit point de vignes en toute la 

Gaule, finon en Provence, & Languedoc , mais 
Pline fait mention des vignobles du Berry, & 
d'Auvergne. Du temps de l'Empereur Iulien, 
comme il raconte luy mefme en fon Mifopo- 
gon,iI y avoit au territoire de Paris un fort beau 
vignoble ; & Ifidore loué les vignes du Berry. 

Strabon témoigne que la Gaule a auffi des 
minières d'or, & d'argent , & que les meilleures 
font dans les montagnes des Cevennes , & qu'il 
y en a aufli de très-excellentes à Tarbe en Gaf- 
coigne ; & qu'en Perigord & en Berry il fè 
trouve des mines de fer. Athénée eferit qu'il y 
a des veines d'or en quelques quartiers des Cel- 
tes; Se le poète Aufone dit que la Dordonne, 
qui eft une rivière d'Aquitaine , charrie l'or par- 
mi les fablons. Diodore au 5 afleure , que la 
Gaule en a plufieurs fomblables ; & les Gaulois, 
dit Procopius, battent delamonoye d'or tiré 
de leur propre cru, & n'y impriment point l'i- 
mage des Empereurs Rom. comme les autres 
nations, mais la leur propre. Cafïïodore au 7, 
n.3î, fait mention de leur monoye , & dit que 
les Gaulois font les premiers , qui ont employé 
lemetail à la monoye, fans toutesfois la mar- 
quer; de là viennent ces beaux éloges que les 
anciens donnent à la Gaule, Manilius l'appelle 
opulente, Dionfloriflanteenrichefles , les ora- 
cles des Sibylles abondante en or; &jaçoitque 
Diodore dife que l'argent lùy manque, toutes- 
fois Athénée raconte , que le feu s'eftantpris 
à un grand bois , par je ne fçay quel accident , 
on vit fortir des Pyrénées de l'argent fondu. 
Strabon auffi témoigne qu'il y a des veines d'ar- 
gent au Pays de Rovergue, & de Gevauldan , & 
Cefar afleure qu'on en tire auffi le Cuivre. Pli- 
ne dit quel'Amethyfte (è trouve es Gaules , & le 
coral aux environs des Ifles deHyere en Pro- 
vence : l'Ambre s'y pefohe en certaine rivière, fî 
nous croyons à Dion de Prufè. Pline luy donne 
la pourpre, comme fait auffi Vitruve. Galicn 
témoigne que la Gaule donne le nard pour faire 
le thenaque. Pline elerit qu'aux montagnes de 
Iura & de Vogefe,aujourd'huy le mont des fau- 
cilles , il y croit de très-beaux fapins, il dit auffi 
que la Gaule produit du lin & du chanvre en 
abondance, dont on fait les voiles, quoy que 
Cefar témoigne que les Bretons fe fervoyent 
de peaux au lieu dévoiles. Il s'y trouve auffi du 
poifon, comme l'y f, dont il y a grande quantité, 
au rapport de Cefar , Diofcoride afleure , que 
cet arbre es quartiers de Narbonne eft fi vene- 
meux, que fi quelqu'un dort àfon ombre, ou 
mefme s'y repofe, il eft ofFencé , & bien fouvent 
en meurt , & Pline dit qu'on a expérimenté que 
certains vaifteaux à porter du vin en voyage, 
faiéts de ce bois , eftoyent mortels ; Cefar auffi 
rapporte, que Cativulcus Roy des Liégeois fe 
donna la mort avec de l'yf. Ariftote en fos mer- 
veilles 



LA G A V L E 
veilles dit , que les Gaulois ont Une forte de poi- 
fon nommé toxicon, dont nous parlerons après. 
Voyla pource qui eft des chofes inanimées ; 
venons maintenant aux animaux. Trebellius en 
la vie de l'Empereur Claudius prife grandement 
les juments de Gaule. Ovide, Oppian , & Gratins 
poète , comme auflï Pollux grammairien, & l'o- 
rateur Euphradas'efgaientà defcrireles diverfes 
races de chiens que la Gaule produiét. Pline dit 
qu'il aveu dans les arènes , & amphithéâtre de 
Pompée, un loup cervier venu des Gaules. Stra- 
bon efèrit qu'il y a des pourceaux plus hauts & 
plus forts que ne font les ordinaires, lelqucls 
font fort prompts à la courte, &au(Tî dangereux 
que les loups, lion ne s'en donne garde, d'où 
vient qu'Athénée loue les jambons de Gaule , 
dont il y a fi grande abondance , qu'au rapport 
du mefme Strabon , la Gaule en fournilToit jadis 
à toute l'Italie. Varron autrai&é de la langue 
Latine dit, qu'il y a des lièvres fort grands, il fait 
auffi mention de la laine Gauloife , que Strabon 
diteftre un peu rude. Pline elcrit qu'on y void 
unoyfeau femblable au cygne, nommé Onocnta- 
lus, vers l'Océan du codé du Nord ; & qu'on y 
pefche le faulmon de rivière; que dans l'Océan 
le void un monftre de mer qu'il nomme Phyfe- 
ter, qui Ce levé droit comme une colomne, & eft 
plus haut que les voiles de navires, lequel vomit 
un déluge d'eau, qu'il y a auffi des Néréides, des 
Elephans , & des béliers marins. Stobée fur la 
fby de Callifthenes rapporte, qu'en la rivière de 
la Saône il y a un certain grand poifTon , que 
ceux du pais nomment Clupea, aujourd huy Jloje, 
lequel eft blanc quand la lune croift , & devient 
noir quand elle defcroift , & qu'en fin devenant 
énormément gros il fè tuë de fes propres areftes; 
Plutarque au traiété des montagnes dit , que 
dans la telle de ce poifTon on trouve une pierre, 
femblable à un grain delèl, laquelle aunefou- 
veraine vertu contre la fièvre quarte , fi vous 
l'appliquez furie cofté gauche , au déclin delà 
Lune. Glicas appelle ce poifTon Clopia, après 
Anaftafe , & Plutarque Scolopidon. Mais qui croi- 
roit qu'il y ait fi grandequantité de grenouilles, 
qu'une armée de ces animaux ait attaqué , & 
grandement molefté une ville; certes Pline le 
rapporte fur la foy de Varron ; & Trogus Pom- 
pejus auij fait encor cette armée plus grande, 
& ad joute que le meime eft arrivé à Clazomene. 
Mais pafTons aux autres merveilles de la Gau- 
le. Pomponius Mêla dit qu'il y a des poifTons 
qu'on tire de la terre, voicy fes mots : En la Gaule 
Narbonnoife il y a une fontaine , dont Peau eft plus jalce 
que ri eft, celle de la Mer; tout joignant il va une petite 
campagne toute "verdoyante de menus roufeaux , laquelle 
femble eftre fujpenduc deffus teau , comme il Je "void en la 
moitié d'icelle, laquelle deftacbée du refte , s'en "va flottant 
fur l eau, fi qu'on la pouffe ,13 on la tire comme l'on reut, 
iSf les creux quiparoiffent au fond, donnent a ffe^ à co- 
gnoiftre que îeaupaffepai deffous la terre; de là fient que 



ANCIENNE. j8 

les Grecs,tf les noflres ont efirit (s'il eft vrayjô m'en rap- 
porte) qu'on y tire lepoiffon de deffous la terre , iSf qu'on 
luy donne fur la te fie quand il eft monte par (es creux. 

Strabon au liv. 4, dit , qu'il y a un lac proche 
de la rivière du Tet en Languedoc , & un peu 
plus haut que la Mer , qu'il y a un lieu marefea- 
geux plein de fourcesfalées, où l'on tire delà 
terre un poifTon, que les Latins nomment Mugilj 
nous l'appelions mulet; jî "vous creufi^( dit il ) deux 
ou trois pieds dans la terre , isf que fous plantiez Voftrè 
trident dans l'eau , fous enferrerc^unpoiffon affe^grand, 
qui Je nourrit de boue comme l'anguille. Et Athénée ait 
liv. 8 dit , que joignant les monts Pyrénées il y a 
une plaine, qui dure julques à Narbonne, par où 
pâlie la rivière d'IIiberis, & celle du Tet , & que 
dans cette campagne on trouve des poifTons , ett 
foùiffant un peu avant dans la terre, laquelle, die 
il , eft fort mince , & légère , & toute tapifféc 
d'une gaye verdure; or la terre eftant Tablons 
neufe jufques à deux ou trois coudées de profon- 
deur, l'eau pafTe ayfement à travers, & avecl'eail 
les poiflons , qui viennent ronger les racines de 
cette herbe verdoyante , de forte que fous terre 
il y a quantité de poiflons , qu'il eft ailé de pren- 
dre en creufant un peu avant ; & Dalechamp en 
fes notes fur Athénée afleure , que cette façon 
de pelcher dure encor aujourd'huy. A quoy 
on pourroit rapporter ce que raconte Ariftote 
en lès merveilles , que fur les frontières du terri- 
toire de Marfêillevers la cofte de Gènes, il y a un 
lac, lequel venant à fe desborder vomit un nom- 
bre innombrable de poilTons. Pline aulivreo> 
chap. 17, rapporte,qu'en cette mefme province 
de Narbonne, il y a certains poiflons, dont fi 
vous prenez le malle , & que l'ayant attaché à 
une longue ligne, vous le jettiez dans la Mer , & 
le tiriez peu à peu, toutes les femelles le fui- 
vront jufques for le rivage; & que pareillement 
les malles fuivront la femelle. Ew cette rnejmc Pro* 
Vince, au rapport du mefme Pline, ilya unefon* 
tainefort célèbre , nomma Orge , dans laquelle croift une 
certaine herbe, que les bœufs mangent fi ■volontiers , qu'ils 
plongent toute latefte dans l 'eau pour l 'aller chercher. A 
Tungre,d\t le mefme Autheur, ville desGaules, ilya 
une fontaine qui fait plufieurs petites bouteilles , & a un 
gouft de fer , dont Tous ne vous apperceVe^point qu'après 
afoir beu , au refte elle a plufieurs jouVer aines Vertus; car 
elle purge le corps , chaffe les fièvres tierces , iSf dijjbult le 
calcul dans les reins, fi on la fait chauffer elle devient trou- 
ble, i3 puis rouge. Auprès de Grenoble en Daulfi- 
né il y a une fontaine, dont S. Auguftin fait men- 
tion au liv. de la Cité de Dieu , laquelle reffem- 
ble à. celle d'Epire , car elle efteint les flam- 
beaux ardents , & les r'allume quand ils font 
efteints. Sur la cofte dePOcean (àeequ'eferit 
Artemidorus) il y a un lac qu'on appelle des deux 
corbeaux , foi" lequel on void p3roiftre deux 
corbeaux qui ont l'aide droite blanche ; & que 
ceux qui ont quelque différent à vuider s'en vien- 
nent l.î , Se que tous deux mettent un gafteau for 
I i i un aix 



LA G A V L E 

un aix haut eflevé , & que les corbeaux man- 
gent le gafteau deceluy quia tort, & qu'ils jet- 
tent là, & ne veulent point manger l'autre de 
celuy qui a droit; mais cela, dit Strabon, lent un 
peu fa fable. Arirtote en fes merveilles efcrit , 
qu'il y avoit un chemin nommé Heraclée, qui al- 
loit depuis l'Italie jufques aux Celtes, & Celti- 
beres, par où tous ceux qui pafîbyent 8c eftoient 
ioignez des habitans à ce qu'aucun tort ne leur 
fut fait, autrement ils euflent elle obligez à faire 
réparation du tort, & dommage receu. On fait à 
Marièille des briques,dit Vitruve,qui nagent fur 
l'eau. le veux icydefcrire les merveilles d'une 
campagne toute couverte de pierres, qui eft en- 
tre Marfêille, & l'emboucheure du Rhofne : Pli- 
ne dit que ces cailloux font un mémorial du com- 
bat d'Hercule contre Albion , & Bergion fils de 
Neptune , caries flefches , & les dards luy ayans 
manqué, il invoqua l'aide de Iupiter, lequel 
envoya foudain une grefle de pierres ; en effet 
vous diriez qu'il y a pieu des cailloux , tant ils y 
font drus. Mêla , Solin , Higin , & Martian ra- 
portent cette mefme fable ; mais j'ayme mieux 
croire à Strabon qui defcrit ainfi cette cam- 
pagne après Xilander : Ily <?,dit-il, une plaine à cent 
ftades de la mer, qui a autant de diamètre , Isf s'en "va 
en rond; on P appelle pierreufe , pource qu'elle efl pleine de 
cailloux, dont chafcun poutroit remplir la main d'un hom- 
me,deffous ces cailloux croifl de l'herbe qui peut fuffre a la 
paflure des beftes; au milieu ily a desjalines, isf eaux fa- 
ites ; or toute la contrée qui efl par dejfus cette campagne 
efl expo fée aux 'vents, isf fur tout àlabife, quifouffe 
dans la campagne d'une telle furie qu'elle roule les pierres , 
abbat les hommes du cbarriot, isf leur emporte chappeaux, 
isf manteaux , fans qu'ils s'en puijfcnt défendre. Ari- 
ftote au 2 de fes Meteorolog. chap. 8 , dit que 
ces cailloux font venus d'un tremblement de 
terre, & appelle ce champ Phlegrée; Diodore 
auliv. 5 delcrit ce mefme champ, fans le nom- 
mer, avec ce vent fi impétueux. 

La foreft d'Ardenne efl: en la Gaule Belgi- 
que, dont parle Tacite au j de les Annales, fi ce 
n'eft qu'il y en ayt plufieurs de mefme nom , ce 
que je ne crois point , car dans tout le contenu 
de l'hiftoire ancienne, il n'eft: fait mention que 
d'une feule, mais elle eft de fort grande eften- 
duë , & fait comme plufieurs foreits , qui font 
toutes comprifes fousle nom d'Ardenne; Cefar 
alfeure que c'eft la plus grande de toute la Gaule: 
car elle tenoit jadis depuis le Rhein jufques aux 
frontiers du territoire de Rheims , & traverfoit 
tout le pays de Trêves , & alloit jufques au con- 
cours del'Efcault avec le Rhein, de forte qu'il 
avoit plus de cinq cents mille pas d'eftenduë, qui 
font environ quatre mille ftades , félon la fuppu- 
tation de Strabon. De cette foreft Diane fut ja- 
dis furnommée Arduenna , comme il confie par 
un ancien marbre , dont nous parlerons après. 
Difons maintenant un mot des habitans. Pau- 
faniasdit, que la Gaule eft fort peuplée: Tite 



ANCIENNE. 
Live l'appelle fertile en hommes. Polibe au i 
Civil, tefmoigne que Cefar dompta 400 nations 
de Gaules. Iornandes , Hirtius , & Ammian di- 
fent que les Gaulois font de plus haute taille que 
le relie des hommes, & qu'ils ont des corps pro- 
digieux, & Cefar n'a point de honte de dire que 
les Gaulois mefprifoyent les Romains à caufe de 
leur petitefle. Strabon dit qu'ils font hauts de 
ftature, blancs de teint , & molsdecharneure. 
Petronius fait allufion à cette blancheur, quand 
il parle de certains qui fe blanchiffoyent levi- 
fage avec delà croye, à fin d'eftre pris pour Gau- 
lois , non qu'il veuille dire , comme quelques uns 
penfent , que les Gaulois fe ferviflent de croye 
pour fe faire plus blancs ; car il n'y a aucun au- 
theur qui le die, auffi n'en avoient ils pas be- 
foing , comme eftans affez blancs de leur teint 
naturel; de là vient que les poètes leur donnent 
descolsdelaiâ:. Strabon, & Clément Alexan- 
drin difent , qu'ils laifloient croiftre leurs che- 
veux , d'où vient le nom de Gallia Comata , c'eft à 
dire la Gaule Chevelue : & Agathias rapporte 
que les Roys de France ne fe faifoient jamais 
tondre, mais que dez leur enfance ils laifloient 
croiftre leur chevelure, qui leur flottoit par der- 
rière fur les efpaules , & par devant ilsnelalaif- 
foient pas pendre fur le front , mais ils la divi- 
foient en deux, 8c la retiroient d'un cofté 8c 
d'autre fur les oreilles. Tite Live dit, qu'ils 
avoient la chevelure blonde , 8c longue. Dio- 
dore dit, qu'elle eftoit roufTe, mais que par ar ti- 
fice , la lavans avec de la chault , ils la rendoient 
encor plus rouffe , & qu'ils la rejettoient du 
front fur le fommet de la tefte , afin qu'elle ne 
leur couvrit la face , pour reflembler à des Pans 
ou Satyres , qui font les dieux des bois. Pline dit 
que les Gaulois ont inventé une forte de favon 
fait de (ùif, & de cendre , pour faire les cheveux 
blonds. Tertullien, auliv. de l'ornement des 
femmes, crie 8c déclame contre celles là , qui fe 
teignoyent les cheveux avec du faffran. Am- 
mian appelle les Gaulois blancs, & rouz , à caufe 
de leur teint, & chevelure : Tite Live efcrit, que 
tous portoient la barbe longue ; Diodore ufe de 
diftinétion , Quelques uns, dit-i\,fe.font raire la barbe, 
les autres la laiffent un peu croiftre; Les gentils-hommes 
fe font raire les joues; mais ils laiffent croiftre le poil du 
menton , de forte qu'il couvre lapoiclrine , d'où vient que 
quand ils mangent , leur bat befe remplit de miettes; isf 
quand ils boivent , la boiffon coule comme par un canal. 
Strabon dit qu'ils prenoient garde de nedevenir 
trop gras , & que les jeunes gens qui excedoient 
la mefure de leurs ceintures , eftoient chaftiez. 

Parlons à cette heure de leur humeur , & na- 
turel , & d'autant qu'aucmn des anciens ne l'a 
mieux recognu que Cefar , voyons ce qu'il en 
dit en fes livres de la guerre des Gaules. Les Gau- 
lois , dit-il , font prompts isf fmiains en leurs refolutions, 
d'où vient qu'ils changentfouvent de deffein , isffeplaifent 
aux nouveauté^. Ils ont cette couftume entre autres, 

qu'ils 



L A 



G A V L E 



ANCIENNE. 59 

qu'ils drreflent les voyageurs malgré qu'ils enayent, 47 qu'elles prefageoient la mort de tous tant qu'ils 
leur demandent des nouvelles ; 47 dans les -villes le peuple eftoient, forcenez de rage, ils firent mourir leurs 
s'affemb/e en cercle a l'emourdes marchands , 47 leur fait femmes, & leurs enfans , pour c 



dire d'où ils viennent , 47 que c'efl qu'ils apportent de nou- 
veau, £7 fur tels bruits 47 râpons ils fondent bien fouVent 
leurs délibérations touchant les affaires de plus grande im- 
portancs, dont i/sfe repentent fut le champ, d'autant qu'ils 
preflent l'oreille a des bruits incertains , 47 ceux qui leur 
font ces rapports y adjoutent plufieurs chofes de leur inven- 
tion, à dejfein defe rendre comptai fans. Polybe, Orofe, 
Trebellius, & Vopifcus dilënt prefque le mefme. 
Il ne faut pas omettre une circonftance notable 
qu'ils gardent en leurs confultes & délibérations, 
rapportée par Strabon en ces termes: Si quel- 
qu'un interrompt celuyqui opine , l'huifiier s'approche l'efi 
pe'e a la main , 47 en le menaçant luy commande deux ou 
trois fois de fetaire, que s' il n'en tient compte ,illuycoupe 
une grande pièce de /on hocqueton, de façon que le refte de- 
meure inutile. Diodore ,& Strabon tefmoignent 
qu'ils ont l'efprit fubtil , & qu'ils font aflez pro- 
pres pour les feiences. Polybe n'en parle pas fi 
avantageufement, quand il dit ; qu'ils nes'adon- 
nent ny aux arts, ny aux lettres. Hirtius leur eft 
plus favorable : Ce font gens, dit-il, qui Vont ronde- 
ment en bef oigne, 47 quin'ufent point de fineffes , ny de 
furprije ; 47 qui ne prennent jamais leur ennemy par der- 
rière, mais tousjours par devant. Strabon les appelle 
gensfimples, candides, & quinefçavent que 
c'efl: que fupercherie.Toutesfois Florus dit qu'ils 

ufent de rufe , & de tromperie , cefontdonc les p ay s, car fi toflqti ils fe font efchauffex.au combat , ils f on- 
Romains qui leur en ont fait leçon , lequels , au dent enfueur. Le teimoignage de Dion n'eft gue- 
rapport de Trogus, avoient envoyé Serviliusen res plus favorable , Les Gaulois ( dit-il Jfeportent à 
Afrique , & luy avoient fait commandement tout ce qu'ils entreprennent d'une grande ardeur , 47 ne 



, pour commencer a ve» 
rifier le prefage. L'autre eft dans Florus , qui ra- 
conte que quelques uns ayansefté faits prilôn- 
niers de guerre , tafehoient de rompre leurs 
chaines avec les dents , & qu'à la fin ilss'eftran- 
glerent les uns les autres; mais ce dernier exem* 
pie peut eftre attribué à l'amour de la liberté, 
qui leureft naturellement empreint, comme dit 
l'Empereur Léon, & Orofius. 

le m'eftonne de Marius Viclorinus , qui les 
fait poltrons, lafehes de courage , & fuiards, at- 
tendu que Claudian les deicrit courageux, guer- 
riers , Se bien duits aux armes; en quoy Salufle 
mefme les ofe préférer aux Romains. Peut eftre 
que Viclorin fe fonde fur ce tefmoignage de 
Cefar ; Comme , dit-il , ils [ont prompts , 47 foudains a 
entreprendre la guerre , au fi ilsfuccombent a l'adverfité, 
47 n'ont pas affez de refolution pour lafupporter. & fur 
celuy de Tite Live : Les premiers efforts des Gaulois 
font par deffus les forces ordinaires des hommes , mais les 
derniers font moindres que ceux des femmes. L'expe* 
rience a fait Voir, que fi pouvez, fouflenir leur première 
boutade , vous en viendre^ayfement à bout , car inconti- 
nent ils je laffent , ils font tous en eau , 47 les armes leur 
tombent des mains : 8c Florus après avoir dit le 
mefme que Tite Live , adjoufte : Ces grands corps 
nourris dans un air humide, refjemblent aux neiges de leur 



fous main de faire tuer Annibal s'il pouvoit. 
Mais l'Empereur Iulien eft plus digne de foy , 
comme ayant long temps converfe avec les Gau- 
lois , voicy ce qu'il en dit ; ils nefçaVent pour tout 
que c'efl que flatterie: mais i/straittent fincerement , 47 
efgalement avec tous; ilsjoùiffent desplaifirs licites du ma- 



gardent aucune médiocrité , car comme ils font exce fine- 
ment hardis, 47 téméraires , aufii quand une fois ils com-* 
mencent afe laiffer gaigner a la crainte , ils font excefiive- 
ment timides, tëpaoureux. l'y veux joindre le tef- 
moignage de Strabon: C'efl une nation bouillante , 
guerrière, 47 prompte au combat , 47 quand ils font ef- 



riage, non pour affouvir leur appétit , mais feulement pour chauffe^ ils y Vont a l'eflourdi , 47 avec précipitation , 
avoir des enfans , 47 boivent du vin autant qu'il en faut d'où vient qu'il eft fort ayfé de les furprendre par rufes de 



guerre: car vous les attirerait combat quand 47 où Vous 
voudrez. , d'autant qu'ils n'y apportent que la force , iTj 
le courage fans prudence, 47 délibération quelconque. 

L'Empereur Léon , autraiélé des préparatifs 
de la guerre, en fait un jugement bien différent: 
Les Gaulois, dit-il, font fort vaillans enguerre , 47 d'un 
courage indomtable- ils tiennent a un grand reproche de 
reculer d'unfculpas , 47 croyent que c'efl chofe aufii hon- 



pour fatisfaire à la necefiité 47 non plus. .Elian fait ce 
jugement d'eux, que ce font les hommes du 
monde les plus prompts à s'expofer aux dangers: 
Florus , Ciceron , & Eumenius les appellent 
cruels, & barbares; Lucain, farouches & fan- 
guinaires; Tite Live, mois &effeminez: Dio- 
dore , Athénée , & Clément Alexandrin , perfi- 
des, & adonnez à l'yvrongnerie: le mefmeTite 
Live , prom 
Mêla, fuperb' 
menteurs: Plutarque, ... 

voylà pas de beaux éloges d'honneur ? mais ces combat, dites moy pourquoy c'eft que Ciceron 
tefmoings font recufables , d'autant qu'ils font la fait G redoutable à voftre empire ? pourquoy 
prévenus de pafTion & de haine contre cette Sallufte n'a point de honte d'advouer qu'elle a 
nation. Toutesfois je ne puis taire deux exem- fait trembler toute l'Italie ? pourquoy Trogus, 
pies de leur cruauté , dont l'un eft rapporté par parlant des Roys de TOnent , dit qu'ils eftoient 
Trocrus, lequel eferit qu'en la guerre contre perfuadez qu'ils ne pouvoient conferver leur 
Antigonus , ayant confulté les entrailles des vi- majefté en fon entier , ny la recouvrer quand ils 
aimes, félon la couftume des payens , & voyans l'auroient perdue , fans eftre affiliez de la valeur 

1 Iii z Gauloile: 




LA G A V L E 

GauloJ/e: fï grande eftoit la terreur de ce nom, 
& telle bonheur de les armes ; pourquoy c'eft 
qu'Appiani Civil, dit que les Gaulois s'eftoient 
rendus fi formidables aux Romains , qu'en la loy 
par laquelle les preftres, & les vieillards (ont dif- 
penfez de la guerre , les guerres contre les Gau- 
lois font toufiours exceptées ? 

Sofipater après Vairon au 2 des origines , dit 
que la Gaule s'eft toufiours eftudiée à deux cho- 
ies , à bien combattre , & à bien parler ; c'eft à 
quoy vi(è ce trait de Iuvenal : 

acàpiatte 

Gallia, velpotuu nutrkula caufidicorum 
Afiica ,fiplacuil tnercedem potière lingux. 

Et cet autre du mefme : 

Gallia caufidicos docuit facunda Britannos. 
S. Ambroyfè eferivant àRufticus , loué les eftu- 
des floriflans des Gaules , & leur langage cou- 
lant. Quant à leur milice, voicy ce qu'en dilent 
quelques uns des plus anciens autheurs. Cefar 
dit: Avant le commencement du combat, ils tiennent le 
confeil de guerre, auquel fe doivent trouver tous les jeunes 
hommes armez., & celuyqui efl venu le dernier, doit mou- 
rir de toute forte de tourmens. Strabon dit qu'ils ont 
leurs armes à l'advenant de leurs corps , une 
longue efpée pendue au cofté droit , un long 
bouclier, & la lance à proportion , laquelle a un 
fer d'une coudée de long , au raport de Dio- 
dore; Ils ont auflî une efpece de javelot,que Ce- 
far appelle matara : quelques uns le fervent encor 
d'arc, & de fondes ; ils portent aulfi un bafton à 
la main , en mode de dard , qu'ils jettent avec la 
main fans attache , quelquesfois plus loing que 
n'iroit uneflefche. Nonnius après Varron fait 
mention de certains efpieux des Gaulois appel- 
iez Ge^a; Virgile aufïî en parle 

— duo cuique Alpina corrujeant 
Ge fa manu; — — — 

Servius explicant ce paffage dit que Gefum eftoit 
une forte d'arme virile, &adjoute quelesvail- 
lans hommes & francs courages eftoient jadis 
nommez entre les Gaulois Gefi. Strabon dit, 
qu'ils eftoient plus forts de cavalerie, que d'in- 
fanterie; Cefar eferit que la cavallerie marchoit 
toufiours avec un grand attirail de chariots, & 
de bagage. Tite Live, & Pomponius Mêla té- 
moignent que les gens de pied combattoient 
premièrement fur des chars , commençans le 
combat par des javelots , qu'ils lançoient contre 
l'ennemy, puis ils fautoient à bas, & en ve- 
noient auxprifèsl'efpée à la main. PardefTusle 
nombril ils eftoient nuds ; mais leurs longues 
targues les couvraient , comme dif Virgile : 

— Sentis protcBi corpora longis. 
Diodore dit, que leurs boucliers eftoient de leur 
hauteur, embellis de diverfes figures à demy re- 
lief; & qu'ils avoient des pots en tefte gravez 
d'oyfeaux , ou d'animaux à quatre pieds ; en 
fornme qu'ils fe fervoient de certains cornets,qui 
rendoientun muglement tout propre à jecter la 



ANCIENNE, 
peur dans les cœurs desennemys; leurs glaives 
eftoient pefàns, fort longs , & fans pointe , pour 
frapper détaille tant feulement, & affener des 
grands coups furies ennemys, afin de leur fen- 
dre la tefte jufques aux dents ; tontesfois ils 
n'eftoient pas de bonne trempe ; car , au raport 
de Suidas , après Polybe , du premier coup ils (e 
courboient, & rebouchoient tellement, que s'ils 
n'euftent eu le loifir de fe retirer pour les redref- 
fer , leur fécond coup n'euft rien valu : Diodore 
les appelle S/Mî/w,qu'ils portoient pendues à leur 
cofté droit avec une chaine de cuivre. Polybe, 
Strabon, &Diodore témoignent qu'ils portoient 
au col des chaînes , ou carcans d'or , ce qui fait 
dire à Virgile , laclea colla auro inneftuntur , & des 
brafTelets a l'entour de leurs bras , & ceux qui 
eftoient en charge , ou magiftrature avoient 
leurs veftemens chamarrez d'or, & melme quel- 
ques uns avoient leurs cuirafles efmaillées d'or, 
au raport de Diodore. Quand ils commen- 
çoient le combat, (félon qu'eferivent Polybe, Se 
Tite Live ) ils avoient accouftumé de chanter, 
hurler, fauter & s'entrechocquer de leurs tar- 
gues, & tout celaenfemble faifoit un fi grand 
bruit, que tous les lieux voifins en retentiftoient. 
Strabon , & Diodore difent qu'ils le fervoient 
auffi des chiens au combat ; Pofïidonius chez 
Athénée afTeure qu'ils menoient quant & eux: 
des flatteurs , & efeornifleurs pour chanter leurs 
louanges. S'ils retournoient victorieux de la ba- 
taille , ils immoloient les prifonniers à leurs 
dieux , en action de grâces. Quand ils retour- 
nent du combat ( dit Strabon ) ils portent les 
teftes de leurs ennemys pendues au col de leurs 
chevaux, & puis les attachent pour trophée aux 
portes des villes ; mais fi c'eftoient gens de mar- 
que (dit Diodore) ils embaument leurs teftes, 
& les gardent foigneufêment dans des eftuys , 
pour lesmonftrer à ceux qui les viennent voir; 
& ne les rendent jamais à leurs parens ou amys, 
quelque prix d'argent qu'ils leur prefentent : 
Tite Live eferit , qu'ils portèrent folemnelle- 
ment , & en pompe , des defpo'ûilles , & la tefte 
de L. Pofthumius dans leur temple, qu'ils tien- 
nent pour un lieu tres-fainct, ; & qu'ayans ofté la 
cervelle, ils enchaflerent le crâne dans de l'or, 
& en firent une couppe pour les libations fo- 
lemnelles de leurs facrifices; & que les préfixes & 
anciens s'en fervoient pourboire; c'eft ce que 
dit Silius Italicus : 

At Celu , vacui capitis circumdarejueù 

Ojfa (nefas) auro, & menfis eapocula ferVant. 
Si vous defirez fçavoir la façon qu'ils tenoient I 
ranger leur cavallerie, liiez Paufanias en fes Pho- 
ciques. Vous pourrez auflî aprendre d'Athe- 
née, & de Cefar ; que c'eftoit que Silodunes , ou 
Solduries , & s'il vous plaift , vous y joindrez ce 
qu'eferit l'Empereur Léon au traicté des pré- 
paratifs de la guerre, chap. 1 8, nombre 88. 

Venons maintenant àleur façon de vie pri- 
vée & 



LA G A V L E 

yée & domeftique. En toute la Gaule , dit Cefar, 
il 'y a deux fortes de per [ormes qui /ont de quelque considé- 
ration ; afeavoir les Druides, if les Chevaliers : ceux-cy 
ne Je méfient d'autre chofe que de la guerre ; if à me jure 
qu'ils Jonc dep/us noble extraclion , if qu'ils ont plus 
de moyens i aufi mènent ils plia grande fuite , if font ac- 
compttgncz.de plus grand nombre de fubjecls , if clients. 
Les Druides ont /oing de ce qui regarde le femee divin, 
c'efl à eux de faire les facrifices tant publics, que parti- 
culiers,^ de régler tout ce qui appartient a!areligion,8cc. 
car pour le peuple , fa condition e/lfort contemptible , if 
prcjquefervile , ils en exigent tes mefmes fentes , que les 
plus-vils ferviteurs ont accoufl urne de rendre a leurs mai- 
flres. Ils ne Voyait point leurs enfans , qu'ils nefoient en 
a âge déporter les armes ; if tiennent pour une grande 
indécence , qu'un fils cflant encor enfant Je prefente en 
public devant fon père. Les maris font eflimer ce que leurs 
femmes leur ont apporte de mariage , if y mènent autant 
du leur ; if fontproffiter tout cet argent enfcmble ; le pre- 
mier quivient à mourir laijfe fa part à l'autre, aVectous 
lesproffits qui en /ont revenus; if le pouvoir que les maris 
ont fur leurs femmes eflfiabfolu, qu'ils ont droit de vie, 
if de mort fur elles aufii bien que fur leurs enfans. Voyla 
ce qu'en dit Cefar en divers endroits du livre 6 
de la guerre des Gaules. Diodore dit, que les 
femmes font belles , grandes , & fortes, comme 
des hommes; Strabon adjoufte qu'elles font fé- 
condes 8c bonnes nourrices, autant heureulès en 
leurs couches, qu'en l'éducation de leurs enfans : 
leurs maris en font tant d'eftat, (ditPlutarque 
au traiété des vertus des femmes) qu'ils conful- 
tent , & délibèrent avec elles delà paix , Se de la 
guerre , & leur en laifTent la libre difpofition. 
Nenntmoins (dit Athénée , & Diodore ) encor 
qu'ils ayent des belles femmes , fi eft ce pourtant 
qu'ils (ont fortadonez aux malles; ce qu'il ne 
faut point entendre univerfellement de toute la 
Gaule ; mais particulièrement de la Narbon- 
noife , qui comprend les Marfeillois , lefquels 
comme ils font iflus des Grecs , auflï ont-ils efté 
de tout temps fort décriez pour leur mollefie, & 
intempérance, qui eftoit venue à tel excès, qu'au 
rapport de S. Clément au 9 de les RecognoilTàn- 
ces , ils avoient une ancienne loy , par laquelle il 
eftoit permis aux hommes d'efpouler publique- 
ment des jeunes gens, fans note d'infamie; je 
crois que c'eft de ceux là que parle Strabon , 
quand il dit, qu'entre eux ce n'eftoit point un 
deshonneur à la jeuneffe d'abufer la fleur de fon 
aage. le ne veux pasobmettre ce que Stobée 
rapporte des Celtes , qu'ils eftoient plus ri- 
goureux à venger la mort d'un eftranger que 
d'un citoyen ; car celuy qui avoit tué un eftran- 
ger eftoit condamné à mort , mais pour la 
mort d'un citoyen, ils fe contentoient du ban- 
niffement. 

Pour ce qui eft de leur façon d'habit , ils por- 
tent des fayes.au rapport de Strabon, & des cap- 
i'es velues tiftuës de laine, ils ont des chauffes 
arges; au lieu defaye ils ulênt de cafaques fen- 



ANCIENNE. 60 

ducs , qui ont des manches , Se ne couvrent que 
la moitié des feffes; 

Dimidiafque nates Gallica palla tegit 

dit Martial ; ce genre d'habit eft encor ail- 
jourd'huy en ufage en Flandre , & s'appelle 
Pallatrock , ou Paltrock , car Cûth en F| amen 
Jïgnifie robbe ; le m'affeure qu'Ariftote en- 
tend parler de cet habit, quand au feptielme 
de lès politiques il dit , que les Gaulois vont ve- 
ftus de court. Le melme Martial fait encor 
mention de la cappe deXainétonge. Diodore 
dit, qu'ils portoient des anneaux aux doigts, 
Pline témoigne qu'ils n'enportoient qu'au doigt 
du milieu. 

Quant à leur façon de manger: Ilsufènt de 
vaillelle de terre; ils mangent aflïs non fur des 
fieges , mais à platte terre , fur des peaux de 
loup, ou de chien; ilsfe font fervir en table par 
des enfans ; ils font auprès d'un bon feu , où il y 
a des marmites , & des broches garnies de vian- 
de , principalement de chair de pourceau , fraif 
che, oulalée, c'eft ce qu'eferit Diodore : Stra- 
bon adjoufte qu'ils font grands mangeurs de 
laict. Athénée dit , qu'ils s'afteoyent fur du foin, 
& qu'ils mangent fur des tables fort battes, & 
qu'ils ulent fort peu de pain : Pline remarque 
qu'ils fe fervent de levain pour faire le pain plus 
léger : puis il adjoufte : Ils mangent force chair bouil- 
lie , ou grillée , ou roflie , ils defchiicnt la Viande h belles 
deux mains , aguijè de lions , if portent à la bouche des 
membres entières , dans lefquels ils mordent ; que s'il y a 
quelque chuje que les dents nepuijfent couper , ils y em- 
ployent leioufteau ; ceux qui font auprès des rivières , ou 
de la Mer, mangent des poijfons roftis avec dufel, du vin- 
aigre is du cumin , qu'ils mettent aufii dans leur boijfon ; 
s'ils mangent plufietirs enjemble , ils s' afjeoient enrond ; ils 
mettent au milieu le plus honorable de la compagnie, qui a 
quelque avantage par deffus les autres , ou en Valeur , ou 
en noblejfe ,ouen richejfes. Celuy qui Ver Je a boire porte la 
boijfon dans des pots de teire , ou d'argent : les plats dans 
/ejquels ils jerVent la viande Jont de me fine matière , quel- 
ques uns fe fervent de paniers d'ojier , ou corbeilles , au lieu 
de plats : les plus riches boivent du Vin , qu'ils font 
venir d' Italie , oudeMarJeille, if ne le trempent gue- 
res ; ils boivent a diverjes reprifes , comme s'ils hitmoyent 
un bouillon ; il y a un garçon , qui prefente les Verres 
des deux mains. Diodore eferit qu'ils font un 
certain breuvage avec de l'orge qu'ils apellent 
Zyth ; & un autre avec l'eau , dont ils lavent 
les gafteaux de miel ; & Ammian dit, qu'ils 
ont plufieurs fortes de boiffon , femblables au 
vin. Ils invitent maintesfois les paflants à man- 
ger avec eux , & après le repas ils les interro- 
gent d'où ils viennent , & que c'eft qu'ils font 
venus faire. 

Ils avoient auffi accouftumé au fortir de table 

de fe provocquer & deffier les uns les autres ; 

Poflîdonius chez Athénée raconte la façon de ce 

K kk derfy 



LA G A V L E 
deffy. Ils ont, dit-il , uncertain exercice d'armes, au- 
quel ils feprovocquent les uns les autres, ils efiriment légè- 
rement du bout de leurs ejpées , if prennent garde de ne fe 
point offenfer l'un l'autre ; néanmoins parfois il arrive 
qu'ils Je bleffent, if lors ils s'e/cbauffent tellement au com- 
bat , que s'il n'y avoit perjonne pour lesjeparer , il en arri- 
veraient des meurtres . Ils avaient aufli anciennement 
cette couflume , qu'on fervoit fur table les membres d'un 
mouton , ou de quelque autre befle , if le plus raillant de 
la troupe prenait une cuiffe , -que fi quelqu autre eftoit fi 
hardi que d'y mettre la main , ilfe devoit rejoudre de gui- 
der la querelle Fefpce a la main , jufques à tant que l'un ou 
l'autre demeuraft fur la place. Il y en a d'autres qui pren- 
nent de l 'or, ou de l'argent fur le théâtre, ou bien uncer- 
tain nombre devin; if après s'eflre obliges par ferment 
d'endurer ce pourquoy ils ont reçeu ces dons , ils les diftri- 
buent h leurs plus intimes amis , ils s'eftendent de leur 
long, fur le dos, dedans leurs targues , if attendent qu'on 
leur plante /ecoufteau dans la gorge. Ils dorment, au 
rapport de PoIybe,fur du foin;Diodore veut que 
ce foit fur des peaux de beftes fauvages. 

Leurs maifons font ordinairement dans les 
bois ,ou le long des rivières, pour éviter les cha- 
leurs, elles font couvertes d'aiflelles dechefne, 
ou de paille, félon Vitruve , & Pline ; jamais ils 
ne ferment leurs portes, fi nous croyons à Sto- 
bée; Polybe dit, que leurs bourgades ne font 
point cloiês de murailles ; toutesfois Trogus té- 
moigne qu'ils en ont appris la façon des Marfeil- 
lois. Ce que dit Cefar au 7 de la guerre des 
Gaules eft remarquable : Quand il arrive ( dit- 
il) quelque chofe, d'extraordinaire, ils s'en vont 
crians à pleine tefte parles champs , jufques à ce 
qu'ils foyent entendus des voifins, le/quels fe 
mettent à crier demefme, pour fe faire enten- 
dre aux plus proches , & ainfi ils s'avertiffent de 
main , en main, l'apprens de Cornélius Celfus, 
qu'àlachaffe ils fe fêrvoient de flèches empoi- 
fonnées ; voicy ce que Gelle rapporte de Pline : 
Les Gaulois frottent leurs flèches avec de l'ellébore , d'au- 
tant que la Venaifon en eft plus tendre , toutesfois ils 
coupent la chair, qui eft autour de la playe , afin que ce 
Venin ne s'eftende plus avant. Ariftote en (es mer- 
veilles rapporte, que les Celtes ont une forte de 
venin ou poifon, qu'ils appellent toxicum, qui tue, 
& infecte fi promptement la befte, que les chaf- 
feurs fi toft qu'ils l'ont bleffée , accourent pour 
couper la partie blefTée , de peur que le venin 
venant àgaigner, la venaifon ne fe corrompe. 
Strabon , fur le rapport des autres, eferit , qu'ils 
ont aurfi un certain figuier, dontlefruiét ref- 
femble au chapiteau d'une colomne à la Corin- 
thienne , lequel rend un fuc mortel aux beftes 
attaintes des flèches qui en auront efté frottées. 
Ariftote, & Plutarque témoignent, que les 
Gaulois ne craignent point le tremblement de 
terre. Mais voicy un merveilleux exemple de 
leur courage, ou pour mieux dire, de leur terne- 
rite, fi toutesfois il eft croiable; il eft pris d'Elian 
en feshiftoiresdiverfes. Ils tiennent , dit-il , à 



ANCIENNE. 
une fi grande ignominie de s'enfuir, qu'ils fc 
lairront pluftoft accabler des ruines d'une mai- 
fon, oubrufler dans un embrafement , que de 
fuir: il y en a auffi plufieurs lefquels attendent 
l'inondation, & débordement de l'Océan, quel- 
ques uns mefme le jettent dans les vagues tous 
armez , & fouftiennent leur affaut l'efpéc à la 
main, & jettent leurs javelots, comme s'ils pou- 
voient blefler l'Océan , ou luy faire peur. Le 
croie qui voudra, pour moy je ne fuis pas défi 
facile croyance, neantmoins Stobée , & devant 
luy Nicolaus , qu'il cite , le croy ent ; en quoy je 
vois par expérience , que le dire de Pline eft vé- 
ritable , qu'il n'y a rien fi aifé à croire , qu'un 
menfonge,quand il eft authorifé du rapport d'un 
grave autheur. 

Les funérailles des Gaulois , ditCcfar, font 
magnifiques , & fomptueufes, ils jettent dedans 
le feu , où ils bruflent avec le corps du defundr. , 
tout ce qu'il avoit de plus cher, jufques aux ani- 
maux ; & après la cérémonie des obfeques, les 
ferviteurs , & clients que le defunét avoit le plus 
aymez, fejettoient de gayetéde cœur dans le 
mefme brafier : Melaadjoute qu'ils fe perlûa- 
doient qu'ils les alloient trouver en l'autre 
monde pour vivre avec eux ; & dit que quelques 
uns afïïgnoient leurs créanciers à les payer après 
cette vie. Il ne faut pas obmettre cette circon- 
ftance que Diodore remarque ; qu'ils jettoient 
dans le bukher ardent des lettres, oumiffives 
addreffantes au defunâ: , comme s'il les devoit 
lire , car ils croyoyent avec Pythagore , que les 
âmes des morts dévoient après un certain temps 
retourner dans d'autres corps. En effeâ: un 
certain Alexander chez Clément Alexandrin 
alfeure que Pythagore a veu les Gaules. Ter- 
tullien après Nicander remarque qu'ils paf- 
foient la nuict auprès des cendres des hommes 
illuftres , pour en rapporter quelque oracle. 

le ne m'arrefte pas à Ciceron , quand il dit en 
la harangue pour M. Fontejus , que les Gaulois 
n'ont point de religion; car TiteLive, encor 
qu'il ne fuft gueres favorable à cette nation, 
neantmoins arîeure qu'elle eftoit affez foigneufe 
du culte divin , & Cefar au 7 de la guerre des 
Gaul. dit qu'elle y eftoit fort adonnée ; voicy fes 
propres termes ; Ils honorent entre les dieux princi- 
palement Mercure , auquel ils dreffient plufieurs ftatues ; 
ils le recognoiffent pour autheur de tous les arts , pour 
guide if conducleur des Voyageurs ; if pour le dieu tute- 
laire des marchands if du commerce. Apres luy ils ado- 
rent Apollon , Mars , Iupiter , if Minerve , dont ils ont 
le mejme jentiment que les autres nations; afeavoir qu'A- 
pollon chajje les maladies ; que Minerve eft lamaiftrejfe 
des ouvrages , if artifices ; que Iupiter gouverne l'Empi- 
re; que Marsprefide aux armées, if qu'il eft le dieu de 
lagueire. Pline au liv. 34, chap. 7, parle d'une 
prodigieufe ftatué de Mercure , que Zenodorus 
fit faire de (on temps , en une ville d'Auvergne, 
les maiftres (culpteurs y travaillèrent dix ans , & 

coufta 



LA G A V L E 

coufta vingt mille livres de façon ; Strabon dit 
que les Marfeillois battirent un temple à Diane 
d'Epliefe. Il y a auffi un ancien marbre , qui té- 
moigne , cjue les Gaulois ont adoré Diane fous 
le tiltre d 'Arduetma, voicy l'infcription : 

DIS. MANIBVS. 
Q^ C7ESIVS. CL F. CLAVD. 
ATILIANVS. SACERDOS. 
DEAN*. ARDVINN/T. 
FECIT. SIBI. ET SVIS 

HEREDIBVS. 
IN. FR. P. XII. IN. AGR. 

P. XV. I1II. ID. OCT. 
IMP. CMS. FLAVIO. DOMITIANO. 

VIII. 
ET. C. VALERIO MESSALINO. 

COSS. 

Où vous remarquerez, qu'il y a De AN je Ar- 

DVINNJE pour DlANfi ARDVENNSjCar 

il n'y a celuy fi peu verfé aux anciennes inferi- 
ptions , qui ne fçache que les anciens mettoient 
les I pour les e , & les E pour les I. Il y a de l'ap- 
parence que cette inlcription eftoit dans la fo- 
reft d'Ardenne , & qu'elle eftoit confacrée à 
Diane, comme eftant ladeeffe des bois. La- 
âance, Lucain, & Minutius Félix font mention 
de certains autres dieux des Gaulois, àfçavoir 
Efus ou Hefùs, Theutates, & Taranes, mais plu- 
sieurs doclies eftiment que ce font lesmefmes 
que Mars, Mercure , & Iupiter. Aufonius parle 
d'un autre nommé Belenus,qu'Herodian appelle 
Belis , Pithœus en fes lieux communs difputefi 
c'eft le mefme que Tibelinus dont parle Tertul- 
lien , & conclud que ce n'eft autre qu'Apollon. 
Scaliger rapporte une ancienne infeription , qui 
parle d'un certain autre dieu nommé Abellio , 
il fait aufli mention deladeeffe Onvava. Sainér. 
Auguftin de la Cité de Dieu remarque que les 
Gaulois nommoyent certains efprits immondes 
Dufii. Nous apprenons de Florus, qu'ils ado- 
roient auffi Vulcain , & qu'ils luy avoient pro- 
mis , & voué les armes des Romains. Quand ils 
adoroient leurs dieux,au rapport d' Athénée, ils 
fe tournoient à la main droiéte , & Pline dit , 
qu'ils baifoient leur main gauche , à rebours des 
Romains , qui baifoient la droiâe. Cefar re- 
marque , qu'ils facrifioient d leurs dieux plu- 



ANCIENNE. 6 l 

fleurs chofes, entre autres les animaux, & mef- 
me les hommes ; nommément à Mars dieu des 
guerres : 6)iynd en leurs affembk'es ils ont conclu la 
guerre, ils Douent a Marstout ce qu'ils gaigneront fur Ten- 
nemy ; en effecl ils luy immolent les animaux qu'ils ont 
pris en guerre, & mettent toutes les dépouilles en an mon- 
ceau , ij n'y a perjonne qui oje receler ck^foy la moindre 
ebofe , car il y a des peines tres-rigoureujes contre telsja- 
crileges. Ceux qui jont travaillez, degrieffe maladie , im- 
molent des hommes , ou bien s'obligent par ~»œu de les im- 
moler , & font tels facrifices par les mains des Druides , 
d'autant qu'ils fe perjuadent que Us dieux ne peuvent 
eftre appaije^. que par la Vie d'un homme , pour fauver la. 
t>ie a un homme. Il y en a d'autres qui font des grandes 
flatues , tiffues d'amarines , ou d'ofier, lejquelles font 
creufes, iff dedans ils enferment des hommes fivaos , puis 
y mettent le feu , $S? les font a in fi cruellement mourir. Ils 
eftiment que le fupplice de ceux qui ont eftefurpris en lar- 
cin , ou quelque autre mesfiiel , eft plus agréable aux 
dieux ; toutesfois quand il n'y a point de criminels , ils 
ri épargnent pas les innocens. Strabon eft un peu dif- 
férent : En leurs facrifices (dit-il ) ils en tirent quelques 
uns a coups de flèches , ou bien les attachent a un gibet, 
ils font aufii ungrandcobjfe defoin; & lep-lantent un 
pied dans la terre , auquel ils attachent divers animaux, 
isf mefme des hommes , puis ils y mettent le feu. Stra- 
bon dit , qu'ils gardoient les criminels cinq ans 
avant que les faire mourir de ce genre de fup- 
plice. Minutius Félix , 8c Tertullien tefmoi- 
gnent , qu'ils facrifioyent auffi des hommes à 
Mercure. Il eut mieux ï>it!u, dit Plutarque, que les 
Gaulois n'eujfent eu aucune cognoiffance des dieux, que 
de croire qu'il y ayt des dieux qui Je repaiffentdu fang hu- 
main. Et non feulement en leurs facrifices , ils 
immoloient les hommes , mais auffi en leurs 
façons de deviner ; car , au rapport de Strabon 
& de Diodore , -ils prenoient un criminel & luy 
donnoient un coup d'efpée fur le dos, puis re- 
marquans le battement de la partie bleffée 
(Diodore dit, que c'eftoit le diaphragme) ils 
devinoient de là les chofes à venir ; & jaçoit que 
Pline tefmoigne, que du temps de l'Empereur 
Tibère tels Tacrifices furent défendus , neant- 
moins Eufebe , au 4 de la préparation Euange- 
lique , fe plaint qu'ils duroient encor de fon 
temps, c'eft à dire , fous l'Empire de Conftantin 
le Grand ; Pline auffi remarque qu'ils fe fer- 
voient de l'herbe nommée verveine, pour leurs 
enchantemens, & fbrtileges. 



Kkk z 



LA 



LA G A V 

félon Iule Cefar, 



L E 




Ette defcription fera 
toute prifè des Com- 
mentaires de Cefàr, 
fans y méfier aucun 
paffage des autres au- 
theurs ; finon pour 
grand efclairciffemët. 
11 dit donc au 6 liv. 
des Gaules , qu'il y a 
deux fortes de gens 
cjui tiennent quelque rang parmi les Gaulois , 
à/çavoirles Druides, & les Chevaliers jStrabon 
en nomme trois, les Bardes, les Devins, & Drui- 
des. Lucain auffi en ces vers : 
Laudtbus in longum Vates dimittitis <efum : 
Plurima feairi fudiftis carmma Bardi : 
Et fos barbaricos ritus, moremquefiniftrum 
Sacrorum Druids, isfc. 
Marcellin appelle les Devins Eubages ; Diodore 
ne parles que des Bardes , & des Druides, qu'il 
nomme Saronidx. Pline les appelle Magi ; Lu-. 
cain Philofophes. Les chevaliers ne (e méfient 
que de la guerre , & font toufiours prefts quand 
l'occafïon le requiert. Les Bardes font des 
poètes , lefquels , comme témoignent Athénée 
& Strabon , compolênt & chantent des hymnes 
à la louange des hommes illuftres , Diodore dit 
que les uns chantent fur l'orgue, les autres fur la 
harpe, & qu'ils louent les uns &blafmentles 
autres. FeftusPompejus dit que Barde en vieux 
Gaulois fîgnifie chantre, ou muficien. I'apprens 
deStrabon, que les Devins, qu'ils nommoient 
Vates , s'occupoient à la contemplation , & re- 
cherche desfecrets de la nature. LedoâePy- 
thée croit que tous ces noms, Bardi, Vates, 
Semnothei, Seronides, font fynonymes, & qu'ils 
fîgnifient lemefme que Druides; eneffeér. , je 
vois que tout ce que divers autheurs attribuent 
à chafêun d'eux , convient aux feuls Druides, 
comme il fe verra par ce qui s'enfuit. 

Diodore dit que les Druides eftoient Philo- 
fophes, & Théologiens. Cefar , & Tacite au 
14 de Tes Annales, difent, que leur difcipline , & 
fcience fut inventée en Angleterre, & de là 
transférée en Gaule , & que ceux qui eftoient 
defireux de l'apprendre s'y en alloicnt à cet ef- 
fecl; mais il vaut mieux ouir parler Cefàr: Les 
Druides, dit-il, ont foingdes cérémonies {sf [acrifices , 
& font les interprètes des loix qui concernent la religion ; 
on leur défère grandement , isf plufieurs jeunes gens "vien- 
nent a leur efcole. Ils terminent prefque tous les diffe- 
rens , foit publics , fait particuliers ; s'il s'efl commis un 
crime , s'il s'efl fait un meurtre , fi quelques uns font en 
procès touchant les limites , ou pour un héritage , c'eft à 
eux d'en cognoiflre ; ils ordonnent la récompense, isf le 



chafliment ; que fi quelqu'un ne fe "veut tenir a leur arreft, 
isffentence définitive, ils l'excommunient , isf ne luy per- 
mettent d'afifter aux facrifices, ce qu'ils tiennent pour une 
tres-griefve peine. Ils font diffenfe^ de la guerre , isf 
exempts des impos, isfjubfides ; ilsjoïiiffent de toute forte 
defranchifes , isf immunité^; plufieurs de leur plein gré fe 
rangent fous leur difcipline , d'autres y font enfoyeiç. de 
leurs parens ; on dit qu'ils y apprenent par cœur ungrand 
nombre de fers: il y en a qui demeureront "vingt ans en 
cette efcole , a apprendre la difcipline des Druides , la- 
quelle ils ne feulent point mettre en lumière pour deux con- 
Jiderations , l'une eft ,pour ne la mettre entre les mains du 
fu/gaire, isf ne la point rendre trop commune , l'autre , de 
peur que les jeunes gens fefians par trop aux livres, ne 
Viennent a négliger l 'exercice de la mémoire , comme il ar~ 
rive ordinairement. Ils prennent a tafche deperfuader que 
tes âmes ne meurent point afec le corps : mais qu'elles paf- 
fent d'un corps à l'autre , isf croyent que cette doclrinefer- 
fira d'un f if aiguillon à la "Vertu , isf engendrera un mef- 
pris de la mort. Ils font aufii plufieurs difeours des aftres, 
isf de leurs moiïvemens, de la grandeur du monde isf de /a 
terre, de la nature des chofes , de lapuiffance isf "Vertu des 
Dieux immortels , isf en font leçon àlajeunejfe. Voyla 
ce qu'en dit Cefar ; à quoy nous adjouterons le 
telmoignage de quelques autres autheurs , pour 
plus grand efclairciiïement. 

Pomponius Mêla en parle ainfi , les Druides 
font profefTîon de fçavoir la grandeur , & la for- 
me de la terre, & du monde, les mouvements des 
cieux , & des aftres , & de plus ils font interprè- 
tes desvolontez desdieux, dont ils fe vantent 
d'avoir une parfai&e cognoiffance , ils font long 
temps à enfèigner la noblefTe , ordinairement 
20 ans, en des lieux efeartez dans des grottes, ou 
dans les bois,toutesfois il y a un poinét qu'ils veu- 
lent bien que tout le monde fçache, touchant 
l'immortalité des âmes, afin que le mefpris de la 
mort leur aiguife le courage. Marcellin dit pref- 
que le mefme. Ce qui s'enfuit eft pris de Stra- 
bon au liv. 4 : Les Druides ne dif courent pas feulement 
de la nature , mais aufii de ce qui regarde les mœurs : le 
monde a grande opinion de leur probité , c'eft pour quoy 
ils ont l'entière cognoiffance descaufes tant publiques que 
particulières , isf bienfoufent il eft arrivé , qu'ils ont ap- 
p- inclé des différents de guerre , comme les deux armées 
eftoient fur le point de fe chocquer . Us tiennent que Famé 
eft immortelle , isf que le monde ne finira jamais , toutes- 
fois que le feu isf l'eau furmonteront les autres elemens. 
Oyons encor Diodore : Ils fe fervent, dit-il, de de- 
fins, isf en font grand eftat,isf tous leur obeiffent. Gjupnd 
ils délibèrent d'un affaire d'importance, ils ont eftrange 
couftume, car ils immolent un homme , isf le frappent d'un 
coup d'ejpée dans lapoiclrine fur le diaphragme , ils pren- 
nent garde afacheute, autiemblement de fes membres, 
isf aufang qui en découle, isfprenent delà unprefage des 

chofes 



LA G A V L E 

cbofes avenir. Ils ne font point de facrifice auquel n'af- 



fifle unpbilofopbe , car ils croyent que ces formateurs des 
fecrets de la nature , entendent la langue des dieux ; ist 
que c'eft par leur entremise qu'ils doibvent obtenir tout le 
bonheur qu'ils peuvent ejpei er, & ne font rienjoit en paix, 
fait en guerre fans leur con/eil. L iodore dit, qu'ils dé- 
fèrent tellement aux poètes, que quand ils fur- 
viennent , ceux qui font fur le poinct decomba- la defroboit 
tre, &quiontdesjal'efpéeàla main, fe retirent, 
de forte que parmy les barbares les plus agre- 
ftes Mars cède aux Mufes, Se la fureur des armes 
àlafageiTe. Dion de Prufe parle ain fi : Les Celtes 
ont leurs Druides, qui Vaquent a l'eftude de lafageffe , isf 
à la prévoyance des cbofes a Venir ; fans Icfqucls les Roys 
mefmes n'ofent refoudre d'aucun affaire , ny lien entre- 
prendre fans le leur avoir communiqué , de façon que , a 
Vray dire, ce font eux qui régnent , isf les Roys'nejont que 
les exécuteurs de leurs intentions, isf volonté^ ; ores qu'ils 
foyent a fis en des throfnes dotez. , qu'ils habitent dans des 
fuperbes palais, isf qu'ils fe traiclent fplendidement : ces 



ANCIENNE. 6t. 

um : de la main gauche , & à jeun , fans regar- 



der derrière eux , & qu'ils en font une médeci- 
ne aux bœufs , & aux pourceaux : & parlant de 
l'herbe nommée Selago , il dit qu'ils la cueil 

i — 
la 



lent de la main droide , fans coufteau , paffant 



main par l'ouverture qui eft au cofté g'auche, 
&queceluy qui la cueille fehafte, comme s'il 
& qu'il eft vertu de blanc , & que 
ayant lavé lès pieds , il fait , avant que la cueillir, 
unfacrifice de pain Se de vin; & qu'elle eftre- 
ceue dans une nappe blanche, & toute neuve; 
iladjoute que les druides croyent qu'elle a une 
vertu fouveraine contre toutes maladies , & que 
fa fumée eft bonne contre le mal des yeux, fi 
grande eft la fuperftition de cette nation. 

Quant à l'etymologie du nom des Druydes, 
Goropius le dérive de l'Allemand , & dit qu'il 
lignifie fage, ou docleur de la vérité : Pompo- 
nius les appelle auffi maiftres de la fapience ; 
pour moy je tiens que ce nom veut dire Theo- 



vers de Lucain font fort à propos de ce fubjed ; logien : car Druthin en vieux Allemand ( 



Et vos barbaricos ritus , morcmque fniftrum 
Sacrorum Druidœ pofitis repetiftis ab armis . 
Solis noffe Deos , isf cœli numina Vobis , 
Autfolis ne/cire datum : nemora ait a remous 
Jncolitis lucis ; vobis aucloribus , umbrœ 
Non tachas Erebifedes , Ditifque profundi 
Pallida régna petunt, &c. 
Entre ces Druides (dit Cefar ) il y en a un que tout les 
autres recognoiffent pour leur fuperieur , isf auquel ils dé- 
fèrent; quand il vient à mourir, le plus confiderable d'entre 
eux luy fuccede; que s' il y en aplufieurs efgaux en dignité; 
on en choifit un par la pluralité des voix ; quelquefois aufi 
ils difbutent la primauté a la po'mtle de tefpéc ; en un cer- 
tain temps de l'année ils s'affemblent fur les frontiers du 
pays de Chartres , qu'on tient eflre le milieu de la Gaule , 
isf s'ajfeoyent en un lieu conjaaé , tous ceux qui ont 
quelque différent fe pref entent , isf après avoir expofé le 
faicl, ils s'en tiennent h leur decifion. En ces quartiers 
de Chartres il y a une ville nommée Dreux, 
qui femble avoir pris fon nom des Druides. 
Pline remarque , qu'ils n'avoyent rien de plus 
fainct &facré que le Guy, &quelechefne fur 



port d'Otfridus en fon Euangile ) fignifie Dieu , 
& encore aujourd'huy en Mande, où l'on parle 
Allemand, le peuple fe fert de ce mot Druthin 
pour nommer Dieu. Albericus, en la deferi- 
ption d'Angleterre qu'a fait Camdenus , tef- 
moigne, que les Saxons appellent les Mages, 
c'eft adiré, les Théologiens, ou Philofophes, 
Drii : certes les Druides chez Pline , font appel- 
iez Magi , & encor qu'il femble, au raport du 
mefme Pline , que ce nom de Druide vienne de 
2fç, qui fignifie chefne, d'autant qu'ils avoient 
cet arbre en finguliere vénération, toutesfois 
cela ne peut eflre , car Cefar tefmoigne que la 
difeipline des Druides eft venue d'Angleterre, 
où il n'y a jamais eu aucune colonie des Grecs. 
Car tout ce qu'on raconte du voyage d'VlylTe, 
& de fon arrivée en Angleterre, eft tenu de tous 
les mieux lènfez pour une table, & pour moy, 
je n'en croiray rien , non plus qu'Eratofthenes, 
jufques à ce que quelqu'un me monftre , qui fut 
celuy qui coufut 1 outre dans lequel Vlyfles en- 
ferma les vents; mais on ne peut nier que la 



lequel il croift: Ils fe fervent , dit-il, du chefne en langue Allemande n'aytefté jadis ulîtée parmi 
toutes leurs cérémonies , isf facrifices , isf mefme je crois les Anglois ; car Cefar eferit, qu'une colonie des 



que leur nom vient de la , félon le Grec ; tout ce qui croift 
fur cet arbre, ils leprifent comme un don du ciel , isf tien- 
nent que c'eft unfigne que Dieu l'a choifiepour fienne ; ils 
l'appellent en leur langue le remède de tous maux ; ils dref- 
fent l'appareil du fscrifice fous cet arbre , isf y attachent 
par les cornes deux taureaux blancs : le Sacrificateur , rs- 
Veftu d'une robbe blanche , monte fur l'arbre : isf avec une 
faucille d'or il coupe le guy qui eft de ff us, lequel eft reçeu 
dans un hocqueton blanc ;puis ils efgorgent leurs viclimes, 
faifans des prières àDieu,à ce qu'il luy p/aift leur eftrepro- 
pice, isf leur rendre ce fun don falutaire; ils en font boire à 



Belges palîa en l'Ifie d'Angleterre, &qu'elles'y 
habitua; & Tacite dit que les Calédoniens ou 
Elcolfois, qui font une bonne partie de cette 
Iile , font yflus des peuples de la Germanie. 
Conradus Celtes , Irenicus, Althamerus, & 
Aventinus rapportent que les Druides, ayans 
eftéchaffez deleurpays par les Empereurs Ti- 
bère, & Claude, parlèrent le Rhein, & s'allèrent 
domicilier en Germanie, & que depuis ce temps 
là jufques aujourd'huy dure encor parmy eux un 
certain efpouventail nofturne, qu'ils appellent 



tom les animaux fteriles pour les rendre féconds , isf s'en ©Mf rCllfu|î/c'eft à dir > chauflure de philofophe, 
fervent pour antidote contre toute forte de Venin. Le Ioachimus Camerarius eferit , qu'ils tiennent 
mefme autheur au liv. 29, chap. 3 dit, qu'ils que le pentagone, c'eft à dire la figure à cinq 
cueillent une certaine, herbe appellée Samo- angles, eft de bon rencontre, & qu'ils la gravent 

LU furies 



'gl-L.-d - 




LA G A V L E 

fïir les berceaux des enfans , afin qu'ils ne foient 
moleftez de ces efprits noclurnes , que nous ap- 
pelions lutins. Conradus Celtes de/crit certai- 
nes anciennes ftatués de pierre, qu'il aveu à 
Fichtelberg , qui eft au milieu d'Allemagne , en 
un certain monaftere, lelquelles il croit eftre les 
reprefentations des Druides. Il y en avoit fix, 
dit-il, enchaffées dans la muraille, à l'entrée de 
l'Eglife, chafcuneeftoit de fept pieds de long, 
ànudspieds, la telle affeublée d'un manteau à 
la Grecoue avec un capuchon, elles portoient 
chafêune un biffac , & avoient une longue barbe 
jufquesau nombril, & fourchue auprès desna- 
feaux; elles portoient un livre , & un bafton à la 



ANCIENNE, 
main , comme Diogene ; elles avoient un vifage 
refroigné, la tefte baiflée,& les yeux fichez con- 
tre terre. laques Scepperus defcrit les Druides 
d'une façon du tout ridicule , car il leur donne 
des carquans autour du col , des braffelets aux 
bras, & des anneaux aux doigts , desrobbes de 
couleur , & la chaufleure des philofophes : pour 
moy jenefçay d'où il a tiré cette defcription, 
car Pline , comme nous avons dit , les habille de 
blanc , & Strabon au liv. 7 , où il les appelle de- 
vins , leur donne auflï un vertement blanc , avec 
un roquet de crelpe , attaché fur les efpaules 
avec des agraffes, une ceincture de cuivre, & les 
pieds nuds. 




PREMIER 

INDICE & ORDRE 

DES CAR T ES 

DE LA SECONDE PARTIE. 




FRANCE. 

Rance. i 

Bouloigne. 7 

Cambray. 8 

Picardie. 9 

Ver'mandois , & ^ 

r- 11 t I0 

L apelle. j 

Gouvernement de 11- 

fle de France , & principalement le 

Hurepois. 

Valois. 

Beauvaifis. 

Prevofté & Vicomte de Paris. 

Brie. 

Beaufle. 

Gafhinois , & 1 
Senonois.j 

Champagne. 

Duché, Pairie, & Archevefché de 
Rheims. 

Principauté de Sedan, & 1 
deRaucourt. j 

Lorraine. 

Pais de Metz. 

Deux Bourgognes. 

Charolois. 

Lac Léman , & 1 

Territoire de Genève, j 

BrefTe. 

Dombes. 



V 



Lionnois, 
Foreft , 
Beaujolois , & 
Mafconnois. 



21 

*3 
*J 

16 

z8 



> 



Limofin,& J 
Limagne.J 
Bourbon. 
Nevers. 
Berry. 
Blaifois , & 

Perche Comté. 
Touraine. 
Loudun. 
Anjou. 
Le Maine. 
Normandie. 
Bretagne. 
Poiétou. 
Xaintonge. 
Mes de Ré, &j 

d'Oleron. j 
L'Evefché de Sarlat. 
Bourdelois, & 1 

Bearn. j 
Quercy. 
Languedoc. 
Provence. 
Principauté d'Orange, & ] 

Comtat d'Avignon, ou > 

VenifTe. j 

Dauphiné. 
Savoye. 

L'Empire de Charlemagne. 
La Gaule félon Strabon , & autres 

anciens. 
La Gaule félon Iule Cefar. 



*9 



3° 

3 l 
3 1 
33 

34 

35 
3* 

37 
3« 

39 

40 

41 
43 
44 

45 
4 <J 

48 
49 
5° 

5i 

5 l 
53 
55 

57 
(Sx 



DESCRIPTION 

DE L" ESPAGNE. 



Nom:. 



Termes. 



Quflilé. 




Vstin remarque a- 
pres Trogus Pom- 
pejus , au livre 49 des 
hiftoir. Philippiques, 
que l'Efoagne a em- 
prunté ton nom d'un 
Roy nommé Hifpa- 
nus. D'autres aiment 
mieux dire, quec'eft 
de la ville de Hifpalis, 
aujourd'huy appellée Seville , & Philippe Clu- 
viereftdecét advis. Orteliusdit, qu'elle s'ap- 
pelle proprement Spania ; car Spania & Efpa- 
nianefontdifferens , que quant à la façon d'e- 
fcrire , eftant la couftume des Efpagnols & des 
François d'adjouter la lettre E aux noms Latins, 
qui fe commencent par S, pour les approprier à 
leurs langues. Les Grecs dés le commencement 
l'ont appellée Iberia , du fleuve lberus grande- 
ment renommé , & non des Iberiens peuples 
d'Afie , que Varron dit eftre venus en Efpagne; 
les mefmes l'ont encor nommée Hefperia,pour- 
ce qu'à leur regard elle eftoit fituée vers l'Occi- 
dent. Ses bornes font du cofté de l'Orient; & 
du Midy la mer Interne, le deftroit de Gibraltar 
& l'Océan Atlantique ; du cofté du Nord l'O- 
céan Cantabrique,ou Bifoain,& les monts Pyré- 
nées qui la feparent de la France.Sa plus grande 
longueur eft de 1 90 lieues d'Allemagne , depuis 
le Cap de S. Vincent, jufques à la fontaine de 
Salfas , fur les frontières de la France ,pres de la 
mer Interne. Sa largeur eft de 1 50 lieues depuis 
le cap de Finis terrx , jufques au cap de Palos. 
L'Océan & la mer intérieure l'embraflent telle- 
ment, qu'ils en font prefqu'une Ifle, fi les monts 
Pyrénées ne bouchoient le partage à la mer. 
Strabon la compare à un cuir de bœuf eftendu. 

Elle a porté de tout temps de bons foldats; el- 
le fournit en abondance de toutes leschofes,qui 
font ou recherchées pour leur valeur & rareté, 
ou qui font neceffaires aux ufages de la vie : elle 
foifonne en hommes & en chevaux, en minières 
d'or, d'argent,de cuivre, de fer, de plomb blanc 
& noir, & eft fi plantureufë en froument , en vi- 
gnes & en oliviers , que fi en quelques endroits 
elle eft fterile pour la trop grande feicherefle, 
toutesfois elle ne lai (Te de porter du lin &du 
chanvre. le n'en diray pas d'avantage de fa 
fertilité , attendu que prefque tous les anciens 
Géographes s'eftendent for ce fuj et. Il me fèm- 
ble que ceux là s'abufent qui tirent fon nom du 
mot Grec »« , à caufe de fa fterilité , de fes 
landes & de fon peu d'habitans ; bien eft-il vray 
qu'auj ourd'huy elle n'eft point à préférer aux 
autres contrées , qui font pour le moins auffi 
fertiles. 

EJpagne. 



Les Romains l'avoient jadis partagée en trois bM/h» 
P rovinces, à fçavoir la Betique, le Portugal , & """^"' d> 
Tarracone. La Betique eft bornée du cofté' du E ^" eK " 
Nort & du Couchant du fleuve Ana : du cofté £«<?«• 
du Midy de l'Océan & de la mer Intérieure juf- 
ques à la ville d'Almeria: du cofté du Levant el- 
le fe tient avec la P rovince de Tarracone, de la- 
quelle toutesfois elle eft feparée par une droite 
ligne , tirée depuis Almeria jufques à la ville ap- 
pellée Ciudad Real & au fleuve Ana j elle eft 
nommée Betique du fleuve Betisqui paflepar 
le milieu; celle-cy fùrpaffe les autres Provinces, 
en beauté & fertilité du terroir; la partie qui eft 
entre les fleuves Betis Se Ana fe nomme Beturia, 
& a efté autresfois tenue par les Turdulois qui 
font vers le Levant , & les Celtiques qui s'eften- 
dent du cofté du Couchant jufques en Portu- 
gal.Aujourd'huy la Betique contient deuxRoy- 
aumes d'Efpagne , Grenade , & une partie de la 
nouvelle Caftille avec Efttemadura. Le Portu- Venugol. 
gai du cofté du Nord , a pour bornes le fleuve 
Durius; du cofté de l'Occident l'Oceans le fleuve 
Ana du cofté du Midy ; du cofté de l' Orient el- 
le eft bornée par une ligne, tirée depuis Cuidad 
Real, jufques à Samora qui eft une ville fur le 
fleuve Duria ; & par cette mefme ligne , elle eft 
feparée de la Province de Tarracone. Les an- 
ciens ont tiré fon nom Lufitania , de Lufùs & 
Lyfis compagnons de Bacchus. Elle a une ville 
fituée fur l'emboucheure du fleuve Tagus,nom- 
mée Lisbonne , en latin Olyfîîppo , qu'on feint 
avoir efté baftie par Vlyfle. Cette province 
contient aujourd'huy prefque tout le Royaume 
de Portugal , une partie de la vieille Caftille & 
une partie de la nouvelle. Ce qui refte del'Ef- 
pagne eft occupé par la Province de Tarracone, Tmacunt. 
qui a eu autresfois des peuples j adis fort renom- 
mez , à fçavoir les Celtiberiens , qui demeurent 
for le rivage du fleuve lberus à main droitte, 
dont la ville capitale eft Segorbe & Numance, 
aujourd'huy appellée Almafin , qui a fervy aux 
Romains de fojet de triomphe. La contrée s'ap- 
pelle Celtiberia, d'où font fortis les Gafcons.qui 
font aujourd'huy la meilleure partie du Royau- 
me de Navarre , joignant les monts Pyrénées, 
dont la capitale eft Pampe!one,Pow/>e/'o/Ww.Gui- 
pufcoa Varduli a pour fi capitale Bilbao F/<rtw- 
briga. La capitale de Bifcaie Cantabri, c'eft Val de 
viece Juliobiige, Afhirias Aftures a pour fa capitale 
Aftorga Jfturica ville jadis magnifique. En cette 
mefme province de Tarracone eft la Gallice, 
entre les fleuves Minio & Duero , où eft la ville 
de Bragance Brigantia , & c'eft aujourd'huy une 
partie de Portugal. La mefme eft la ville de Pa- 
lence , de Tolède , d'Alcala de Henares. Bref 
toute la province de Tarracone contient au- 
A jourd'huy 



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FrETVjM HERCVLEVM mm,- ETÏTRECHO DE GIBRALTAR 
C.Sjvmml ~ 



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Cil Cites „1 
Chai-id^nnTpro 



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Amsterdam 
ta. (juluelmiim 31, 



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C. .U Tfihi .-fi™ 
^ vi** Seombrarfa p. 



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V 



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X'i 



7&.1- 



Parte de Barbarie 



D E S C R 

|ourd'huy tous ces pays: Murcia, Valence, Ca- 
taloigne, Arragon , Navarre , Bifcaie , Aftures, 
Gallice , Légion , la vieille Se nouvelle Caftille 
pre/que toutes entières. 

Les anciens Romains ne faifoient de l'Eipa- 
gne que deux provinces,qu'ils appelloient Cite- 
rior & Vlterior , d'où vient qu'on dit les Efpa- 
gnes. La Citerieure eft la melme , que celle de 
Tarracone : PVlterieure contient la Betique & 
1e Portugal,- elles ont efté ainfi nommées, en 
égard à la ville de Rome , comme aufli les deux 
Gaules. 
ïHvrr.'ha- Les eferivains de ce temps afTèurent,que Tu- 
tmJm. ^ a ' P etlt ^ s ^ e Noach après le déluge, que tou- 
tes les nations fe difperferent , vint première- 
ment en E/pagne ; & difent que c'eft l'opinion 
de Iofephe , lequel toutesfois loge Tubal en VU 
berie de l'Afie , qui eft entre la mer Pontique & 
Calpie. L'erreur de M. Terence Varron n'eft 
pas moindre , qui a dit , que les Iberiens venus 
d'Afie, &les Perfàns , s'eftoient venus habituer 
enElpagne. I'apprensdes Autheurs, &fàcrez 
& profanes , que les Celtes iflusd'Archenas a- 
pres le déluge , s 'efpancherent par toute l'Efpa- 
gne , la France , les Mes de la grande Bretagne, 
l'Allemagne & Plllyric ; d'où vient que leurs 
noms font demeurez à plufieurs endroits de l'Ef- 
pagne; comme des Celtiques,qui ont j adis tenu 
une partie de laBetique,& du Portugal;comme 
aufïî delà Province de Tarracone julques au 
Cap Celtique , vulgairement nommé Cabo Fi- 
nis terra; ; le nom des Celtiberiens eft aufîî de- 
meuré à ce rivage du fleuve Iberus qu'ils habi- 
toient. le ne fçay pourquoy Pline appelle Ger- 
mani les Oretains en la province de Terracone. 
Les Phéniciens font les premiers qu'on fçache, 
qui font jamais venus en l'Eipagne Celtique par 
la mer Intérieure eftans partis de Ty r, & fe ren- 
dirent maiftres d'une partie de la Betique, qui 
fut après nommée Turditana, comme nous ap- 
prenons de Diodorus & deStrabon.En après les 
Grecs amenèrent de Marfeille des peuplades, 
ou colonies entre le Pyrenée & l'Ibère , & ba- 
ttirent ces deux villes , qui s'appellent encor au- 
jourd'huy Rofas & EmpuIIias , jadis Rboda & 
Emportas. Il eft vray femblable qu'ils ont encor 
pénétré plus avant dans l'Eipagne , où eft de- 
meuré le nom de Gravii , affez approchant de 
celuy de Graii , & fe void encor aujourd'huy le 
chafteau de Dyde , qui fe nomme en vulgaire 
Tuy en Gallice. Puis vindrent les Carthaginois 
fouz la conduite d'Amilcar , qui s'emparèrent 
prefque de toute la contrée , qui eft proche de 
la mer Intérieure ,• mais ils en furentehaflfez par 
les Romains , lors de la féconde guerre de Car- 
triage, lefquels conquirent toute PEfpagne, & la 
diviferent en trois provinces, & elle demeura en 
cet eftat jufques à l'Empire d'Honorius,lors que 
les Goths & Vandales l'occuperent,environ l'an 
de grâce 400 , & de ces trois provinces en firent 
trois Royaumes. En après vindrent les Maures 



ï P T I O N 

& Sarazins , qui l'envahirent, & la diviferent en 
plufieurs Royaumes, ayans contraint les Goths 
de fe retirer dans la contrée d'Afture , & de Le- ,. „ 

t - r r „ n- - Nouvelle 

gion ou Léon, qui font tres-fortes d aflïette. En Hvtjlm. 
fin le nombre des Royaumes vint à croiftre juf- 
ques au nombre de quatorze , dont voicy les 
noms : Légion , Gallice , Portugal , Algarbie, 
Andaloufie, Grenade, Murcia, Valence , Arra- 
gon , Cataloigne , Navarre, Caftille la vieille, 
Caftille la nouvelle , qui eft le Royaume de To- 
lède, & les Mes Baléares , qui fe nomment au- 
jourd'huy Majorque & Minorque , lefquelles 
avec l'Ifle d'Yviçafontun Royaume; mais les 
plus renommez de tous font les Royaumes de 
Caftille , d'Aragon & de Portugal , qui retien- 
nent encor aujourd'huy , & retiendront à Pad- 
Venir le tiltre de Royaume. 

Les reftes des Goths , lefquels comme nous s^mn» 
avons dit, chaffez par les Mores & Sarrazins, fe d < c «J l,!l '. 
réfugièrent dans la contrée de Legion,y eftabli- 
rentun Royaume. Mais Ferdinand ayant par 
fon mariage uny la Caftille à la couronne de Lé- 
gion ou Léon , n'en fit qu'un Royaume , qu'il 
nomma Caftille. Auquel puis après , les Mores 
ayans efté chaflez d'Efoagne , furent adjouftez 
les Royaumes de Gallice, d'Andaloufie, de Gre- 
nade, de Murcia &de Navarre. Or celuy de 
Navarre commença environ Pan 960 , lors que 
Enecus Comte de Bigorre (qui fait une partie 
de la Gaule Aquitanique) ayant paffé les Pyré- 
nées , & chaffé les Mores fe fit Roy. Du depuis 
Henry I V , Roy de Caftille s'empara par fes ar- 
mes du Royaume de Navarre & Punit au fien. 
Ramirus fils baftard de Sancius le Grand Roy de R ?J*» m ' 
Navarre, fut le premier qui gouverna le pays d '^ rr "i' H - 
d'Arragon en qualité de Roy, Pan 1016; auquel 
fut après adjoutée la Cataloigne & Valence , & 
Pan 1252 le Roy Iacques ayant conquis les Mes 
Baléares , c'eft d dire la Majorque & la Minor- 
que,les unit à la couronne d'Arragon,& à la Re- 
ligion Chreftienne. Puis Ferdinand VI grand 
père de Charles V du cofté de fa mère , Roy de 
Caftille & de Navarre , mariage faifant , unit la 
couronne d'Arragon à celle de Caftille. Ce fut 
luy qui chaffa les Mores (que Ferdinand III 
avoit réduit dans le Royaume de Grenade)&les 
Marranes de toute l'Eipagne. Voicy quels ont 
efté les commencements du Royaume de Por- 
tugal : Henry Comte de Lorraine, s'eftant por- Re M 
té fort vaillamment en la guerre contre les Mo- d?£Z- 
resenEfpagne,Alphonfe VI Roy de Caftille, *•'• 
pour recompenfe de fes travaux luy donna Ti- 
refiafa fille naturelle en mariage, qui luy appor- 
ta pour douaire cette partie d'Efpagne.qui s'ap- 
pelle aujourd'huy le Portugal , environ l'an 
xiio, & a eu des fuccefleurs d'une continuelle 
fuite, julques à Sebaftien,lequel eftant demeuré 
en la guerre d'Afrique, la couronne de Portugal 
fut réunie à celle de Caftille. Et voila comme 
tous les Royaumes d'Efpagneont efté unis en 
un corps , qui n'a aujourd'huy qu'un lèul chef, 

recognu 



ril/eifa- 

nxujts. 



DEL' ESPAGNE. x 

recognu de toute l'Efpagne , & c'eft à prefent corps de S. laques Apoftre , qui y repofe , a ce 
Philippe i v , lequel ayme mieux eftre appelle qu'on croit. Lisbona, Olyfsippo, capitale du Roy- 
Roy des Efpagnes,que Roy de Caftille;& tout ce aume de Portugal, grande -ville , peuplée & fort 
qu'il poflede aujourd'huy,fe réduit à ces trois til- renommée pour le commerce. Setubal Ciudad 



très : de Caftille, d'Arragon& de Portugal. Au 
Royaume de Caftille appartiennent les deux Ca- 
ftilles,la vieille & lanouvelle,Leon,Afturias,Gal 
lice.Extremadura, Andaloufie , Grenade , Mur 
cia, Bifcaie,Navarre,Milan,Flandre,le Comté de 



di Puerto , Corunia , Ribadeo , Viverus & Bil- 
bao.ce font des ports fort célèbres vers l'Océan. 

Les villes qui ont efté jadis plus renommées ^""M* 
en Efpagne font celles-cy : F.cya , Aftigy , en \ z c,uh "- 
Betique ; Sevilla, Hijpalis; Cordoûa, Corduba. En 
Bourgogne ,les Ides Canaries , l'Amérique & les Portugal Merida , Augufla Emaita ; Pallance & 
Mes Philippines. Souz le Royaume d'Arragon, Numance en la province de Tarragone, dont 
eft compris, Arragon, Cataloigne, Valence, les nous avons déjà parlé; TarragonaT<wvjco,ba- 
Ifles de Majorque & Minorque ; le Royaume de ftie par les Scipions, jadis la plus riche de toutes 
Naples, Sicile,Sardeigne. Au Royaume de Por- les villes maritimes. Saragoça, UJarea Augujta, 
tugal fe rapporte le Portugal, Algarbie, Guinée, jadis Aflurka , qui eft encor aujourd'huy l'une 
l'Ethiopie , l'Inde Orientale , le Brefil , les Ifles des plus belles d'Efpagne; Cartagena, Cartago no- 
Moluques. Au refte,il y a vingt-quatre Duchez Va, baftie par ceux de Cartage ; Moviedro , Sa- 
en Efpagne ; & ce qui vous donnera de Pefton- guntus, qui s'eft fignalée par fa fidélité , & par les 
nement , c'eft que vous y trouverez, ce qui pof- calamitez qu'elle a fouffertes. 

fiblenefe verra en aucun endroit du monde; Il y a deux Vniverfitez fort célèbres au Roy- Vmverp- 
c'eft à fçavoir un Duc en Portugal , nommé le aume de Caftille , celle de Salamanque , Salman- '«■ 
Duc de Bragance , qui tient en fouveraineté la tua , & celle d'AIcala , Complutum. Il n'y en a 
troifiefme partie du Royaume. Bref, il y a en qu'une en Portugal , celle de Conimbre , Conim- 
Efpagne douze Archevefchez , & cinquante brka. 
cinq Evefchez. Quant aux fleuves.voicy ceux qui font les plus vU»mt. 

Quant aux villes d'Efpagne, celles-cy font les renommez par les autheurs ; Ebro, Iberus , en la 
plus fameufes ; Barcelona , Barcino , capitale de province de Tarracone , fort propre pour le 
Cataloigne , c'a efté jadis une petite bicoque, tranfport des marchandifes. Guadalquivir , B<e- 
aujourd'huy c'eft une grande ville fort mar- tis, en la Betique ; Guadiana, j4w<m, entre la Beti- 
chande , combien que le port ne foie pas coin- que & Portugal , qui le va perdre dans un creux 
mode ny afleuré pour les navires , car bien fou- fouz terre , prés la ville de Medelina , & de là à 
vent ils s'y perdent. Saragoça,0/^««g«/?tf, capi- huiâ: lieues vient à renaiftre ; Tacio, Tagus, qui 
taie d'Arragon, la plus belle & magnifique ville prend fa fource en la province de Tarracone, 
d'Efpagne. Pompelona , Pompeiopolis , capitale entre dans l'Océan , & pafle par le milieu du 
du Royaume de Navarre. Valence , jadis capi- Royaume de Portugal,on y a trouvé autres-fois 
taie du Royaume , maintenant c'eft la plus plai- des grains d'or ; Duero, Durius , entre le Portu- 
fânte qui foit en Efpagne , à caufe de la diverfité gai & la Province de Tarracone , /à fource eft 
de lès fruiéts. Murcia capitale du Royaume, qui par deflus Numance au pays des Celtiberiens,& 
s'appelle le Iardin de toutel'Efpagne. Cartage- le va rendre pareillement dans l'Océan ; Minio, 
na, Cartbago Woa, c'eft un très- bon port du cofté Minius , au Royaume de Gallice ; Segre , Skoris, 
de la mer intérieure. Grenade capitale du Roy- au pied des Pyrénées; il pafle devant la ville 
aume,belle & grande ville. Se villa, Hiflialis, capi- d Ilerda, & fe va méfier avec le fleuve Ebro. 
taie de l'Andaloufie , ville tres-fuperbe & plus le ferois confeience de taire en celieul'hon-^-^^, 
fréquentée pour le négoce, que ville d'Europe, norable témoignage,qu'un François rend à l'Ef- lEffujtu. 
S.Luc , c'eft le havre où fe retirent les navires pagne, qui comprend en peu de paroles tout ce 
de Seville. Cordoûe, Corduba, c'eft une grande qui fe peut dire, ou qui s'eft jamais dit en fa loù- 
ville, mais qui n'eft pas peuplée. Marcene , c'eft ange ; c'eft Latinus Pacatus , lequel en un fort 
là où font les meilleures haquenées de toute l'Ef- doéte Panégyrique qu'il dédia à l'Empereur 
pagne. Tolède, Toktnm, qui eft prefque au cœur Theodofe,parle ainfi; Certes, je m'envais faire voir, 
de l'Elpagne , & n'a pas fa pareille. Madrid Ma- que toyfeul entre tous,tfpar la -poix de tous, devois eftre 
dritium, qui eft le fejour du Roy & de la Cour, efleu pour gouverner FEmpire Romain. Car premièrement 
A cinq lieues de là , fe void dans l'Efcurial ce fu- tu m PEJpagnepour mère , la terre du monde la plus heu- 
perbe Monaftere de S. Laurens,baftyparPhi- reufe ; laquelle Dieu s'efl pleud'enrkbirtf combler plus 
lippe 1 1 , en mémoire de la victoire qu'il gaigna qu'aucune autre de fes faveurs plus refervees; car elle n'eft 
fur les François, en la bataille de S. Quintin en fujette ,ny aux plus ardentes chaleurs duMidy ,ny aux 
Picardie, l'an i J57. Burgos, Burgi, capitale de la plus nuifantes froidures du Septentrion : mais elle eft entre 
vieille Caftille , ville recommendable pour fon deux.iS 'joiiyt d'une merveilleufe température du Ciel i la, 
antiquité & pout fa grandeur. Valliadolid, Val- nature de /on artifte main ta couronnée d'un cofté des 
liffoletum, qui peut trouver rang entre les plus Monts Pyrénées , de l'autre de l'Océan, & des mages 
belles villes d'Europe. Compoftelle capitale de de la mer Ibyrrene , qui font les bornes de ce petit 
Gallice, jadisS.Iaeo, fort renommée pour le monde. Adjoufte\-y tant de belles citez,,unbeaupaifage 



DESCRIPTION 

•fi plantureux en toutes fonts de fi-uits, ft gr.ts en paBuragcs , fi 
abondant en troupeaux: Tant de belles rivières, dont les unes don- 
nent tor, les mires les perles ; tant de riches minières d'or , d'ar- 
gent tjrdt pierres prteieufts. le ri ignore pits que les fables , cjui 
ne font faites que pou, chatouiller t oreille , ont dit merveilles de 
certains pays ; je veux croire pour maintenant , qu'elles ont dit 
vray , que Gargara a de riches moiffons , que Menavia foifonne 
en troupeaux; que la Champagne fc glorifie de fin mont Cuaran ; 
la Lydie de [on Paftole aux ondes cryflallincs tjr fablons dorez. : 
[Efj/agnt a feule toutes ces richeffes éparfes par le refle du 
monde: & de plus elle porte de vaillans foldats faits à la peine, de 
tres-braves Capitaines dnils à la guerre , de tres-eloqaenls Ora- 
teurs ér des Poètes fort renommez. C'efl la mire des luges ry des 
Trimes; c'ejl elle quia donné un Trajan , & après luy un Adrtan 
à l 'Empire , & [Empire luy efl redevable devons avoir porté. 
L'Ifle de Creta a fervy debercean à lupiter ; De/os à ^yfpollon tir 
à fa fouir ; Thebes à Hercule ;fi faut-il que toutes trois défèrent à 
[Efpagne ; car mus ntfçavons rien de ces dieux que par rapport 
ejr fur la foy des poètes , pour la plus part menteurs ; mais nom 
fçavons affeurément que l'Efpagne nous adonné un Dieu, car 
nous It voyons. 

//Us. Les p' us renommées de toutes les Ifles qui font voi- 

fines de l'Efpagne , font celles-cy : Les deux Baléares 

Majore*, vulgairement nommées Majorca & Minorca , qui 

Mimrqm. f ont tout contre le rivage de la Tarragone , non gueres 
efloignées l'une de l'autre ; les habitans eftoient jadis 
fort guerriers , Si s'aidoyeut jadis fort dextrement de 
la fonde , d'où l'on croit que ces Ifles ont pris le nom 
de Baléares, du Grec /3a».!», qui veut dire jetter. Les 
Grecs les nommoient Gymnafia: , àcaufe de la nudité 
des habitans , qui ne vivoient anciennement que des 
brigandages qu'ils faifoient fur mer. Ils ont elle un 
temps tributaires des Carthaginois ennemis jurez de 
l'Empire Romain , jufques à ce que les Romains ayans 
conquis les Efpagnes , les ont domptez & mis fouz 
leur joug. Depuis les Mores venaus d'Afrique s'en 
emparèrent , quant ils faccagerent l'Efpagne , & y fi- 
rent un Royaume , y joignants l'Ifle d'Yvica ; mais à 

Taie», la fin Iacques Roy d'Arragon les en dénicha. Yvira, 
Ebnlus , eft fituée entre Majorque & l'Efpagne, qui n'a 
difette que de froment ; hors de là elle eft pourveuë 
de tout , elle eft tellement nette de toute forte d'ani- 
maux nuifibles , qu'on n'y void poiut fflefme de ceux 
qui s'apprivoifent , que fi on y en porte quelques uns, 
ils n'y fçauroient vivre ; elle a du fel ea abondance. 
Tout à l'entrée delaBetique, que les anciens croyent 

Colis. eftre le bout du monde , eft l'Ifle de Caliz , Gades , qui 
touche le deftroict, qui en porte le nom; elle eft feparée 
de la terre ferme par un petit bras de mer , qui n'eft pas 
plus large que les rivières , que nous voyons ordinaire- 
ment; les Grecs venans de la mer rouge l'ont nom- 
mée Erythrée ; les Carthaginois en leur langue Gadir, 
c'eft à dire, haye ou palifiade. C'eft là que les poètes 
ont mis l'antre de Geryon , à qui Hercule defroba fes 
.bœufs. Les Tyriens y battirent une ville de mefme 
nom , laquelle après devint fort riche & puilfante , & 
encor aujourd'huy elle eft aflèz marchande. 

Langagi. La langue Efpagnole eft méfiée de plufieurs langues. 
Car ceux qui la fçavent en perfection , ne peuvent 
ignorer qu'elle n'aye plufieurs mots qui luy font de- 
meurez des Mores & des Goths , Iefquels ont jadis tenu 
l'Efpagne , comme auflî plufieurs pris des Grecs & La- 
tins, par la hantife qu'elle avoitavec eux; je neveux 
rien dire des mots Arabes , dont elle eft toute pleine. 
Or comme 1 Efpagne eft de grande eftenduë , & a 
plufieurs Royaumes 8c Seigneuries: auflî fa langue a 
plufieurs dialectes. La plus pure de toutes eft la Ca- 
itillane , laquelle on employé pour eferire tout ce 
qui mérite l'éternité , car c'eft la plus approchante 
de la Latine; celle de Portugal , d'Andaloufie , de 
Grenade 8c les autres dégénèrent un peu de cette élé- 
gance 8c pureté Caftillane. Ceux qui font au fonds de 
Portugal, ont un particulier Idiome , meflé du François 
& du Caftillan , qui n'eft point defagreable à l'oreille, 



DE L' ESPAGNE. 

Ceux de Valence 8c de Cataloigne parlent , dit-on , un 
language aucunement approchant de celuy du Langue- 
doc. Les Granatins barbares de nation & d'extraction 
par la hantife des Chrcftiens, ont appris le Caftillan , & 
ont prefque oublié leur langue naturelle ; mais ceux qui 
demeurent daus les montagnes nommées Alpnxarras, 
quiibntinacceflibles, 8c ou les armes des conquerans 
n'ont peu atteindre, retiennent encor leurs anciennes 
façons de faire , Si leur langage , qui n'eft pas fort diffè- 
rent du Syrien , de l'Arabe 8c du Morefquc ; les Arabes 
le nomment Araviga , Si eft encor aujourd'huy en ufage, 
non feulement dans les montagnes de Grenade, mais 
auflî en plufieurs endroits de l'Andaloufie, de Valence & 
d'Arragon. Ceux de Bifcaie retiennent leur premier 
lang3ge , entièrement différent des autres, d'où vient 
queScaligcr le met entre les langues originelles 8c pri- 
mitives. La raifon pourquoy ils n'ont point changé leur 
langue ; eft partie pour ce que les eftrangers , venus ou 
d'Afrique ou d'Italie , ont fait des courfes dans la Cata- 
loigne, Valence, Meurcia, Grenade & Andaloufie;mais 
ils n'ont peu franchir ces rochers Si montagnes inaccef- 
fibles: partie, qu'ils font entrez dans l'Efpagnes par les 
coftes maritimes , qui font de plus facile abord ; mais 
ils n'ont fçeu trouver les advenues dans ces hautes 8c 
fourcilleufcs montagnes , qui commencent aux Pyré- 
nées , Si traverfent tonte l'Efpagne , jufques au Cap de 
Finis terra:. D'où vient que les Bifcains qui eftoient re- 
tranchez dans ces forts, que la nature leur a baftis, n'ont 
point fenty la fureur de leur armes comme les autres, 
Iefquels eftoient expofez en proye aux courfes 8c inva- 
fions de leurs ennemis. 

L'Efpagne a produit de grands efprits, qui fe font fi- f/emmes 
gnalez par leurs beaux 8c doctes eferits ; tels qu'ont efté dolies & 
Pomponius Mêla, Silius, Iuftin, Lucain , Seneque , Mar- JUufira. 
tial, Columella , Quintifian Si autres parmy les Payens; 
et parmy les Chreftiens , luvencus , qui a fleury fouz 
l'Empire de Conftantin; Prudentius, qui a efté du.temps 
de l'Empereur Theodofe; Fulgence, Ifidore , Paul Oro- 
fius, Burgenfis,8cc. Si entre les luifs Si Sarrazins.Aben- 
ezra , David ôc Moyfe Kimchi , Avicenne , Averroes, 
Rhafès , Albumazar, 8c encor pour lejourd'huy ilfo 
trouve parmy lesEfpagnols de ttes-habilesgens , afin 
qu'on ne croye point que l'Efpagne foit efpuifée , com- 
me une femme qui a fait plufieurs enfans, 8c qu'elle ne 
puifle plus rien produire de bon. C'eftoit j ad i s le propre 
des femmes de s'adonner au travail des champs 8c à l'a- 
griculture , laiflâns les armes Si les dan ces à leurs maris. 
Si vous comparez le naturel Efpaguol avec le Fran- 
çois : vous aurez de la peine à juger quel eft le meilleur. 
Les François font prompts, 8c combattêt avec plus d'ar- 
deur 8c de boutade que d'art : mais lesEfpagnols font 
tout avec délibération , 8c marchent à pieds de plomb. 
Le cavalier François eft bon au combat armé de toutes 
pièces: l'Efpagnol à cheval eft plus propre àlacourfe. 
Le François eft libre en paroles , Si dit franchement fon 
advis: l'Efpagnol eft taciturne, 8c fe tient fur fileuce. 
Le François eft gaillard en compagnie , 8c fe trouve vo- 
lontiers aux feftins : l'Efpagnol eft plus retiré, Si fe plaift 
à manger feul ; il affecte une certaine gravité , dont le 
François fe mocque. L'Efpagnol pour efpargner fa 
bourfe boit de l'eau : 8c le François trouve le vin meil- 
leur. Le François eft courtois , Se accueillant envers les 
eftrangers : l'Efpagnol ne fçaitque c'eft que d'hofpitali- 
té. Le langage Elpagnol eft grave , tout propre pour 
commander : le François eft plus doux , Si plus propre à 
gaigner les coeurs. La France eft toute fertile, Si pas un 
arpent de terre, n'y eft vacant: l'Efpagne a force landes, 
8c eft deferte en plufieurs endroits. Bref en Efpagne ily 
a plus de Princes , de Ducs , de Comtes 8c de Seigneurs 
qu'en France. Qui en voudra d'avantage, lifeStrabon 
au livre 3. Diodor. Sicul. livre 6. Eftienne au traittêdes 
villes. Philoftrate livre y, de la vie d'Apollonius. Ptole- 
mée liv. 2, chap. 4. Denys en fa Periegefe. Pline livre 3 
8c 4. Mêla 1. z 8c 3.Mattian in fexto. Silius Italie, l.i, 8cc. 



CATALOGNE. 




Origine du 
mm. 



L ''tnitll 6? 
ftmuon, 



Divijiot, 



Evtfchez. 



Vuchcz.. 
Mmc^ui- 
ftts . 
Comtez.. 



Vkemtez^ 



Nciennement le pays de . 
Catalogue fût par quel- 
ques autheurs dit l'E- 
fpagne citericure , l'af- 
lemblée de Tarracone t 
& pat auttes l'Aquitaine, 
les limites ou le com- 
mencement d'Efpagne, 
la Marche d'Efpagne , le 
Comté de Barcelonne,8c 
le Marquifat des Efpa- 
gcici.- car autant de villes que les Comtes de Barcelonne 
prenoient par force d'armes de la puiflânee des Sarra- 
zins , ils eftimoyent avoir conquis autant de diverfes 
Elpagnes. Apres leur temps , à îçavoir durant l'Empire 
desfilsdesRoysd'Arragon , afin de distinguer cepays 
des autres terres fubjectes à ladite couronne, fut ap- 
pelle Catalogne du nom ( comme je croy ) de fes pre- 
miers anceftres & habitans, a fçavoir Gots& Alains, ou 
bien d'Ogier de Catalogne , lequel fut envoyé par 
Charles Martel aux conqueftes des Efpagnes ; ou bien 
de tous les deux. Toutesfoisleshiftoires decepaysaf- 
firment, que ce nom cil beaucoup plus nouveau. Quoy 
qu'il en (oit , cefte province eft aunoblie du tiltre de 
Principauté , & eft la première d'entre celles d'Efpagne, 
qui le rencontre du cofté du Levant : à l'Occident eft 
contiguè à ceux de Valence & d'Arragon , defquels elle 
eft feparée par le fleuve Alcanare, ou Cenia , & des Ar- 
ragonois d'un cofté par le fleuve Arnefe , & d'ailleurs 
parl'Ebre, Segure, & la Noguere Ripacurtiane : au Mi- 
dy elle s'eftend de toute fa longueur avec le rivage de la 
mer Méditerranée, conftituant plufieurs goulfes & pro- 
montoires : & au Levant elle eft joincîe à l'Aquitaine, 
& finit avec le lac Salfule , où eft ce tant fort chafteau 
du mefme nom , conftruit par l'Empereur Charles V, 
pour l'oppofer à cefte imprenable fortereffe Leocate. 
Et finalement du cofté de la Bize eft ferrée des monts 
Pyrénées; encore qu'il eft certain qu'autrefois elle a efté 
de ce cofté de plus grande eftendué: car elle comprenoit 
le Comté de Foix , & plufieurs autres terres à prefent 
appartenantes à laFrance. 

Elle a plus de huiét cent mille pas de circuit , com- 
prenant eu fa longueur , depuis le lac Salfule jufques au 
Royaume de Valence , deux cents & cinquante milles : 
& de largeur , depuis la vallée Carolitaine , ou le Sapin 
couronné, jufques au rivage de la mer , nonante & qua- 
tre milles. 

Elle eft divifée en l'ancienne & neuve : l'ancienne eft 
appellée celle , qui commençant des monts Pyrénées, 
eft ferrée en partie vers l'Occident par le fleuve Rubri- 
cat , & en partie par le Cardoner. La neuve s'eftend 
depuis làjufques au pays de Valence. Cefte province a 
pour ville Archiepifcopale Tarracone , & huidt Eve- 
fchez , à fçavoir de Barcelonne, de Gironde, d'Vrgelle, 
de Vich, d'Ilerde , de Tortofe , d'Helene & de Celfone, 
outre plufieurs grandes & riches Abbayes de l'ordre de 
S.Benoift.&S.Bernard. D'avantage, il y a la Princi- 
pauté de Tarraconne , & les Duchez de Mont-Albe , & 
de Cardone ; cinq Marquifats , à fçavoir d'Ilerde , de 
Tortofe , de Palleare , de Camarafe , & d'Itone : dix- 
huict Comtez , comme de Barcelonne , ( lequel eft la 
première dignité de toute la Catalogne ) de Gironde, 
d'Vrgelle , de Cerretane , de Bifuldime , de Roffil- 
lon , d'Ampurde , d'Aufonie, deMinorife , dePrate, 
de Palamofe, de Petrelarge , de S. Colombe deQue- 
ralto, de S. Colombe de Scintillias , de Savaillane , de la 
Val-fonie , de Guymeran , & de Mont-aigu : quatorze 
vicomtez , à fçavoir de Barcelonne , de Gironde ( car 
ces deux villes eftoient auffi du temps pafle honorées 
Ejpagnc. 



de ce tiltre) de Capratie, de Ba(Te , de Rocabertinj 
deCanete, del'Iile, deCaltribon, d'Erili , de Quer- 
forate , deVillemur , d'Agere , de Scornalbove, & 
d'Ioche : & finalement plufieurs Baronies, comme du Sommes. 
Mont-Cathcne , ( le Seigneur de laquelle eftoit autre- 
fois Senefchal de Catalogne) dePinofe, deCervillion, 
d'Erili , de Ripelle , d'Angulaire , de Cervaire , de Ma- 
taplane , d'Aleman , de Lacoune , d'Entence , & plu- 
fieurs autres. 

L'air eft icy grandement fain & agréable i enhyver Owlitid» 
bien tempéré, principalement du cofté duMidy, vers ?"}'■ 
le rivage de la mer: car du cofté Septentrional il eft 
affez froid & neigeux. Toute cefte province- eft fort 
montagneufe, fi ce n'eft en aucuns endroits , où fe trou- 
vent de très-belle s plaines, entre lefquelles les plus plai- 
dantes font celles d'Vrgelle , de Penite , de Tarracone, 
d'Aufonie , de Gironde , de Roflîllon , & de Cerre» 
tane. Les Montagnes font hautes & fort roides , re- 
veftuês de verdoyans herbages , couvertes de diverfes 
fortes d'arbres , tellement qu'elles refemblent mieux à 
des efpaifTes forefts , qu'à des rochers : fur icelles fe 
trouve grande quantité de faux , diverfes efpeces de 
pins , force chefhes , nombre infiny de lapins , grande 
abondance de chaftaigniers , & du liege en abondance, 
l'efcorce duquel eft fort efpaifTe , & efbnt coupée re- 
croit afTez viftement. Ce grand nombre & diverfité 
d'arbres , qui fe rencontrent fur les montagnes 5c val- 
lées par la bonté naturelle du terroir , & le rafraichiffe- 
ment continuel des fontaines & ruiffeaux , qui décou- 
lent de tous coftez , rendent cefte province fi plaifante 
& agréable , qu'il femble que la nature s'eft du tout ef- 
forcée à la perfectionner. Il fe trouve ésforefts toute 
forte de venaifon en abondance , & les champs font 
couvertes d'un nombre infiny de gros & menu bcftaiU 
Mais puis que les montagnes & collines font fi belles & 
agréables, quelles feront les prairies & les vallées d'icel- 
le ? elles font tellement parfemées & chargées de fleurs, 
qu'il femble que le printemps y aye Ion continuel 
fejour: aucunes font rendues delicieufes par diverfes 
fontaines , & les autres par des fleuves & torrens. Car ri, Hi)0 , 
la Catalogne eft grandement abondante en rivières, 
s'en trouvant enicelle plus de cinquante , toutes poif- 
fonneufes, encore qu'aucunes foient aflez petites.neant- 
moins fort renommées , comme leThetis, autrement 
dit Rufcifon, leTeche, ouleTetre, leFluvian, qui 
fe dit aufli Clovian ou Plumialbe , leTicre, laTorde- 
re ou leTarne , leBefote, autrement Bifodto ou Be- 
tulo , le Rubricat , Cinge , Sicoris , & Tibre ; lefquelles 
fe defehargent toutes dans la mer, excepté le Cings 
& la Sicoris, qui fe rendent dans libre , lequel rece- 
vant plufieurs autres rivières, fe grofTit autant qu'au- 
cune autre rivière d'Efpagne. Cefte province necede 
à aucune autre en fertilité de toute forte défraies & 
biens de la terre, comme de froment , vin , huyle , her- 
bes potagères, & pommes. Outre plus il fe rencon- AbtAetu 
tre icy plufieurs miniers d'or , d'argent , & d'autres 
métaux, de quoy le gravier delaSicore K diverfes au- 
tres rivières de cefte province rend un affeuré tefmoi- 
enage. On tire auffi grande abondance de fer, lequel 
eft tort eftimé, encore qu'il n'y ait pas tant de cuyvre, 
d'eftaing , ny de plomb. Depuis quelques années on 
a trouvé une mine de pierres pretieufes de couleur vio- 
lette , vulgairement dite Amethifte , laquelle appro- 
chant à la couleur du vin , avant d'y parvenir , ella 
prend la couleur dune violette ; elle a certaine fplendeur 
de pourpre, non du tout fi efclatante , mais approchant 
plus près a la couleur du vin. 

Il fe tire pareillement force criftal , tant des mon- 
tâmes de Nurie , que des rochers deCadiuet. Il s'en- 
& C gendre 



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C A T A L 

pendre auffi du tres-bon coral en la mer de Catalogne 
vers l'Orient. La pierre Onix , reprefentant la blan- 
cheur de l'ongle humain , entrecoupée de plufieurs vei- 
nes de diverles couleurs , comme le lafpe & la Sarde, 
fe tire non loing des confins de la ville Tivica. On trou- 
ve auffi proche desfources du Rubricat la pierre Hé- 
matites , laquelle eft propre pour eftancher le fang. 
On tire prés de Tortofe beaucoup de jafpe , embelly de 
diverfes couleurs. Vers Tarracone & Beude fe trouve 
diverfe forte de marbre , à fçavoir Porphires , Ophites, 
Parius, & Luculleus : & enlavillcdc Sarreale y a de 
l'alebaftre tranfparente , de laquelle on fait des vitres, 
pour introduire la clarté ésmaifons, & les garantir du 
vent : ce font pour certain ces pierres tranfparentes, 
que Pline affirme eftre en lï grande abondance en l'E- 
fpagne citerieure. D'avantage, le Mont-joyeux pro- 
duit de la terre bleue : & es confins de Populete fe trou- 
ve force alun & vitriol. En celle province croift du 
tres-bon chanvre , lequel , félon Pline , a la fplendeur 
& beauté du lin , & par la nature du torrent qui arroufe 
Tarracone , eft rendu délié à merveille ; tellement 
qu'icy fut la première invention du fin linge , duquel 
anciennement on faifoit les voiles des navires t pour- 
quoy on les nommoit en latin , Carbâfi. Et d'autant que 
uous fommes tombé en ce propos , pour monftrer la 
fertilité de noftre Catalogne , je ne puis m'abftenir de 
dire , qu'elle met facilement en mer des navires de tres- 
groffes charges , voire mefmes des galleres équipées 
de toutes leurs pièces , jufques au dernier voile ou trin- 
quet fans rien mendier des autres provinces. Ce qui 
rend la Catalogne tellement fertile & abondante en 
toutes chofes, fout les maifons , métairies, & chafteaux, 
lefquels, quoyque feparez des villes, font en fi grand 
nombre , & fi voifins l'un à l'autre , foit es vallées , mon- 
tagnes, champs, &forefts, qu'il femble que ce pays 
n'eft qu'une feule ville, ayant detouscoftez des bon- 
nes fortereflès , munies non moins par nature & fitua- 
tion , que par art 8t induftrie. 

On ne peut allez loiier le zèle des habitans de celle 
province à l'endroit de la religion Chreftienne , leur 
dévotion & pieté paroiffiant par la grande multitude 
d'Eglifes efparfes de tous collez , outre plufieurs cloi- 
ftres & monafteres. Celle province a produit plufieurs 
Sair&iftr- fainfls perfonnages dedeuxfexes, comme Eulalie de 
fmnqes. fredonne Vierge & Martyr , Severe Evefque de 
Barcelonne & Martyr , Emitere , Anaftafe , Vincent 
Caucoliberitane , Lucian & Marcian Martyrs , Oton 
& Ermengande Evefques d'Vrgelle , Bernard Calvon 
Evefque de Vich , Ollegare Evefque de Barcelonne , & 
enfemble Archevefque de Tarracone , Raymond de 
Penneforte de l'ordre des Prefcheurs, & plufieurs au- 
tres, qui feroit trop long à reciter. 

Celle Province a fix Académies ou Vniverfitez fort 
célèbres, & eft remplie d'un nombre infiny d'artifans, 
qui s'occupent journellement aux manufactures des 
NaturAdn laines & autres meftiers. Elle produit des hommes 
héitmis. ro buftes , courageux, & prudens à merveille , s'efïbr- 
çans de furmonter toute nation en generofité & faicts 
héroïques , faifans paroiftre le tout par beaucoup de 
victoires fort remarquables. Car les Africains ou Car- 
thaginois ont monftré en ce pays leurs proiieiTes contre 
les premiereshabitans.les Romains contre les Carthagi- 
nois, les G oths contre les Romains, lesSarrazins con- 
tre les Goths , les François & les reliques des Goths 
contre les Sarrazins , & finalement les Comtes de Bar- 
celonne. Mais qui pourra raconter les guerres que 
les fils desRoys d'Arragon , & pareillement Comtes de 
Barcelonne on fait aux nations eftrangeres , & les vi- 
ctoires qu'ils ont emporté , avec admiration de tout 
le monde? Leurs conqueftes faictes fur la Majorque, 
&Minorque, fur l'Ebufe , Murcie , Valence , Sardine, 
Sicile, Naples, & mefmes en Grèce fur Athene, & 
Neopattie, en rendent un aflèz fuffifant tefmoignage. 



O G N E. 

Les merveilles & miracles de la nature, qui ont de Mmrkiàe 
couitume d'orner une province , fontprefques innume- U Nature. 
râbles en noftre Catalogne : car premièrement il y a 
une caverne admirable , dans laquelle eft conftruiéte 
l'eglife de S. Michel du fau : & un très-ancien monafte- 
re de S. Benoift , fur le toicï duquel coule un petit fleu- 
ve , qui eft nommé par les habitans Tanez , & inconti- 
nent defeend 8c fe précipite de haut en bas, faifant 
monter un air rafraifchilTant & fort gracieux à ceux qui 
s'y prefentent. Entre les plus hauts fommets des Pyré- 
nées , la très-haute montagne Canus , ainfi dite ( com- 
me je croy ) de la blancheur des neiges qui la couvrent 
toute l'année , excite un chacun à l'admirer : car fur le 
foinmet d'icclle y a un grand lac , d'une profondeur in- 
croyable , eftant fort fertil en truites & autres poiflbns; 
dans lequel fi l'on jecte quelque pierre , l'eau fe trouble 
grandement , & s'excitent tout foudain des groflès va* 
peurs & broùïllarts , lefquels convertis en nuées efpou- 
vantables , incontinent fe fait une horrible tempefte, 
avec foudre , tonnerre & grofle greile. En l'Evefché 
de Gironde , vers le Midy , y a une colline de pouffiere 
blanche & fort déliée , laquelle , tout de mefme qu'en 
laLibie, lèvent latranlporte ça &là, au grand dan- 
ger des paflagers. Mais on admirera davantage , 
qu'en la ville de Cardone , laquelle jouyt du filtre de 
Duché , fe trouve une montagne de fel naturel , de di- 
verfes couleurs , refplendiflant contre le Soleil , en la- 
quelle (ainfi que tefmoigne Pline dumontOromene, 
qui eft es Indes ) le fel renaiflant fe tire comme les pier» 
res; & il eft à tous notoire , qu'il recroift, & qui plus 
eft , la montagne mefme s'elleve journellement d'avan- 
tage en l'air lors que l'on tire le fel en plus grande abon- 
dance : pourquoy les Ducs en tirent un très-grand re- 
venu. Mais comment pourrions nous en ce lieu mettre 
foubs filence le Mont Serrât , lequel vers le Couchant 
eft elloigné fept lieues de Barcelonne. Ce mont eft 
très-haut, eflevé par plufieurs pointes de roches, en 
forme d'une feie , remply de pierres approchantes à la 
couleur du jafpe ; au haut defquelles il y aunplaifant 
profpeâ: , jufques aux monts Pyrénées d'un collé, & 
de l'autre julques au dernières montagnes de l'IUe 
Majorque. Ce Mont-Serrat a onze mille pas de cir- 
cuit , d'où plufieurs fontaines prennent leurs fources. 
Il produit force herbes médicinales , & du cofté du 
Septentrion ileftarroufé par le fleuve Rubricat : & fi- 
nalement , tout de mefme que le Mont Soractes en Ita- 
lie , 8c le Tabot en Galilée , s'efleve tout feul au milieu 
d'une grande pleine ; pourquoy il eft fort agréable à 
veoir. Anciennement on adoroit icy des Idoles , mais 
à prêtent le tout eft confacré à l'honneur de noftre Da- 
me, l'image de laquelle eft en grande vénération 8c 
hôneut des Chreftiens.qui fut trouvée miraculeufemcnc 
ayant pafle longues années dans une caverne. Car on 
ne peut nyer , que Guyfrede 1 1 Comte de Barcelonne 
a conftruidl l'Abbaye de S. Cécile , & autres Eglifes de 
ce lieu , en la principale defquelles eftoit l'image de la 
Vierge Marie , qu'il avoit luy mefme rapportée des 
mains des Agareniens, l'an de grâce 875-. Mais qui 
pourra raconter les miracles infinis que Dieu opère en 
ce lieu par l'interccffion & fainéles prières de la Vierge 
Mère? pourquoy de tous quartiers accourent journel- 
lement en ce lieu une multitude innUmerable de peuple; 
où il y a un noble monaftere de Bénédictins , quifu- 
ftente les pèlerins troisjours entiers , de quelle qualité 
qu'ils foyent. Proche de Roffillon , en î'Eglife de S. 
Félix , paroiflènt annuellement quelques caractères , la 
nuict de l'Annonciation , en un marbre noir , fur le 
grand autel , lelquels au commencement font bien pe- 
tits , mais s'augmentent par après; & jufques àprefent 
leur lignification demeure du tout incoguuë. Au terri- 
toire de Balneole il y a une fontaine laquelle fait pa- 
roiftre tout ce qu'on y jette de couleur d'or: ce que je 
n'ay pas voulu obmettre , veu que Pline mefme, tou- 
chant 



C A T A t 

chant les merveilles des fontaines , raconte , qu'en 
Efpagne , au terroir de Carrine , il y a une fontaine, 
dans laquelle les poilTons fcmblent eftre de couleur 
d'or , n'eftans toutesfois hors des eaux d'icelle aucu- 
nement différents des autres. Mais que fera-ce , fi je dis 
qu'en la Catalogne tous les éléments prennent leurs 
(burces , comme des vives fontaines , & monftrent des 
cffedts plus que naturels ? Perfonne ne peut nier de 
l'eau, puisque ce fainct & vénérable perfonnage Magin 
par fes prières , l'a fait fortir d'un lieu fec , pierreux , 
&c montagneux ; laquelle fontaine eft aflêz cognué , 
non feulement de ce qu'elle ne nuit à l'eftomach lors 
qu'on en a trop beu , mais pour fes rares vertus & guari- 
fons de diverfes maladies. Auffi n'eft pas moins mer- 
vcilleufe cette petite fontaine prés d'Arles , ville du 
Comté de Roffeillon , laquelle prend fa fource d'un 
certain grand fepulchre de pierres , qui eft en une Ab- 
baye de S, Benoift , feparé de la muraille de l'Eglife, 
& eflevé de terre par quelques folides colomncs , fans 
aucunes fiftules ou canaux. 

Qui a-il pareillement plus certain de la terre ? car 
qui pourra nier qu'elle ne croift miraculeufement en 
l'Eglife des Prefcheurs de Barcelonne , confacrée a 
l'honneur de Saincte Catherine vierge & martyre , en 
cefte fepulture , ou avoir efté enfevely S. Raymond de 
Penne-forte, autrestbis General dudit ordre ; puisque 
pafle trois cents ans , on a tiré de ce petit lieu un fi 
grand nombre de terre ou pouffiere , propre à guarir 
diverfes fortes de maladies , qu'eftant à prefent du tout 
raflemblée, plufieurs grands abifmes & cavernes ne la 
pourraient comprendre. 

Quant eft de l'air , c'eft chofe facile de le prouver : 
car contre la ville d Aulote , qui eft arroufee du Flu- 
vian, il y a environ douze fontaines d'air , qui rendent 
un air fort fubtil & délicieux, nuiét &jour, tant en 
Efté , qu'en Hyver ; mais en Hy ver chaud , & en Efté 
tellement froid , qu'il eft impoflîble de le fupporter le 
moindre efpace de temps que cefoit; &melmesdes 
vaiffeaux plains d'eau, mis icy pour preuve par les ha- 
bitans dans des troux ou cavernes , fe gèlent inconti- 
nent , rendans un agréable rafra'ichiflement , pour 
efteindre les trop grandes ardeurs de l'eftomach. 

Mais comment pourray-je monftrtr du feu , comme 
j'ay fait fuffilamment des autres elemens? mettray-je 
en avant quelque certaine montagne regorgeante de 
flammes, comme le mont Gibel en l'Ifle de Sicile ? nen- 
ny : je produiray toutesfois quelques fontaines d'eau 
chaude , lefquelles prouvent aflêz un feu merveilleux 
eftre icy caché dans les entrailles de la terre: car il y a 
plufieurs de ces fontaines chaudes en Catalogne , lef- 
quelles ne font pas moins abondantes en eau, quever- 
tueufes à guarir diverfes fortes de maladies; pourquoy 
les malades y accourent en grand nombre de tous co- 
ftez. Mais maintenant paflbns aux villes principales de 
cefte province: car de difeourir de chafeune en par- 
ticulier , ce feroit chofe trop longue & facheufe. 
Tàrtap. Tortofe eft une afîèz bonne ville , conftruiéte vers 
la dernière partie du rivage Oriental des peuples 11er- 
caons ( j'uferay des mefmes termes & noms en la de- 
feription de cefte province , que fe font fervis Pline ît 
Ptolemée ) anciennement habitée par les Romains, 
efloignée quatre lieues de la mer, fituée au pied d'une 
montagne , s'eftend de toute fa longueur au long du 
bord méridional du fleuve lbre , lequel eft icy navigea- 
ble, & grandement poilfonneux , mefmes de poiflons 
grands & marins , de Saumons , lefquels ayans une fois 
goufté de l'eau douce , ne'retournent jamais plus en la 
mer ; aufîi de Lamproyes , Alofes , vulgairement di- 
tes Saboga, lefquelles produifent icy leurs œufs , & les 
donnent à couver à l'eau douce , & demeurent quafi 
tout le Printemps dans le fleuve. En cefte ville y a une 
Vniverfité au Collège royal des frères Prefcheurs : on 
tire icy de très-beau jafpe : elle eft fort fertile enhuyle, 
EjJ>*gm. 



O G N Ë. 



,4 



renommée pour fa bonne foye , & finalement ahnoblie 
du fiege epilcopal, Aucuns croyent que c'eft la mefme 
que l'ancienne Ibère , qui eftoit en celte contrée , ainfi 
dite d'Iber fils deTubal , qui après le déluge , fut le 
deuxiefme Roy des Efpagnes , & par iceluy fondée ; la- 
quelle , félon le tefmoignage de Tite Live , eftoit la 
plus riche, & plus puiflante de tout le pays, lors qu'au- 
près d'icelle les deux Scipions , âfçavoir Cnée & Pu- 
blie, deffirent Afdrubal trere d'Annibal. Mais le (uf- 
dit autheur conftituë l'ancienne Ibère fur la rive Occi- 
dentale du fleuve , & autres prés l'emboucheure d'ice- 
luy : quant à moy , je croy , que de ce lieu elle tut 
tranfportée au lieu ou eft à prefent Tortofe, 

Tarracone eft une ville très-ancienne, & capitale de 7ârr«4*. 
la région CofTetane , fituée fur le rivage de la mer : en- 
core qu'aucuns affirment, qu'elle fut baftie du temps dé 
Tubal , fi eft-ce toutefois que Pline l'appelle œuvré 
des Scipions j d'autant qu'iceux eftans envoyez par les 
Romains contre les Cartaginois , ou bien l'ont baftie, 
ou bien tellement augmentée , qu'elle fut rendue gran- 
dement redoutable à ceux de Cartage. Ce fut une 
colonie Romaine , voire mefme une des fept aflèm- 
blées , delquelles l'Efpagne citerieure eftoit divifee , Se 
fe difent de cefte ville l'aflèmblée de Tarracone. Apres 
que Cefar Augufte eut pacifié tous les peuples & na- 
tions , il fe retira en cette ville , ou il publia ceft edit 
du dénombrement de tous les hommes de l'univers > 
dont parle S. Luc en fon Euangile , ainfi que plufieurs 
doctes perfonnages tefmoignent, & entre iceux l'E» 
vefque de Gironde. Cefte ville eft honorée du fiege 
Archiepifcopal , lequel avoit anciennement foiibs foy 
plufieurs Evefchez , mais à prefent , feulement ceux 
de Catalogne : elle eft baftie fur le iront d'une mon- 
tagne , munie de tres-forts & hauts rempars , ayant un 
profpect admirable detouscoftez: car auMidyellea 
la mer, & au Septentrion une campagne bien large , la" 
quelle fe dit vulgairement le champ de Tarracone , re- 
gardant plufieurs grandes villes , à fçavoir Cambris» 
Reus , Valis , Alcover , Selva , & autres : fon terroir 
eft tres-fertil en vin, froment, & huyle, en l'extré- 
mité duquel s'eflevent les très-hautes montagnes de 
Pratare , fur lefquelles eft fituée Sivrane forterefle irn-> 
prenable , & du tout inacceflible. Pratare eft la ville ca- 
pitale de ce Comté , où fe célèbrent des foires annuel- 
les. La ville de Mont-Albe , annoblie du tiltre de Du- 
ché ; & entre ces places le tres-fameux cloiftre de l'or' 
dre deCiteaux, de Populete, où eft la fepulture de* 
Roys d'Arragon , bafty en un lieu fort plaifant , & ar* 
roufé de plufieurs fontaines. 

Ville-franche eft une ville plus efloignée de la mer, ràfe/W 
fituée en la mefme région CofTetane , ornée d'un grand rfo. 
nombre de maifons , & environnée d'une rerraflè & 
rampars ; auparavant elle fe nommoit Tunis DeU , & 
anciennement l'ancienne Cartage , laquelle a baftie 
Hamilcar, père d'Annibal, & General des Cartagi- 
nois: de ces Cartaginois , autrement dits Peuiens , tou- 
te cefte région , tres-fertile en grains, fut nommée Pe- 
mtenfis , comme auffi cefte forterefle de Penne-forte, 
quoy qu'à prefent démolie , de laquelle eft forty ce 
fainfl perfonnage Raymond de Penne-forte ; car Pto- 
lemée en (a table féconde de l'Europe , conftitué en ce 
lieu l'ancienne Cartage , Tarracone , & Barcelonne, 
encore qu'au livre 1 1 , chap. v i , il ne met pas à propos 
les autres villes mediterranées des llercaons. Ville- 
franche a auMidy les montagnes , qui confinent à la 
mer, qui font dites des habitans Oiejl.u dtCarrrfa: & 
au Septentrion la ville Igualada , fituée far la rive du 
fleuve Noyan où mourut Ferdinand premier , Roy 
d'Arragon. 

Barcelonne eft la ville capitale , & la plus renommée St&ethme. 
de la région Laletane , voire mefme de toute la Ca- 
talogne , laquelle eft fituée fur le rivage de la mer , en 
un promontoire eflevé , aflêz panchant dans icelle , le- 
D quel fut 



C A T A 
«uel fut jadis Homrné le cap Iudaïque , à caufe de di- 
vers anciens fepulchres des Iuifs , qui font dansledit 
promontoire : il fe difoit (peut eftrel ainfi anciennement 
de Iupiter , vulgairement Monjuyijuc. Au refte , fon 
terroir eft pierreux , arroufé de fontaines , & grande- 
ment plaifant & fertil. Elle eft baftie en partie fur une 
montagne , nommée par les anciens Taber > où il y 
avoit plufîeures grandes colomnes , au deflùs defquelles 
eftoient conftruids des jardins eflevez en l'air, pareils 
à ceux de BabHoune, tellement qu'ils eftoyent repu- 
tezl'un des miracles du monde, auffibien que ces au- 
tres, refervants leur premier nom, jufques au temps 
de Raymond Berenger , premier Comte de Barcelon- 
ne , & maintenant font dits le Paradis , qui lignifie 
jardins. Hercule l'Egyptien a bafty celle ville , félon 
l'opinion de plufieurs autheurs renommez : mais Ha- 
milcar Barcinon , General des Carthaginois , l'augmen- 
ta grandement , duquel elle print le nom de Barcelon- 
ne; encore que plufieurs croyent qu'il en fut le premier 
fondateur. Du temps des Romains elle s'appelloit 
Faxentia , Se eftoit une des douze peuplades Romai- 
nes de l'Efpagne citerieure: mais du temps d'Ataul- 
fe , premier Roy des Goths en Efpagne , elle eftoit la 
demeure royale , & par après , durant le gouverne- 
ment des Comtes ; elle fut reduicle en Comté. En 
cefte ville l'Eglife cathédrale eft de la S. Croix , qui eft 
le Siège de l'Inquifition , le Confeil royal , & l'Vniver- 
fité , en laquelle s'enfeignent toutes les facultez & 
feiences : icy fe trouvent de très-beaux temples , des 
cloiftres grands & magnifiques , les maifons fuperbe- 
ment bafties de pierres , les rués bien nettes & pavées, 
force fources de fontaines vives , les jardins remplis 
d'oranges, limons, & citrons , un profpect tres-plai- 
fant de tous collez , la ville eftant ceincle de double 
muraille , & en divers endroits de trois , avec un pro- 
fonds fofle , le tout très-bien muny de boulevars & ba- 
ttions ; & du cofté du port , eft \eCMoiïe, ou une le- 
vée de pierres , bien maflbnnée , qui s'eftend bien 
avant dans la mer , encore qu'à prefent imparfaiâe, 
rend ncammoins le port tres-afieure à toutes fortes de 
navires, voire mefmes aux galleres fort propre pour hy- 
verner. Ce qui rend encore cefte ville fort agréable, 
font fes champs tres-fertils , ferrez par les fleuves Ru- 
bricat, & Belote; & finalement plufieurs autres cho- 
fes dignes de mémoire. 

Êturi. Egare eftoit une ville mediterranée de la mefme ré- 

gion Lalctane , vers le Septentrion , elloignée quatre 
lieues de Barcelonne , 8c bien voifine du chafteau de 
Terrace , à fçavoir fituée au mefme lieu , où font main- 
tenant l'Eghfe de S. Pierre, , & le Monaftere de S. Ma- 
rie. Cefte ville fut ornée du fiege Epifcopal l'an de 
grace4éo,jufquesàl'ané7r & d'avantage; de laquelle 
font mention plufieurs Synodes d'Efpagne , & le Roy 
Vamba, en ladivifion desEvefchez parluy faite. De- 
puis plufieurs années elle demeure ruinée & deftruite, 
& fut tranfportée ( comme je croy ) ou eft à prefent le 
chafteau de Terrace. 

Mimrift. Minorife eft pareillement une ville mediterranée de 
la mefme région Laletane , elloignée fept lieues de 
Barcelonne , ducoftédelaBize , & ceinte des fleuves 
Rubricat , & Cardoner. Celle ville eftoit ancienne- 
ment beaucoup plus grande & renommée qu'à prefent, 
veu que Ermefende femme de Raymond Borelle, 
Comteffe de Barcelonne , la nomme ville ruinée ; pour- 
quoy j'eftime qu'elle fut dite Minorife , d'autant qu'elle 
eftoit plus petite qu'auparavant, & que c'eft la mefme 
que cefte Rubricate , que Ptolemée affirme eftre me- 
diterranée de la région Laletane , la conftituant fur la 
rive Occidentale du fleuve Rubricat , des ruines de la- 
quelle Barcelonne s'eft augmentée de bourg en grande 
ville , ainfi qu'eferit l'Evefque de Gironde , encore qu'il 
ne dit pas ou eftoit Rubricate. Ce qui me poufle à ad- 
joufter foy à cecy, eft, que Ptolemée dit que cefte 



E O G N E. 

ancienne Rubricate elloit une ville mediterranée de la 
région Laletane , baftie fur la rive Occidentale du Ru- 
bricat , & que l'Evefque de Gironde adjoufte avoir 
efté une ville fort riche 8t puiflànte , ce qui ne peut 
convenir à autres villes de cefte contrée, qu'ànoftre 
Minorife. 

Vieh eft la ville capitale de la région Aufetane , an- ^4. 
dénuement habitée par les Romains. Elle fut premiè- 
rement dite Aufe , Aufone , & Aufonie ; d'autant 
que fes habitans ofoient , Se eftoient beaucoup plus 
hardis que leurs voifins ; ou bien ainfi dite du nom de 
fes fondateurs Italiens , Aufoniens , lors qu'Hercule 
l'Egyptien vint pour la deuxiefme fois en Efpagne. 
Celte ville eftoit grandement riche & ample pendant 
l'Empire de Louys le Débonnaire , lorsqu'Ayzon Vi- 
figoth , fe rebellant en l'Aquitaine contre ledit Empe- 
reur , paflà en cefte province , & entrant par finefle 
dans cefte ville d'Aulone , la ruina totalement. Par 
après , la ville eftant derechef rebaftie , fut appellée 
Vicus , d'autant qu'elle ne paroiflbit qu'un village , ou 
bien une petite partie de cefte tant grande ville. Pour 
le jourd'huy elle eft encore une ville epifcopale, embel- 
lie d'une très-belle Eglife, dédiée à l'honneur de fainét 
Pierre , avec un cloiftre tres-magnifique , & un mar- 
ché aflêz grand & fpacieux. Elle eft environnée de 
champs fort fertils en froment, jufques au pied de la 
montagne de Signimont, laquelle eft tres-haute,& con- 
tinuellement couverte de neiges , bien renommée pour 
les herbes Se pierreries qu'elle produit ; caronyvient 
de divers lieux , pour recueillir plufieurs fortes d'her- 
bes médicinales , du criftal , Se grand nombre d'Ame- 
thyftes : car elle eft fertile en pierres precieufes. Vers 
fonMidy , fur le rivage de la mer, fe voit la ville de 
Mataron , nommée par Ptolemée Diluron , où fe font 
toutes fortes de verres fort artiftement elabourez. 

Gironde eft une très-bonne ville de la région Aufe- cironii. 
tane , anciennement habitée par les Romains , fituée 
fur une haute montagne , le pied de laquelle eft arrou- 
fé du fleuve Onde , vulgairement Onar, qui fe defehar- 
ge incontinent dans le Ticer. On croit qu'elle a prins 
fon nom deGerion , père de trois Gérions , Roy des 
Efpagnes , avant la venue d'Hercule l'Egyptien ; car 
plufieurs tiennent que ce Gerion a efté fon premier fon- 
dateur. Cefte ville eft aufïi annoblie d'un fiege Epif- 
copal, ayant fon Eglife cathédrale confacrée à l'hon- 
neur de noftre Dame , où il y a un Autel autaut riche & 
fomptueux , qu'il y a en toute l'Efpagne , tout relui- 
fant en or , argent, & pierreries. Ilyaauffi une Acadé- 
mie. Son terroir s'eftend fort long Se large , lequel 
eft eilimé le plus fertil de toute la Catalogne , eftant 
remply de plufieurs bonnes villes , Se de grand nombre 
de bourgs & villages. Au Midy elle a pour voifine la 
ville de Blaves, où la Tordere fe defeharge dans la 
mer; le cap deToflê, Se Palamos: Et du cofté delà 
Bize , la grande ville d'Aulote , renommée par fes fon- 
taines d'air, fituée fur le bord du fleuve Fluvian ; Se ce- 
fte noble ville Bifuldun , aufli fur les rives du Fluvian, 
laquelle du temps pafle eftoit une ville médiocre , dite 
Becula , Se avoit un fiege Epifcopal au monaftere de S. 
Sauveur, ayant efté érigé en cefte dignité par le Pape 
Benoift vm l'anioi7, à la follicitation de Bernard, 
furnommé Talafere , Comte de Bifuldun , confacrant 
pour le premier Evefque Guyfrede Abbé de S. Iean de 
Rinipole , vulgairement ÀïtdeluBadifia, filsdeGuy- 
frede Comte de Cerretane , frère dudit Bernard , qui 
fut aufli le dernier. 

Emporium eft une ville de la région Indigetane , fi- Empmum. 
tuée aufli fur le bord du Fluvian , nonloing de la mer: 
elle eft maintenant fort petite , & de peu de valeur , 
mais anciennement eftoit une grande & puiflànte ville, 
conftruite par les Grecs Phociens , & grandement aug- 
mentée par Iule Csfar, lorsqu'il conduifoit fon armée 
en Efpagne , contre ceux qui fuivoient le party de Pom- 
pée s 8e 



C A T A L 

pée ; & durant les guerres civiles , fut fai&e une colo- 
nie Romaine. Elle eftoit alors divifée en trois villes , 
reparées l'une de l'autre de bous rempars & grofles gar- 
des , fe maintenant l'une contre l'autre , & ufant cha- 
cune de divers langage. Celle qui eftoit du codé du 
Levant , appartenoit aux Grecs ; celle du Couchant, 
aux Romains ; & l'autre du Septentrion , aux naturels 
du pays. Par après elle fut honorée du tiltred'Eve- 
fché , comme appert par les Conciles célébrez en 
Efpagne , durant I Empire des Goths. De cette ville 
fut nommé tout ce noble pays circonvoifin , la région 
Emporitane , & à prefent , le mot eftaut corrompu , fe 
dit Àmpurdan. Elle eftoit encore en afléz bon eftat du- 
rant l'Empire de Maximian , & de Diocletian ; & je 
croy qu'une partie d'icelle fut tranfportée en ce lieu , où 
un peu plus vers l'Orient. Non loing d'un très-beau & 
grand lac eft la noble & bonne ville de Caftello , la- 
quelle eft embellie d'un temple magnifique de pierres, 
munie de très-hauts rempars , & de ïbflèz remplis d'eau 
vive. 

gjadis. Rhodes eft une ville très-ancienne , de la mefme ré- 
gion Indigetane , conftruicte par les Rhodiens , dans 
le cap de la Croix vers l'Orient, où eft maintenant le 
monaftere des Bénédictins de S. Pierre de Rhodes. M. 
Caton le Cenfeur fut mandé en cette ville , pour dom- 
pter quelques rebelles.lequel venant en Efpagne.moùil- 
la premièrement l'ancre au port de la Lune. Cette vil- 
le demeura en fou entier jufques au temps des Goths, 
& eftoit pour loi s un Evefché , dont lesEvefques ont 
efté prefens en plufieurs Synodes. Pour le jourd'huy 
elle eft du tout démolie : & je croy qu'elle fut tranf- 
portée plus vers le Couchant , fur le mefme rivage de 
la mer , prés du grand port , au lieu où eft à prefent la 
ville de Rofes , munie de puiiTans rempars , & d'une 
bonne forterefle : car Rhodes , & l'Ille de Rhodes, 
(les habitans de laquelle ont bafty cette ville) ne lignifie 
autre chofe que Rofe. 

lUAnii. Illiberis , à prefent dite Caucoliberis , eftoit une 
ville de la région des Sardous, laquelle nous appelions 
Sardane , ou Cerretane ; fituée fur le bord de la mer, 
outre le temple de Venus Pirenée , ayant un port tres- 
aflèuré pour toute forte de navires ; qui eftoit une re- 
marque d'une grande ville, ainfi que tefmoigne Pline: 
en laquelle (félon qu'affirment plufieurs Autheuts di- 
gnes de foy ) & non en celle du mefme nom , qui eftoit 
proche de Grenade , on a célébré ce rres-fameux Sy- 
node llliberitan , lequel fut le premier qu'on célébra 
en Efpagne, & ce durant l'Empire du grand Conftan- 
rin : laquelle fentence eft fuffifamment prouvée en une 
hiftoire des Comtes de Barcelonne , mife en lumière 
les années paflees , au liv. i , chap. 1 1 : ou pareillement 
eft monftré que cette ville a efté autrefois un fiegeEpif- 
copal ; où il y a auffi deux chafteaux aflez bien munis 
& fortifiez. 

Hehut. Helna eft ainfi dite feulement depuis deux cents ans, 

mais pat cy devant on la nommoit Helena. C'eft une 
ville de la tegion Cerretane , elloignée environ deux 
lieues de la mer, fituée fur le bord Oriental du fleuve 
Tech , que les Romains appelloient Tetrie , d'autant 
que prenant fes fources entre des veines de métaux, & 
principalement de fer , il avoit une couleur aflez noire, 
& pour cela auffi il n'eft pas propre pour arroufer. Plu- 
fieurs eftiment que cette ville aeftebaftie par Hélène, 
mère de Conftantin le grand ; & autres difent que ce 
fut par fon nepveu Conftans , qui l'édifia à fon hon- 
neur, & mefmes y mourut , ainfiqu'efcriventEutrope, 
& Paule Orofe , difciples de S. Auguftin. C'eft auffi 
un fiege Epifcopal. 

Infini*». Perpinian eft pareillement de la région Cerretane, 
fituée non loing d'une ancienne peuplade Romaine, 
nommée Rufcifon , laquelle eft totalement rafée , fans 
aucune remarque , d'où le Comte de Roifeillon a de- 
puis prins fon nom. Celte ville eft grande , & très-belle, 



O G N Ë, j 

furpaflànt toutes les autres villes de Catalogne ( horr- 
mis Barcelonne ) en richefle & grandeur, laquelle fut 
baftie par Guynard Comte de Rofleillon, du temps 
de Raymond Berenger Comte de Barcelonne , lequel 
la munit d'une tres-forte muraille , & de puiflàns beu» 
levars , avec un tofle remply d'eau d'une grande pro- 
fondeur : outre plus elle a un chafteau tellement forti- 
fié par nature & artifice , remply de toute forte de 
pièces d'artillerie, & d'une bonne garnifon defoldatst 
qu'on le peut dire du tout imprenable , & grandement 
redouté de fes ennemis. Cette ville eft arroufée du 
fleuve Rufcifon , lequel rend le terroir fi fertil & abon- 
daut , qu'il fut pour cela nommé par les Romains Te- 
this, du nom de la femme de Neptune, 6r mère des 
Nimphes , que les Poètes ont appelle Deefle des eaux ! 
pour le jourd'huy ce fleuve eft vulgairement dit Latet. 
Le terroir circonvoifin de cette ville eft abondant en 
vin & froment. 

La contrée Confluentane fe rencontre incontinent 
du cofté du Couchant, laquelle eft auffi une partie de 
la région Cerretane , s'eftendant au long d'une eftroite 
& longue vallée , entre des montagnes des deux coftez 
d'une hauteur admirable, lefquelles produifent à l'abry 
du vin. On tireicy grande abondance de fer, lequel 
fe prépare & purifie dans les forges bafties fur les bords 
du fleuve , nommées par les habitans Fargai. Cette 
contrée a plufieurs bonnes villes , entre lefquelles font 
les plus renommées Ville-franche , & Prates s & non 
loing d'icelle y a un monaftere de Bénédictins de S. 
Michel de Cuxane, avec une Eglife fort admirable. 

Libique , ou Livie , eft une très-ancienne ville de . 
la mefme région Cerrerane , fituée fur le bord Septen- 
trional du Segre , non loing de fes fources , laquelle a 
prins fon nom de fon premier fondateur Hercules l'E- 
gyptien , qui fedifoit auffi Oron Libique. Cette ville 
fut par après nommée par Iule Cefar Iulie Libique ; & 
pour lors elle eftoit habitée des Romains , lefquels , ex- 
celloient tellement tous les autres, que Pline affirme 
que ceux de la région Cerretane eftoient pareillement 
ditsluliens. Celte ville eft à prefent médiocre, ayant 
un chafteau de peu d'importance , encore que tres- 
aflèuré. 

Puygcerde eft une grande ville , conftruiéte fur le j „„„>.,/,, 
bord Septentrional du Segre , ainfi dite d'une petite 
montagne , qui s'efleve au milieu d'une grande plaine, 
fur laquelle elle eft fituée. Cefte ville eft la capitale 
du Comté de Cerretane, munie de puiflantes murailles, 
d'un fort chafteau, Jt d'hommes tellement robuftes & 
courageux , qu'elle peut eftre à bon droit eftimée la 
meilleure delenfe de ce cofté , contre les efforts des 
François : fes limites font environnez de montagnes 
chargées d'arbres fruitiers : îcy fe trouvent plufieurs 
lacs poiflbnneux , & abondans fingulierement en trui- 
tes , lefquelles font parfemées de petites taches rou- 
ges , tirans fur le jaune , vers le dos, defquelles tous 
les fleuves de Catalogne , & principalement le Segre, 
font remplis. Icy fe rencontrent plufieurs fontai- 
nes entre lefquelles il y en a deux grandement falutai- 
res , & d'une vertu finguliere pour fe baigner , l'une 
d'eau chaude , & l'autre d'eau froide. On trouve auflî 
grand nombre dediverfes herbes médicinales, & for- 
ce perdris blanches ; il fe tire auffi du jafpe de toute 
forte de couleur. Du cofté de la Bize elle a la vallée 
Carolitaine , & les monts Pyrénées , où eft le Sapin- 
couronné , qui fepare l'Efpagne de la France : & au 
Midy la ville de RipoIIe , fituée fur les conflans du 
fleuve Frefere dans le Ter; en laquelle ville eft une 
grande Abbaye de Benediétins , confacrée à l'honneur 
de noftre Dame , en laquelle eft la fepulture des Com- 
tes de Barcelonne. Pareillement la ville deBaga, qui 
eftoit anciennement de la région des Ilergetes , fituée 
entre des hautes montagnes , arroufée .par les fources 
du Rubricat , laquelle Ptolemée appelle Bergufie: & 
D a finalement 



C A T A L 
■ finalement la ville Berga , suffi Je la région des Ilerge- 
tes , balrie fur le bord du Rubricat , & nommée par 
Ptolemee Berginie. 

Vigie. Vrgelle eft une ville conftruide par Hercules , & par 

luy ainfi dite , qii'od urgerel lcrr.t auolts ; d'autant qu'icy 
il pourfuivoit 8t preflbit vivement les habitans du pays. 
Celle ville eft affife en une vallée allez fertile , entre des 
hautes montagnes couvertes de vignobles , fur la rive 
Septentrionale du Segre : c'eft une ville Epifcopale. A 
la gauche elle a la vallée d'Andorre; à la droi&e la ville 
de Solfone , qui t ttoit de la région des llergetes , dite 
par Ptolemee Calée , & depuis Celfone, comme li elle 
avoit quelque refte de hauteur de fon ancien chafteau, 
lequel fut de noftre temps réduit en une ville , & éri- 
ge en Evelché : icy aufli fe trouve la ville de Cardone, 
alTcz renommée pour (on fel de diverfes couleurs , 
ainfi que nous avons dit icy delfus. Et au Couchant 
eft le Vicomte de Caftribon, lequel non feulement de 
nom , mais aufli d'eft'etf , eft bon & très-bien muny : 
puis le Marquifat de Paleare , arroufé par le fleuve de 
laNoguere-Pallarefe , lequel eftoit anciennement un 
Evefché , environ l'an de grâce 940 , ayant plufieurs 
bonnes villes , l'une defquelles eft appellée vulgaire- 
ment Trempi laquelle, encore qu'elle n'ayt pas plus 
de deux cents maifons , fi eft-ce toutesfois qu'elle a 
tant denoblefle, qu'on trouve enicelle plus de vingt 
familles nobles & illuftres , qui dominent fur diverfes 
terres & feigneuries. 

BMgurr. Balaguer eftauffi une ville des llergetes, fort belle 
& plailante , fituée au pied d'une très-haute montagne, 
furlaquelleilyavoit un chafteau très-bien muny , pro- 
che du bord Septentrional du Segre : la grande fertili- 



O G N E. 

té de fon terroir ne fe pourroit fuffifamment expliquer. 
Au Midy elle a la tres-amplc campagne d' Vrgelle, en- 
core que non abbreuvée de quelques ruifleaux , néant- 
moins merveilleufement fertile cnfrpmens; où fe ren- 
contrent plufieurs villes, comme Cervare , Tarrege, 
Belpuig , Agromont , & autres. 

Ilerde, félon le tefmoignage de Pline, eft une ville Unie. 
des Surdaons 5 habitée par les Romains -, & félon Pto- 
lemee, de la région des llergetes. Cefte ville eft ba- 
ftie au pied d'une montagne vers le Midy , & eft voi- 
fine au Segre, lequel, par l'augmentation de plufieurs 
autres fleuves , eft large & grand. Proche de cefte 
ville IuIeCelar combatit contre Aftanius & Petrcjus 
maiftres de camp de Pompée. Sur le front de la mon* 
tagne y a un chafteau bien fortifié, ou du pafle les Roys 
d'Arragon avoient leur demeure ; & un peu plus bas un 
très-grand temple avec le palais Epifcopal: en ce tem- 
ple il y a une gallerie de pierres , d'où eft un profpeâ 
très plaifant fur la ville , le fleuve , & les champs cir- 
convoifins. 11 y a en cefte ville unefameufe Acadé- 
mie : vers fon Couchant eft la ville d 'Aytona , anno- 
blie du tiltre de Marquifat , laquelle eft des appendan- 
ces de la noble famille de mont-Cathene. Aucuns 
croyent que c'eft la mefme que Iule Cefar appelle 
Oâogefe en fes commentaires ; mais ils fe trompent 
grandement, car Aytona eft aflez efloignée du fleuve 
Ibre; mais Ocfogele , félon qu'affirme Cefar , eftoit 
fituée fur ledit fleuve. Elle fut dite par après lâofe , la- 
quelle du temps des Goths eftoit un Evefché: Vamba 
fait mention d'icelle en la divifiondesEvefchez. Pour 
lejourd'huy cefte ville s'appelle Mequinença, affife fur 
les conflans du Segre dans I Ibre. 




DESCRIPTION 
DV ROYAVME 

DE VALENCE. 




Nciennement en l'Efpa- 
gne Tarraconefe, que Pli- 
ne appelle Citerieure , e- 
ftoient comprifes les villes 
fuivantes , quieftoient ca- 
pitales desnations particu- 
lières, comme des Autri- 
gons Flaviobrige : des 
Conteftains la neuve Car- 
tage & Valence:des Cofe- 
tains Tarracone : desLe- 
taniens Barcelonne , la- 
quelle Pline nomme Favence: des Indigetes Rhode: des 
Armaciens Afture-Augufte, à prefent dite Aftorgc : des 
Brecariens Brecare-Augufte, Caladun, Complutique Se 
Tontobrige: des Cantabnens Logronno: desArevac- 
ciensNumance, Noudaugufte : des Carpetains Tolède, 
Alcala & Paterniane : des Edetains Zarragoçe , Sagun- 
the, Tortofe, & l'ancienne Cartilage: des Vafcons Pom- 
pelon , Burgos , Gracuris & Alavone : & finalement des 
îlergetes.Gallique Flavie, à prefent dite Fraga Se llerde. 
Pour le jourd'huy cette partie d'Efpagnefe divifeen 
plufieurs Royaumes Se Provinces, comme de Murcie.de 
Valence.d Arragon & de Navarre: puis en la Cantabrie, 
qui eft maintenant la Bifcaye & la Guypufcoe; en la Ca- 
talogne, l'Afturie , Gallice , Caftille vieille Se neuve , Se 
cette partie de Portugal , qui eft entre les fleuves Durie 
& Minio. 
Limiter. Le Royaume de Valence a pris fon nom de fa ville 
capitale : du cofté d'Orient, il eft borné par la mer Mé- 
diterranée, où eft le Goulfe de Sucrone : au Septentrion 
il eft contigu au Royaume d'Arragon : au Couchant aux 
deux Caftilles : Se au Midy au Royaume de Murcie. Il 
comprend les anciens Hedetains.Conteftains Se une par- 
tie des Ilercaons. Eu ce Royaume y a plufieurs fleuves 
fort renommez , entre lefquels tient le premier rang le 
Iltmts, Durie, dit par PtoleméeDorie, & par Pline Turie : les 
habitans le nomment en langue Arabefque Guadalnjubar, 
qui lignifie eau pure : ce fleuve n'eft pas tant profond, 
que plaifant, à caufe de (es rives chargées de rofes florif- 
fantes , & de diverfes autres fleurs ; ce que le Poète 
Claudian tefmoigne es louanges de la Serene , ou il dit : 

Flonbm Q- Rofeis formofus Dtiria rifis. 
Et mefmes depuis fes fources jufques à fon emboucheu- 
re dans la mer , il eft reveltu des deux collez de verdoy- 
ans bofeages. Il y a aufîî en ce Royaume deux mouta- 
gnes.à fçavoir Mariole & Penaglobole, chargées Se rem- 
plies d'un nombre infinyd herbes médicinales, où tous 
les ans concourt un nombre incroyable de MedeciusSc 
Apoticaires. Pareillement il y a en ce pays des minières 
d'argent , au lieu dit Buriole , entre Valence Se Tortofe: 
on tire aufîî des pierres entremellees de petites veines 
d'or. Au Cap de Finiftrat il y a des mines & forges de 
fer .- Se gueres loing de Segorbie, on tire grande quanti- 
té de marbre , d'où anciennement on le tranfportoit en 
la ville de Rome. En Picacent fe trouve force alebaftre, 
& en plufieurs autres lieux de l'alun .garance, chaux & 
plaftre ; & l'on fait grand nombre de porcelaine , fem- 
blable à celle d'Italie. 
Candeur Le Royaume de Valence a de longueur environ foi- 
duRuym- xante lieues, Se dix-feptdelargeur,oùileftleplusIarge. 
*"• 11 contient dans fon circuit quatre citez, foixante villes 

ftivimi. entourées de murailles & raille villages. Ileftarrouféde 
rfpagne. 



trente te cinq rivières , tant grandes que petites ; entre 
lefquelles il y en a cinq principales , à fçavoir Miglier, 
Morvedre, G uadalviar, Xucar Se Segure. Entre Guadal- 
viar & Xucar fe rencontre une eau comme un eftang.de 
trois lieuè's de longueur & une de large , remplie de can- 
nes, eftant une demeure agréable aux poiûons , & fin- 
gulierement aux anguilles, mais encore d'avantage aux 
oifeaux de rivières. Ce Royaume s'eftend du cofté de la 
mer en deux Goulfes, entre lefquels s'avance un cap,qui 
anciennement eftoit dit Hemerofcopium , Artemiîîum, 
Dianium Se Ferraria : pour le prefent on l'appelle Punta 
de l'Emperador. L'un des Goulfes eft dit Sucronefe, du 
fleuve Sucron : & l'autre Illicitane de la ville d'Illice , à 
prefent dite Alicante. Il a pour ports de mer Vivere.De- 
vie, Xabie, Se Alicante. On tient que tout ce Royaume Pmsdi 
contient environ cent mille familles , tant des anciens mtr. 
Chreftiens que des Mores convertis, lefquels on appelle 
Morifcos : car en ce Royaume il y en avoit plus grand 
nombre qu'en tout le refte d'Efpagne ; lefquels encore 
qu'ils foient baptifez , gardent neantmoins les façons Se 
cérémonies des Mahumetans, ôcfont très-bons labou- 
reurs, fe plaifans grandement de demeurer es lieux aqua- 
tiques , comme fur les bords de quelque rivière , eftans 
fort lobres en leur manger & veftir. 

Ce Royaume eft divifé en quatre regions'ou parties : Ehiifion 
la première defquelles eft près des limites de la Cata- <*» Rym- 
logne, apparteuante au Migliaires, & eft quafi toute fort "*■ 
afpre Se montagneufe , au refte tres-fertile en foye, huile 
&vin, & aufîî riche enbeftail: elle contient la Com- 
manderiedeS. George , & une plaine grandement fé- 
conde , ou fe rencontrent Benicarde, S. Matthieu , Ca- 
ftellon , toutes grandes villes. La deuxiefme région de- 
puis Migliares jufques à Morvedro, comprend les villes, 
Villa-Real Se Borriane.fituées en une planure environnée 
de montagnes, Sz arroufée de plufieurs fontaines Se ruif- 
feaux , excepté vers le rivage de la mer. La troifiefme 
depuis Morvedre jufques àMolinelle.le cœur & le prin- 
cipal du Royaume , à fçavoir Segorbie , Valence, Villar, 
Livie, Xelve, Xatine, Alzire,Benifagio,Carcafens,Gan- 
die, Olive, Albaidie,Alcoye,& plufieurs bonnes vallées, 
produifantes grand nombre de fruits. La quatriefme 
depuis Molinelle jufques à Segoure.oufont les villes Xi- 
xono, Dévie, Sabie, Alicante, Biar, Se Elche. 

Valence eft la plus noble Se la plus plaifante ville de rjtnct. 
toute l'Efpagne Citerieure, laquelle efteiloignée trois 
mille pas de la mer , Se fituée fur le fleuve Durie ; elle ne 
cède à aucune place , foit que l'on confidere la grande 
température de l'air , ou la fertilité de fon terroir ; telle- 
ment qu'on la peut égaller à la Champagne heureufe. 
Cette ville a efté long-temps occupée par les Mores , Se 
fut aflaillie plufieurs fois par les Roys d'Arragon.jufques 
à ce que le Roy lames , par un long fiege força le Duc 
Zaen More avec cinquante mille des fiensde quitter la 
ville , Se fe retirer avec tout fon or, argent, armes & ba- 
gage dans Dévie. Par ainfi la ville de Valence eftant ren- 
due fort deferte , le Roy laques la faifant peupler de 
Chreftiens , envoya une colonie de Catelans Se d'Arra- 
gonnois fous la conduite de Berenger Palatiol Evefque 
de Barcelone , de Vidale Cavelie Evefque d'Hucfce , & 
de Pedro Fernandes d'Acagra , & de Simon d'Vriea 
Chevaliers. Iceux diviferent la ville aux nouveaux habi- 
tans , 8c eftablirent des nouvelles loix en cette neuve 
République. En ce temps furent trouvez trois cents 
£ ' oftante 



V A L E 

ocrante chefs de famille. Le premier Evcfquc fut Don 
Perrière de S. Martiu , & l'Evefché qui avoit elle fujet à 
l'Archevelque de Tolede.depuis ce temps-là commença 
de recognoiftre celuy de Tarracone. Le revenu annuel 
de l'Evefque de Valence eft grandement ample : car 
Marine l'eftime eftre de 13000 ducats, ce que confirme 
Damien à Goes. Pline ditque cette ville a elle une colo- 
nie Romaine j pourquoy on lit en une ancienne infcri- 
ption, Colonia luliaVaUmia. Toutesfoisil y adefembla- 
blesnomsés Brutiens, voifins des Tempfaues en Italie, 
la ville d'iceux eftant dite Vibone; defquels fait men- 
tion Strabon au livre 6 , Pline au livre 4 , & Ciceron au 
livre j contre Verres. On a célébré un Synode gênerai 
en cette ville l'an 464 , 8c icyfe voyent encore grand 
nombre d'antiquitez Romaines. Apres que les Mores 
curent jong-tei. ps occupez cette ville , finalement le 
Roy Ferdinand laprintde force louz la conduite de 
Roderiguez Cide , chaflànt d'icelle les Sarrazins, l'an de 
grâce 1030. 

Sagmthm. Sur la gauche du fleuve Durie eftoit anciennement 
fituée Sagunthus , colonie des Zucinthiens , aujourd'huy 
de fes vieilles murailles.di te Morviedraiquieftefloignée 
environ de deux mille pas de la mer. 

Xat'vi. Xative eft une ville de ce Royaume, non loing de Va- 

lence, affife fur une haute colline , arroufée du fleuve 
Sicron , où fe trouvent des fontaines grandement falutai- 
res & efEcacieufes, & grand nombre d'arbres fruictiers, 
& principalement d'oranges & citrons : cette ville eft 
aufG fort renommée par la grande abondance de fon bon 
& fin lin. 

Vevit. La ville de Dévie eft propre à la marine : car eftant 

fituée fur le haut d'une colline , elle a une tour panchan- 
te dans la mer , qui paroift de loing aux Mariniers. C'eft 
un Marquifat , & a un chafteau très-bien muny de fitua- 
tion & d'artifice j & auflî deux havres aflez fréquentez 
des marchands. 

Biar. Biar elt une ville renommée par l'abondance de (on 

miel, qui eft extrêmement bon ,& tres-blanc. Sur la 
cofte de la mer , l'Empereur Charles V a fait baftir euvi- 



N C E. 

ron vingt-fept tours en des lieux fortpropres ] en chat 
cune dcfquelles deux piétons & un cavallier font conti- 
nuelle garde , pour defeouvrir 8c annoncer aux habitans 
la venue des pirates Se ennemis, monftrant de jour quel- 
que fignal, 8c du feuenlanuiâ, 8c s'il eft befoing le ca- 
vallier les vient advertir. 

Le Royaume de Valence eft fort afpre , montagneux Qualité du 
tk fterile du cofté de la terre ; vers le rivage de la mer il Royaume. 
eft remply de tres-plaifantes vallées, 8c de plauures tres- 
fertiles. II a des mines d'argent près la ville de Buriole, 
d'or proche de Lodere , de fer à Finiftrate, d'alebaftre à 
Iabée, d'alun à Piacente , 8c de chaux 8c plaftre en plu- 
fleurs lieux. 

Aureftece pays acquit le tiltre de Royaume l'an de Orient du 
grâce 788, ainfi que s'enfuit: Hizen Roy de Cordouë Royaume, 
eftant mort, fon fils Alca fucceda au Royaume ; l'oncle 
paternel duquel nommé Aodala , Seigneur de Valence, 
appella fon frère Culema,qui refidoit à Taviar: ces deux 1 

frères s'eftans joints par enfemble vindrent avec uns 
puiflante armée en la ville de Cordouè', s'cflbrçans de 
chafler leur nepveu de fon Royaume : mais eftant vain- 
cus, Aodala fe mit en fuite, Se retourna à Valence : Se les 
principaux des Mores s'entremettans au différent des on- 
cles &c du nepveu , conduirent tellement l'affaire , qu'ils 
convindrent enfemble , à fçavoirqu'AodalaferoitRoy 
de Valence, &c que des revenus dudit Royaume on don- 
nerait à Culema mille moradins ( c'eftoit une efpece de 
monnoye ) pour fa cuifine , & encor cinq autres mille 
moradins pour autres defpenfes : ce qu'eftant accordé 
Sz conclu, Aodala mourut Roy de Valence. Iules Scali- 
ger parle ainfi de ce Royaume : 

Van tibi unie oculos pùpult pmatm Imago, 

CMcrajam ex illo natio iot.if.net. 
intégra Ceres, régie- terrenti infamis ab .ejltt, 

K^irida Cerbeream coUigit aura fitim. 
Hufquam tutus ibi rapide latrone violer; 

Nimprobus épius eft ttllcrc hdusepes. 



R R A 



O N. 




Ses bonus. 



Ses villes. 



Sarragojfe 
capitale. 



V temps pafle l'Efpagnc 
eftoit divifée en douze 
Royaumes , à fçavoir de 
Léon , de l'ancienne & 
nouvelle Caftille, d'AR- 
r a g o n, de Portugal , de 
Navarre, de Grenade, de 
Valence , de Tolède , de 
Gallice , d'Algarbe, de 
Murcie Se d'Andalouzie. 
Defquels les cinq pre- 
miers ont elle de plus grand renom , & ont eu une fuitte 
continuelle de Roys. En fin ils ont efté réduits à trois , à 
fçavoir, à celuy d'Arragon , fouz lequel eftoit comprife la 
Catalogne & Valence; de Caïïillc, qui comprenoit la Bif- 
caye, Léon, Afturie, Gallice, Eftremadoure.Andalouzie, 
Grenade, Murcie , les deux Caftilles , & finalement la 
Navarre: Si ls Portugal , fouz lequel eftoit compris ce- 
luy d'Algarbe. 

L'Arragon du codé du Levant eft borné de la rivière 
de Cingia ; du Couchant des montagnes de Caunus , & 
de Molina , efquelles il y a des mines de fer ; du Septen- 
trion du fleuve Iberus , qu'on appelle maintenant Ebre; 
du Midy les montagnes de Branbanza. 

Outre Sarragofle , qui eft la capitale , il contient ces 
villes icy, Balbaftro , Huefca , laça , Tarrazone, Tervel, 
& environ feptante autres , qui fout fermées de murail- 
les, mais petites pour la plus part , n'y ayant pas en cha- 
cune plus de cinq cent maiions Car la terre, qui en 
beaucoup d'endroits eft pleine de falpetre , & à faute 
d'eau , à peine peut nourrir plus d'habitans en un mefme 
lieu. 

Sarragoffe (appellée anciennement Cefarée Augiiiïe)e9: 
affife , comme dit Nonius , fur la rivière d'Ebre , en une 
grande campagne, & tres-fertile; rien n'y manque.quant 
àlabeautedel'affiette, n'y quant à la netteté & orne- 
ment : elle ne cède à aucune ville d'Efpagne en magnifi- 
cence de baftimens.qui pour la plus part lont faits de bri- 
ques : Ses rués font larges Se ouvertes: Il ya auflî un 
pont de très-belle ftruâure , fur lequel on paife l'Ebre. 
On y void dix-fept grandes Eglifes, entre lefquelles la 
plus magnifique eft celle de Nojlre Dame de Pilar: quator- 
ze Monafteres, avec plufieurs autres moindres Chappel- 
les. Le Roy Alplionfe reprift cette ville fur les Mores 
l'an 1 1 1 8. La ville célèbre de Balba/lro , eft affife fur la ri- 
jiumsvd- vjere (j e y ere ^ en un p avs f ert jl c ,fur tout en olives. Huefca, 
appellée anciennement Ofca , eft un Evefché , il y a une 
fort ancienne Vniverfité , qu'on tient avoir efté dreflee 
par Sertorius. Le Roy Philippe 1 1 fit baftir a laça une ci- 
tadelle avec cinq moyens baltions , on ne fçait fi ce fut à 
l'encontre des François , ou bien des Arragonnois , qui 
alors fe vouloient rebeller. La ville d'i^A&arazin ( que 
Mariana dit avoir efté autresfois nommée Lobetum , ou 
Tuna) eft baftie fur une colline,& forte d'affiette. Tervel, 
eft une ville riche Si marchande , elle a un Evefché. Tar- 
razone (comme dit Nonius) eft affife es confins de Caftil- 
le & d'Arragon.non loing du mont Caunus, que ceux du 
pays appellent Moncttjt) : Ion terroir eft fort fer tile, & rap- 
porte des vivres en abondance; d'ancienneté il y a un 
fiege Epifcopal. Calatajud, qui eft aujourd'huy l'une des 
principales villes d'Arragon , a efté baftie par les Mores, 
non loing de l'ancienne Bilbilis. Elle eft fujette à l'Evef- 
quedeTerrazone : fon terroir eft fertil Se rapporte du 
blé, du vin , des Olives , Si autres arbres fruiéliers ; il y a 
toutes fortes d'artifans : elle eft baftie eu une vallée, que 
la rivière de Salon arroufe. Outre ces villes icy il y en a 
encore cinquante autres au Royaume d'Arragon , qui 
joùiffiuit des privilèges de villes , à fçavoir Tanflc , Exea, 
Efpagnc. 



Eglifes. 



Us. 



Sadava, Sas , & Onacafliglk. Auprès de Iaca eft le Mona- 
fteredeS. leaadcPegna, où l'on void les fepulchres des 
Roys de Sobrarvie, duquel Royaume Aynfa eftoit la ca- 
pitale , d'où il s'eft eftendu en Ripagorzie , & puis après, 
comme dit Boterus.a compris le Comté d'Arragon.ainli 
nommé du fleuve Arragon , qui eft auprès d'un lac : 
Lequel Comté ayant petit à petit eftendu fes limites , Se 
englouty les Royaumes de Sobrarvie & de Ripagorzie, 
eft en fin devenu Royaume. Benerare eft la capitale de 
Ripagorzie, avec laquelle il y a encore quelques villes, 
enrr'autres Fenafque & Rode, & environ trois cents foixan- 
te bourgs, & en Sobrarvie.il y en a foixante. 

Le pays d'Arragon pour la plus part eft rude &fec, x a?Kfl /„ e ' 
principalement vers les monts Pyrénées , oul'onneien-^^,. 
contre aucunes demeures, par l'efpace d'une journée en- 
tière de chemin : Toutesfois il ne laiffe pas d'y avoir 
quelques vallées qui rapportent des bleds en abon- 
dance & toutes fortes de fruicts , là où elles font arrou- 
fées d'eau. 11 n'eft pas moins fterile au delà de la rivière, 
ou àpeine rencontre-on aucune ville d importance.horf- 
mis Calatajud. Les Arragonnois font fidèles , & fermes 
en ce qu'ils ont une fois refolu. 

Quant au gouvernement , fans doute le Royaume Legomer- 
d'Efpagne eft abfolu , ,mais toutesfois le Roy n'a pas une mnuatfH- 
pareille & abfolué authorité en tous ces Royaumes. Car "'' c- 
les Arragonnois , devant que Philippe 1 1 Roy d'Efpagne 
leur eut ofte leur liberté , joùiflbient de grands droicls, 
privilèges 5c immunitez qu'ils s'eftoient donnez eux-mef- 
mes, quand ils eftoient libres, ayant eftably un fouverain 
Magiftrat nommé la Iuftice, pour les juger fuivantees , 

privileges.Puis après ils ont efleu des Rois, qui à genoux, llt a icl 
& telle nuë , mettant les mains fur le S. Euangile, s'obli- usRop. 
gent par un ferment folemnel devant ce Magiftrat , à les 
garder, & ce devant que les Seigneurs Si Magiftrats leur 
preftentle ferment de fidélité. Ils ont eu des Rois éle- 
ctifs, jufques à Piett e , dit duConteUs, lequel obtint en 
l'Aflemblée des Eftats que l'Election fut abolie , & que 
d'ores en avant on prit des Rois de fa famille. Ilrutainfî 
nommé , pource qu'il mit en pièces publiquement avec 
fon coutelas, larticle de l'Election, qui avoit efté abrogé 
parle confentement des Eftats. Mais l'Election eftant 
abolie.les privilèges furent derechef confirmez par l'efta- 
bliflementdela Loyd'Vnion, de laquelle on rapporte 
ces deux chefs : qu'il eft loifible aux Eftats, fans encourir 
le crime de leze Majefté , fi le Roy viole les Loix du 
Pays , d'en eflire un nouveau , & de contracter des allian- 
ces , tant entt'eux qu'avec les Princes voifins, pour la 
defence de leur liberté. Ce que femblant trop rude aux 
Caftillans , qui ont des Rois abfolus , qui ne font obligez 
à aucunes loix.ils voulurent perfuader a Ferdinand d'Ar- 
ragon, qui avoit efpoufé Ifabelle de Caftille, d'abolir ces 
loix , comme contraires à la dignité Royale. Mais il leur 
refpondit fort prudemment.foit félon fa modellie accou- 
ftumée , foit par diffimulation , que fa foy y eftant enga- 
gée , il ne le pouvoit faire , & qu'en outre il eftimoit que 
le falut public confiftoit au contte-poids de la puiflince 
du Royaume & du Roy,& que s'il atruoit quelque jour, 
que l'un l'emportait par deifus l'autre/ans doute s'en en- 
fuivroit la ruine de l'un , ou de tous deux enfemble. D'a- 
vantage, on eftablit au commencement en ce Royaume 
un Senat.qu'on appelle vulgairement le Sénat de Manife- 
ftation.auquel ce Magiftrat Souverain prefide.avec dix- u w ,_ 
fept luges. On y appelle des autres Iuftices Souveraines, n „„ s „,„, 
mefme de celles d'Eglife : Et le Roy n'y a aucune autho- <*, M.m,fe- 
ritédeluge, ains ell Amplement partie. Mais Philippe fimia. 
II Roy d'Efpagne ne fut pas de mefme advisque Ferdi- 
nand; car fon fecretaire Antoine de Perez.eftant efchap- 
pé de la prilbn , ou il eftoit détenu en Caftille , & s'en e- 
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Jtalicu majonhu* rtstnittur - 
Ducmois, .*IarcJiîcna/uj , Cotrutatus . et "Bar ont.* 
Juis jUsejut Carami Jtg$tantitr . 
'Jîfpnéru/H lirratts Juptujtus . ëfiltopatuum fjf\^\ "Pa y ç 
Junplîcibas jvnctù Aijhnauntiiitr . /S _ 



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BoerUà'ot.cç, cohortis tHreneDuet refermato,fl 'Rej •. 
MajeshOù Cathofc&f. jeneralî ajgerum fMfa to ■ 



O) 



A R R A 

ftant fuy en Sarragofle,pour fe juftifier devant ce Souve- 
rain Sénat de Iuftice, ayant à cette fin dreflè une defence 
par efcrit à l'encontre de fes crimes qu'on luy objectoit; 
les Officiers du Roy ler'appellerent aux Enqueftes , qui 
eftun Confeil en Arragon , femblable à celuy de Vifita- 
tion en Caftille , que les Rois ont inventé pour affoiblir 
les privilèges du pays , outre ceux qui ont exerce des 
charges publiques. Apres divers troubles furvenus à l'oc- 
cafion deduPerez, les Arragonnois s'efforçans de tout 
leur pouvoir de fe maintenir en leur ancienne liberté , le 
Roy empoigna avidement l'occafion d'ofter les privile- 
Thiiinr JI ges a Sarragoffe , en laquelle s'eftoit efmeu ce débat , fe- 
Royd'Efpa- \ on q ue des long-temps les Rois leurs dreffoient des em- 
g"< d 'F bufehes. Pour cet effect il dreffa une armée avec une 
f T ll ' 7 Us merveilleufe viteffe, & en donna la conduite à Alphonce 
»Z'ïe"~ Verga , le quel print Sarragoffe , & fit trancher la telle à 
leur liberté. Iean Nuca, qui eftoit, comme on parle, la Iuftice d'Arra- 
gon. Depuis ce temps-là, cette ville fut fort travaillée de 
garnifon, de laquelle on ne tira point que deux ans après, 
ayant premièrement fortifié le Palais de la S"- 'nquifition, 
qui eftoit hors des murailles , & l'ayant mis fur la ville, 
comme une citadelle , avec une bonne garnifon. Ainfi 
finalement la liberté des Arragonnois a efté fappée petit 
à petit. Or afin qu'on fçache fur quelles loix eftoit ap- 
puyée cette liberté; voicy ce qu'ils faifoient jurer au 
Loix m- Roy devant que l'eftablir: Il gouvernera le Royaume en 
ciemcsdts paix & Iuftice, & améliorera nos fors & couftumes.Si on 
Arragon- reprend quelques chofes fur les Mores , on le partagera 
""'' ">'£- non feulement entre les Rices , (c'eft à dire Riches, ou 
kàtmàe g ranc i s Seigneurs, ) maisauffi entre les Soldats & l'Infan- 
- terie , mais les Eftrangers n'en prendront rien. II ne fera 
pas permis au Roy d'exercer la Iuftice,finon avec le con- 
feil de fes fujets. Le Roy fe donnera garde d'entrepren- 
dre la guerre, de faire paix ou trêve, & de traitter d'au- 
cune affaire de grande importance, fans le confentement 
des Seigneurs.Et afin que nos loix & libertez ne fouffrent 
aucun affoibliffement ny diminution.il y aura un luge en- 
tre le Roy & nous, auquel il fera permis d'appeller du 
Roy, s'il a offenfe quelqu'un , & de repouffer le tort qu'il 
pourroit avoir lait à l'Eftat. Or ce Magiftrat a efté pre- 
mièrement appelle la grande Iuftice, &puis la Iuftice 
d'Arragon, &fa chargeeftoitdejugerentreleRoy & 
fes fujets.Mais pource qu'il fembloit déjà que fon autho- 
rité fut trop grande , il fut ordonné à Sarragoffe , l'an 
1 467 , en l'aflèmblée des Eftats , que ce Magiftrat paffe- 
roit tous les ans par la cenfure de dix-fept luges , choifis 
des quatre Ordres du Royaume , laquelle aûion on ap- 
pelle communément Enquefte. 
LesEJlats Es Eftats d'Arragon , fi tous ne font entièrement d'ac- 
tt Arragon. cojdjC'eft tout de mefme que fi tous eftoient de con- 



G O N. 

traire advis. II n'y a perfonne que le Roy qui ait le pou- 
voir de les affembler. Or ils ont accouftumé de les con- 
voquer , principalement pour trois raifons. 1 Pour de- 
mander du fervicc , comme ils parlent , quand quelque 
grande neccfîîté les preffe,& que la guerre a épuîle leurs 
finances. 2 Quand un nouveau Roy vient à la Couronne. 
3 Afin d'eftablir des loix convenables à l'Eftat , félon 
l'exigence des temps. Car en Arragon on ne peut efta- 
blir ny abolir aucune loy publique, lans le contentement 
duRoy & du Royaume. Or ces Eftats autresfois n'eftoy- 
ent compofez que de trois Ordres , à fçavoir de Nobles, 
des Chevaliers & de Bourgeois : Mais l'an 1300 y fut ad- 
joufté pour quatriefme le Clerge.Ils appellent commune- 
ment ces quatre Ordres, les quatre bras du Royaume. 
On les convoque avec des lettres qu'ils nomment Oirtds 
de Lamiemo. On ne peut prolonger leur durée au de là du 
terme de 40 jours. Le Roy luy mefme eftablit la/«- 
/licecn chafque ville , pour cognoiftre & juger les caufes Magifirai 
des habitans. En quelques lieux il y a des /nges,en d'autres Subalterne, 
des Alcades. Le Roy eftablit auffi par tout des Officiers, 
dont les uns font appeliez Zavalmedines , c'eft à dire Vidâ- 
mes des villes, les autres Ba/a/iens , les autres Meritniens, 
qui tous font obligez à faire des compulfoires, (S£ exécu- 
ter les mandements du Roy , & les fentences des luges, 
& à prendre des gages félon la forme du droict. 

Les qualitez & eftats des perfonnes eftojent autresfois 
diftinguées entre les Arragonnois par diversnoms.Car on 
appelloit les uns Rices, c'eft à dire Riches, qui tenoient le 
premier rang entre les Seigneurs,& avoient la principale 
authorité au gouvernement de l'Eftat : on les nommoit 
auffi Barons , combien qu'anciennement les Ducs , Mar- 
quis & Comtes fuffent compris fouz ce nom. Leur di- 
gnité & puiffance eftoit fi grande autresfois.qu'ellê efga- 
loit prefque la Royale. Il y en avoit de deux fortes , les 
uns de Nainre,ciui eftoient des plus anciennes extradions; 
les autres de Mefnadi , c'eft à dire de Mefnage. Les Rices 
de Nature font célébrez par les Hiftoriens , comme les 
premiers en NoblefTè, & diftinguez es Corneilles , des Lu- 
nes, des Aigres , des Alagoniens , des Romeens , des Foiiens, 
des Enleazes.&c des Liâmes. les Rices de Mefnadaf^m tenoy- 
ent un autre rang , font ceux-cy , les Fergttes , les LMazcs, 
les Tamacettens , les Atrofiliiens , les Amillomens, les Orliriem, 
les Atorellies, les Atarefiens, les Tczoniens, & autres. 

Le Clergé d'Arragon eft compofé de l'Archevefque Le Clergé. 
de Sarragoffe , qui a pour fuffragans les Evesques de 
Huefca , de Iaca , de Tarrazone & de Balbaftro. Et de 
l'Archevefque de Tarracon , qui a pour fuffragans les 
Evefques de Barcelone , de Girone , de Leride , d'Elne, 
de Vich, de Solfone , d' Vrgelle , de Tottofe , de Tervel, 
& d'Albarrazin. 



LE ROYAVM 



D E 



NAVARRE. 



Origine du 



Teuplcsan- 



Es Efpagnols appel- 
lent Nanties champs 
nettoyez d'arbres & 
de broffailles.qui font 
environnez de hayes 
& bofcages : de ces 
navas, plufieurs croy- 
ent que ce royaume a 
prins le nom de Na- 
varre, à caufe qu'il y a 
plufieurs telles nova* , ou champs nettoyez. Ce 




Fleuve, 



Villes. 



pays eftoit anciennement occupé par les Gaf- 
cons, Beronsfur le fleuve Bere, Sueflîtains,Ber- 
giflains, & Cariftiens. Les villes fuivantes ont 
efté bien cognués des anciens , comme Pompe- 
Ion, dite par Strabon n.pjiAii , laquelle aucuns 
eftiment qu'elle fut ainfi nommée de Pompée: 
item Cafcantum , de laquelle eft faidte mention 
es médailles de l'Empereur Tibère : & Iuliobri- 
ge, ville ancienne des Cantabriens , fi tuée fur le 
fleuve Ebro ,• & fur le rivage du mefme fleuve: 
Calagurris, patrie de F. Quinétilian Orateur: S. 
Ierome en parle es chroniques d'Eufèbe , §ufn- 
tlilian ( dit il ) natif de Calagurris en EJpagne , tient le 
premier efcole publique a Rome,iS? reçeut fonfalaire du 
public, & fut grandement renommé. Aufbne parlant 
des Orateurs de Bourdeaux, dit : 

Primas BurdigaU columen dicere Mineni, 

Alter Rhetoric* QiynBiliane togx. 
Adferat ufque licet Fabium Calagurris alumnum, 
Non fit BurdigaU dum cathedra inferior. 
Le fleuve Ebro traverfê & arroufê la Navar- 
re , lequel prenant fa fôurce en la Bifcaye , s'ac- 
croiftpetitàpetit,coftoyantIes piedsdes monts 
Pyrénées ; & divife toute l'Efpagne auflî large 
qu'elle eft , fi ce n'eft que vers le Midy , où il fe 
defêharge dans la mer Méditerranée , il s'efloi- 
gne plus des montagnes. La Navarre eftoit an- 
ciennement de plus grande eftenduë,veu qu'elle 
comprenoit dans fbn circuit la Bifcaye,Logron- 
no,& Calahorre:maintenant elle eft ferrée d'un 
cofté par les monts Pyrénées, & d'ailleurs par le 
fleuve Ebro , fi ce n'eft qu'au delà du fleuve eft 
la ville de Tudele , avec quelques autres villet- 
tes. 

Ce royaume eft divifé en quatre parties , def- 
quelles les capitales villes font Pampelone, Stel- 
la, Tudele, Olite, Sanguezza, & S. Guan di Pie 
di porto : outre lefquelles il y en a encor autres 
dignes de remarque , comme Alfaro, Taffaglie, 
& Viane. Pampelone eft fituée non loing des 
monts Pyrénées, fur le fleuve Arge , en un ter- 
roir très fertil. C'eft une ville grande & riche, 
Bftagtie. 



ferrée de fortes murailles , 8c fortifiée de deux 
chafteaux , l'un eftant compris dans fes murail- 
les , & l'autre au dehors. Boterusdit, qu'il ne 
croit pas, qu'en tout ce Royaume il y ait plus de 
vingt mille feux. La ville de S. Guan , furnom- 
mée du Pied du Port, eft afïifè fur le front d'une 
très-haute montagne , eftant eflevée environ 
douze mille pas de hauteur , de laquelle grand 
nombre de fontaines prennent leurs fources de 
tous coftez,& eft très fertile en plufieurs chofes. 
Icy l'on tire grande quantité de fer : Sur le front 
de ladite montagne il y a une grande plaine , & 
champ fort plaifant , & continuellement ver- 
doyant. 

Sous les appendances de Navarre eft conte- 
nue la province de Riofce,fituée fur le flanc de la 
montagneldubede , laquelle jouyt d'un air fain: 
fon terroir produit du froment , vin , & miel en 
grande abondance. Le fleuve Ofce, prenant fon 
commencement non loing de S. Dominique de 
la Calzada , fè defeharge dans l'Ebro proche de 
la ville Haro. Icy fè rencontrent les villes de 
Nagere , Navarette, S. Dominique, Guardia, 
& Baftide. 

Tout le terroir de ce royaume eft pour la 
plus part fertil , avec un air grandement fàin & 
tempéré. 

EXTRAICT DE MARIA NE, 

Par oùfe monflre comment le royaume de Navarre 
eft parvenu en lapuijfance de PE^agno/. 

L'An 1479 par la mort de Iean Royd'Ar- 
ragon , Ferdinand fut , & par teftament, 
& par fucceflîon,defigné héritier des ter- 
res d'Arragon , & des autres fubje&es à ladite 
couronne : Et Eleonore obtint par fuccefîîon 
maternelle le royaume des Valions , ayant lors 
efté vefue l'efpace de fêpt ans , mourut un mois 
après avoir fùccedé audit royaume : Icelle eut 
quatre fils, à fçavoir Gafton , qui eftoit l'aifhé, 
Iean, Pierre, & Iacques , avec cinq filles , à fça- 
voir Marie , Ieanne , Marguerite , Catherine, & 
Eleonore. Gafton mourut, laifTant deux enfans, 
François Phebe, & Catherine. Iean eut Nar- 
bonne pour fon partage , laquelle fut rachetée 
de fon père pour une grande fômme de deniers, 
& eut pour enfans Gafton , qui fut tué près de 
Ravenne ;& Germaine, qui fut mariée à Ferdi- 
nand Catholique , après la mort de fa première 
femme Elizabeth. Pierre fut fait Cardinal par 
le Pape Sixte. Iacques mourut fans fe marier. 
Marie efpoufà Guillaume Marquis de Montfer- 
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rat: & Ieanne Iean Comte d'Armignac : Mar- 
guerite François Duc de Bretagne , elle eut une 
fille nommée Anne , laquelle apporta ce Duché 
à la couronne de France : Et Catherine , eftant 
mariée avec Gafton de Foix Comte de Cauda- 
le, eut deux 'fils &une fille , qui efooufa Ladillas 
Roy d'Hongrie. 

Apres le decez d'Eleonore , François Phebe 
âgé de douze ans lûcceda au royaume , fous la 
tutele de fa mère Magdelaine , & de fon oncle 
Pierre le Cardinal; & mourut l'an de grâce 1 48 1, 
après qu'il eut efté couronné, n'ayant pas encor 
cfté marié ; pourquoy fa fœur Catherine fucce- 
da au royaume , laquelle fut mariée a Iean d'Al- 
bret, & ainfi le royaume vint en la puifTance des 
François. Mais le Narbonois conteftoit l'injure 
qu'on luy avoit faicte,à caufe que Gafton eftant 
* decedé avant fa mère Eleonore , luy eftant le 
plus proche héritier de la mere,on avoit préféré 
François & Catherine enfans de Gafton: toutes- 
fois Ferdinand Roy d'Arragon eftoit contre le 
Narbonois. Par après il foupçonna beaucoup 
de chofes du Roy de Navarre, comme tenant le 
party du Roy de France , il eut confoiré contre 
la couronne d'Arragon : pourquoy outre ce 
qu'il fit jurer àfoy tous les gouverneurs des for- 
tereffes & villes, il print pour oftage les villes de 
Sanguezza & de Viane , lefquelles toutesfois il 
reftitua l'an 1 500 , prenantpour gage la jeune 
Princefle Magdelaine fille unique du Roy de 
Navarre : mais ce gage eftant réduit en trop 
petite valeur par la naiftànce de Henry 11, fils 
des Roys de Navarre , le Roy Ferdinand ne fè 
contenta de ce gage , veu que ladite jeune 
Princefle vint à mourir peu après en la Cour de 
la Reyne d'Arragon. Quelque temps après , le 
Roy de Navarre chafla de lès terres le Comte 
de Lerin, qui eftoit fort puiflant en Navarre , & 
homme fort querelleux & lèditieux. Le Roy 
Ferdinand tafchoit par tous moyens dereftablir 
en lès biens & patrimoine Louys de Beaumont 
fils dudit Comte. Pour ce faicT: s'efmeurent 



A R R E. 

quelques hoftilitez,mais couvertement,& quafi 
comme chofes particulières & ne touchantes au 
public. La guerre s'allumant en Italie , entre le 
Pape & l'Empereur d'un cofté , & le Roy de 
France & fes confederez de l'autre , & que le 
Roy de Navarre tenoitlans doute le party du 
Roy de France ; le Pape prenant de là occafion, 
d'autant qu'il fecouroit les ennemis de l'Eglife, 
à (çavoir les Pères de l'aflèmblée de Pife , ex- 
communia le Roy Se la Reyne de Navarre , Se 
donna en proye aux Princes voifins leur royau- 
me. La fineflè(dit Mariane) du Roy Ferdinand 
eftoit fort fufoe&e , & peu a peu le bruit courut 
que cefte excommunication eftoit donnée à fon 
inftance , pour le defir qu'il avoit d'envahir le 
royaume de Navarre. Pourquoy Ferdinand en- 
voya fon Embafladeur ,pour admonefter le Roy 
de Navarre de fon obeiflance envers le Pape,& 
de quitter le party des François, & des Pères du 
Concile de Pifè ; & auffi pour luy demander fon 
fils unique en oftage. Cefte demande fut jugée 
par les Navarrois plus qu'injufte , & réfutèrent 
le tout: ce qui caufà une guerre , lefoccezde 
laquelle fut , que les Roys de Navarre , impuif- 
fans pour refifter à leur ennemy , furent totale- 
ment chaflèz de leur propre royaume par le 
Roy d'Arragon , lequel obtint , comme Seque- 
ftre, fous le tiltre de royaume,toute la Navarre. 
Et pour auélorifèr fon envahiflèment , aceufoit 
les Roys de Navarre de n'avoir tenu leur pro- 
meflè. Du depuis les François fe font efforcez 
par guerres de recouvrir ce royaume , mais en 
vain. Finalement Ferdinand, l'an 1 y 1 5 , unit la 
Navarre avec la Caftille. Par où ( dit Mariane) 
on peut aflez cognoiftre , que Ferdinand avoit 
refolu de ne jamais quitter ledit royaume, com- 
me s'il en eut efté légitime pofleflèur,& que nul- 
le religion ny puiflance luy eut peu ofter cette 
opinion de la tefte: carils'eft monftré depuis 
tel en divers propos & dilcours. Les forces ne 
défaillent jamais au plus puiflant,pour retenir ce 
qu'il a obtenu par armes. Iufques icy l'Autheur. 



BISCAYE, 

E T 

GVIPVSCOE. 



Feupks 
anciens. 



Qualité* 



TtUes. 



'Bilbao. 




A Bifcaye & Guipufcoe 
eftoient anciennement 
les demeures maritimes 
des Cantabriens. Et les 
Cantabriens eftoient les 
plus forts & courageux 
de tous ceux de l'Efpa- 
gne, & pour cela ils ont 
plus valeureufement refi- 
fté contre les Romains,8c 
furent vaincus les der- 
niers, c'eft pourquoy le Poète Horace dit : 

Cantabrum indoliumjiiga ferre noflra : 
Silius Italicus deferit élégamment leurs mœurs en ces 
vers fuivans : 

Cantaber ante omnts hicmifejue, xJlufi)ue,famifqHC 
[nvifltts, palmamque ex omm ferre labore, 
Mirai amor populo, qmtmptgra incarnât <etas, 
Imbelles ]am aitdum annos praverterefaxo, 
Nec vit am fine Marte pati : q nippe omnis in armU 
Lucà caufajita, dr damnatum viverepaci. 
" La Bifcaye eft du tout montagneufe & remplie de 
grandes & efpoiffes forefts , d'où l'on tire grandnombre 
de bois pour baftir des barques & navires.Entre les mon- 
tagnes de Bifcaye eft la plus renommée celle de S. 
Adrien, laquelle ducofté de France eft percée par artifi- 
ce humain pour la commodité des paflàgers. Cette Pro- 
vince eft de mefme nature & fertilité que la Guipufcoe 
& Alave , riche en mines de fer , remplie d'un grand 
nombre de peuple.qui eft libre de tousimpofts & gabel- 
les. Elle eft environ d'onze lieues de longueur, & autant 
de largeur , & a vingt & une villes ceintes de murailles, 
avec leurs villages , les principales defquelles font Lare- 
do, Vermeya, lîtuée en un très-beau goulphe de Mer, & 
Ordugna. Bilbao eft la ville capitale de la Cantabrie, 
non feulement à raifon de l'opportunité de fa fituation, 
mais auffi de fon grand trafic, & concours de toute forte 
de vivres & provifions: elle eft fituee en une plaine.envi- 
ron deux lieues de la mer, avec un port tort commode : 
elle joùyt d'un airfain& tempéré, & fingulierementdu 
cofté de la terre , là ou s'eflevent des hautes montagnes. 
En cette ville fe fait grand trafic de laine , tellement que 
tous les ans fe chargent icy plus de cinquante groflès na- 
vires pour la tranfporter en diverfes Provinces de l'Euro- 
pe. Les filles vont icy lateftenuë& les cheveux cou- 
pez comme les garçons , & il ne leur eft permis de nour- 
rir leurs cheveux , ny fe coiffer, que premièrement elles 
ne foient mariées. Plufieurs croyent que Bilbao eft ainfi 
dite , comme li l'on difoit Belvao , pat changement de 
quelque lettre, couftume desEfpagnols.qui fignifie beau 
guet. DicgeLopezde Hazo Prince des Bifcayens fon- 
da cette ville environ l'an de grâce 1 300. Par cette ville 
fe tranfporte en toute l'Efpagne tout ce qui vient de 
France, d'Angleterre, 8c des Pays Bas, & de mefme tout 
ce qui vient de l'Efpagne pour envoyer aux fufdits Ro- 
yaumes. En cette ville fe rencontrent de fi riches & puif- 
fans citadins, qu'ils ont le moyen d'equipper feuls à leurs 
propres defpens chafques années deux ou trois navires. 
De l'autre cofté fur le rivage de la mer fe void une petite 
ville , vulgairement dite Portugalette , de laquelle vient 
unruifleau , quitraverfe non feulement la ville de Bil- 
ifpagne. 



bao , mais aulîi les maifons , accommodant de fes eaux 
les habitans de cette ville. En Bifcaye fe trouvent enco- 
res d'autres tres-fameux ports de mer , Se il n'y a pas icy 
faute de poiflbn.veu qu'elle en a de très-bons & en gran- 
de quantité,& bien frais. Les Huiftres rendent des Per- 
les , encore que non tant eftimées. Ceux de cette Pro- Maurt: 
vince font d'un naturel aflez doux.affables en leurs con- 
verfations , & au parler grandement diferts. 

Tous les peuples de l'Efpagne fubjugués & affujettis 
à la puiflance des Romains , ceux-cy avec les Afturiens 
& leurs circonvoifins n'ont pas efté vaincus , mais fe font 
maintenus valeureufementjufques à ce que l'Empereur 
Octavian Augufte les dompta par une guerre de cinq 
ans; lequel les areduit fouz l'Empire par la valeur & pro- 
ùeflè de Vipfanius Agrippa , & des autres Maiftres de 
camp de fon armée , eftant neceflaire que luy mefme y 
fuft en perfonne pour ranger une nation tant guerrière. 

Nous avons cy-deflùs fait mention du mont de S. Mmt ^ 
Adrien, lequel a une caverne ou pluftoft un chemin fou- j ysdrie*- 
terrain, par lequel on va en France, & les paflàgers vont 
d'un cofté & d'autre , tout de mefme que par la monta- 
gne Paufilippe en Italie, non loing de Naples. Commen- 
çant du village dit Gallerotta il y a un chemin de pierre, 
qui conduit droit a cette caverne ou voye fouterraine, 
lequel village eft efloigné cinq lieues d e la ville de Victo- 
ria, ouïe chemin eft grandement difficile, àcaufedes 
roides montagnes & rochers , & principalement aux 
chevaux , Iefquels il faut conduire à la main , & les hauts 
des montagnes fout tellement afpres , roides & eflevez, 
qu'il eft du tout impoffible de les pouvoir furmonter, 
principalement eftans tous couvertsde neiges&de gla- 
ces, ce qui les rend grandement effroyables. Au deflbuz 
il y a des bois fort difficiles , entrecoupez de groflès 
pierres & de droits rochers , tellement que la neceffité 
accompagnée de l'induftrie trouva moyen de faciliter 
tous ces grands empefehements, faifants un permis dans 
le ventre de cette groffe montagne , de médiocre lar- 
geur, & la volée d'une flèche de longueur. Cette voj'e 
fouterraine à l'entrée du cofté d'Efpagne eft obfcure, la- 
quelle conduit un petit en dévalant, & vers le milieu elle 
tire à gauche , là où par après paroift de loing quelque 
clarté , comme d'une eftoille durant une nuict obfcure; 
commence petit à petit à rendre la clarté agréable du 
jour : & du cofté de la France cette voye eft ferrée de 
murailles & d'une bonne porte. Ce chemin eft fi com- 
mode & fi bref, qu'à bon droit on peut dire ce mont 
eftre un autre nauinAisrav, c'eft à dire , l'abbregé des tra- 
vaux & labeurs. Pafle ledit chemin fe rencontre une ho- 
ftellerie , où fe peuvent recréer & repaiftre les paflàgers, 
prés de laquelle eft une Chapelle dédiée à l'honneur de 
S. Adrien , d'où ce mont & ce chemin prennent leur 
nom; icy la montagne commence à s'applanir environ 
une lieuë de chemin , femblable à celuy de Rome nom- 
mé Appian , lequel eft très-bien pavé de cailloux , que 
l'on croit eftre une œuvre des anciens Romains. Icy les 
paflàns ont de couftume de graver leurs noms fur de 
groflès pierres où pièces de roches , d'où l'on void un 
nombre infiny de noms avec les dates de l'année, annoté 
par ceux qui ont traverfé ces roches & pierres horribles 
des monts Pyrénées. 



H 



G VI- 



GVIPVSCOE. 



Limites. 




iVirvscoEeftau Levant ferrée 
' par le fleuve Vidofo,& des monts 
j Pyrénées : Au Midy du Royau- 
; me de Navarre : à l'Occident 
i elle a la Bifcaye : & à la Bize 
' l'Océan Cantabrique. Les habi- 
; tans de cette Province font par 
ug>' Ptoleméedits Vardules. Elleeft 
s ****t£2 ie! ^ r! S*^fGi% j u toutmonca g [leu f ejrem pije(ie 
mines de fer & d'acier.tcHcment qu'il ne fe trouve point 
de contrée ou fe tire de »' bon fer,& en telle abondance, 
qu'en cette-cy , d'où l'on porte un nombre infiny de 
toute forte d'inftruments de fer aux autres Provinces 8c 
Royaumes, avec grand profit des habitans , outre un 
grand nombre d'armes , comme Arquebuzes , Arbale- 
itres, Piftolets, Cuirafles , Efpées , & autres chofes fem- 
blables fe forgent en telle quantité , que non feulement 
ils font recherchez de tous, mais auffi tous en font pour- 
veus à foifon. Auffi ceux de ce pays font fi guerriers, 
qu'il fetnble qu'icy foit la boutique de Mars, & les habi- 
tans Ces ouvriers & valets j ceux qui demeurent vers le 
rivage de la mer s'adonnent à la navigation , & font fort 
habiles au fait de la marine.Sc plufieurs d'entr'eux vivent 
de la pefcherie de poiflbns qu'ils appellent Btcctltos, & 
font grand profit des Baleines qu'ils prennent en grand 
nombre ; lagraiflè defquelles eftant fondue & cuitte en 
des chaudières, & puis mife dans des tonneaux, l'envoy- 
ent & la débitent de tous codez , & la nomment vulgai- 
rement Traan. Auffi fe cuit en cette Province grande 
quantité de fel , en un lieu dit les Salines , lequel ils me- 
llangent avec de l'avoine & de la femence de lin. 

Or puis que ceux de cette Province différent de lan- 
gue à tous les autres Efpagnols , tellement que plufieurs 
lieux ont deux ou trois noms divers, félon la différence 
des langues , j 'en produiray quelques-uns d'iceux , com- 
me les noms de villes fui vantes : Stlinae & Gt^a , toutes 



deux lignifient fel ; Uvlondragonow bien Arraptle : Monretl 
ou Tient : Affeitit , ou l-'rtz/vcitia 8t Sthtliert de Trturguh 
Olite, Arriver! : Renteria, Vieilli nuevt de Oiarcum : Antoylit, 
Vrtzgoytit & Mirtndt de Traurgui. Vernit Ortdtdt, Vuerto de 
S.Adritn: Elictar , Lictur: Marejnint , Elgoyvar: Artxt, 
Artyct: le Mont Ara/trie, dit auffi Artrt; & le fleuve f«- 
dofi autrement Vidorfo , Alduida & Beoyvit : Ce fleuve fe- 
pare l'Efpagne de la France. 

Cette Province eft traverfée de trois fleuves , outre ™«»«. 
vingt-fix autres plus petits.Iefquels en partie fe defchar- 
gent dans ces trois , & le refte dans la mer , fur les rives 
defquelsilyaquanritédemaifons, & fingulierement fur 
leurs droites. La ville capitale eft Tolofe , fituée fur les Filles. 
conflans des fleuves d'Araxis & d'Orie : Placene, là où il 
y a plufieurs forges ; Metrico, ou comme les autres l'ap- 
pellent Monte de Trico , laquelle prend fon nom d'un 
hautefcueil, qui panche fur la ville; Fuentarabiedaquel- 
le anciennement eftoit dite Flaviobrige : fur le bord de 
la mer Dénie, Erie. S. Sebaftien ville afîez bonne, gran- 
de , & riche par fon commerce , laquelle a un tres-bon 
port demerd'entrée duquel eft fort eftroit , & flanquée 
de deux forts chafteaux,contre tous aflauts des ennemis; 
Paflàgio , laquelle a pareillement un port de mer tres- 
commode, encore que l'entrée foit bien eftroitte, ayant 
à l'oppofite un efcueil haut eflevé , au refte la mer y eft 
allez profonde/ans aucuns bancs de fable ny empefche- 
ment. 

Les habitans de cette Province font d'un mefme na- Mowrs. 
turel que les Bifcayens , & fe fervent d'un mefme langa- 
ge: ils font fort ingenieux.civils, & bien nourris, attirans, 
& defireux d'honneur , grands zélateurs de leuts privilè- 
ges, habiles , généreux , tres-adroits aux armes , & fort 
enclins à la guerre. Les femmes, robuftes, courageufes, 
& des vrayes Amazones, d'un beau corfage , aflez belles 
6c agréables. 




LEON & A S TV R I E. 




limas. 



Oubsle tiltre deCa- 
ftillefontcomprifèsle 
Leon&l'Afturie. Le 
pays de Léon fut ainfi 
dit delà légion fè- 
ptiefme, laquelle hy- 
vernoit & avoit fon 
quartier en cette con- 
trée de l'Efpagne, du- 
rant le temps de l'Empereur Nerva. Cette 
Province a du cofté du levant & du midy la Ca- 
ftille : à l'occident la Galice : & au fèptentrion 
l'Afturie. Du commencement elle fut habitée 
par les Vettons, lefquels Ptolemée nomme 
Tinfitim- B 'é r 7„ a : de ces peuples Emerite Prudence fut dite 
Clara Vettonu ColonU. Apres que les Vettons fu- 
rent reduiéts fous la puifTance des Romains,ainfi 
que raconte Elian au livre 7 , chap. j , voyans 
quelques Capitaines & officiers Romains , qui 
par exercice & récréation (êpromenoyent, & 
ayant un peu cheminé retournoyent par le mef- 
me chemin plufieurs fois , iceux donc admirans 
au commencement cette façon de faire , par 
après croioyent que les Romains eftoient infen- 
(èz , eftimans qu'un homme de parfaiét enten- 
dement n'iroit ny retourneroit tant de fois le 
mefme chemin : ce pourquoy aucuns d'iceux 
accourans , les tenoyent, comme s'ils eufTent 
cfté enragez , les conduilàns en leurs quartiers 
& demeures , difans que l'Office des vrays fol- 
dats eftoit ou bien de combattre , ou de chemi- 
ner, ou totalement fë repofer. 

Cette Province de Léon a pour villes Aftor- 
ge, Palence, Zamorre, Salamanque, & Ciudad 
Rodrigo. La ville capitale eft Léon , dite par 
Ptolemée aî^Îsj» | uçiuanùi , & par Antonin Legio 
Gemina. La ville de Léon , dit Nonnius , en ce 
temps d'à prefènt , eft tres-noble, & ornée d'un 
très-beau temple , avec une fépulture grande- 
ment honorable , où gilent enfevelis trente-fept 
Roys & un Empereur d'Efpagne , car ainfi Ma- 
rinee Sicilien elcrit de ce temple: Encor que fEgli- 
fe, que la "ville deSeril/e édifie aujourd'huyfurpaffe toutes 
les autres en grandeur ; encor que celle de Tolède efl la plus 
riche en "vaiffdle is? ornemens , isf la mieux ornée de Ti- 
tres : & finalement , encor que celle de Compoflelie /oit la 
plus puiffante de murailles tf d'édifices, & la plus mémo- 
rable par les mit aclcs qui le font par les mérites de S. Jac- 
ques l'Apoftre : fi cft-ce toutes/ois , que celle de Léon doit, 
félon mon jugement, tenir le premier rang, pour fon artifi- 
ce admirable : aucloiflre duquel gifent enjeVelis trente- 
fept Roys & un Empereur d'Efpagne : ainfi Matinée : 
elle n'adifette d'aucune chofe. 

Aftorge eft une petite ville, mais tres-forte de 
fituation: Ion terroir eft traverfé par le fleuve 
Torto, lequel produiét de très-excellentes trui- 
tes. Proche de cette ville eft le lac de Sanabrie, 
lequel a environ une lieue de longueur , &une 
Espagne. 



nées. 



Léon. 



jijlorge. 



demie de largeur, qui eft traverfé par le fleuve 
Ter : ledit lac fe tourmente aucunesfois comme 
une petite mer, eflevant des ondes affezgroffes, 
& eft fort poiftbnncux , au milieu duquel le 
Comte de Beneventeaun palais fort magnifi- 
que, bafti fur une roche. 

Palence eft une noble & ancienne ville,fituée tiUnce. 
furie bord du fleuve Carraçon , annoblie d'un 
fïege Epifcopal , qui eft un des plus riches Evef- 
chez de l'Efpagne. 

Zamorre. eft une ville baftie fur la rive du Zanmt. 
fleuve Dure , fur lequel il y a un pont magnifi- 
queifon terroir eft merveilleufcment fertil. Cet- 
te ville eft très bien fortifiée, & tous les envi- 
rons d'icelle font remplis d'une riche mine de la 
pierre Cyanée , vulgairement diteTurquoife. 
Au territoire de cette ville eft Sagiago , habitée 
de divers petits villages , par gens champeftres 
& ruftiques, tant en leur parler, qu'en leurs ve- 
ftemens & façons de faire. 

L'Vniverfité de Salamanque eft aflez renom- s "^ mm ' 
mée par toutes parts du monde, elle eft réputée 
pour le prefent dans la vieille Caftille ; affife fur 
la rivière Tormis , laquelle fe defeharge dans le 
fleuve Durie ; cette ville n'eft pas tant feulement 
heureufe , à raifon de la grande fertilité de fes 
champs, mais auffi annoblie de la dignité Epif- 
copale, & remplie d'un grand nombre de Che- 
valiers & nobleffe. Marinée eferit , que de fon 
temps on a nombre fêpt mille Efêoliers en mef- 
me temps. 

Ciudad Rodrigo a efte baftie par Ferrandes, c '^** 
Roy de Léon , au mefme lieu où eftoit autres- ' '*'' 
fois Mirabriga , afin quelle fut la defenfe con- 
tre les Portugais. Il y a encor icy plufieurs au- 
tres villes,entre lefquelles celles, qui font de plus 
grande importance, fontVilla-franca, Cacabe- 
los, Ponferrada, Vierzi , capitale d'une contrée 
tres-fertile; Ponte de la Reyna, Orzanaga, Le- 
defma , grandement munie par fon amette & 
riche en grains ; laquelle a fous foy 3 So villages 
ou hameaux , qui contiennent tous enfêmble 
fèize mille feux : Betanzos, Manfilla, Villalpan- 
do, Benevento, Saldagna, Médina de Rio ficco, 
Tordes-ilIas,Toro,abondante en vin & fruitts. 

Methymna , furnommée Campo , encor Mttym. 
qu'elle a efté plufieurs fois bruflée, fi eft-ce tou- **• 
tes-fois qu'elle eft grandement riche par fon 
trafic & grand nombre de marchands , & aufïî 
par la fertilité de les champs. Ellejouytde très- 
beaux privilèges, & n'eft fubjefte à aucunes ga- 
belles ou impofts: en laquelle le Roy n'a aucune 
puifTance , ny le Pape quelque Preftrife , ce qui 
eft caufe pluftoft de grands maux que de quel- 
que bien , veu que les habitans s'entretuent fou- 
ventesfois , pour conférer les honneurs publi- 
ques, & les prébendes des Preftres. 

1 ASTV- 



r ' i ' i r I i . i -*-r- 



=x 



^ ' ■ ' ■ ■ i i i f i u : , i 'UnwH ^ MMy M ^M^L^ M^ — i W 



NofaruJii explicatio 




A S T V R I E. 



Oviidi. 




Coievmu- 

mtntoff 

cicn. 



Sturie eft voifine de l'Océan 
Cantabrique , &■ contigué à 
la Galice;c'eft une Province 
fort montagneule & fèiche: 
mais riche en mines d'or & 
autres métaux, ainfi que tef- 
moigne Siliusltalicusences 
vers : 

Aftur aVarus 
Vifieribm hcerx telluris mctgitur imis, 
Et redit infelix effbjfo comolor auro. 

La ville capitale de cette Province eft Ovie- 
do, de laquelle tirent leur origine les Idalgos. 
Ptolemée nomme un Afturien Lucum, icy au- 
cuns conftituent l'ancienne ville ou Province 
diteAftorga , laquelle Pline & Antonin appel- 
lent Afturica , d'icelle les chevaux Afturcons 
prennent leur nom , &fônt grandement efti- 
mez. Ptolemée nomme cette Province hn^ya. 
AvySr*. L'Afturie, dit Boterus,s'eftend depuis 
Je fleuve Ribadeo , jufques au Santandre. Pour 
Jejourd'huy , ditNonnius , elle eft divifée en 
deux parties, à fçavoir en l'Afturie d'Oviedo , & 
l'Afturie de Santillana. La ville capitale d'Ovie- 
do fut autresfois la retraite des Efpagnols & 
Goths,lors que les Maures occupèrent & fe ren- 
dirent maiftres de PEfpagne. C'eft une chofe 
digne de memoire,que le recouvrement de PEf- 
pagne commença par la ville de Léon , environ 
Pan de grâce 716 , après que les Maures & Sar- 
razins l'eurent totalement occupé. Car Pélagie, 
du fang Royal des Goths , fils de Fafila Duc de 
Cantabrie , eftant falué Roy par le refte des 
Chreftiens , qui s'eftoient fauvez fur les pentes 
des montagnes & roches de l'Afturie , mit au fil 
de l'efjpée un grand nombre de Maures,& fi toft 
qu'il fut proclamé Roy , il fe rendit incontinent 



maiftre de la ville de Léon, & conftituant icy le 
fîegedefbn Royaume, fitconftruire un nou- 
veau chafteau,pour plus facilement refifter aux 
affauts &incurfionsdes Barbares; d'oùfèsfuc- 
ceffeurs furent dits Comtes de Caftille. Iceluy, 
rejeclant les armes & blalbns des anciens Roys 
des Goths , print pour fês armoiries un lion de 
gueule rampant en champs d'argent , delquel- 
les fe fervent encor pour le jourd'huy les Rpys 
de Léon. Pélagie eut pour fûcceffeur fon fils 
Fafila, auquel, mourant fans hoirs , fùcceda Al- 
phonfê Catholique, qui eftoit fils de Pierre Duc 
de Cantabrie , de la race de Richarede Catholi- 
que Roy des Goths , lequel Alphonfè avoit ef- 
poufe Ormifende , feeur , & héritière unique de 
Fafila. Le Royaume de Léon eft demeuré à la 
famille & fucceffeurs d'Alphonfè jufques à Ve- 
remonde, XXIV Roy de Léon, lequel venant 
à mourir fans enfans, l'an de grâce 1020 , fa fœur 
Sandlie , femme de Ferdinand de Navarre Roy 
de Caftille , tranfporta le Royaume de Léon au 
Caftillan . Iceluy ayant trois fils , divifa par tefta- 
ment fon domaine , à fçavoir à Sandlie la Caftil- 
le, à Alphonfè le Léon & l'Afturie,& finalement 
à Garcie la Galice, (laquelle il avoit acquife par 
la mort des parens de fa femme , eftant jufques 
à prefent un Comté ) & Portugalle. Mais San- 
dlie , non content de la divifion teftamentaire 
de fon père , chaffa fon frère Alphonfè de fon 
Royaume, & tua fon frère Garcie. Apres qu'il 
eut régné environ fix ans , & qu'il eut efté tué 
parfineffede VeIlede,Alphonfe qui s'eftoit réfu- 
gié à Tolède auprès du Roy des Maures , non 
feulement recouvra fon Royaume de Leon.qu'il 
avoit auparavant obtenu par le teftament de fon 
père, mais aufïî ceux de Caftille, Galice, & Por- 
tugal: il eut pour fucceffeur Alphonfè vu, à 
bon droidtdit Empereur d'Efpa<me. 



LA GALLICE. 



limita. 




TlfHVtS. 



Allice a pris fon 
nom des peuples Cal- 
i laices. Ce Royaume 
\ eft ferré du cofté Se- 
ptentrional par l'O- 
cean : .-îfonMidyil a 
la Portugalle , de la- 
quelle il eft fèparé par 
le fleuve Durie : au 
Levant l'Aftuiie & 
Léon. D. Iunius Brutus Conful Romain , ayant 
vaincu les peuples de ce pays , l'an depuis la fon- 
dation de Rome 617 , mérita d'eftre furnommé 
Callaice. Mais il eft certain que les Callaices,ou 
bien Galliciens, s'eftendoient bien plus au large, 
&occupoient plus grand pays , veuque Paul 
Orofè dit, que Numance, qui eft à prefent répu- 
tée de l'ancienne Caftille , a efté fur les confins 
& commencement de la Gallice ; & qui plus eft, 
ce pays s'eftendoit vers l'Orient , jufques aux 
monts Pyrénées : & maintenant il eft limité par 
la mer & le fleuve Anie , & par les Royaumes de 
TciipUsm- Léon & Portugal. Cette contrée a du temps 
*""• pafle efté occupée par diverfès nations outre les 
Callaices , comme par les Amphilochiens , Ci- 
liens,Cekiques,Tamariques fur le fleuve Tama- 
rin, Cepores, Luciens & Zecliens. Le principal 
& prefque l'unique fleuve eft le Mino , lequel 

Î>renantfàfource des plus efloignées parties de 
a Gallice , la traverfe quafi toute par le milieu, 
tirant du Septentrion contre le Midy , & vi- 
sitant Orenfe , & plufieurs autres places , (è 
defcharge dans la mer Occidentale. Le ri- 
vage de la mer eft entrecoupée de plufieurs 
Goulfes , dans lefquels le trouvent plus de qua- 
rante ports ou havres , les plus grands defquels, 
& les plus renommez, font Corunne & Ferrol. 

Cette Province contient dans lès limites cinq 
villes Epifcopales , & cinquante fèpt autres cein- 
tes de murailles : pour le jourd'huy fa ville capi- 
tale eft Compoftelle,non annoblie d'un tas d'an- 
tiquitez & de faits héroïques , mais des reliques 
de S.Iacques,qui eft le patron de toute l'Efpagne; 
ce pourquoy les Efpagnols appellent cette ville 
Sant Iago : Anciennement elle fut dite Brigan- 
tium , &pour le prefent elle eft rédigée en Ar- 
chevefché. Lugo monftre fuffilàmmentparle 
circuit de fes murailles qu'elle a efté autresfois 
une grande ville:elle a des fontaines d'eau chau- 
de, voire mefme bouillantes. La ville d'Orenfè 
eft fituée for le bord du fleuve Mino , non feule- 
ment en un terroir fort plaifant & recreatif,mais 
auffi tres-fertil , orné de tous coftez d'excellens 
arbres fruiétiers , outre un grand nombre de 
vignobles , qui produifént du vin tres-bon & gé- 
néreux : mais ce qui rend cette ville plus renom- 
mée, font fes fontaines d'eau chaude , & propre 
Ejpagne. 



r.uts, 



à guarir toutes fortes de maladies , aucunes d*i- 
celles eftans fi tiedes & tempérées .qu'elles ne 
nuifeht aucunement aux corps de ceux qui s'y la- 
vent : mais les autres font tellement chaudes & 
bouillantes que l'on ne pourroit fùpporter leur 
chaleur , & les œufs s'y cuifTent facilement. En 
cette ville il y a Une Eglife Cathédrale, l'Evefque 
de laquelle a trois mille ducats de revenu. Les 
deux autres moindres villes font Tui & Mon- 
dogneto , lefquelles jouyffent d'un air fain & 
tempéré, & ont un terroir grandement fertil. 

Les autres villes font fituées , ou for le rivage ra«w*. 
de la mer , comme Bayonne , a l'oppofite de la- r '" m "' 
quelle fe voyent les Ifles de Bayonne , ancienne- 
ment dites Ifles des Dieux: Vigo, Pontevedra, 
qui a dix mille cinq cent feux : Padro , Noya, 
Muros , Cea , Finis terra; , Mongia , Corunne, 
Pontedeaume, le Iardin de Gallice, Ferrol ,S.Ma- 
rie, Bivero , Ribadeo ; ou bien for les bords des 
fleuves , comme Sarrie , Betancos , Rivadavie, 
Viane, &c. 

Corunne eft divifée en deux villes , à fçavoir 
en la Supérieure & l'Inférieure. La Supérieure 
eft fituée for la defeente d'une montagne , mu- 
nie de rempars & d'un chafteau , à laquelle l'In- 
férieure, vulgairement dite Pefcarie,eft conjoin- 
te du cofté d'en bas, & tous fes autres flancs font 
battus des flots de la mer.à la façon d'une penin- 
fule. Cette ville a un havre capable pour loger 
une grande flotte de vaiffeaux ; & non loing 
d'icelle il y a de très-excellentes mines de Iafpe. 
Marinée raconte que la ville de Taure eftoit 
aflîfe fur le bord du fleuve Durie, en un lieu razé, 
& eflevé , laquelle eftoit fort abondante en vin 
clairet, grains & diverfès fortes de fruits. 

Les villes maritimes de Gallice font fituées en 
l'ordre fuivant ; Avila, de laquelle ville l'on com- 
pte fix lieues jufques àLuarce ; deLuarcejuf- 
ques à Ribadeo dix; de Ribadeo jufques à Vive- 
ro dix : de Vivero à la ville de S. Marc une : de 
S. Marc jufqu'au Cap Ortegalfix : derrière ce 
Cap d'Ortegal on void un chafteau : depuis ce 
Cap jufques à Sedeire quatre : de Sedeire juf- 
ques a Ferrol fix : de Ferrol jufques à Corunne 
trois : de Corunne jufques à rifle de Cyfârge fix: 
de Cyfarge jufques à Queres deux: & auffi de 
Cyfârge jufques au Cap de Bellem , neuf ou dix: 
de ce Cap jufques à celuy de Coriane deux : en- 
tre ces deux Caps eft un Goulfe , for la gauche 
duquel eft fituée la ville Mongie; finalement, de- 
puis le Cap de Coriane jufques à celuy de Fini- 
fterre deux : & de là jufoues à Sechen , ou bien 
Corconie , une : & auffi depuis le mefme Cap 
jufques à Pontevedra, fept ; cette ville eftant 
plus efloignéedela mer, eft fituée dans la partie 
plus intérieure duGoulfe,àl'emboucheure du- 
quel eft une Ifle oppofée , de lequelle , jufques à 
K Bayonne 




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LA G A 
Bayonne il y a quatre lieues , & environ à mi- 
chemin entre ces deux places fe rencontrent 
Cannes & Vigo , de Bayonne jufques à Camine 
trois lieues : & enfin depuis Camine jufques à 
Viane,cinq; là où aboutiffent les confins de Gal- 
lice. 
Q^Ktii» L'air de Gallice eft tempéré vers le rivage de 



(«/" la mer: mais dedans le pays il eft froidelet; le ter- 
roir eft inégal , & pour la plufpart montagneux. 
Entre les villes d'Orenfe & de Montere,il y a une 
plaine fort plaifante : le refte du pays eft occupé 
par des montagnes & vallées fort eftroites , où 
fourdent grand nombre de fontaines , & def- 
coulent un nombre infiny de petits ruifTeaux , & 
environ feptante petites rivieres.entre lefquelles 
les principales font le Sil , Migno , Vile & Tam- 
bre. Cette Province produit à foifon toutes 
' chofes neceffaires à la vie humaine , & grande 
abondance de poiflons frais, lefquels eftans faleK 
& bien accommodez dans des tonneaux pour fe 
confèrver , font tranfportez ailleurs. Les Galli- 
ciens , ou à raifon de la grande humidité de l'air 
(car vers Compoftelle il pleut environ neuf 
mois l'année ) ou à caufè qu'ils ont en abondan- 
ce toutes chofes neceffaires , ou bien d'autant 
qu'ils font contents de peu, n'exercent gueres le 
trafic, ny quelques artsmechaniques. 

Gallice a receu le tiltre de Royaume environ 
l'an de grâce 1060. Car en ce temps Ferdinand 
Roy de Caftille , fils de Sanctie le Majeur Roy 
de Navarre , après qu'il eut efppufé Sanftie fille 
d'Alphonlè V,fœur & unique héritière de Vere- 
mond III Roy de Léon , & qu'il eut ainfi con- 
joint les deux Royaumes , ayant trois fils , diviia 
()ar teftament fon domaine , à fçavoir , à Sandtie 
a Caftille; àAlphonfèleLeon&l'Afturie; & 
finalement à Garcie la Gallice & Portugal. Or 
San&ie, non content de la divifion teftamentai- 
re de fon père , chaffa fon frère Alphonfe de fon 
Royaume , & tua fon frère Garcie. Apres qu'il 
eut régné environ fix ans , & qu'il fut tué par fi- 
neffe de Vellede, Alphonfe qui s'eftoit réfugié à 
Tolède auprès du Roy des Mores,recouvra non 
feulement fon Royaume de Léon qu'il avoit au- 
paravant par teftament de fon père , mais aufîî 
ceux de Caftille , Gallice & Portugal. Ledit Al- 
phonfe eut trois enfans légitimes de trois fem- 
mes, à fçavoir une fille nommée Sanétie, & deux 
fils , Sanctie & Alphonfe , lequel demeura feul 
héritier de tous les Royaumes de fon pere,& par 
la grandeur de fon Empire mérita le nom d'Em- 



L L I C E. 

pereur des Efpagnes , depuis lors la Gallice a eu 
toujours un mefme Roy & Seigneur avec le 
Léon & la Caftille. 

Entre tous les temples du Royaume le plus fa- L' Eglife de 
meux eft celuy de Compoftelle. Alphonfe le S. /*»*« 
Chafte le fonda , & le dédia à l'honneur de l'A- '" 
poftre S.Iacques , au mefme lieu où les Reliques 
decefaincT: Apoftre furent trouvées parl'Evef- 
que Theodimire. Cela arriva environ l'an 83 y, 
au temps du règne de Roderiguez. Apres qu'il 
fut édifié , il s'y faifoit grand nombre de mira- 
cles , & le nom de S. Iacques fut fort fameux, 
comme celuy qui eft apparu plufieurs fois com- 
battant contre les Mores, & fecourant les Chre- 
ftiens, & fingulierement le Roy Raymere. D'où 
eft venu que les Efpagnols ont de couftume d'ap- 
peller en combattant le nom de S. Iacques cri- 
ans à haute voix , Sant Iago. AufTi fouz le tiltre 
de ce nom , les Efpagnols ont un ordre de Che- 
vallerie,dans lequel perfonne n'eft receu s'il n'eft 
procréé de parens nobles & illuftres . Le Roy 
Alphonfe III fit rebaftir ce temple beaucoup 
plus magnifique qu'auparavant , & tous fes fûc- 
ceffeurs l'ont orné de grands dons & de riches 
offrandes : & les Papes de Rome l'ont doué de 
grandes prérogatives , comme Vrbain 1 1 trans- 
porta l'Evefche d'Iris-Flavie en cette Eglifê> 
l'exemptant de la puiffance de l'Archevefque de 
Bracare: ce que le Pape Pafohal confirma,& par 
deffus donna à cette Eglifêde Compoftelle ce 
privilège de pouvoir faire & créer douze Cardi- 
naux , lefquels font efleus d'entre les Chanoines 
de la mefme Eglife. Finalement le Pape Calixte 
efleva cette Eglife en Archevefché , luy attri- 
buant l'Archevefché d'Emeritc. On a de cou- 
ftume de vifiter cette Eglife de tous les quartiers 
delaChreftienté , y concourant journellement 
un nombre infiny de perfonnes. Silius Italicus 
parle ainfi de la Gallice & des Galliciens au li- 
vre 3: 



Ebrarum tëpennx, dbinarumque /agacent 
Flammarum, mifit dmsGalkdapubem : 
Barbara mnepatriis uluUntem cattnina linghis, 
Nuncpedis alterwpercuffa ferbere terra 
Ad numertnH refonas gaudentemplandere Cetras : 
H<ec requies ludufque Viris, eafacra Uoluptas, 
Cœterafamineusper agit labor-, adderefulco 
Semina, isl imprejjbtellurem ï>ertere aratro, 
Segne "eiris, quicquid diirofine Marte gerendum eft, 
Callaki Conjux obit irreqttieta mariti. 



DESCRIPTION 
DES ROYAVMES 

DE PORTVGA 

E T 

D" A L G A R B E. 



li 




E nom de Portv- 
gal n'eft pas ancien, 



Limites. 



oubienileftainfi dit 
du port des Gaulois, 
ou du port de Calé, 
lequel eftoit ancien- 
nement fort fréquen- 
té , à caufe de la pe- 
fcherie, & depuis de- 
vint une grande & 
puiflante ville, qui donna le nom à tout le Roy- 
aume. Les anciens la nommèrent la Lufita- 
nie, du nom du Lufus &Lufa, compagnons 
de Bacchus , ainfi que raconte Pline & Mar- 
tian , félon l'opinion de Varron. Il eft borné 
(dit Thuan) au Septentrion , par le fleuve 
Durie , à fçavoir depuis (on emboucheure 
jufques à un pont, qui eft àl'oppofite desSe- 
ptimancis : au Couchant il eft arroufé des 
flots de cette partie de l'Océan , qui eft en- 
tre les bouches des fleuves Ane & Durie. Au 
MidyileftvoifindelaBetique : &àl'Orientil 
eft lerré par la province de Tarracone , tirant 
une ligne depuis les Oretains jufques à ce Pont, 
""■• S"' eft àl'oppofite des Septimances. Ancienne- 
ment il eftoit compris par limites beaucoup 
pluseftroites qu'à prefent. Tout le Royaume 
de Portugal eft de nonante lieues de longueur, 
& cinquante de largeur ; & comprend deux 
£»,./,«V* cent huiétante lieues de circuit. Ce Royau- 
me. me j ou i t $ un air g ran dement fain & tempéré, 
parce qu'il eft agité par la fraifeheur & vents de 
la mer. Le terroir eft pour la plufpart monta- 
gneux , & principalement en Algarbe , lequel 
produit des fruits très-excellents & parfaits. Il 
eft abondant en huile , vin & miel , & n'a faute 
d'aucune forte de grains & frouments , qu'il re- 
çoit en grande quantité de la France, & des 
pays Septentrionaux.Ce Royaume a auffi grand 
nombre de minières d'or , d'argent , d'alun & 
de marbre blanc. En la Province de Bragança y 
a force foye,& par tout le Royaume telle abon- 
dance de iel , qu'il en fournit àfoifon diverfes 
provinces eftrangeres. La mer eft grandement 
poifTonneufë & renommée par la pcfcherie des 
thonins; &(e trouve icy une forte depoiflon 
lêmblable à la foie , lequel ne fe rencontre pref- 
que es autres lieux, & eft appelle vulgairement 
EJpagne. 



Azzevie. En ce Royaume y a telle quantité 
d'huyle,que tous les ans on envoyé plus de trois 
mille tonneaux es Pays Bas , & il ne feroit pas 
moins abondant en froument fi l'on cultivoit 
deiiement les champs. La pefcherie des Sardi- 
nes, (c'eft le nom d'une efpece de certains pe- 
tits poiflons ) eft fi riche & profitable , que tant 
feulement de la ville de Lisbone fortent fouven- 
tesfois plus de cent barques de pefcheurs , lef- 
quelles ordinairement retournent remplies déf- 
aites fardines , qu'on fale & débite par toute 
l'Efpagne. D'avantage , ce Royaume a grand 
nombre de troupeaux de gros & menu beftail. 

Ce Royaume eft divifé en fix Provinces. La DMfim. 
première eft dite Alentejo , c'eft à dire , d'outre AUmi '' 
la Tage , ayant efgard à la ville de Lisbone : & 
s'eftend depuis le village Cimes,jufques àla ville 
Elvas, occupant toute cette contrée , qui eft Ci- 
tuée entre les fleuves Teyo & Ane , avec tout le 
refte des villes & villages , qui font outre l'Ane, 
depuis la ville d'Alcoitim , jufques à Olivence; 
entre lefquelles villes les plus fameufes font Cer- 
pe & Moure. Cette province eft de trente & fix 
lieues de longueur & de trente quatre de lar- 
geur. La féconde eft appellée Eltremadoure, Efina* 
laquelle du cofté de la mer s'eftend depuis les im " s 
Cafcayens jufques à Mondego : & du cofté de 
la terre eft ferrée d'une ligne imaginaire,& con- 
ceué depuis Abrantes , jufques au Pont de 
Çoymbre ; & contient trente & cinq lieues de 
longueur, & dixhuiét de largeur. La troifiefme 
eft dite Beire , laquelle s'efloigne depuis Çoym- 
bre julques à Guarde , comprenant toute cette 
région qu'on appelle Ribeira de Coa , & eft lon- 
gue de trente quatre lieues , & large de trente 
& trois , fi l'on conte depuis Aveire jufoues à 
Turones. La quatriefme s'eftend entre les fleu- ***• 
ves Durie & Minio,& s'avance depuis la ville du 
Port jufques à Valence fur le Minio , eftant dix- 
huicllieues de longueur , & douze de largeur, 
là où elle eft la plus large ;car en aucuns endroits 
elle n'eft que de huiét. En ce petit contenu de 
terre y a cent & trente Monafteres , dotez de 
très-bons revenus , & mille quatre cent & foi- 
xantes Eglifes Paroiffiales , outre la Métropoli- 
taine de Bracare , & PEpifoopale du Port. Il y a 
auffi en cette petite province plus de cinq mille 
vives fontaines, fix ports de mer , & deux cent 
L ponts 



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jïE 



PORTVGAL, 

ZZT" P ^ ^e pierres. La cinquiefme eftappellée 
Tramon tane, laquelle s'eftend depuis le fleuve 
Tamage jufques à l'Evefché de Mirande , ayant 
trente lieues de longueur,* vingt de largeur.La 
Aii«ht. fixiefme eft le Royaume d'Algarbe.lequel depuis 
Ja ville de Ceixe, s'eftend jufques à Caftromarin 
vis à vis d'Ayamont , longue de vingt & fêpt 
lieues , & large d'huicl en fàplus grande lon- 
gueur & largeur. 

Tout ce Royaume contient dix-huidr. citez 
Se plufieurs grandes villes. Entre les citez , il y 
enatroisArchiepifcopales, àfçavoir Lisbone, 
Ebore&Brage, ou bien Bracare: neufEvef- 
chez, comme Mirande , Port , Coymbre , La- 
mego, Vifeu, Guarde, Portalegre, Elvas & Lei- 
rie : les autres fix , font Bragance , Beye, Tavi- 
te,Lagos, Fares& Sylves; les dernières défi 
quelles font au Royaume d'Algarbe, & compri- 
Luh«. fésàprefentfouz unmefme Evefché. La ville 
capitale du Royaume eft Lisbone , autrement 
dite Lisboa , fituée fur fept montagnes allez 
hautes , laquelle n'occupe tant feulement les 
hauts d'icelles, mais auflî les vallées. La premiè- 
re montagne eft celle de S. Vincent du cofté 
d'Orient , laquelle eftoit du temps des Mores 
dehors la ville. La féconde du cofté d'Occi- 
dent, eft celle du Prieur , par laquelle on monte 
à la porte de S. André: la troifiefme, qui eft la 
plus haute & roide, environnée de précipices, a 
un très-fort chafteau , muny de tours & murail- 
les. La quatriefme eft dite de S" Anne , elle eft 
de forme triangulaire.aflïfe au milieu de la mon- 
tagne du Chafteau, & celle de S. Roch. La cin- 
quième eft la montagne de S. Roch , laquelle 
depuis la porte Do-ouro, fuivant la vallée , qui eft 
au milieu dïcelle, & de la porte du Chafteau, 
s'efleve peu à peu jufques à S. Roch,& derechef 
par une vallée bien eftroitte defeend jufques à la 
rive du fleuve. La fixiefme eft vulgairement 
dite dasCbagai , c'eftà dire des cinq playes du 
Seigneur, à raifon d' un Temple, que les Pilotes 
& Mariniers ont bafty , à fçavoir ceux qui navi- 
guent aux Indes.La feptiefme eft celle de S" Ca- 
therine du mont Sinaï , laquelle vers le Cou- 
chant eft divifée par la tres-ample vallée Sexte. 
Cinq des fufdites montagnes font ceintes d'une 
puifîante muraille, en laquelle s'eflevent fèptan- 
te fept hautes tours : & il y a fur la rive du fleu- 
ve vingt-deux portes,& du cofté de la terre dix- 
fept. La plus grande puiflance de cette ville 
confifteaufaitdela marine , à caufe du grand 
nombre de fes galions & navires. Ce que tef- 
moigne fuffifamment cette redoutable flotte 
de Philippe II Roy d'Efpagne , laquelle levant 
1 ancre de ce havre l'an i y 8 8, avoit refolu d'en- 
vahir l'Angleterre ; laquelle flotte eftojt com- 
pose de treize Galions de Portugal , entre lef- 
quels tenoit le premier rang le Galion de S.Mar- 
t.n, fur equeleftoitleDucde Médina , avec 
millefoldats ; celuy de S. Iean, là oùyavoit 



ET ALGARBE. 

huiét cents hommes s &le Galion de S. Mat- 
thieu avec fix cents. En cette ville y a plufieurs 
arfenaux & magazins, remplis de toute forte 
d'inftruments de guerre. Le havre d'icelle eft 
fort fameux eftant conftitué par le fleuve Tage 
ou Teyo , qui eft navigeable à toute forte de 
vaifTeaux , environ quinze ou vingt lieues loing. 
Ebore eft une ville fituée en'un lieu champe- 
ftre, & grandement plaifant, là où y a une large 
& ouverte planure , qui eft environnée de tres- 
roides montagnes. Coymbre eft affilé fur une fy"*"- 
roche entourée de vignobles & de bois d'oli- 
viers,aupres du fleuve vulgairement dit Monde- 
go. Le Royaume de Portugal a plufieurs ports Fam 
de mer fort renommez: le premier defquels eft 
Setubal , efloigné vingt lieues de Lisbone du 
cofté du Midy : le fécond eft celuy par où fe 
defeharge le fleuve Durie:le troifiefme eft l'em- 
boucheure du Tage ou Teyo. 

Le gouvernement de Portugal eft abfolu & £/?«p./a 
Royal , non moins qu'au refte de toute l'Etna-''?"- 
gne. La Cour Royale eft toujours accompa- 
gnée de quelques fîeges Iudiciaux ou Parle- 
ments ; le principal defquels eft le fiege Iudicial 
des Enqueftes , ou maifon des Requeftes , ainfi 
vulgairement dite Ca^a de Supplkaçon : Icelle a des 
luges, qui décident les caufes criminelles, & qui 
jugent des gabelles , Se du patrimoine du Roy. 
L'autre eft le fiege Iudicial des caufes Civiles, 
appelle CawdeCivel; Le troifiefme eft de plus' 
grande puiffance & audorité, lequel ils appel- 
lent De/embargo depaco, c'eft à dire du Palais. Ice- 
luy s'enquefte de toutes lesaclions de tous les 
luges du Royaume , les examinant plus particu- 
lièrement,- & a de couftume de publier les privi- 
lèges impetrez du Roy. 11 y a encor une autre 
Cour de Parlement ou Confeil, les luges duquel 
cognoiffent les caufes appartenantes^ la Cou- 
ronne, ençor que le Roymefme foitl'afteur, 
ou bien autres qui demandent quelques chofes 
au Roy en droicL Cette mefme Cour a le grand 
Chancelier , & les Finances , qu'ils appellent da 
FaçendaM où y a trois des principaux du Royau- 
me, qui font dits Veedons da Fa^enda , c'eft à dire 
Chefs, ou Commis des Finances. Il y a une au- 
tre Cour ou bien Confeil d'Eftat, où fe traittent 
les affaires concernantes la guerre & la paix : Il y 
a aufïï la Chambre des Comptes , vulgairement 
dite, Ca^a dos Contos ; en laquelle on rend compte 
de tous les biens & domaines delà Couronne: 
le chef de ladite Chambre eft dit Contador Major. 
Le Royaume de Portugal a prins fon com- 
mencement de telle manière. Quand Henry £Z1 
Comte de Lorraine eut fait des exploits admira- *<• ' 
blés contre les Mores es Efpagnes , Alphonfe 
V I Roy de CaftiIle,pour prix & recompenfe de 
les labeurs & faits héroïques , luy donna fa fille 
naturelle , nommée Therefe , & pour dot cette 
partie d'Efpagne , qui eft maintenant dite Por- 
tugal. Et comme le fils dudit Henry eut vaincu 

en 



Flinvti. 



PORTVGAL E 

en bataille rangée cinq Rois des Mores, il fut le 
premier nommé Roy de Portugal , environ l'an 
de grâce CIO CX; & eut par une ligne conti- 
nuelle des fucccffeurs,jufques à ce queSebaftien 
dernier Roy fut tué en Afrique , & alors ce 
Royaume occupé par force d'armes , retourna 
fouz la puiffance du Roy de Caftille. 

Les fleuves de ce Royaume font l'Ane , ou 
Guadiane , comme fi vous diriez l'eau de l'Ane : 
le Tage , dit par les Caftillans Tayo , & par les 
Portugais Teyo ; Mondegue Durie & Minio. 
Le principal eft le Tage , lequel les Poètes fei- 
gnent avoir un gravier jaune & de fin or , tout 
de mefme comme du Po en Italie,de l'Hebre en 
Thrace, du Paétole en l'Afic & du Gange es In- 
des. Le fleuve Ane prenant lès fources au ter- 
roir Laminitain de l'Efpagne Citerieure.tantoft 
paffe par des eftangs , tantoft traverfè des de- 
ftroits & entrefentes des montagnes , ou bien fe 
cache du tout dans les entrailles de la terre , & 
fèmblc qu'il fe réjouit de renaiftre & furgeon- 
ner fouventesfois , jufques à ce qu'outrepafiant 
la ville d'Emerite , fe décharge finalement dans 
l'Océan Atlantique. 
Frmcc:& Les Princes & Seigneurs Illuftres de ce Roy- 
5«5>««" aume font de cette façon nombrez par Damien 
JhRojm- ^ Goes L<fc granJ Conne fl. a bi e j u R yaume,le 

Duc de Bragance , le Duc de Colimbre , le Duc 
de Vifeu , le Duc de Trancofle , le Duc de Bar- 
cel , le Duc d'Avery de la maifon d'Alencaftre; 
le Marquis de Villa-Real , Marquis de Tores 
Novas, Marquis de Monte-Major , Marquis de 
Ferrcire , Comte de Marialve , Comte de Ten- 
tugal, Comte de Penella , Comte d'Alcontin, 
Comte de Portalegrc, Comte de Feire , Comte 
de Lonte, Comte de Monte-Sandto , Comte de 
Faro , Comte d'Arganil , Comte d'Abrantes, 
Comte de Vimiofo , Comte de Ville-nœuve, 
Comte de Lintiares , Comte de Vidigeira de la 
famille de Gama , Comte de Sorteille de la mai- 
fon de Silveire, Comte de Caftanheire , Comte 
de Prado , Comte de Redondo , le Vicomte de 
Lyme, & le Baron d'Alvito. 
ï, c UJ4i. Les Prélats Ecclefiaftiques de ce Royaume, 
<j«„dkm f ont l'Archevelque de Lisbona , lequel a 16000 
""""'■ ducats de revenu: l'Archevelque de Bracare, 
qui a 1 2000 ducats, & celuy d'Ebore 20000 du- 
cats. L'Evefquede Vifeu 8000 ducats: l'Evef- 
que de Guardiane 5000 ducats : l'Evefque de 
Coymbre 12000 ducats: l'Evefque du Porto 
4000 ducats : l'Evefque de Lamegedooo du- 
cats. Damien à Goes adjoufte à ceux-cy l'Ar- 
chevefché de Funchale avec 8000 ducats : & 
"l'Evefque de Septe avec 1000 ducats. D'avan- 
tage , il y a en ce Royaume quatre Ordres de 
Chevallerie : Le premier eft celuy de S. Iean, 
lequel a dix-neuf Commanderies, & deux Bail- 
liages ou Commanderies Provinciales : Le 
deuxiefme eft de Chrift , lequel a quarante 
Commanderies ou environ , fort riches & opu- 
Efyagne. 



T ALGARBE. 13 

lentes : Les deux autres Ordres font Avife , 8c 
S. Iacques. Le revenu de tous lefquels comme 
aulïî celuy des Ecclefiaftiques , furpaffe un mil- 
lion de ducats. 

Le revenu annuel de tout le Royaume monte Rtvtmtm- 
d'ordinaire jufques à la fomme de 1100000 du- ™'" m . 
cats : Mais le revenu des Ordres de Chevalle- 
ries , defquels le Roy eft Supérieur , qui poffe- 
dentauffi les Ides Azores , Madère, du Cap 
Verd, &de S. Thomas , porte tous les ans 
200000 ducats. Le revenu du chafteau de 
Mina en la Guinée , lequel appartient au grand 
Maiftre des Chevaliers de Chrift, eft de 100000 
ducats. Le revenu qu'on tire annuellement du 
Brefil , eft de 1 jooo ducats : Les gabelles des 
efpiceries, & autres marchandifes , lefquelles on 
apporte tous les ans des Indes Orientales , font 
la fomme de 600000 ducats , ou bien félon la fa- 
çon de compter du Pays Bas dix-huicl: tonnes 
d'or. Car tout ce que Pon tire des gabelles & 
tributs dans les Indes , il fe confomme & def- 
pend là pour l'entretenement des gens de guer- 
re & autres ferviteurs du Roy , fans que le Roy- 
aume en tire aucun profit. De façon donc que 
tout le revenu annuel du Royaume de Portu- 
gal,eft de 2200000 ducats,ou bien de 66 tonnes 
d'or. Or comment toute cette fomme fe dé- 
pend , & en quel ufage, voyez auprès de Iean 
Hugues de Linfchote. 

Les plus nobles familles de ce Royaume (fe-^f 
Ion le rapport de Conneftage ) font celles d'A- 
lencaftre , d'Almeide , d' Azenede , d'Alcazone, 
de Barret , de Botelle, de Britte, de Caftre , de 
Coutin.Gama, Lopez,Lebos,Mafcarene, Mar- 
tes , Menefe , Mello, Norogne, Payve, Pereire, 
Pinte, Portugal, Sae,Siqueire,Sofe, Sylves, 
Tavore, Telle, Vaz, Vafconfel & Velofe. 

Henry frère du Roy Edouard donna occafion Uchtn; „ 
d'agrandir les limites de ce Royaume : car il ofa no«vi*«s 
le premier chercher des terres incognuës dans '" "■ 
les ondes effroyables de l'Ocean;tellement qu'il 
traverfa Me de Madère, laquelle eftoit du tout 
couverte d'une efpoiffe foreft , &donnoitau 
commencement bien peu d'efpùir d'en pouvoir 
tirer quelque profit ; mais par après , ayant re- 
connu que cette Ifle eftoit tres-fertile en fucre, 
& fort propre aux vignobles , on brufla tous fes 
arbres; & par ainfi commença à fe peupler. De 
là le dit Henry levant l'ancre, tira vers les Mes 
Fortunées ^autrement dites de Canarie , &co- 
ftoyant toute la partie Méridionale de l'Afrique 
monftra beaucoup de chofes , qui furent gran- 
dement profitables à fes fucceffeurs. Quelques 
ans par après cfcoulez, le Roy Emmanuel envo- 
ya diverfes flottes vers l'Occident , Midy &0- 
rient, & trouva le chemin pour venir par mer 
de Portugal aux Indes. Pourquoy depuis lors, 
les Roy s de Portugal & d'Algarbe ont eu les fil- 
tres de Roys de la Guynée , d'Ethiopie , d'Ara- 
bie , de Perfc& des Indes: tous lefquels tiltres 
M font 



PORTVGALI 

font maintenant dévolus au Roy d'Efpagne, par 
la mort de Sebaftien dernier Roy, lequel fut tué 
en Afrique. 
Aii^h- Souz ce Royaume de Portugal , eft pour le 
pre/ênt celuy d'Algarbe, là où eft le fleuve Ane, 
par lequel on porte des parties fûperieures d'Ef- 
pagne aux ports de mer,ces vins tant excellents, 
à fçavoir vin fèc, baftard & roman. La partie du 
Royaume voifine du rivage de la mer eft fertille 
en huyle, figues, raifins de taffes, & de liège; de 
toutes lelquelles marchandées ceux du Pays Bas 
en chargent leurs navires , & les tranfportent en 
divers lieux. Selon l'opinion d'aucuns , & prin- 
cipalement de Thuan,!a Lufitanie eft divilee en 
Algarbe 6c Portugal ; la première eftantfituée 
vers le Midy , 8c l'autre vers la Bize. L'Algarbe 
a quatre citez , comprùes fôuz un Evelché , à 



T ALGARBE. 
fçavoir Tavila , Lagos , Sylves , & Faro ; entre 
lefquelles Tavila & Lagos ont des ports de mer 
fort commodes. Outre le Cap de S. Vincent, 
il y a un autre port , dit Ville-nœuve , & encore 
d'autres moindres. Ce Royaume a pris fa déno- 
mination des Mores & Arabes : & Algarbe ne 
lignifie autre chofe , qu'un champ heureux & 
fertil, auquel y croift toutes chofes neceflaires à 
la vie humaine. Ce Royaume n'eftoit aupara- „,„ 
vant qu'un Comté , donné pour dot à Alphon- Rijumm 
le 1 1 1 Roy de Portugal , par Alphonfè X Roy 
de Léon , (ainfi que telmoignent les Annales ) 
lors que ledit Alphonfe III prenoit pour femme 
Béatrice , fille naturelle du lu/dit Roy de Léon. 
De ce mariage fut procréé Denis , qui premier 
ufurpa le tiltre de Roy d'Algarbe. 



igtne dn 
nom (3 du 




DESCRIPTION 

de l'ancienne & nouvelle 

C A S T I L L E. 



H 




O V T ce que le Roy vre, or,ou argent. Le terroir eft fertil : & cette 
d'Efpagne occupe, il villeaunEvefque riche & puiflant. Avila eft Avila _ 
lepoffede foubs trois une ville aflîfe en une planure environnée de 
tiltres , à fçavoir de montagnes , chargée de vignobles & d'arbres 
Caftille,d'Arragon,& fruictiers , cette ville eft traverfée par le fleuve 
de Portugal. Soubs le Alberge. Olrne eft une ville de trois cents feux oÇmt. 
royaume de Caftille, tant ièulement;& aune Vniverfité, non tant fa- 
(bnt les deux Caftilles, meufe. Valladolid eft la plus noble ville de toute VaiUAolià, 
le Léon , l'Afturie , la l'Efpagne , fituée fur le bord du fleuve Pifurge, 
Gallice , l'Eftrema- laquelle eft embellie d'un grand nombre de 
doure, l'Andaloufie, la Grenade, la Murcie, Bif- beaux & magnifiques palais , tant facrez , que 
caye, Navarre, Milan, les Pays Bas , le Comté profanes, & tant publiques, que privez.&aune 
de Bourgogne, les Ifles de Canarie, l'Amérique, Académie pour toutes les facultez: (bn air eft 
ViàUt C»- 8c les Ifles Philippines. La Caftille eft divifée en fort fain & tempéré , fi ce n'eft qu'aucunes-fois 
deux,à fçavoir en la vieille,& la neuve. La Vieil- les vapeurs trop efpoifles du fleuve le rendent 
le eft traverfée par le milieu du fleuve Durie: plusgrofïïer. Les Roys y fejournent volontiers, 
v iU Sa ville capitale eft Burgos, ornée de très beaux comme en une demeure paifible & agréable; & 
& fomptueux édifices; tellement qu'elle ne cède grand nombre des Princes du royaume y ont 
en dignité à la ville de Tolède : les habitans de leurs propres maifons. Outre ces citez, il y a 
cette ville s'exercent au commerce. Icy fe trou- encor plufieurs autres villes en laVieille Caftille, 
vent plufieurs temples & monafteres , & eft an- comme Frias , Birbiefca , S. Domingo de Silos, 
noblie d'un fiege Epifcopal, depuis l'an de grâce laquelle recognoift pour fon Seigneur Iean de 
1097. Le chafteau de cette ville eftpluftoft Velafco Conneftabfe de Caftille : Mirande, 
muny de nature & fituation , que d'artifice. Il Lerme , à prefent capitale d'un Duché ; Sorie, 
y a quantité de magnifiques palais , entre lef- Almazzan,Barlange,Arande, ville bien ancien- 
quels reluit en beauté & grandeur celuy du ne; Pegna-fiel , avec un chafteau fitué fur le 
Conneftable. Outre cette ville , qui (èrencon- haut d'une montagne , au pied de laquelle y a 
tre en la Vieille Caftille , eft Siguenza , ( encor un très-beau palais du Duc d'Oiïunne ; Roa, 
que par aucuns elle foit réputée de la Neuve Olmedo, Martimugnoz , Arevalo, Sepulveda, 
Si g ,mzA. Caftille ) puis Segovie, Avile,Ofme,Valladolid. d'une fituation prefque imprenable ; car elle eft 
Siguenza eft une villefituée en la defcente d'une baftiefurdes précipices & pentes d'afpres ro- 
tres-bien ferrée de murailles , avec chers , environnez d'un fleuve. Vne partie de 



Httrgos 
ttpttrct 
Us. 



montagne , 

un bon chafteau. Le fleuve Henares arrouze 
le pied de la montagne ; cette ville eft aufïî an- 
noblie d'un fiege Epifoopal.On compte en cette 
ville (dit Boterus) fept cents maifons, ayant une 



Se, jîâ. 



la Caftille eft dite Tierra de Campos , là où font 
les villes de Médina, Aguilar, Carnon, Palenze, 
& autres. A l'Océan elle a deux grandes & ri- 
ches villes , à fçavoir Santandre , & Laredon, 
Vniverfité: au diocefe d'icelle eft la ville de Mo- avec deux ports de mer affez commodes , & un 
lina, laquelle a plus de huid cents feux. Segovie goulfre le plus poiffonneux de toute ccttecon- ^^ 
eft une ville fituée en un lieu eflevé , bien munie trée. Es environs de cette partie de Camlle fut 

anciennement Numance , vraye gloire & hon- 
neur de l'Efpagne , ainfi que tefmoigne Florus : 
puis qu'eftant deftituée de murailles & de tours, 
tant feulement fituée en un lieu un peu eflevé 
fur les bords du fleuve Durie , elle fouftint par 



de tours & baftions , fort renommée par la ma- 
nufacture des laines : car il ne fe trouve pas de 
meilleur drap en toute l'Efpagne , qu'en cette 
ville, duquel les habitans d'icelle font grand tra- 
fic.L'on voit icy une gallerie,où font pourtraiéts 



auvifprefquetousles Roys d'Efpagne : & ce l'efpace de quatorze ans les efforts d'une armée 
qui rend cette ville plus admirable,font les con- de quarante mille hommes. Il y ^«^«T ™ 



duits d'eau d'un artifice fingulier , Se hauteur in- 
croyable. Depuis quelque temps, par l'inven- 
tion de quelques Allemans, eft inventée une fa- 
çon de forger la monnoye par le fecours de 
l'eau , non pas avec la force du marteau , mais 
fondue & jettée, & puis imprimée , foit de cuy- 
Fftagne. 



temps pafle encor autres villes , comme Gracu- 
ris , Turiafo , & Clunie ; defquelles à prefent ne 
paroit prefque aucun veftige. 

La neuve Caftille eft fêparée de la Vieille par u«imc 
des hautes montagnes , qui commençans de- C «M- 
puis le royaume de Navarre, s'efpandent par 
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X>ivifton de 
la neuve 
CaStiUe. 



C A S T 

toute l'Eipagne, jufques à la mer Méditerranée. 

Tolède: La ville capitale de la Neuve Caftille eft To- 

lède , laquelle eft fituée prefque au centre de 
toute l'Eipagne , en un lieu afpre & monta- 
gneux, ferrée d'un cofté par le fleuve Teyo , & 
d'ailleurs ceincte de tres-puilîantes murailles, & 
de i jo gros baftions. Cette ville jouyt d'un air 
aflez bon & tempéré ; fon terroir eft fertil , fa- 
blonneux & leger.Les pluyes font icy fort rares, 
& y a peu de fontaines & ruiffeaux. Du cofté 
que le fleuve prend fon cours , il y aune vallée 
plaifante & fertile à merveille, encor qu'elle foit 
bien eftroite. En cette ville fe fai cl un grand 
commerce de foye , & auflî de drap. Cette ville 
eft grandement annoblie par fon temple ma- 
gnifique,^ où eft le Siège Archiepifcopal, lequel 
eft eftimé le plus riche Archevelché de la Chre- 
ftienté. Il y a auflî en cette ville une Vniverfité 
aflez renommée. 

Ce royaume de la Neuve Caftille eft divifé 
en trois ; à fçavoir Sierra, Algarrie , & Mancie. 
La ville capitale de Sierra eft Cuença , laquelle 
eft aflîfe for une droicte roche , entre deux fleu- 
ves & montagnes , ornée de plufieurs beaux 
édifices, & de fources, & fontaines. L' Algarrie 
eft divifée de la Mancie par le fleuve Teyo , la- 
quelle produiét force froument,huile,vin,chan- 
vre , fafran , & miel : elle eft traverfée par le 
fleuve Tayune , & contient le Marquifat de 
Mondegujar , les DuchezdePaftrane&d'In- 
fantat , & plufieurs autres grandes villes , la ca- 
pitale defquelles eft Guadalaicare. La Mancie 
eft arroufée par le fleuve Teyo , & a pour capi- 
tale la ville Royale : elle comprend le Marqui- 
fat de Vigliane , le Prieuré de Caftille , & plu- 

Mrfrii. fieurs autres terres & villes. Madril eft la demeu- 
re ordinaire des Roys , & la plus heureufe d'en- 
tre toutes celles qui font du diocelède Tolède. 
Cette ville eft fituée en un lieu quelque peu 
eflevé , & expofé à la Bize , au bas duquel pafle 
le fleuve Guadarrama , où y a un pont de pier- 
res. La fituation de cette ville eft fort plaifante, 
l'air pur & fain ; & fon terroir eftimé le plus fer- 
til de tous. On tire icy grande abondance d'une 
certaine pierre precieulè nommée Pyrite. Six 

Efcnriai. lieues d'icelle ville eft I'E(curial,où fe voit le tant 
renommé &foperbe monafteredeS. Laurent, 
une œuvre de Philippe 1 1 Roy d'Efoagne, lequel 
à bon droict. fe peut égaller aux fept miracles 
des anciens. La face dudicT: édifice regardant 
le Couchant, eft embellie de trois fuperbes por- 
taux : par celuy du milieu l'on va au temple, 
cloiftre, & collège : celuy qui eft à droiéte con- 
duit aux boutiques ordonnées pour le mona- 



I L L E. 

ftere : & celuy de la gauche meine aux maifons 
de l'elcole. Les quatre coings de toute la fabri- 
que font ornés de quatre hautes tours , d'un ar- 
tifice admirable ; outre lefquelles il y en a deux 
autres au pied dutemple, éz deux coftez , qui 
furpaflent les premières. Sur le portail du tem- 
ple y a des ftatucs de marbre & de jafpe, repre- 
lêntantes fix Roys d'Ifrael , lefquelles font de 
dixfopt pieds de hauteur. Vers le Septentrion 
eft le palais royal , voifin au temple , lequel eft 
tousjours appareillé pour recevoir le Roy avec 
toute fa Cour. Au Midy il y a plufieurs galeries; 
un jardin fort délicieux, remply de toutes fortes 
d'herbes & de fleurs ; un verger planté d'arbres 
fruictiers. Item l'holpital ; & la boutique de 
l'Apoticaire , & autres femblables baftimens ; le 
touteftant fi magnifique, qu'il eft impofTîble de 
raconter toutes fes particularitez. 

AlcaladeHenares , anciennement dite Com- ■^ lca! "- 
plutum , eft une ville de forme ovale , fituée en 
une plaine , embellie d'édifices , & d'un terroir 
fort fertil : elle a une belle rué, qui s'eftend bien 
loing , ornée des deux coftez de galleries , fous 
lefquelles plufieurs riches marchands ont leurs 
boutiques. En cette ville eft une Vniverfité 
fortfameufe , laquelle fut eftablie par François 
Ximenez Cardinal & Archevefque de Tolède. 
Medina-cœli eftoit du pafle une ville fort gran- Medim- 
de ; à prefent eft un Duché , duquel dépendent "*''• 
environ 80 villages. Arangivez eft un lieu gran- 
dement délicieux, arroufo par les fleuves Teyo, *" w ' w " 
& Xarama. Hipes eft une ville aflez peuplée de 
laboureurs & hommes addonnez à l'agriculture 
des champs. Ocanne eft une belle ville , en la- 
quelle il y a plus de trois mille feux. Talavera 
eft fur les bords du Teyo, en un terroir fécond, 
& a un air fort fain : d'icy l'on vient au Prieuré 
de Caftille, où fo rencontrent treize grandes vil- 
les , les principales defquelles font Tembleque, 
Confuegre,&Alcaflar. Puis s'enfoit le Marqui- 
fat de Vigliane, qui eft très ancien , ayant pour 
villes Ruede, Albacete, Cinciglie, Villar, S. Clé- 
ment, & Vigliane. 

La Neuve Caftille furpafle la Vieille , foit en Quditidu 
bonté de l'air, & fertilité de fon terroir, ou bien W'» 
en toute forte de fruicts : car outre les autres 
fruicts , elle produiâ un grand nombre d'excel- 
lentes olives, defquelles la Vieille eft prefque du 
tout deftituée:toutesfois cette partie de la Vieil- 
le dite vulgairement Tierra de Campos , eft 
réputée l'une des plus fertiles contrées de toute 
l'Eipagne. La Neuve Caftille eft arroufée par 
le fleuve Teyo, & par les fources de l'Ane, com- 
me la Vieille par la Duiie. 



GRENADE, 

E T 

M V R C I E. 



iy 




limites. 



, E Roy d'Efpagne 
poflede les Royau- 
i mes de Grenade & 
de Murcie fouz le 
tiltre de Caftille. Le 
Royaume de Grena- 
de a pris fon nom de 
la ville capitale; & 
icelle de fa forme: car 
tout ainfi qu'une 
pomme de Grenade eft remplie de grains , & fe 
fend par fa maturité; de mefme cette ville a for- 
ce maifons jointes l'une à l'autre , & eft entre- 
coupée d'un cofté. Ce fut anciennement la de- 
meure des Baftuliens, peuple d'Afrique, dits 
aufïi Pœniens. Du cofté du Midy elle regarde 
la Mer d'Efpagne : au Septentrion une partie de 
l'Andalouzie , comme pareillement du Cou- 
chant : & à l'Orient le Royaume de Murcie. 
Crmicm. Tout le Royaume de Grenade a environ 60 
lieues de longueur, & 25 de largeur ; compre- 
nant en tout fon circuit depuis les limites de 
Murcie jufques à l'Andaloufie, 230 lieues. Lors 
que les Mores pofledoient ce Royaume,il eftoit 
grandement peuplé , comprenoit quatorze ci- 
tez, & nonante fept villes murées , & tous les 
ansilpayoit à fes Roys feptante mille ducats. 
Pour le prefent il n'eft pas tant habité, ny riche; 
il eft traverfé de deux fleuves, à fçavoir le Xenil 
& le Darro. 

La ville capitale de ce Royaume eft Grena- 
de, dite par Ptolemée imw-xa» MiyaXa, car la 
ville Illiberis fut fituée en cette montagne , la- 
quelle ville eft dite à prefent Elvire, & d'icelle 
une forte de Grenade eft nommée Elverienne. 
La ville de Grenade eft la plus grande de toute 
l'Efpagne, diftinguée par diverfes collines, deux 
defquelles s'eflevent par deflus toutes les au- 
tres, divifées par une vallée, où coule le fleuve 
Darro. Cette ville eft divifée en quatre parties: 
la première fe dit particulièrement Grenade.où 
il y a une Eglife grande & magnifique , en la- 
quelle font enfeveliz Ferdinand &Ifabelle Roys 
d'Arragon ; il fe void auflî en cette partie une 
Mofquée des Mores; la maifon de Ville.le grand 
Marché, & la màïfon dite Alccere. La féconde 
ville eft dite Alhambre , où eft l'ancien Palais 
Royal , tout doré & d'une ouvrage de grand 
prix: & le nouveau bafty par les Roys d'Efpa- 
gne,magnifique & plaifant.avec un profoect de 
tous coftez. La troifiefme eft dite Alvefim.em- 
bellie de deux montagnes.où y a grand nombre 
de maifons: dupafle elle eftoit habitée par les 
Mores feuls , lefquels s'exerçoient à l'Agncnltu- 



Fleuves. 



Grenade. 



te , 8c à la manufacture de la foye. Autres la 
nommoient Malmoros. Icy eft la porte qu'on 
appelle Clufe , par laquelle le dernier Roy des 
Mores eft forty , quand il quittoit ledit Royau- 
me : & depuis elle n'a jamais plus efté ouverte. 
La quatrielme & la dernière fe dit Antiquerule, 
non inférieure aux autres , tant en multitude 
qu'en magnificence d'édifices ; laquelle eft aflîfe 
en une plaine. Toute la ville contient environ 
douze mille pas de circuit,eftant totalement en- 
vironnée de murailles,& munie de beaucoup de 
baftions. L'air y eft grandement fain & tempe- 
ré : le nombre des artifans qui gaignent leur vie 
par la manufafture de la foye , eft tellement 
grand , quêtant feulement des fueilles de meu- 
riers , defquelles les vers à foye fe nourriffent , le 
Roy tire de tribut annuel trente mille ducats, 
outre ce qu'il tire fur la foye. Cette ville eft an- 
noblie du tiltre d'Archevefché , lequel a 10000 
ducats de revenu : il y a auflî une noble Vni- 
verfité. ,. 

Outre Grenade ce Royaume a d'autres villes, Gm "*' 
comme Guadix,& fur le rivage de la mer Alme- 
rie & Malaga. Guadix eft efloignée neuf lieues 
de Grenade , & eft fituée en une large planure, 
environnée de tous coftez de treshautes mon- 
tagnes ; ladite planure eftant arroufée & traver- 
fée de quatre petits fleuves , eft tres-fertile en 
vin,frouments&fruids;nourriflant grand nom- 
bre de beftail : mais à caufe du froid , elle ne 
produit pas d'oranges , ny huile. Almerie eft Ahmit. 
mife en un lieu tres-commode , non loing du 
CapdeCharideme, en un bon terroir, abon- 
dant en eau faine, fruids & huile. Elle a la Bize 
du cofté de Grenade : au Midy Almancore & 
Bace: à fon Levant elle regarde Carthagene, 
fituée furie fleuve Murgis ; & finalement au 
Couchant Alumecane, & Vêlez Malaga. 

Malaga eft une ville marchande,grandement Mbp. 
fréquentée, & ceinte de champs tres-fertils & 
récréatifs. En cette ville accourrent de tous 
coftez un grand nombre de marchands, pour 
recueillir Se achepter divers fruicts tres-deli- 
cats Icy fe produit grande abondance de vin 
généreux & d'huyle: cette ville eft bien fortifiée 
de tours & baftions ; ayant un Arfenal auquel y 
a toute forte d pièces d'armes tant offenfives 
quedefenfives: & eft de long-temps honorée 
du tiltre d'Evefché , lequel a plus de 10000 du- 
cats de revenu annuel. Cette ville a deux cha- 
fteaux correfpondans l'un à l'autre , de l'un des- 
quels l'on defeend entre deux murs pour venir 
à l'autre; celuy de deflus fe nomme Giblalfar- 
ro, & l'autre du bas Alcazzava. 
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hoc modo, BAS T I, ARTIGI5- Récentes vero htic UurarumJvrtiuL.'R&za. , ^AlbumO. : 

tArchiepifcvjjaUts hoc fia no T\ Sfifcogatus T , ^ActuUmlas t . 



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Ut. 



GRENADE, 
totmvil- Outre les fùfdites Citez , il y en a encore plu- 
fieurs autres, les principales delquelles font Baça 
& Ronda. Baça eftoit autresfois la ville capitale 
des Baftetains ; à prefent elle eft affez bien mu- 
nie d'une puiffante muraille, & d'un bon cha- 
fteau', Se contient environ quatre mille feux. 
Ronda eft affifefurune montagne environnée 
de tous coftez d'une rivière : de la ville on def- 
cend par quatre cent degrez faits par les Mo- 
res, pour venir puifêr de l'eau. Monda eft une 
ville diftante cinq lieues de Malaga , laquelle a 
un ruiffeau qui f-'efpand par la plaine , l'arrou- 
fant & la rendant fertile & verdoyante. Il n'y a 
aucune province d'Efpagne,qui ait des lieux tel- 
lement munis & fortifiez de nature & par artifi- 
ce que ce Royaume ; entre le/quels eft à bon 
droicT: digne de mémoire la ville dite Alhama, 
efloignéefèpt lieues de Grenade , couverte aux 
environs de très-hauts précipices & pentes de 
rochers. Il y a icy des fontaines d'eau tiède, 
grandement medicinale,& tellement tempérée, 
qu'elle ne nuit aucunement à ceux qui s'y la- 
vent. Cette eaubeuë, guarit plufieurs maladies, 
& principalement les douleurs des nerfs , ayant 
plus d'efficace & vigueur durant les mois de 
Mars & Septembre : l'on a conftruit icy des 
bains magnifiques & de grand prix. Puis fè ren- 
contrent les villes de Conil, Settenil, Lazza , où 
croift grand nombre de chanvre : Galera fituée 
fur une roche ; Orgina , Marbelle fur le rivage 
de la mer, avec un havre fort commode. Sur le 
bord de la mer il y a deux tres-forts chafteaux, 
dans l'un delquels les Roys des Mores confèr- 
voient leurs threfbrs , & dans l'autre ils gardoy- 
ent comme emprifonnez leurs frères & enfans; 
l'un nommé Almunecar , & l'autre Salubrenna. 
La ville de Zahara eft baftie fur une grande ro- 
che, en laquelle il n'y a qu'une advenue grande- 
ment difficile & taillée dans la roche , ayant au 
bout d'icelle un chafteau. Antiquere eft un cha- 
fteau fitué au milieu du Royaume, entre Grena- 
de & Ronda, en un lieu haut & afpre , ayant des 
portes bien ferrées : il regarde une tres-plaifàn- 
te contrée , où il y a force champs , fontaines, 
ruiffeaux & montagnes , efquelles y a de très- 
bonnes falines ; car l'eau de quelques fontaines 
& des pluyes, ramaffée en des bas lieux , fe con- 
vertit par l'ardeur véhémente du Soleil en fêl 
tres-parfaicL Alpuxara eft le nom d'une mon- 
tagne , laquelle s'eftend vers le couchant dix- 
fept lieues en longueur , eftant large de douze, 
fort roide, & prefque toute fterile , fi ce n'eft en 
aucuns endroits, où elle s'applanit; elle eft culti- 
vée par la diligence & induftrie des Morifques, 
tellement qu'elle produit force grains, grand 
nombre de beftail , & une extrême abondance 
de fôye. Cartama eft une ville fort plailante, 
fituée au pied d'une très-haute montagne , non 
loing de Malaga, laquelle du cofté de la Bize eft 
fterile & couverte de broffailles & bolcages : 
mais au Midy elle eft cultivée & plantée de vi- 
gnobles,produifant grand nombre d'amandes & 



& M V R C I E. 

figues tres-favoureufes , lefquelles on transporte 
aux pays Septentrionaux, avec un profit hngu- 
lier des habitan--. 

Grenade (dit Boterus) eft une province gran- QmIuU» 
dément tempérée ; & encor que montagneufe, p-v 
fi eft-ce toutesfois qu'elle produit toutes chofês 
en abondance. Lors que les Mores occupoient 
ce royaume il abondoit en tous biens: pour le 
jourd'huyàfautede peuple & d'Agriculture il 
eft ruiné,- &neantmoins on Feftime l'une des 
plus riches provinces de l'Vni vers , àcaufeque 
îon terroir eft d'un naturel fort fertil , n'ayant 
befôing de beaucoup de labourage. Il eft impof- 
fible d'exprimer la multitude des herbes odori- 
férantes, potagères & médicinales, que produi- 
fent les montagnes , champs & vallées ; ny la 
variété de (es fruits , ny l'abondance de fôye & 
fucre , ny le grand nombre de gros & menu be- 
ftail. Les fontaines fourcent de tous coftez, & 
la grande multitude des ruiffeaux arroufe tel- 
lement fbn terroir , qu'on ne fçauroit concevoir 
une plus plaifante province que cette-cy,ny l'art 
des peintres la fçauroit déchiffrer. Ceux de Gre- ^,„ n i 
nade font fort humains, prompts à leurs affai-^«W<- 
res , adroits aux armes , & de bonne converfa- ^ ' ,m • 
tion. Ils défendent le vin aux jeunes gens , telle- 
ment que les enfans mafles ja grands & aagez 
en ufent rarement, & les filles prefque point. 



M V R C I E. 

LE Royaume de Murcie eft à l'Orient de 
Grenade , ainfi die de fa ville capitale. Il 
s'eftend au long du Goulfe Virgitane,de- 
puis le cap de Palos , jufques à celuy de Gates: 
il eft traverfé par les fleuves Segoure & Guada- 
lentino. Sur le bord du Segoure eft fituée Mur- 
cie, ville capitale du Royaume , & fur le Guada- 
lentino la grande ville de Lorca. Murcie eft affi- 
fe en une raze campagne fort plaifante , traver- 
fée par le fleuve Staber , dit par aucuns Setabis, 
lequel fè divifant en plufieurs ruiffeaux , arroufe 
les champs circonvoifins qui font plantez d'o- 
ranges & citrons : mais le plus grand profit eft 
des meuriers & de la manufa&ure des eftoffes 
de foye. En cette ville repofe le corps du grand 
Alphonfè , vray ornement des Roys. Ceux de 
Murcie à caufe qu'ils ont receu le Roy , portent 
en leurs armes fept Couronnes. 

Carthagene, anciennement neuve Carthage, cmh*. 
eftoit autresfois une grande ville , maintenant.?"»- 
médiocre : elle a un port fort affeuré & ample, 
où on pefche grand nombre de poiffons nom- 
mez Scombres ; defquels eft appellée une Ifle, 
qui eft au milieu de l'emboucheure du port, 
Scombraria. Au territoire de cette ville croift 
grande abondance de joncs. Six lieues de Car- 
thagene du cofté du Couchant, eft un Chafteau 
dit Almacaron , où l'on tire grand nombre 
d'alun, duquel le Duc d'Efcalone , & le Marquis 
de Vêle tirent un grand re veau. 



Hœtearej. 



LES ISLES 

B A L E A R E 

& P I T I V S E S. 



16 



S, 




Es plus belles Ifles de 
la mer Méditerranée, 
qui font voifines de 
l'Efpagne , font les 
deux Baléares , dites 
Majorque & Minor- 
que; & les deux Pitiu- 
fes, à fçavoir l'Ebiiius 
& Ophiufâ. Les Ba- 
léares font fituées à 
l'oppofite de l'Efpagne Tarraconnefe, & ne (ont 
gueres efloignées l'une de l'autre. Elles font 
nommées Majorque & Minorque de leur gran- 
deur , foit au nombre plurier ou bien fingulier. 
Anciennement les habitans d'icelles eftoient 
fort adroits à combattre avec la fonde , d'où 
l'on croit qu'elles furent dites Baléares , Sot? 
f3*».m , c'eft à dire, tirer au but. Les Grecs les 
appelloient Gymnefie , im f ■/j^ù-^©* , c'eft à dire 
de nudité, à raifon que les habitans d'icelles on t 
vefou quelque temps nuds. Pour le prefênt elles 
font vulgairement dites Majorque & Minorque. 
Du temps pafie Les habitans eftoient Py rates, & 
vivoient de leurs courfes & brigandages, rece- 
vansfolde de ceux de Carthage contre les Ro- 
mains , jufqu'à ce que les Romains, ayant con- 
Suis l'Elpagne, fè rendirent pareillement mai- 
res de ces Ifles. Par après , lors que les Mores 
ravageoient l'Efpagne, ils occupèrent auflî lef- 
dites Ifles ; & tout conjoignant rifle d'Yviçe 
aux autres, en firent un Royaume , lefquels fina- 
lement furent chaflez parlacques Roy d'Arra- 
gon. La forme de l'Ifle Majorque eft quarrée, & 
fes quatre coins regardent les quatre quartiers 
du monde: le Port Palumbaire, auquel eft op- 
pofée l'Ifle Columbaire , eft du cofté de l'Occi- 
dent; le Cap des Salines au Midy ; prefquesau 
milieu de ces deux places eftfituée Majorque, 
ville capitale de l'Ifle : & les Caps de S. Vincent 
& de Lapedra regardent le Nord & l'Orient.La 
ville de Polence n'eft pas loing du Cap de Lape- 
dra; ce fut une ancienne Colonie Romaine, à 
prefent c'eft une petite ville, mais fort propre & 
grandement hantée à raifon de fon havre. Le 
port de S. Ponce eft un peu plus outre vers le 
Midy & Couchant. La ville de Majorque fut 
oftée delà puiflance des Mores , parlacques 
Roy d'Arragon l'an 1 130 , & par après ce fut la 
demeure &fiege Epifcopal. Aurefte cette Ifle 
eft fort fertile , & abondante en toute forte de 
biens , on ne trouvera une Ifle de fi petite eften- 
dné,qui produife tant de divers & excelles fruits 
Efiaffic. 



& animaux ; non feulement propres à la nourri- 
ture & ufage neceffaire, mais auflî aux délices Se 
voluptez ,- car outre ce qu'elle nourrit trois vil- 
les, & plufieurs bourgs & villages, leur donnant 
toute forte de biens que l'homme (çauroit defi- 
rer, auffi elle envoyé à (êsvoifins grande quan- 
tité de froument,fel,huyle, vin, fourmage, chè- 
vres , moutons , & grand nombre de toutes for- 
tes de volailles & venaifon : ceft pourquoy.felon 
le tefmoignage de Pline , les vins des Ifles Baléa- 
res furent aflez cognus & eftimez par les Ro- 
mains. Elle produit telle quantité d'huyle & de 
fourmage , qu'elle en fournit auflî les Royaumes 
de Valence & Catalogne , & en donne abon- 
damment auxeoftes de France &de Gennes. 
D'avantage , il y a fi grand nombre de conils, 
cerfs, & dains , & la chafle tellement afleurée, 
qu'elle feule peut fuffire à la nourriture des habi- 
tans, outre le lard & chair de porc , dequoyil 
y a tant , qu'il eft neceflaire de les faler ou 
feicher, pour les envoyer ailleurs. Et outre tout 
cela , on peut encor adjoufter en lien de déli- 
ces , le myrte , lequel eft tellement délicieux, fà- 
voureux, & propre à la fanté, que fa liqueur, qui 
diftille de fes fleurs , furpafle en odeur toutes les 
autres liqueurs de l'Orient. L'hiftoiredu Roy 
Iacques nous raconte , que quand cette Ifle fut 
conquife par les Arragonnois , qu'en icelle il y 
avoir quinze villes , les noms delquelles, horfmis 
la ville capitale, & auflî S. Ponce, & Polence,qui 
eftoient Colonies Romaines, eftoient Barbares, 
& impofez par les Mores & Sarrazins. 

La ville de Majorque , dit Bernardin Gome^ au 
livre 7, eft fituée prelqu'au milieu de l'Ifle, entre 
les Caps de Figurane & de Capendoracate , lef- 
quels font quinze lieues efloignez l'un de l'autre, 
& depuis lefdits Caps , la mer conftituant un 
Goulphe de la meime diftance , jufques à la vil- 
le;lequel Goulphe eftant de telle grandeur,rend 
un tres-fameux port , lequel feulement eft battu 
du vent qu'on nommé Zudoùeft: mais plus s'ap- 
proche-on du Goulphe , tant plus il y fait afleu- 
ré, à raifon qu'on a tiré un tefte ou digue bien 
grofle de la ville,bié avantdansla mer, Se à l'op- 
pofite de cette tefte refpond le Cap Portopin, 
ain/ï nommé, d'autant que de l'autre cofté du- 
ditCap.vers leCouchant,il y a un petitGoulphe, 
qui s'advance dans la terre,faifant un autre petit 
havre,lequel eft appelle Portopin. Donc ce Cap 
avec cette digue ou tefte , tirée artificiellement, 
rendent le port de la ville de tous coftez tres- 
afleuré. La ville eft en partie aflîfe fur une haute 
P mon- 



LES B A 

montagne, Se en partieelle s'eftend en une belle 
planure > eftant conjointe par un doux amen- 
dant. Toutesfois du temps desMores,lefeul cha- 
fteau eftoit fitué fur la montagne , qui panche 
fur la mer & le havre , droit & afpre ; mais par 
après, par le commandement du Roy, furent icy 
édifiées l'Eglifè Cathédrale , & la maifon de l'E- 
vefque.avec un promenoir ou galerie pour y fai- 
re garde & fentinelle,là où il y a un tres-plaifant 
profpeét fur la mer. Auffi il y a un fleuve, lequel 
prenant fa fôurce non loing de la ville , la traver- 
sé &fè defeharge incontinent dans la mer : ce 
fleuve luy apporte grands profits, non feulement 
pour nettoyer fes rué's , & arroufer fës jardins & 

|">arterres , defquels elle eft grandement embel- 
ie ; mais auflî pour fournir de l'eau douce aux 
matelots & navires. Finalement, le circuit delà 
ville,lequel comprend la montagne avec la plai- 
ne, eftant muny dé très-bonnes murailles , eft fi 
grand, qu'il contient plus de fix mille maifbns & 
autres édifices publics , qui font d'une ftrudure 
fort fuperbe& magnifique, outre plufieurs jar- 
dins & vergers,ayant pour le prefent dix portes : 
toutes lefquelles choies rendent cette ville l'une 
des plus belles & fomptueufes de l'Europe. 
Mimr(pu. L a pi us p et i te des Ifles Baléares , vulgaire- 
ment Minorque , eft plus Orientale que Major- 
que & efloignée d'icelle cinq ou fix lieues. Cette 
Ifleauneville , laquelle du nom de l'Ifle eft dite 
Minorque , & plufieurs villages : & auflî deux 



L E A R E S. 

ports de mer, l'un appelle Maori 8c l'autre ïorneïïe. 
Elle a 1 50000 pas de circuit , Se eft environnée 
de tous coftez de tressautes montagnes cou- 
vertes d'arbres ; le dedans de cette Illenecede 
en rien , foit en fertilité du terroir & bonté des 
pafturages, à l'Ifle de Majorque : cette-cy a cela 
de fîngulier , qu'elle produit de tres-bou mu- 
lets, lelquels font grandement eftimez. 

Les Ifles voifines de Baléares font les Pitiufès, /«?>>/»- 
lefquelles font auffi deux. La plus grande fè dit'"" 
pour le prefent Yviçe , anciennement EbiJIfus, 
ayant environ 100000 pas de circuit , & diftante 
dix ou onze lieues de la terre ferme. Cette Ifle a 
une ville de fon mefme nom : Son terroir eft 
abondant en froument,& produit toute forte de 
fruiéts. Pour le jourd'huy elle eft fort renommée 
à caufo du grand nombre de fel , qu'elle envoyé • 
en Italie, Se es autres parties de l'Europe. 

La plus petite, nommée par les anciens Ophiu- 
fa, eft dite i prefent Formentere , 8c fituée au Midy 
delà précédente , un peu plus efloignée delà 
terre ferme que l'autre; elle a environ 70000 pas 
decircuit, & eft prefque defèrte & inhabitée, à 
raifon dugrand nombre de ferpens & beftesve- 
neneufès qu'on dit y avoir ; ce qui eft fort mer- 
veilleux , veu qu'en l'Ifle Yviçe ne fè trouve 
aucun animal vénéneux , ny chofè nuifîble, 
horfmis les conils , lefquels aucunefois gaftent 
les grains , Se renverfèntles champs nouvelle- 
ment fèmez. 



DESCRIPTION 

DE L'ANDALOVSIE, 

comprenant les Royaumes 
DE SEVILLE ET DE CORDOVE. 




'ESPAGNE, ancien- 
nement dite Betique , 
contient pour le joue 
d'huy trois provinces, à 
fçavoir, l'Andaloufie , 
Grenade 8c l'Eftrema- 
doure. L'Andaloufie que 
aucuns appellent Vanda- 
lie, ou la maifon des Van- 
dales , eft d'un cofté fer- 
rée par les montagnes de 



Limites, fl£ fe Jàl fia ' "' '" n [ ' rl B lin i' » les félon le tefmoignage de Pline , n'avoient que cent 

feptante cinq villes toutes quatres enfemble. Mais ce 
nombre eft bien petit au regard de ce que du temps dû 
Roy Ferdinand , on a conté tant feulement au terroir 
deSeville, nommé par les Arabes Axarafie , cent mille 
villages avec leur ville capitale, qui fe remirent en la 
fubjection dudit Roy , lors qu'on chaffa les Mores 
d'Efpagne ; après la fortie defquels , tout ce beau pays 
eft depuis demeuré en friche , Se comme un defert , par 
faute de laboureurs & culture. Leslimites d'àprefent Limita. 
de ces anciennes aflèmblées font beaucoup différents de 
Grenade , & las Sierras ceux du pafle, tellement qu'ils approchent plusàlafor- 
Morenas : au Midy elle a le deftroit de Gibraltar , 8c au me donnée à la divifion des Diocefes de toute l'Efpa- 
Septentrion le fleuve Ane. Elle eft prefque fituée fut gne par le Roy Vamba. CarceDiocefe a au Levant le 
l'entrée de la mer Méditerranée , ayant la commodité territoire de Cordoué: au Couchant le Royaume d'Al» 
de ce deftroict, lequel eft quatorze lieues d'Italie de lar- garbe , au Septentrion , il eft conrigu à cette partie de 
geur , 8c vint-cinq de longueur. Du cofté d'Efpagne, Portugal, qui eft dite la Commanderie de S. Iacques: Se 
elle s'avance comme de trois cornes , fur lefquelles font le relie du cofté du Midy , eft ferré par l Aflèmblée de 
Gihdtor. bafties les villes de Gibraltar, Tariffe 8c Barbare : & de Calis & de l'Océan. La ville capitale eft Sevllle, ancien- saitlt. 
mefme du cofté de l'Afrique, là où font Seute , Alcaflar nementdite Hifpalis , tres-plaifante Se fituée fur le fleu- 
& Tanger. Gibraltar eft fituée au pied de la montagne veBetis, citant fort magnifique enftruéture Se bafti- 
Calpe vers le Couchant ; laquelle montagne eft prefque mens, & environnée de murailles. Elle a un faux-bourg 
toute environnée de la mer , finon qu'elle eft conjointe grand 8c bien bafty, nomme Trajana .joint à la ville par 
à la terre ferme par un petit fentier ; à laquelle fur l'au- un pont de barques. Les champs circonvoifins font ra- 
tre rivage de la mer, eft oppofée Abila , ville de l'Afri- fez , & très- bien cultivez eftans tres-fertils en grain 8c 
que. Ce lieu fut grandement renommé par la victoire vin, mais principalement en huile. On apporte en cetta 
navale , qu'emporta Iacques Heemskerck fur les Efpa- ville de rous les quartiers du monde un nombre infiny 
gnols, lors qu'il mit à fond prefque toute leur flotte, dericheffes 8c marchandifes , Se particulièrement des 
Hors du deftroit, tirant vers le cofté de l'Océan Atlan- Indes Occidentales: à caufe dequoy cette ville eft fi 
Catis-Ma- t jq ue> f e V oid l'Ille de Cadiz.feparée de fept cents pieds riche Se puiflante , qu'il faut qu'elle fouiniflè au Roy 
delaterre ferme, en laquelle ily aune ville grandement tous les ans plus de deux millions 8c demy de ducats, 
floriflante du temps des anciens Romains, à prefent dite tant pour gabelles , que pour recognoiflance de fubje- 
par les Efpagnols Cadiz 8c par les eftrangers Calis Ma- étion. Ifidore , autresfois Evefque de cette ville , efcrit 
lis. Gades , dit Nonius , eft une ifle fur l'emboucheure qu'elle fut fondée par Iules Cefar, Se de fon nom , 8c de 
du fleuve Betis , là ou l'Europe eft feparée de l'Afrique, celuy de la ville de Rome fut dite IulieRomule. Quel. 
Se ou la merMedirerranée reçoit le flux Se reflux de ques années paflees on y a conté vingt-quatre mille a- 
l'Océan ; la fufdite Ifle eftant feparée de terre ferme par toyens ayans leurs familles, Se au faux-bourg trois mille, 
une petite efpace Se comme par un fleuve ou canal. Cette ville eft de forme prefque ronde, 8c a une maiion 
Pour le prefent elle eft fort fréquentée pour fa naviga- fort grande Se magnifique , en laquelle y a douze Oou- 
tion 8c fes falines , 8c auffi pour le grand nombre de verneurs ou Superintendants : Se icy le conlei vent les 
thonins , qu'on pèche aux environs ficelle. Cette Ifle marchandiles qui vont Se viennent des Indes, pourquoy 
produit toute forte de fruids en abondance 8c du vin elle eft dite , U ufa de U cmin£lion de Us Indus. 



lis. 



Puerto real. 



L'Archevefque de Seville eft le premier de toute V£fiiiEe- 
l'Efpagne, après celuy de Tolède: il avoir ancienne- cUJi^u,. 
ment pour Suflragans onze Evefques , ainfi qu'il paroift 
es fubfcriptions 8c fignatures des Conciles , à fçavoir 
celuy de Cordonë , lequel eft maintenant fouz celuy de 
Tolède : celuy d'IIiberis, d'Ilipe, de Tuccide , de Mala- 
làoùeft à prefent Cabra , d'Oflbnobe, 



U-Affem' 
blée de Sc~ 
ville. 



produ 

fort généreux. Du pafle elle eftoit feparée fept cents 
pas de la terre ferme , mais à prefent elle eft conjointe 
àicellepar un pont. 

Entre cette Ifle Se la terre ferme , eft le Puerto Real, 
Se un peu plus outre le Port de S" Marie , où le fleuve 
Guadalette fedefeharge dans l'Océan. Icy fe trouve 

grande abondance defel blanc, qu'on envoyé en di- ga, d'Egabrie , là où eft àprelen Cabra, dUllonooe, 

férfes provinces de l'Europe : un peu plus outre , ayant d'AGnde, d'Abderite, d'Aft.g.te 8c d Italique , ainfi dite 

Taffiunpe titcap fe rencontre la ville P S . LucardeBar- de la tres-noble Colonie Romaine , qui a produit «ois 

rameda/l'undesplusfameuxportsdetoutel'Efpagne. Empereurs.à fçavoir Trajar > , AdrianSt le _gran ITheç- 

La principale partie de l'Andaloufie eft leterr.roire dofe. Pour le jourdhuyl Archevefque de Sev lie na 

deSevme laque le eft réputée la plus grande , mieux que trois Suffragans , à fçavoir de Malaga, de Cal.s-Ma- 

pLpIée &laTsheu eufe de toutes les autres parties lis, Se des Ides de Canarie: Son revenu eft de 14000 

& Enfe d'Èfp gne foit que l'on confidere le grand ducats. L'Eglife Cathédrale de cette ville a quarante 

SKXeupBv eft & fabonne nourriture, ou Chanoines, 8c onze Preftres: ,ly aencore ,cy vingt au- 

KSffi & abondance de toutes chofes très Preftres facrifians lefquels de leur nombre font 

Xffoïffiter. Au refte , ce terroir contient dits.es Vingt, ^^fSïïteffd^SÎ 

environ deux cent bonnes villes, fans conter un grand v,n par I^^^J«JL^ ™f n l 



n ômbredebourgs,village S 8chameaux;tellementque 8c deux cents autres Preftres ^jf ^ 1 ^^^ 

- aion s'eftend fur beaucoup plus de villes que pelles particulières de cette Eghfe. Au rette , ilyapar 

, tresq^^esTeSmefJFovmcc.Jefqil. tout ce Diocefe plus de fixeent^ches prébendes^ en- 



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V A N D A 

tïe lefquelles il y en a plufieurs qui ont chafcune mille, 
& autres Jeux mille ducats de revenu. Et d'autres plus 
petites qu'on appelle vulgairement Chappclles > il s en 
trouve plus de deux mille. Ilyaauflï en cet Archevef- 
ché grand nombre de Moines de deux fexes , entre lef- 
quels paroiflent les Chartreux , le Monaftere defquels 
eft fitué fur le fleuve Betis, à la veuê de la ville. 
Cirdmi. La féconde ville eft Cordouè , fituée fur le bord 
du fleuve Betis , ainfi dite , comme fi elle eftoit le coeur 
dudit fleuVe , comme tean de Gironde veut infinuer. 
Son circuit eft fort ample , mais non tant habitée , à 
caufe des grands jardins Se vergers qui occupent une 
grande partie de cette ville : elle eft prefque de forme 
quarrée , toutesfoi; plus longue que large. Ses faux- 
bourgs font grands , tellement qu'ils paroiflent eftre une 
autre ville , principalement celuy qui regarde l'Orient. 
Du cofté du Couchant elle eft otnée d'un Palais Royal, 
qui eft environné de murailles particulières : elle a fouz 
foy Lorene, avec jro autres demeures. Cette ville a 
enduré grande ruine & calamité , par un tremblement 
de terre , l'an de grâce i f 89 , lequel jetta par terre , & 
brifa plufieurs magnifiques Palais & baftimens. Mais ce 
qui rend cette ville grandement célèbre , eft la naiflan- 
ce du Poète Lucan , de l'Année Seneque & d'Ofius, 
qui fut au Concile de Nice. De la Naiflànce de Sene- 
que voyez Statius en la Généalogie de Lucan ; c'eft 
pourquoy Martial dit , Dnopjiie SemcM , unkumque Luca- 
num facurida bfjuitur Cordiiba. Silius appelle cette ville 
l'honneur de la terre portante or : Auffi Ciceron eferit 
que la naiflànce des Poètes apporte quelque chofe de 
particulier à leut lieu , Se il femble qu'on entend par 
telles naiûances grande fertilité & aboudance. Es an- 
ciennes inferiptions les citoyens de cette ville font 
nommez Pairitienfcs. Elle a un Evefque , lequel a douze 
mille ducats de revenu. 
/«». La troifiefmevilleeftlaen, quieftgrande, riche, & 

très-bien ornée de Temples , Monafteres , 8c autres 
beaux édifices. Son terroir eft: fertile en vin, huile, frou- 
ment , venaifon , miel , & en toute forte de fruiéb : il y 
croift auffi force foye , & y a grand nombte de noblefle. 
Cette ville eft affile fous une haute montagne , envi- 
ronnée de murailles & battions, & elle a plufieurs bel- 
les fontaines. 
Auntivil- On conte en Andaloufie , outre lesp'aces fufraen- 
ln. tionnées , environ cent & huict autres bonnes villes : 

entre lefquelles les plus renommées font Alcazar , Vbe- 
de , Baeze , Andujar , Alcala-real , Martes avec un cha- 
fteau bafty fur une roche; Cabra, Aquilar , Archidone, 
Palme, où le fleuve Xenil fe defeharge dans le Betis; 
Pegnafter, Cermone , Eftope riche en froment, mais 
pauvre en eau: Nebnfle, aujourd'huy dite Lebrixa , eft 
efloignée huiû mille pas du fleuve Betis, & eft une ville 
fort plaçante , avec un très-beau chafteau , environnée 
de champs tres-fertils. Puis s'enfuivent quatre fort gran- 
des villes, à fçavoir Ecije , fituée fur le bord du Xenil, 
làoù croift grande abondance de chanvre : elle eftoit 
dite anciennement Artigi 8c Augujla-firma. Le terroir 
circonvoifin de cette ville eft fertil , & remply de 
bonnes prairies , propres à nourrir le beftail : pourquoy 
les habitans de cette ville s'exercent à la manufacture 
des laines. Antiquere eft divifée en deux parties: l'une 
eftant aflîfe fur une montagne & l'autre fur une plaine. 
Offi» Oflbnne eft une ville fans eau; fon terroir ne produit 
jjome. ^ d' au t r es arbres que des Oliviers , au refte fort abon- 
dant en grains £c beftes à laine ; cette ville contient en- 
Xmz. de U viron quatre ou cinq mille feux. Xeres de kfiontien eft 
Frçntin». une ville environnée de bonnes murailles; fon terroir eft 
plein d'Oliviers, & produit force grains; il n'y a rien 
icy qui ne foit bien cultivé , cat il eft chargé ou de vi- 



L O V S I Ê. 

gnobles , ou d'arbres fruiétiers , ou bien remply de ' 
grains , avec grand nombre d'oliviers : il porte du vin 
fort généreux & déliré d'un chafeun , non tant feule- 
ment de ceux de l'Europe , mais des Indiensmefmes. 
On a decouftume en cette ville défaire des grands Si 
profonds puits , pour garder toute forte de munition de 
bouche, foit grains , ou autres vivres , Iefquels ils cou* 
vrent d'un grand tas de pierres , & ne leur eft pas licite 
de les ouvrir fans confentement particulier du Magi- 
ftrat de la ville. Ce feroit chofe trop longue de parler 
de toutes les autres villes , tant feulement je ne veu x ou- 
blier ces deux, à fçavoir Almaden & Marchene. Alma- 
den eft du Diocelé de Cordoiie , & eft des appendan- 
ces de l'ordre d'Alcantar. 11 y a icy de tres-riches mi- 
nières de vif argent. Marchene eft fituée fur les confins 
de Grenade & d'Andaloufie , au terroir d'icelle naif- 
fent de tres-nobles chevaux , Iefquels vulgairementfont 
dits Genêts d'Efpagne. Outre le fleuve Betis fe rencon- 
tre lavilledePalos, avec un pe:itport de mer ; puis 
Lucene : & outre le fleuve Tinto , Nieble , & un peu 
plus outreS. Michel , & Ayamont fort renommée pour 
la bonté finguliere de fon vin , elle a un port de mer fort 
commode , & aflèz profond pour toute forte de vaif- 
feaux. 

Il n'y a pas province en toute l'Efpagne fi abondante Qiuditidii 
en fruiâs, frouments , gros & menu beftail , & fingulie- tmnr, 
rement en chevaux comme l'Andaloufie; tellement qu'à 
bon dtoit elle peut eftre dite & réputée le grenier ou 
magazin, & l'efcurie de toute l'Efpagne.Elle eft riche en 
Oliviers , & comme elle produit toutes chofes que l'on 
fçauroit fouhaiter & en grande abondance ; auflï elle 
eft du tout remplie de minières de riches métaux , 8c 
fingulierement il y a grande quantité de vermillon. L'air 
de cette province eft tellement doux Se bening , que 
non fansoccafion les anciens ontereu que les champs 
Elyféens eftoient en cette partie d'Efpagne. Les ha- 
bitans font d'une belle ftature , bien compofée , d'un 
courage aflez furieux 8c arrogant, fins Se cauteleux, mal 
croyans, grands vanteurs , plus adroits aux combats 
que forts 8t robuftes. 

Nous avons cy-deffus dit que l'Andaloufie a pris fa _4 M i,„ 
dénomination des Vandales; d'autant qu'iceux eftans gonverne- 
chaflez parlesGots hors du refte d'Efpagne , ils efta- mm. 
blirent leurs demeures en cette province ; 8c puis après 
eftans encore dechaflez d'icy , ils fe font finalement 
retirez en Afrique. L'hiftoire eft telle ; Roderigue 
xxv Roy des Gots , auquel le fang Royal des Gots eft 
defailly , conftitua Gouverneur fur la Mauritanie Tin- 
gitane un certain Comte lulien , en l'abfence duquel 
ledit Roy força fa fille, 8c luy print fon honneur , ce que 
le père entendant , appella les Sarrazins de l'Afrique, 
voulant fe venger d'une injure tant abominable , Ief- 
quels attirez par beaucoup de promefles dudit Comte, 
paflerent par le deftroit, lan de grâce 714 , fouz la con- 
duite de Muzamifle , 8c en l'efpace de deux ans fe rendi- 
rent maiftres prefque de toute l'Efpagne , excepté les 
Aftures , Si quelques contrées inacceffibles. En ce peu 
de temps furent tuez des deux coftez plus de fept cent 
mille hommes. Par ainfi les Sarrazins ayans occupé 
toute l'Efpagne , abolirent de toute leur puiflànce le 
Nom 8c la Religion Chreftienne, divifans entr'eux les 
Royaumes: le premier fut celuy deCordouë , lequel 
ilsnommerent Abenalibetic : le fécond de Seville: le 
troifiefme en la neuve Cartage ou bien Cartagene. Iuf- 
ques à ce qu 'eftans chaflèz de ces lieux par Ferdinand 
II I , l'an de grâce mil deux cents dix-fept , ils fe re- 
tirèrent en Grenade: 8c finalement ils furent du tout 
déchaflèz d'Efpagne par Ferdinand V I , l'an I49'}. 



L' 



I E. 



Peine fçauroit-oa dire grands fleuves, le Caie, le Therme, dans lequel fe dé- 

d'oul'Afieaprisfonnorfls charge le Pactole , tant chanté par les Poètes, pour fes 

les uns le tirent d'un lac Tablons dorez, & le Caiftre, qui fepare la Lydie delà 

nommé Afia, les autres Caire. Ses plus belles villes font Thyatire , Sardes Se 

d'Afia mère de Prome- Philadelphie. Le Carie a deux rivières , à fçavoir Mean- 

thée, femme de Iaphetus; der 8c Lycus , & plufieurs grandes villes , Tripoli , Lao- 

d'autres au rapport de dicée, Antioche, Magnefia, Priene , Alabanda , Strato- 

Hippias chez Euftatius, nique 8c Milete, qui eft fur le rivage, ville de Grèce ja- 

le prennent d'un certain dis opulente & puiffante en mer. EnEolie il y a trois 

Héros ou demy-dicu qui belles villes , Cumes , Phocée & Elée. En Ionie vous 

■ fe nommoit Afius. Elle avezSmyrne, Clazomene , Teos , Lebedus , Colophon 

eft plus grande que ny renommée non tant pour l'Oracle d' Apollon Clarien, 

l'Afrique, ny l'Europe , & de plus elle a plufieurs advan- que pour la naiffance d'Homère ; 8c Ephefe la plus cele- 

tages par deflus l'une & l'autre. Car premièrement, bre de toutes, principalement pour ce beau temple de 

c'eft dans l'Afie que le premier homme a efté créé; c'eft Diane, qui a mérité défaire le feptiefme miracle du 

l'Afie qui a fervy comme de théâtre à toute l'hiftoire monde , au refte fi magnifique 8c fomptueux , queXer- 

du vieil & nouveau Teftament; C'eft là que noftreSau- xes ayant ruiné & pille tous les autres temples d'Afie, 

veur s'eft reveftu de noftre chair ; c'eft là que l'Autheur efparguat ecluy-cy , mais un certain Heroftratus pour 

de la Nature, & le Souverain Architecte du monde s'eft faire parler de foy , quelque temps après y mit le feu 8c 

fait voir aux yeux des mortels ; c'eft cette terre qui a eu le brufla. La Dorie a eu jadis deux villes , Halicarnaflê 

l'honneur de le recevoir quand il eft né ; c'eft là que le 8c Cnide. Mais aujourd'huy l'Afie eft partagée en cinq 



îmtits. 




limita. 



Chriftianifme a efté premièrement planté; c'eft là que 
les premières Eglifes des Chreftiens ont efté drefTées, 
qui ont brillé comme autant d'eftoilles parmy les té- 
nèbres de l'infidélité 8c de l'idolâtrie ; C'a efté la pre- 
mière qui a enfeigné aux autres nations les couftumes, 
les cérémonies, 8c la façon de vivre que elles doivent te- 
nir; c'a efté la mère fecoude de toutes les langues 8c de 
tous les arts; C'eftlà où les premières Monarchies Se 
Empires des Affyriens , des Perfes , des Babyloniens 8c 
Medois ont efté fondez 8c eftablis. Bref, il n'y a aucune 
partie du monde, dont les anciens Efcrivains ayent plus 
parlé que de l'Afie 



parties principales ; La i eft la Tartarie ; La z la Chinej 
La 3 l'Inde avec fes Ifles ; La 4 l'Empire des Perfes ; La 
5 l'Empire du Turc. Les Tartares habitent au quartier 
Septentrional de l'Afie , depuis le lac Meotide jufques à 
l'Océan Oriental ; 8c il n'y a point de plus grand Empire 
au demeurant du monde. LaTartarie deferte eft abon- 
dante en vaches qui portent. Zagathai , c'eft terre par- 
tie de la Scythie qui eft enfermée du fleuve Imaus. Le 
Royaume de Catai eft fort recômandable pour la bonté 
de ion terroir , Se pour la température de l'air. Tangut 
c'eft cette partie de la Scythie, qui eft hors du fleuve 
Imaus, avec le pays des Seres proche de la Chine. Ses 



Elle a pour limites du codé de Septentrion , l'Océan principaux fleuves font Putifachuis , Caromora, Quian- 
Scythique ; du cofté du Levant l'Océan Oriental ; du tu, 8c Quiam ; C'eft une nation farouche , cruelle , fan- 
cofté de Midy la Mer Indienne , autrement dit Met guinaire, brutale, Se defpourveuë de toute humanité, en 
Rouge ; du cofté de l'Occident , le Golfe Arabique Se fomme de toutesles barbares la plus barbare; le pays eft 
l'Ifthme ou pièce de terre qui eft entre le Golfe Arabi- pour la plus grand part deshabité , laiffé en friche , Se 
que & la mer Méditerranée ; puis la mer de Phanice , la tout herifle d'efpines 8c hailliers. Elle a pris fon nom du 
mer Egée, la Propontide, le Pont Euxin.Ie lac Meotide, fleuve Tartar, lequel arroufant la contrée de Mongul, fe 
le fleuve Tanais, 8c Oby. Sa plus grande longueur fe rend dans la mer Septentrionale ou de Nord, 
prend entre l'Hellefponte Si Cap de Liampo , qui eft le Le Royaume de la Chine eft fitué fouz la Zone tem- tywmt 
dernier cap de China , de mil trois cents lieues d'Aile- perée, Se a pour bornes la mer Chinoife, 8c l'Inde , 8c la d, UChmt. 
magne. Sa largeur eft entre le deftroit du Golfe Arabi- Tartarie; du cofté de laquelle elle eft enclofe d'une mu- 
que Se le cap de Tabin prés du deftroicl d'Anian de raille faite à chaux & a fable , qui dure 400 lieues , pour 
1220 lieues. Elle eft conjointe avec l'Afrique par fuppléer au défaut des montagnes. C'eft un Royaume 
rifthrae , qui a vingt cinq lieues de largeur; le demeu- de fort grande eftendué, qui a 1 c Provinces, 22; villes 

Métropolitaines Se Capitales , 1 1 H places fortes , 420 
petites villes , des Bourgs 8c villages fans nombres; il eft 
fort peuplé , car le nombre des habitans arrive à 70 
millions. Les naturels du pays ont fort bon efprit , Se 
tant Majeure , qui eft fubjette aux Perfes , que Mineure font pleins d'induftrie , ils avoient l'invention de l'Impri- 
qui eft fouz le Turc. 3 La Chaldée. 4 L'Arabie qui merie, 8c des ballons à feu, long-temps devant nous, 
eft triple, la Pierreufe , la Deferte Se l'Heureufe. 5 La Le Gange coupe l'Inde en deux parts ; de là v.ent Les hi„. 
Perfe. Puis fuit la Tartarie, l'Hircanie , la Baftrienne, que la partie plus proche de la Perfe s appelle 1 Inde au 
la Parthe, l'Inde 8c la Chine, avec toutes les liles qui en deçà du Gauge , Se l'autre l'Inde au delà du Gange, 
dépendent. L'Afie Mineure contient ces pays qui s'en- Celle-là s'appelle Indoftan, ou eft Camba.a,B.lnagar 8c 

Narfinga, avec l'Ifle de Ceilon, 8c les Maldives. L Inde 
au delà du Gange , contient le pays de Bengala , de Pe- 
gu , Se un grand Cap où eft Malacca , jadis appelle Au- 
rea Cherfonefus. L'or, la foye, les pierreries, les perles, 
les efpiceries , comme le poivre , le clou de girofle , la 
noix mufcade.la canelle.le Rhubarbe, 8cc. font les mar- 
chandifes de l'Inde. Il y a une infinité d Ifles dans la mer 



rant eft entouré d'eau. 

Elle a eftéjadisdivifée en l'Afie Majeure Se Mineure. 
Vôicy les contrées qui font dans la Majeure. 1 la Syrie, 
quifedivife enlaPhsnice SclaPaleftine. 2 l'Arménie 



fuivent. La Phrygie, la Myfie, la Carie, l'Eolie.la Ionie, 
la Dorie Se l'Ifle de Rhodes. Il a deux Phrygies , l'une 
Majeure l'autre Mineure qui s'appelle auffi Troas , pre- 
nant fon nom de la ville de Troye, tant renommée pour 
avoir fouftenu un fiege de dix ans , Se pour avoir efté en 
fin faccagée Se razée'; A trois cent pas de laquelle, on a 
bafty une nouvelle Troye , là mefme fe void la Troade 



d'AÎexandre.qmfenommeauffiAlexandrie. LaMyfie Indienne la principale 8c la plus renommée de tout IO- 

fe divife encore en la Majeure Se en la Mineure, rient c'eft Sumatra , que les anciens on "—J^ 

En la Majeure il y a trois fort fameufes villes, bana , qui contient plufieurs Royaumes. Bornéo eft a 

Antandros J Pergamus Se Trajanopolis ; en la Mi- féconde, 8c lava Major la tro.fiefme , dont on ne fçart la 

tide, fe voyait de très-belles rivières, Efope , Granie, Se monde, d autant qu de toifonne en oute fort : de com 

Simc.is; pareillement auffi lemont Ida aflëzrenommé moditez .1 y a entr autres une y J, « 6« ™«g°« 

r les Lours de Paris 8c d'Oenone. La Lydie a trois nommée Bantam, .1 y en a encor d autres Ifles , dont les 
Afit. A 



pour I 



trois 



DES CRIPTIO 

trois plus grandes, font Celebes , Gilole, & Ceiram, 
lefquelleson eftime eftre les Stades de Ptolemé; & par- 
my celles-là on envoid d'autres plus petites appellées 
Moluques, mais tres-fertiles en efpiceries. Les Illes Phi- 
lippines font les plus proches au Royaume de Chine, 
lefquelles on tient pour les Baruflës de Ptolemé , la plus 
grande d'icelleseft Luzon , où les Efpagnols ontbafty 
une ville, qu'ils ont appellée Manille. La féconde fe 
nomme Mindanao,& la troifiefme Calamianes : il y en a 
encor d'autres plus petites femées parmy. Vers l'Orient 
il s'en void beaucoup d'autres > que les Efpagnols appel- 
lent en un mot Jpi de lasVeUs. Du cofté duMidy.a 
i yo lieues d'AlIemagQe loing de là.vous avezla nouvelle 
Guinée, on n'a pas encore bien rccognu , fi c'eft un 111e, 
ou bien une partie de la terre ferme Méridionale. Or vis 
à vis du Royaume de Narfinga dansls Golfs Gangetique 
fevoidl'IfledeCeylon divilee en neuf Royaumes, cer- 
tains modernes croyent que c'eft l'ancienne Taprobana. 
fEmphe L'Empire des Perfes eft borné du cofté du Septentrion 
des 1er- <je ] a ]yj er Cafpie , du fleuve Oxus , & du mont Caucafe; 
•/*'"• du cofté de l'Orient de l'Inde ; du cofté du Midy de la 

Mer & du Golfe Perfique ; du cofté du Ponant de l'Eu- 
phrate & du Tigre qui s'y va rendre , & du fleuve Ara- 
xes. Les contrées de ce Royaume fenommoient an- 
ciennement Gedrofia , Carmania, Drangiana , Arache- 
fia, Paropamifus, BatStriana, Margiana, Hyrcania , Aria, 
Parthia, Perfis , Sufiaua , Aflyria , Media. Aujourd'huy 
l'Empire du Perfan ou du Grand Sophi , eft divifé en 
quatorze contrées, dont voicy les nomz: Sare, Culiftan, 
Elaran, Farfi, Arac, Elfabar, Diargument , Corafan , Sa- 
bleftaD, Candahor, Sigeftan, Chefimur , Kirman , Goa- 
del , aufquelles on a adjoufté Ormuz 8£ Guzaratte. Au 
refte, le Royaume d'Ormuz appartient maintenant à la 
vieille Carmanie : Pline l'appelle Armuzia , & les habi- 
tansArmozei, c'eft un fort puiflânt Royaume. Ptole- 
mée deferit une certaine cité qu'il appelle Armuza , & 
Strabon Armozum , & tous deux luy donnent une telle 
affiette , qu'on peut à peu près conjecturer que c'eft Or- 
muz, en effet elle eft fituée dans une Ifle de mefme nom. 
Le Roy eft Sarazin, jadis tributairedu Perfan , &main- 
tenant il l'eft du Roy d'Efpagne , lequel y a une forte ci- 
tadelle : mais l'autre partie de ce Royaume, -eft fur la 
prochaine cofte d'Arabie. La ville capitale de ce Roy- 
aume s'appelle Ormuz , aflez belle , & fort marchande 
en pierreries, perles , & efpiceries , que l'Inde , Perfe & 
Arabie y envoient. Mais l'an 1623 le Perfan la gaigna 
fur l'Efpagnol. 
Des Turcs. L'Empire des Turcs eft aujourd'huy tenu par Sultan 
Amurath , qui a fuccedé à Sultan Ofman , & à Sultan 
Muftapha. Voicy les pays qui font de fon domaine dans 
l'Afie : l'Albanie.Colchis, l'iberie, l'Arménie, la Cappa- 
doce, la Galace, le Pont, la Bithynie, l'Afie Mineure ou 
la Natolie, la Lycie , la Pamphylie, la Cilicie , la Syrie, 
la Mefopotamie , la Babylone , & l'Arabie : adjouftez y 
les Ifles de Cypre, Rhodes , Lesbos, Chio , & Côs , qui 
font les plus remarquables. 

Les Roys des Affyriens ont efté autresfois maiftres 
de toute l'Afie , Sardanapale a efté le dernier , infâme 
pour fes impudicitez & pour fa vie exceffivement def- 
bordée. Puis cet Empire pafla aux Medes, & des Medes 
aux Roys des Perfes , Xerxes fils de Darius en fut l'un, 
qui continua cinq ans la guerre que fon père avoit com- 
mencée en Grèce , 8c fit palfer une armée de dix cents 
mil hommes d'Afie en Europe , fur un pont qu'il fit ba- 
ftir à cet effet fur l'Hellefpont , & couvrit la mer d'une 
flotte de quelques milles navires , mais tous ces grands 
deffeins s'en allèrent en fumée, & ce bravache qui avoit 
efté fi infolent 8c outrecuidé , que de menacer le Ciel, 
braver la Mer, mettre Neptune dans les ceps, obfcurcir 
le Soleil d'une nuée de flèches , applanir les montagnes, 
faire trembler toute la terre; à peine fe peut-il fauver 
dans un batteau de pefcheur, fon pont ayant efté rompu 
& emporté de la tempefte , & cette fi puiflante armée 
taillée en pièces. Darius a eité le dernier Roy de Perfe, 
qui fut vaincu par Alexandre , éc par mefme moyen fit 
place à l'Empire des Macédoniens. Apres lefquels une 



N DE V A S I E. 

bonne partie de l'Afie futfubjuguée par les Romains s 
mais après vindrent les Parthes (nation qui avoit touf- 
jours efté jufques lors fort mefpnfée pour fa lâcheté de 
courage) qui eftablirent un puiflânt Royaume enAfie, 
& donnèrent de fort mauvais efchecs aux Romains.juf- 
ques à ce , qu'ils furent défaits par les Turcs & Sarazins , 
& leur Royaume deftruit. En fin les Perfes fe font en- 
cor remis fus par la valeur de leurs Sophi, & lfmael a efté 
celuy qui a le plus eftably la puiflànce de cet Empire. 

L'Afie a quatre grands fleuves, Tigris, l'Euphrates, le Btmics de 
Gange & l'Inde , dont il ne fera pas hors de propos de lAfic. 
traitter en ce lieu. Tigris , que ceux du pays appellent 
aujourd'huy Tigil , prend fa fource en l'Arménie Ma- 
jeure, d'une claire fbntaine.qui eft en une plaine; là où il 
coule plus lentement , il a nom Diglito; mais là où il 
commence à rouler fes eaux avec plus de viftelfe, il s'ap- 
pelle Tigris, qui veut dire en Medois une flèche ; il pafle 
à travers le lac d'Arethufe , puis il fe va perdre dans une 
grotte du mont Taurus, & paffant par deflbus , il s'en va 
lortir de l'autre cofté de la montagne. Il pafle en après 
par un autre lac nommé Thofpites , puis fe va perdre 
derechef dans certains creux fouz terre , & a vingt cinq 
mil pas de là il commence à paroiftre. Puis eftant accreu 
de plufieurs autres rivières d'Arménie ocd'Affyrie, il 
fepare l'Aflyrie d'avec la Mefopotamie, & au deçà de 
Seleucie, venant à fe partager en deux canaux , l'un def- 
quels tire vers Seleucie, l'autre prend fon cours vers 
Ctefiphon , il fait une Ifle affez grande. Ces deux bras 
s'eftans réunis en un canal , il s'appelle Pafitigris , puis il 
fe defeharge dans les lacs de la Chaldée , de là fe grof- 
fiffant tousjours , enfin il fe rend par deux emboucheu- 
res dans la mer Perfique. L'Euphrate , que les naturels 
du pays appellent Frat , vient auffi de l'Arménie ; en fon 
commencement il fe nomme Pyxirates , puis là où il 
pafle à travers le mont Taurus ; il s'appelle Omira, & 
ayant pafle il a nom Euphrates. Delà razantla Mefo- 
potamie à main gauche & la Syrie , l'Arabie & la Baby- 
lone à droite; il fe fend en plufieurs canaux, dont l'un va 
à Seleucia & au fleuve Tigris;l'autre qui s'appelle Royal, 
rraverfant la Babylone, coule dans les lacs & marets de 
Chaldée, & paffant à travers il s'en alloit autresfois ren- 
dre dans la mer par fon emboucheure ordinaire ; mais 
depuis que les naturels du pais l'ont arrefté, & comme enfermé 
dans leurs terres pour les arroufer; il ne fe defeharge point dans 
la mer, que par le mefme canal du fleuve Tigris, avec lequel il 
fe mefle. Il a fes crelies & decreûes réglées auûl bien que le 
Nil. Le Gange qui porte l'or & les perles , fort des monts de 
Scythie : là où il eft plus eftroit, il a deux lieues d'Allemagne de 
largeur , & là où il eft plus large il en a cinq ; fa moindre pro- 
fondeur eft de cent pieds. Le fleuve Indus , que les naturels 
nommoient jadis Sandus, & qui a aujourd'huy diveriesnoms, 
à mefure qu'il vifitc divers pays ; car il s'appelle Hind , Duil, 
Inder & Caercede; prend fa fource du mont Paropamife , il re- 
çoit dans fon canal dix-neuf fleuves, Gntre lefquels il y en a deux 
plus renommez Hydafpes & Hypafis, qui arrefta les conqueftes 
d'Alexandre; fa plus grande largeur eft de cinquante ftades, qui 
font cinq mil pas ou environ, & fa plus grande profondeur eft 
de quinze pas; il a fept bouches , par où il fe defeharge dans la 
mer Indienne. La plus haute montagne d'Afie, & qui eft com- 
me le père des autres, c'eft le mont Taurus, qui s'appelle tantoft 
Imaus , tantoft d'un autre nom. 

Là eft aufli la mer Cafpienne , qui s'appelle aujourd'huy Mar 
de Sala, ou bien de Bachu, ou bien encore Chualensko , elle eft 
enclofe de terre de toutes parts , en quoy les anciens fe font 
trompez, en ce qu'ils ontereu, que c'eftoit un Golfe de l'Océan 
Septentrional. Maintenant voicy les fleuves qui ont leur def- 
eharge dans le Pont Euxin, Thermodoon, lrys , Halys , qui eft 
au Pont; Parthenius & Sangarus qui eft en Galace ; Rhindacus 
en Bithynie; Simois & Scamander en Phrygie ; Caycus & Her- 
mus en Lydie; Cayftus & Meander en Cane; Xantbus en Lycic; 
Carades en Pamphilie ou Carmanie. Cydnus en Cilicie , qui 
pafle le long de Tharfe,d où eftoit natif l'Apoftre S.Paul; Oron- 
tes en Syrie; Iordanes en Paleftine; le grand lac Afphaltites, 
dans lequel le Iordain fe va rendre. Les principales villes qui s'y 
voient pour lejourd'huy , & qui font iousl'Émpire du Turc, 
font Capha Se Trebifonde ; mais il y avoit jadis plufieurs autres 
villes , à feavoir Amafus , Prufà , Chalcedon , Abydes , Troye, 
Smyrne, Colophon, Ephefe,Milette, Patara, Tharfe, Antioche, 
Trîpoly, Berythus, Tyr, Sydon, Ioppe, Afcalon, Gaze, Damas, 
Ierufalem. Il y a deux montagnes , le Liban & l'Anti-Liban. 
L'Ifle de Cypre contient plufieurs villes, mais les plus fameufes, 
font Salamine, Amathus, Paphus , Nycolîa , 3c Famagoufte. 



LES INDES. 



Moines. 




Vivifier 



Royaumes, 



Le Royau- 
me âti 
grand Mo 
fol. 



Cambaja. 



Decam. 



Es Indes font la plus no- 
ble partie de la terre , & 
la plus grande qui (bit 
comprile fous un feul 
nom. Elles ont pour bor- 
nes au Couchant le fleu- 
ve Indus, dont elles pren- 
nent leur nom, & la mer 
Arabique, au Septentrion 
le mont Taurus , au Le- 
vant la mer Orientale, Se 
au Midy la mer Indienne. 
Le fleuve Ganges les fepare en deux parties ; dont celle 
qui eft plus Orientale, a efté appellée des anciens l'In- 
die de delà le Gange; & la plus Occidentale , 1 Indie de 
deçà le Gange. Les modernes la nomment Indoftan. Ce 
pays furpafle tous les autres du monde, non feulement 
en nombre de villes , & multitude d'habitans, mais auflî 
en fertilité , car il rapporte de tout ce que la terre four- 
nit aux hommes, ou pour la neceflité, ou pour le plaifir. 
Il eft arroufé par ci pat là de diverfes rivières , gran- 
des & petites, Iefquelles avec la chaleur du Soleil qui 
y eft tres-vehemente , rendent la terre merveilleufe- 
ment fertile. Il fournit les autres pays d'efpiceries , de 
gommes , & de fucs de très-bonne odeur , de pierres 
precieufes, de foye , & de fin lin. 

Les Indes font divifées en plufieurs Royaumes , dont 
les principaux font celuy de Mogol, de Decam, de Ma- 
labar , de Narfingue , d'Orixa , de Pegu , de Sian , & de 
Cambodja. D'avantage, la mer eftparfemée de tant 
d'Ifles, qu'il femble y en avoir un monde. Les principa- 
les font, les Maldives, Zeylon, Sumatra , lava, Bornéo, 
Celebes, Mindanao , Luflon , Banda, Amboina, & les 
Moluques. 

Le grand Mogol qui n'eft inférieur à aucun de tous 
les plus puiflànsPrinces du monde,pofTede la partie Sep- 
tentrionale des Indes. Il y a 47 Royaumes fous fon Em- 
pire , comme tefmoigne Boterus. Il eft borné du cofté 
du Levant & du Septentrion, de la Tartane, & du mont 
Taurus; au Couchant , du mont Taurus; au Midy , des 
Royaumes de Decam & d'Orixa ; & en cet endroit là 
comprend auflî le Royaume de Cambaja & de Bengala. 
Cambaja eft aflîfe à l'emboucheure du fleuve Indus, 
peut eftre rnife entre les plus fertiles contrées des In- 
des, elle fournit tous les pays d'alentour, de bled, de ris, 
de pois, de beure, & d'autres chofes neceflaires à la vie. 
Elle donne fon nom à fa ville capitale, qui s'appelle auf- 
fi Cambaja. Les habitans qui s'appellent Guzarattes & 
Banjanes, font merveilleufement adroits àlamarchan- 
dife. Ils font des toiles de cotton , qui font beaucoup 
plus fines 8c déliées , que les noftres de lin. II n'y a que 
cette feule Province où on trouve cette forte déterre, 
ou de couleur, qu'on nomme Indigo , laquelle on tranf- 
porte delà en tous les quartiers du monde. On y va 
auflî quérir des pierres precieufes, des grenats , hyacin- 
thes, amethyftes , Se autres fortes, comme auflî des dro- 
gues fervans à la médecine. Les Portugais y ont un bon 
fort , nommé Diu , fur la frontière du cofté du Midy. 

Decam du cofté de Midy , joint au Royaume de Ma- 
labar; d'Orient aux Royaumes de Bifnagar & d'Orixa: 
elle a Cambaja au Septentrion , & la mer à l'Occident. 
On la divife en ces pays icy , Cuncan, Canara , & Balla- 
guate , dont ce dernier eft compofé des montagnes qui 
iont vis à vis d'Orixa. Or ces montagnes ne font point 
hautes, & ne vont pas en pointe comme les autres , mais 
ont des belles campagnes & pafturages , Sr c'eft la cau- 
fe pour laquelle les Indiens leur ont donné le nom de 
Ballaguate; car Balle , en leur langue , lignifie deflùs , & 
Guate, des montagnes. Les Portugais appellent toute la 



■ Go». 



province Decan , & les peuples qui y habitent Decan- 
ques & Canaras. La capitale du Royaume eft Beder, où 
le Roy tient fa cour. Goa eft une ville tres-renommée 
pour le trafic, non feulement en cette contrée.mais auflî ' 
par toutes les Indes , c'eft là ou le Vice-roy de Portugal 
fait fa demeure , item l'Archevefque , le Confeil &c la 
Chancelerie du Roy: c'eft là que toutes les autres villes 
qui obeyflent aux Portuguais , reçoivent des Ioix & or- 
donnances. Cette ville eft un magafin bien fourni de 
toutes les marchandifes d'Orient ; à caufe de quoy on y 
void aborder un grand nombre de marchands , d'Ara- 
bie, Perfe, Armenie.Cambaja, Bengala.Pegu, Sian,Iava, 
des Moluques, & de la Chine.Des payens, Indiens.Mau- 
res, Iuifs,Armeniens,Guzarattes,Bajanes,& autres peu- 
ples des Indes , y demeurent pefle-melle , & y fuivent 
chacun fa loy & religion; horfmis qu'il n'eft permis à 
aucun de brufler les morts , nyd'obferver en public les 
fuperftitions payennes , qui pourroyent donner du fean- 
dale. Les autres villes font Cintapor , Dabul,Bafnin, 
Chaul, Damaon ; qui font toutes aflifes fur le bord de la 
mer. Il y a un port fort commode à Chaul, & un grand 
nombre de navires. Plufieurs riches marchands y font 
leur demeure, qui trafiquent à Ormus, Cambaja, Sinda, 
Bengala , & autres lieux. 11 y a aflez prés de là une an- 
cienne ville , habitée par ceux du pays , ou on fait plu- 
fieurs gentils ouvrages avec delalacque, & des draps 
de foye, fatins, taffetas , armoifîns, grolgrain , & autres. 
Us vont quérir à la Chine de la foye crue , laquelle ils 
mettent en œuvre, puisdiftribuent par tout leurs ou- 
vrages. Ces pays icy abondent en ris, & diverfes lé- 
gumes , & en noix d'Indes , dont on tire de l'huile. II y 
croift aufE grande quantité de gingembre , à caufe de 
quoy il y eft à fort bon marché. 

En ce pays ou delà de Ballaguate , & en deux ou trois 
montagnes auprès de Bifnagar , on trouve des diamans, 
dont le Roy de Bifnagar tire un grand profit : car on eft 
tenu fur peine de la vie , de luy apporter tous ceux qui 
fontdupoids de 2 e mangelyns , ou quilepaflent. Au 
Royaume de Decam, il y a une montagne , nommée 
Rocca Velha, ou il en croift de très-bons , que les mat- 
chands de pierreries fçavent bien difeerner d'avec les 
autres. On le tire des mines comme l'or; es lieux où 
on a creulé la hauteur d'un homme , au bout de trois ou 
quatre ans , on en trouve d'autres , qui y font nouvelle- 
ment creux. 

Le Royaume de Malabar commence au Cap de Ra- 
ma, qui eft à dix lieues de Goa, en tirant vers le Midy,& J "'"™" a '- 
s'eftend jufqu'au Cap de Comori , au bout du Conti- 
nent : ces villes icy font fur le rivage , Onor, Barfalor, 
Mangalor, Cananor, Cranganor, Cochin & Caulam, ef- 
quelles il y a des citadelles, ou les Portugais ont des gar- 
nifons. Calicut en eft la capitale , où l'Empereur, qu'on 
appelle Samoryn , fait fa demeure. Mais depuis que les 
Portugais ont commencé à eftre maiftres du pays, cette 
ville eft fort allée en décadence, & ne luy eftprefque 
rie refté, que le nom de fon ancienne fplendeur. 11 croift 
du poivre en tous les lieux fufhommez , & de la canelle 
auprès de Cochin , mais qui n'eft pas des meilleures ;oa 
l'appelle canelle de matte , c'eft à dire fauvage. Les na- 
vires de Portugal abordent à Goa , où aptes qu'elles ont 
déchargé leurs marchandifes , elles coftoyent ce riva- 
ge , & fe chargent d'autres marchandifes , fur tout en la 
ville de Cochin , qui n'eft gueres moindre que Goa. Le 
Roy va par foisfaire fa demeure un peu plus Ioing de la 
mer, vers le milieu du pays, en un lieu appelle Cochin 
Dacima , qui eft du territoire de Malabar. Or les Mala- 
barois font noirs , comme de la poix ; ont les cheveux 
doux & noirs ; quant au refte du corps , il n'y a guère de 
différence entte eux & les habitans d'Europe. Us font 
B d'un 



LES 
tîHjn naturel Farouche, hardis, fuperbes, les plus vaillans 
Ibldats de toutes les Iudes, ennemis jurez des Portugais , 
adonnez à fuperftition & idolâtrie , comme les autres 
Indiens. Ils font diftinguez en deux fortes d'hommes, ou 
conditions , fçavoir eft les Nairos ; & les Polias. Les 
Nairos font les nobles, &fuivent la guerre -, ils ont de 
couftume de fe percer le mol de l'oreille, &del'eften- 
dre jufqu'aux efpaules, pour en paroiftre plus hauts. Les 
Polias font de plus vile condition au regard des Nairos, 
& font laboureurs, pefcheurs , ou artifans. 
N.irfmguc. En tirant vers le Levant du Cap de Comori , on ren- 
contre le Royaume de Narfingue , qui s'eftend depuis 
Negapatan jufqu'à Mafilopatan. Le Roy s'appelle Bif- 
nagar, du nom de la capitale de fon Royaume, qui eft au 
cœur du pays , où il a accouftumé de tenir fa Cour. La 
S. Thamu. ville de S. Thomas eft auprès du rivage , elle eft habitée 
des Portugais; autresfois elle eftoit fort puiflante,& s'ap- 
pelloit Malliapor. Les Indiens racontent.que S.Thomas 
Apoftre , y a prefché , & qu'il y a converti des peuples 
par fes miiacles. Mefmes ilsafleurent, que quand les 
Portugais y vindrent la première fois, ilyavoit encor 
des Chreftiens , iflus des Indiens que S. Thomas avoit 
converti au Chriftianifme. 
Orix». Orixa eft au cofté Septentrional de Marfingue , & s'e- 

ftend vers l'Orient jnfqu'au Gange. Or toute celte co- 
fte maritime de Narfingue , Bifnagar , & Orixa , depuis 
Negapatan jufqu'au Gange ou à Bengala,s'appelle com- 
munément Ora de Coromandel. L'air de ce pays eft 
fort fain, toutes fortes de biens y abondent : on y porte 
des habits à l'Indienne, fur tout en la ville de S.Thomas, 
êc des toiles de cotton , bigarrées de diverfes couleurs, 
& entrelacées de fil d'or & d'argent , de forte qu'elles 
font de plus grand prix que les eftoffes de foyes , c'eft la 
marchandife dont on y fait le principal trafic , & qu'on 
tranfporte de la en tous les quartiers du monde , & auffi 
en Europe. 
Biniati. Le Gange fert de bornes à Bengala du cofté d'Orient, 
& le Royaume de Pegu à l'Occident. Le Gange eft l'un 
des plus grands fleuves du monde, les Indiens le tiennent 
pour facré , & croyent qu'en s'y baignant , on obtient 
laremiffion de tous fes péchez, mais qu'il n'y a point 
d'efperance de falut pour ceux qui auront refufé de s'y 
laver; pourtant les voifins y accourent à groflês troupes, 
& y font tout plein de fuperftitions & de cérémonies. 
La capitale du Royaume s'appelle Chatigam , il rappor- 
te une merveilleule abondance de tout ce qui eft necef- 
faire pour la vie ; principalement de ris , dont on char- 
ge une infinité de navires. Il y a auffi une très-grande 
quantité de beftail , de forte qu'on peut avoir un bœuf 
pour un larin, c'eft à dire , pour dix lois de noftre mon- 
noye; &une mefurede ris, qui tient quatorze boiflêaux 
de Hollande, pour quinze fols; on vend à proportion les 
moutons, les volailles, le fucre, le beure , & autres vian- 
des & breuvages. Il s'y fait auffi plufieurs toiles de cot- 
ton, ils filent du fil d'une certaine herbe jauue , qu'ils 
nomment l'herbe de Bengala , & en font des draps de 
plus grand prix que ceux defoye. Onyvoid plufieurs 
Rhinocerots , ils font la guerre aux elephans , on tient 
que leur corne , dents , ongles , avec leur chair , & leur 
fang, fervent de contrepoifou. 
/Irxans & Les Royaumes d' Aracam & de Pegu ont Bengala pour 



INDES. 

frontière, du cofté d'Occident & du Levant, le Royau- 
me de Siam. Ils abondent en or & en pierreries, comme 
fapphirs, efcarboucles, grenats & autres ; il s'y fait auffi 
de la lacque qui fert à cacheter. On ne trouve aucune 
autre part fi grand nombre d'elephans , que là. Quand 
quelque marchand eftranger y arrive , on luy demande 
s'il a intention d'y faire du fejour , s'il ditqu'ouy , on luy 
prefente plufieurs filles, dont il choifit celle qui luy 
plaift le plus, & convient du prix avec fes amis ; elle luy 
lert de femme & de fervante eu tout ce qu'il a affaire 
à la maifon , quand il eft preft de s'en retourner, il la ren- 
voyé à fes amis, & paye le prix qu'il a accordé: que fi el- 
le vient à fe marier tandis qu'il eft abfent , & que puis 
après il retourne , elle eft defgagée de fon mariage tout 
le temps de fon lbjour, auquel elle demeure avec luy, & 
le fert, jufqu'à ce qu'il s'en aille; & ce par leconfente- 
ment de fon mary , vers lequel elle retourne puis après, 
fans qu'on eftime qu'elle ait rien fait de contraire à fon 
honneur & chafteté. En la ville de Martavan, qui eft en 
la partie Méridionale de Pegu , on fait des pots de terre, 
qu'on appelle Martavanes , lefquels fouvent font de 
telle grandeur, qu'ils tiennent deux tonneaux de vin: on 
y garde de l'eau , du vin , & de l'huyle. 

Le Royaume de Siam a pour frontière au Couchant sim>. 
le Royaume de Pegu, au Levant Cambadja. Le Roy qui 
le gouverne eft fort puiflant, mais il l'eftoit bien d'avan- 
tage par cy-dev ant , eftant l'un des plus puiflans Rois de 
l'Orient, il commandoit non feulement aux peuples du 
Royaume de Siam, mais auffi à toute cette contrée, qui 
s'eftend de Pegu jufques àMalacca, &àSincapura; 
mais les guerres qu'il a eu avec le Roy de Pegu , l'ont un 
peu affoibli , il eft contraint de luy payer tous les ans un 
certain tribut. En cette contrée qui eft divifée en plu- 
fieurs Royaumes, eft affife ta ville de Tanafleryn , où les 
Portugais trafiquent. Vn peu plus avant, en tirans vers le 
Midy , on rencontre la ville & Royaume de Queda , où 
on recueille grande quantité de poivre. Sur la fin pref- 
que de la coite , affez proche du Cap de Sincapina , on 
voit la renommée ville de Malacca , ou les Portugais ha- 
bitent, avec les naturels du pays. Ils y ont un bon fort, 
qui apporte beaucoup de profit au Gouverneur. L'Evef- 
que de Malacca , & celuy de Cochin , font fubjeâs à 
l'Archevefque de Goa. C'eft le premier lieu de toutes 
les Indes pour le trafic , où il y a un très-grand abord de 
navires , qui viennent s'y charger & décharger de la 
Chine, des Moluques.de Banda, lava, Bornéo, Sumatra, 
& des Mes voifines ; mefmes auffi de Siam , Pegu, Ben- 
gala , Coromandel , & autres lieux des Indes. Il n'y a 
gueres de Portugais en cette ville, pource que l'air y eft 
mal fain , & que le terroir ne vaut gueres. Les habitans 
fe pourvoyent ailleurs d'une bonne partie de ce dont ils 
ont befoin. Les navires ont couftume d'y attendre les 
vents propres , qu'ils appellent Monfôns , lefquels fouf- 
flent en certains temps de l'année , à fçavoir fix mois du 
cofté du Levant , & les autres fix mois du Couchant. 
Tous les ans il en part une navire , chargée de precieu- 
fes marchandifes , pour s'en retourner en Portugal. On 
y parle la langue de Maleis, qu'on tient eftre la meilleu- 
re, &la plus pure de toutes les langues Orientales, & 
qui n'eft pas moins commune en ces contrées là , que la 
Êrançoife es Pays-Bas. 



LES ISLES 

DES 

INDES. 



LES MALDIVES. 




& d'autres métaux. Les elephans de celle Ifle furpaf- 
fent tous les autres en cognoiflance 8c fagacité naturel- 
Septante lieues ou envi- le , & tient-on que ceux qu'on y ameine d'ailleurs , leur 
ron du Cap de Comori, portent du refpeû. 
en tirant vers le Midy.oa 

S V M A T R A. 



les Ifles" de 
qui ont cent 



rencontre 

Maldive 

cinquante lieues de Ion 

gueur. On tient qu'il y 

en a plus de onze mille 



H y a divers Rois à Sumatra,entre lefquels.celuy d'A- 
chem , qui tient la partie Septentrionale de Mile , eft le 
plus puiiîant. Ileftennemy de Portugais, &afouvent 

mais toutesfois le nom- fait la guerre à Malacca, il eft riche en or , argent , pier- 

bre en eft in certain. Les reries, & mines d'autres métaux. Ils font des artilleries 

■habitans refemblentaux de cuivre .dont ils fefçavent tort bien fervir. Cefte llle 

Malabarois. Quelques eft fertile en efpiceries, bois odoriferans, racines, &her- 

unes de ces Mes font habitées, les autres font defertes, bes médicinales. Il y croift du poivre , & du fin lin, & 

& n'y a perfonne qui y demeure. La terre y eft baflè, du foulphre ; 8t auprès des montagnes d'où on le tire, 

comme auflà es pays qui font prés de Cranganor , & de il y a, comme on dit, une fontaine , de laquelle il decou- 

Cochin ; de forte qu'il y en a quelques unes que le flux le de l'huile pur. On y trouve deux fortes d'elephans , 

de la mer couvre. On n'y trouve point d'autres mar- lesunsfauvagesSc farouches, les autres privez, qui ren- 

chandifes que des noix d'Inde, qu'on appelle Cocos , & dent du fervice au Roy. On forge des poignards en 

desefcorces, ou enveloppes de ces noix, dont ils font la ville deMacancabo , lefquels on appelle Crifes , & 

leurs cordages , comme nous de chanvre. Il croift en dont on fait un grand eftat. Les Portugais ont fouvent 

ces Ifles fi grande quantité de ces noix, qu'elles en four- tafche de furprendre cefte Ifle, mais c'a efté en vain, 
cillent toutes les Indes. Cela eft digne de remarque, 

qu'ils font des navires du bois de ces arbres , qu'ils joi- I A V A. 
gnent & aflemblent , non point avec des clous , mais 
avec des cordes, faites de fon fruiéf,; fes feuilles leur fer- 
vent de voiles , les noix de marchandée & de left , item 



lava rapporte beaucoup de ris , & d'autres chofes 

neceflaires à la vie , porcs , moutons, volailles; item du 

de viande & breuvage ; de forte que tout le navire n'eft poivre. Elle eft fubjecte a plufieurs Rois, à fçavoir à ce 



que noix & que la noix compofe le navire , & fournit 
de nourriture aux voyagers. 

Z E Y L O N. 

Zeylon eft la meilleure de toutes ces Ifles, elle eft 
fort peuplée ; ceux qui y habitent , s'appellent Singales; 
ils refcmblentde mœurs & de corfage aux Malabarois, 
ayans des longues oreilles percées, toutesfois ils ne font 
pas fi noirs. Ilsfçavent merveilleufement bien mettre 
en œuvre l'or, l'argent, le fer , l'y voire. Elle eft gouver- 



luy de Bantam , Iacatra , Tubam, Palambam, & autres; 
dont le plus puûTant eft le Grand Mattaram, comme on 
l'appelle, qui demeure au cœur de l'Ifle versleMidy. 
Bantam eft la première ville de toutes ces contrées Bantam. 
pour le trafic , ou les peuples d'Orient abordent de tou- 
tes parts, les Portugais de Malacca , les Chinois , les A- 
rabes , les Perfes de Pegu , de Siam , & des autres con- 
trées. A vingt lieues de cefte ville , les Hollandois ont 
bafty un bon fort à Iacatra , auquel ils ont donué le nom 
de Batavia, leur Gouverneur y tait fa demeure , avec les Batavia. 
Prefidens de la compagnie des Indes. Depuis peu d'an- 



née par plufieurs Rois.dont le plus puiflânt eft le Roy de nées ença , le grand Mattaram , aflifté du Roy de Ban. 

Candi , grand ennemy des Portugais , qui ont là un fort, tam , l'a afliegé avec plus de cent mille hommes ; mais 

nomme Colombo, Scluy font continuellement la guer- il a efté contraint de fe retirer fans rien faire. Ceux qui 

re. Le pays eftmontueux, & entre les autres monta- habitent fur le rivage font Mahumetans, mais plus avant 

gnes , îl y en a une appellee Pico de Adam , qu'on tient dans le pays, ils font payens. 
cftre la plus haute des Indes. Les Indiens feperfuadent 



que le paradis eftoit là,8c difent, qu'on y peut encor voir 
les traces des pieds d'Adam , marquées fur des pierres. 
Il y a grande quantité de beftail 5c d'oyfeaux. Les fruits 
des Indes.comme le cocos, les oranges, les limons & ci- 
trens, y font meilleurs qu'autre part. Il rapporte du poi- 



BORNEO. 

Bornéo, qui eft deflbus l'Equateur , s'eftend vers le 
Septentrion , jufqu'à la latitude de huict degrez. C'eft 
la plus grande de toutes les Ifles des Indes, mais elle 
vre, & y a des grandes forefts , où on recueille de la ca- n'a pas encore efté toute defeouverte jufqu'à prefent : 
nelle ; ellecroift endesarbres quifont de la grandeur outre les chofes neceflaires à lavie, on y trouve des dia- 
des oliviers , 8c ont des feuilles approchantes de celles mans , des petites perles , de l'agaric , & de la camphre, 
du laurier , & portent des fruitts femblables à des oli- qui eft un liic ou efpece de gomme, laquelle s'engendre 
ves noires : ces arbres ont double efeorce ; la féconde au dedans des arbres , puis vient à diftiller pat l'efcorce, 
eft la canelle, qu'on coupe en morceaux quarrez & met Se s'endurcit & fe blanchit au Soleil ; on en recueille 
on feicher au Soleil ; elle eft premièrement grife, puis fe des morceaux de la groflèur d'une noix. Les villes ma- 
met en roleaux, & devient rougeaftre, tous les trois ritimes font Bornéo , qui eft prefque toute environnée 
ans il leur vient une nouvelle efeorce. On trouve des 
diamans en cefte llle , & autre pierres precieufes, com- 
me faphirs , efcarboucles , topazes , 8c grenats , qui font 
les plus beaux de tous ceux d'Orient. On y fait aufli une 
riche pechc de perles, & y a des mines d'or, Se d'argent, 
^-/Jte. 



d'eau, comme Venife, 8c ou il y a bien vingt cinq mil- 
le habitans ; item Sombas , Succadano , Bandarmaflen, 
Se autres. Le Roy de Bornéo eft Mahumetan , 8c n'eft 
permis à aucun de luy parler , finon par trucheman. 
Les habitans font blancs, d'efprit vif, 8c plus francs 
C que 



LES I S L E S 

honnefte, & bien fcante , car ils portent des longs fayes 
jufques au genoùil , d'un excellent drap , qu'ils font ve- 
nir de Bengala ; ils font toutesfois en leur pays un cer- 
tain drap ■ qui eft tiflu de l'efcorce des arbres fort arti- 
ftement. Les jeunes hommes portent en leur tefte des 
anneaux entortillez avec du cotton ; lefquels ils cm- 
bellifTent aux jours de feftes de diverfes fleurs. Leur ve- 
rtement de deflus eft ouvert fur la poitrine , & a les 
manches fort larges , de forte qu'ils les peuvent retrouf- 
fer jufques aux elpaules, comme ils font bien fouvent, 
& s'en vont les bras nuds ; l'habit de deflbus eft de foye. 
Les jours defefte ils parfument leurs veftemens, pour 
fe rendre plus agréables aux jeunes filles,& gaigner leurs 
bonnes grâces ; ils font profefiîon de la fecïe de Maho- 
met ; ils (ont de leur naturel fort courtois , & affables, 
nullement fuperbes , ny querelleux , de manière , qu'ils 
vivent plufieurs enfemble dans une mefme ville fort 
doucement , & paifiblement ; mais ils ont tousjours 
noife, & guerre avec leurs voyfins; ils font merveilleufe- 
ment adroicts aux armes , & ne cèdent en courage à au- 
cun peuple des Indes; lesTeruatins emportent le prix 
par deflus tous; ils tiennent à un grand deshonneur de 
s'enfuir en guerre , encor que l'ennemy foit le plus fort; 
leurs armes font l'efpée , & le bouclier , ils ont des caf- 
ques en tefte , leurs efpées refemblent à des coufteaux 
rompus , & qui n'ont point de poinéte ; en bas vers la 
poignée ils font aflez déliez , & eftroits , mais au bout, 
larges , & pefans ; leurs boucliers font d'un bois fort 
léger , & n'ont du tout point de fer , ils font longs de 
quatre pieds , & larges à proportion, de façon qu'ils peu- 
vent couvrir presque tout le corps. 1 ls fe îçavent fi dex- 
trement fervir de ces armes , qu'il femblc qu'ils ayent 
employé toute leur vie en cet exercice. Leurs princi- 
pales guerres fe font fur mer dans des galères , & autres 
petites barques , qu'ils appellent Corrocoras. Au com- 
mencement du combat ils jettent des darts , puis ils en 
viennent aux baftons à feu , qu'ils prifent grandement, 
enfin ils s'approchent de plus prés, & chamaillent l'ef- 
pée à la main avec une agilité nonpareille. Ils ayment 
fort l'oyfiveté , & fuient le travail tant qu'ils peuvent, 
s'ils ne font ferviteurs ou efclaves. Ils n'ont point de 
meubles dans leurs maifons, horfmis un pot, &unou 
deux plats de terre pour leurneceffité,& une natte tifluë 
d'efeorces d'arbres , fur laquelle ils dorment , auffi bien 
les gentils hommes que les autres. Ils ne fe foucient 
point damaflèr des richeflès , pourveu qu'ils puiflent 
vivre du jour à la journée. Ils laiflènt le négoce aux 
eftrangers qui fe tiennent à Bengala, Pegu, Delii, & ail- 
leurs. Ils empruntent des Portugais ce dont ils ont be- 
foing, & donnent des gages qui valent le double, puis ils 
les retirent quand vient la récolte des girofles ; & par 
ainfi n'ayans point de foucy du lendemain , ils font tous 
profeffion de pauvreté. Ils n'ufent point demonoye, 
toute leur chevance confifte en girofles : parfois ils fe 



MOLVCLVE S. 

plaifent à l'argent, mais ce n'eft que pour en faire dsi 
vafes, ou gobelets. Ils ont leur propre langage qui n'a 
aucun rapport avec celuy des autres Indiens. Quand ils 
eferivent ils peignent des characteres Arabes. Ils peu» 
vent tenir autant de femmes qu'il leur plaift, mais la def- 
pence de leur nourriture les retient. Ils font extrême* 
ment jalouxde leurs femmes, & de leurs filles, &n'ame- 
nent jamais perfonne quant & eux àleurmaifon pour 
les voir; quefiquelquun veutparler àeux, ilfegarde 
bien d'entrer dans la maifon, mais il attend furie fueil de 
la porte. Si quelqu'un fe veut marier, on neluylaifle 
point voir celle qu'il recherche , qu'au préalable les pa- 
rens d'une part & d'autre ne foyent d'accord du dot , Se 
des prefents nuptiaux. 

Toutes ces lues ont eu par cy devant diafcune leur 
Roy. L'an 1 604 , Machian , & Motir appartenoyent au 
Roy de Ternatc , les autres deux Tidore , & Bachian 
avoient leurs Roys particuliers , lefquels de toute an- 
cienneté , tant que ceux du pays fe peuvent fouvenir, 
ont tous efté d'une mefme famille. Les Portugais abor- 
dèrent premièrement à Ternate , où ils furent tort cour- 
toifement accueillis du Roy Chajanir, qui leur permit 
d'y baftir un fort. Mais à la fin lesTernatains conceu- 
rent contre eux une haine mortelle , d'autant qu'ils les 
maltraiétoyent , & qu'ils firent mourir leur Roy: de 
forte que les Portugais, ne pouvans plus avoir des vivres, 
furent contrainéts d'abandonner leur fort , dans lequel 
les Ternatains fe jetterent incontinent. 

Aujourd'huy les Efpagnols tiennent dans l'Ifle de Z'cifat <f« 
Ternate une place forte , nommée Gamalamme , qui pre/ènt da 
eftoit autresfois la ville Capitale de l'Ifle , fituée iur w, #"- 
la cofte Méridionale. Les chafteaux de Dangil, & de S. 
I.ucefont fur les frontières pour repoufler lesHollan- 
dois , lefquels neantmoins tiennent dans cette mefme 
Ifle la ville de Malayo , du codé du Levant , qui eft à 
prefent la métropolitaine , & la principale Colonie des 
Flamens , le Roy de Ternate y fait fa demeure. Il y» 
auflï le fort de Tolucco , & la retraite de Tacumma 
du cofté du Nord. 

Toute l'Ifle de Tidore eft à l'EfpagnoI , & a tousjours 
guerre avec celle de Ternate. Il y a un fort qu'on nom- 
me Marieco , lequel a efté autrefois tenu par les Fla- 
mens , mais fe voyans preflez de l'ennemy , ils l'aban- 
donnèrent. l'Ifle de Motir ou de Timor tient pour tous 
les deux partis, & au premier venant ; toutesfois elle eft 
négligée des noftres , & des Efpagnols , pour le peu de 
profit qu'on en retire. 

Les Flamens font maiftres abfolus dans l'Ifle de Ma- 
chian , & y ont bafti deux forts , qui fe nomment Gnof- 
faquia, & Tafafoa. 

L'Ifle de Bachian eft pareillement aux noftres , en un 
coing de laquelle , nommé Labovo , il y a un fort qui 
porte le uom de Barneveld. 



GRAND MOGOL. 



Nomt. 



Etiolait 

défi. 

pire. 



Em' 




Es Mogols , & les 4000 mils d'Angleterre de tour, qui font ixxx 
Tartaresfontunmé- de nos lieues. 

me peuple foubs Ce Prince poffede la plus grande partie du ?«v l<tH 

deux divers noms ; pays nommé par les anciens'lnde Citerieure , r ^' dc ' 
veu qu'ils font yflus ou au deçà du Gange , & ma : ntenantlodoftan ; 
du pays que fes ha- & commande aux Royaumes du Send , ou Sin- 
bitans appellent Mo- de.auquel Perufchi donne le nom gênerai d'in- 
ghal , les anciens au- dufthan ; & à ceux d'Agrah.ou Agra.de Lahot 
teurs Scythie hors de ou Multon, de Dely, de Mandou, ou Mandao , 
l'Imae , & quelques deSytroh, ou Citor, d'Vtradde,Cambaye,ou 
modernes Ancienne Tartarie. Delà vient que Guzarate, de Caximir, de Xifchande, & partie 
ce Prince forry des Mogols , & leur comman- de celuy de Dekan. Il tient aufïï le Royaume de 
dant aux Indes , & mefme poffedant de fort Breampur , & le Roy de Badaxa proche du 
grands Eftats par le moyen de leurs armes , eft Royaume de Lahor eft fon vafTal. Il comman- 
appellé Grand Mogol , comme on appelle le Roy de encoraux Morquimaches,Mogores,ou Mo- 
des Turcs le Grand Turc. Quanta cequ'un gols, Coronans,Bolloches, & pareillement aux 
certain raporte que le mot de Mogol figmfie Bulloites,Hendowns,Puttans,Akeyfores,&au- 
un Roy grand, & fage, j'en laiffe la créance, ou très peuples. Il jouyt auflî du Royaume de Ka- 
l'abus à ceux qui fe payent de toute monnoye , bu!,ou de l'ancien pays d'Arachofie, aflîs entre 
eftant au moins afîeuré queie fimple nom de l'Inde,& la Perfe.qui refta tout feul à fes devan- 
Mogol luy eft commun avec les autres Tarta- ciers lors qu'ils furent dépouillez de tous leurs 
res. Pour le regard du nom de Mogor,\\ s'eft glif- autres Eftats. Quant au grand Royaume de 
fé dans l'Europe par corruption , commeon Bengala,il l'avoir conquis fur les Patanes fes an- 
peut voir clairement outre ce que j'ay marqué ciens ennemis, qui l'avoient ufurpé ; & le pofle- 
cydelTus en ce que Texeire plein de cognoif- dbitencorl'an 1582, auquelil appaifa quelques 
fance des langues , & peuples d'Orient , &qui troubles ; à raifon dequoy plusjeurs ont écrit 
donne fon vray nom à chaque cho(e,& Robert qu'il en eftoit maiftre. Mais depuis les douze 
Covert , qui fous le nom de certain Anglois a feigneurs que le Mogol avoir eftablis gouver- 
décrit (on voyage & pratiqué la Cour du Grand neursdes 12 Royaumes deBengala,quelesPa- 
Mogolaffez longuement, ne le nomment point tanes tenoient , s'unirent enfemble contre le 
d'autre forte. Mais au moins tous font d'acord Mogol , & chacun d'eux ufurpa l'Eftat qu'il 
que ces Mogols,ou Mogors font vrays Scythes, gouvernoit ; fi bien qu'ils fè firent fouverains,& 
ouTartares. le Roy d'Aracan en tenoit aufll fa part l'an 

L'Empire de ce Prince s'eftend depuis le 1601. Il eft vray , que l'Anglois qui nous a fait 
Royaume de Mokron au Golfe Perfique juf- le récit de fon voyage , duquel il fut feulement 
ques à la rivière du Gange: mais il eft mal ayzé de retour l'an 161 1 , dit, que ceux de Bengali 
de luy donner de certaines bornes , à caufe des luy obeifloient , fans en raporter aucune parti- 
pertes qu'il fait, & de fes conqueftes. Tant y a cularité. De forte que le Mogol pourrait avoir 
que l'an 1582 fes Eftats s'avançoient ducofté depuis l'an 1602 reconquis le tout, ou partie.ou 
duNordjufqu'au Montlmae , maintenant Cu- ce voyageur peut avoir rangé ce peuple entre 
mae , quilefeparoitdesTartares : du Sud juf- fes fujets,pource qu'il l'a quelquefois efté,com- 
qu'au Calecut , & au Golfe de Bengala , & la me on donne à plusjeurs Princes des pays de- 
Mer des Indes au long de Cambayejdu Levant membrez de leur Eftat , & prétendus. Mais le 
aux extremitez de Bengala j & du Couchant meilleur eft de fuyvre les raports affeurez de 
au fleuve Inde , & aux confins duSophi. Le l'eftabliflement de ces nouveaux Princes de 
tour de fes Eftats eftoit lors d'environ 900 Bengala;pluftoft que de s'arrefter fur une paro- 
lieués: la longueur de doo de l'I ft àl'Oiiefl , & le qui peut caufer de l'incertitude. Quelques- 
la largeur de 400 du Nord au Sud. Mais de- unsdivifent, félon leraportde M.Haukins An- 
puis il a perdu le Bengala , comme vous verrez glois , ce grand Eftat en cinq grands Royau- 
plus bas , & conquis d'ailleurs beaucoup de mes, dont le premier eft nommé Pengab (qui 
Royaumes , comme entre autres celuy de eft /ans doute le pays d'autour du Sud qui fe 
Caximir & ceux de Breampur , & du Melique nomme Pangab, c'eft a dire cinq eaux,comme 
de Decan, & le pays des Puttans, que Perufchi je vous ay fait voir au difcours de cete rivière) 
nomme Bottantes , & quelques autres. Tel- dont la ville capitale eft Lahor : le fécond Ben- 
lement que Purchas ne luy donne maintenant, gala , dont Sonargham eft la ville capitale : le 
fuy vant le raport des voyageurs Anglois , que troifiefme Malua , dont la capitale eft Vagain : 
Afie. E le qua- 



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le quatriefme Dekan , dont Brampot eft la ville 
principale : le cinquiefme Cambaye , dont 
Amadavar eft la capitale. Botere dit qu'il com- 
mande à quarante fept Royaumes , mais c'eft 
qu'il luy donne toute l'Inde au deçà du Gange. 
Quttùéde Ce grand pays eft pour la plus-part abon- 
Tir "" r - dant en vivres, d'autant qu'entre les deux gran- 
des rivières de l'Inde, & du Gange, qui arrolènt 
avec leurs ferpentemens prefque tout ce ter- 
roir ainfi qu'un jardindl y en a plusjeurs autres, 
qui rendent cete contrée fertile au poîlîble. Il 
eft vray,que depuis Cambaye jufques à Lahor 
l'on ne trouve pour la plus-part que deferts , & 
fablonnieres lèches , horfmis 20 lieues avant 
qu'on arrive à la ville de Lahor,où le terroir eft 
alTezbon ; mais pour le refte l'on n'y trouve 
guiere de ruifleaux, ny de fontaines, mais feule- 
ment force fable , que le vent eleve quelque- 
fois en l'air.fi bien qu'il couvre les perfonnes,& 
les enfevelit pour jamais. Cete confideration , 
& la crainte des voleurs oblige les voyageurs à 
fe mettre en compagnie, & n'aller que par Ca- 
fîles, ou Caravanes , & par chemin ils trouvent 
des puyscreufez, qui (ont ordinairement pro- 
fonds de 40 , ou jo braffes , & pour en tirer de 
l'eau ils fe fervent des bœufs qui meinent leurs 
chayettes. De Surate à Bramport il y a une 
plaifante contrée pleine de rivières , &iources 
d'eaux ; & de Bramport à Agra le chemin eft 
montueux, & malaizé pour les chameaux, mais 
net de voleurs. Les particuliers qualitez feront 
déduites en chaque Province. 
rems. Les Mogols fe fervent en leurs guerres delà 

Armes. J an ce , du cofe ou del'écu , dards & de flèches 
Turquefques, d'harquebuzes , canons, mailles, 
coutelas Se femblables armes. Leurs arcs font fi 
gros & roides, que le plus fort d'entre nous au- 
roit de la peine aie bander tant foit peu. Mais 
ces Mogols ou Tartares font les plus puiffans 
hommes, & les plus adroits qu'on puifle voir,fi 
bien qu'ils s'en fervent aifément. 
Fn-m du Quelques-uns ont dit, que lors que le grand 

M 'i Mogol aflemble toutes fes forces , il eft tres- 
puiffant, pource qu'il a fous luy quelques grâds 
Seigneurs & Capitaines , dont chacun entre- 
tient à fes delpens dix , voire douze ou quator- 
ze mille chevaux ; & d'autres moindres, fept ou 
huidl mille. Chacun d'eux entretient pareille- 
ment plusjeurs elephans ; & le Mogol outre un 
grand nombre de gens de cheval & de pied , 
qu'il a dans les garnifons, met toutfeul en cam- 
pagne cinq mille elephans armez : & d'avanta- 
ge, s'il veut, d'autant qu'en tout fôn Empire il y 
a cinquante mille elephans entretenus pour 
s'en fervir auxoccafjons , & fait aifément cin- 
quante mille chevaux, & un nombre infiny de 
gês de pied. Ceux qui font voifins des Tartares, 
fe fervent de chevaux Tartares , qui font forts 
& grands travailleurs,mais laids. Le Mogol & 
les principaux,montent des chevaux Arabes; & 
les payens fe fervent des chevaux du pays. 



Les autres alteurent , qu'il peut mettre en 
peu de temps trente mille elephans en campa- 
gne , octante mille chevaux, & deux cens mille 
hommes de pied , qui font tousjours à fept ou 
huidt lieues autour de fa perfonne.De forte que 
quand quelques uns viennent pour parler au 
Roy, ou pour des affaires particulières ; les pre- 
mières gardes qu'ils rencontrent , les condui- 
fent comme des HuifhVrs aux autres, & ainfi de 
main en main, jufques à ce qu'ils arrivent à la 
ville où le Roy demeure, où ils font prefentez à 
ceux qui ont charge de les recevoir. Mais il 
faut que le premier corps de garde qui les me- 
né au fécond , tire un billet ou certificat pour fa 
décharge, & les autres tout de mefme;& par ce 
moyen ils fçavent tous ceux qui vont & vien- 
nent. Ces foldats des gardes font payez toutes 
les femaines ; & quant aux gardes du corps , el- 
les changent chaque jour delà femaine,& r'en- 
trent feulement en garde de huict en huict 
jours. 

QuantàTexeira,queje tiens des mieux in- 
ftruits des affaires de cet Orient , il dit , qu'il a 
d'ordinaire dans fes armées deux cens mille 
hommes de cheval , & prefque autant de che- 
vaux de bagage , outre les garnifons ordinaires 
de fes Royaumes : & quant aux gens de pied, 
ils font prefque en nombre incroyable. Mais 
la plus grande partie des Mogols , combat à 
cheval ; & pour fe tenir plus fermes , ils fe 
fontlierfur leurs chevaux. Quant aux elephans, 
il en donne au grand Mogol deux mille entre- 
tenus à fes delpens , & autant au Bramah 
Roy de Pegu , lors qu'il eftoit en fa grande 
profperité. 

Les Relations plus modernes de l'an mil fix 
cens unze , nous marquent , que fous le Mogol 
régnant a prefent , il y a quatre perfonnesqui 
ont l'entretien de douze mille chevaux , qui 
font, le Roy ; fa mère, Sultan Pervis fils du Mo- 
gol , deftiné (ucceffeur du Royaume , & un du 
feng Royal, nommé Chan Azam. Il y en a trois 
qui ont l'entretien de neuf mille chevaux ; & 
ceux-cy font comme Ducs , & dix-huiél qui en 
entretiennent cinq mille, qui font comme Mar- 
quis. Les autres qui font comme Comtes , ont 
l'entretien de trois mille chevaux. Ceux qui 
font moindres qu'eux , comme Vicomtes , de 
deux mille ; & les autres moindres, de mille. 
Ceux qui font encor plus bas , ont quatre cens 
chevaux entretenus ; & les autres qui font 
moindres,vingt : & tous ceux-cy font nommez 
Manfibdards , qui font au nombre de trois 
mille. 

Il y a encor lesHaddies,qui font payez cha- 
que mois pour fix chevaux , & font au nombre 
de cinq mille. Or prenant les quatre premiers, 
ils font quarante-huicl: mille chevaux ; & les 
trois du fécond rang , vingt-fept mille ; & ces 
deux fortes de Seigneurs entretenus , fonten- 
femble feptante-cinq mille chevaux. Les dix- 

huicï, 



GRAND 
huicr.,de cinq mille chevaux.font nonante mil- 
le clievaux,lefquels affemblez avec Iercfte font 
cent foixante-cinq mille;& les Manfibdards.en 
les prenant feulement à vingt chevaux le cha- 
cun , & au nombre de trois mille font foixante 
mille chevaux, faifans avec le refte deux cens 
•vingt-cinq millechevaux ; puis les cinq mille 
Haddies à fix chevaux lechacun, font trente 
mille chevaux; & ceux-cy joints avec les autres 
viennent jufques au nombre de deux cens cin- 
quante-cinq mille; à quoy nous devions adjou- 
iter ceux qui ont l'entretien de deux mille che- 
vaux, & de mille, & de quatre cens , qui au- 
gmenteraient de beaucoup ces forces ; & que 
les Capitaines , ou Monfibdards doivent eftre 
prefts , félon leurs Timars , de mettre en fept 
nuicts trois cens mille chevaux en campagne, 
en ayans advis.il y a dans tout fon Empire qua- 
rante mille elephâs, ou fiens ou entretenus par 
la NoblefTe ; & mefme M. Clarke Anglois , en 
met jufques à cinquante mille.Mais ce qui peut 
îùffifamment faire cognoiftre les forces de ce 
Prince, c'eft qu'au feul pays des Hendowns,qui 
n'eft guère grand,le Gouverneur entretient or- 
dinairement quarante mille chevaux;& les ten- 
tes du Mogol tiennent autant d'efpace que la 
ville de Londres , y ayant ordinairement deux 
cens mille hommes de fervice qui fuivent l'ar- 
mée. Mais avec tout cet attirail, il ne peut e- 
fteindre trois Chefs des rebelles , qui font Am- 
ber Chapu en Dekan, le fils de Muzafer , quel- 
quefois nommç Bahador en Guzerat , & Raga 
Rabana à Malua, non plus que les Kesbutes. 
Coimmt- On donne à ce Prince le nom d'Empereur 
"»""• duGenge , &luy mefme fe nomme Patefcha 
Selham Schog, c'eft à dire Seigneur de toute la 
grande monnoye.Le Grand Mogol Sultan Ge- 
ladin, fe fit appeller Akebar,c'eft à dire, Grand 
.fans égal ; d'autant queKebaren Arabe, figni- 
fie Grand ; & l'A qui fe met devant eft une pro- 
position niante, qui veut dire, fans égal, qui eft 
le mefme nom que les Arabes donnent a Dieu, 
lois qu'ils difent, AlachKebar Akebar, Dieu 
grand fans égal. 

L'ancienne demeure de ces Rois eftoit en la 
ville de Dely, capitale d'un Royaume d'Indo- 
ftan. Mais Akebar changea premièrement fon 
fejour à celuy d'Agra, puis pource que deux de 
fesenfans y moururent , il fit baftir la ville de 
PatefulouFateful ; & depuis la conqueftedu 
Royaume de Lahor , il fe tint à Lahor. Mais à 
cette heure le Mogol fe tient une partie de l'an- 
née en la ville de Lahor:& l'autre en celle d'A- 
gra, toutes deux capitales de deux Royaumes 
dans le cœur de l'Indoftan.L'an mil fix cens dix 
il faifoit fon principal fejour en la ville d'Agra. 
Ce Mogol eft fi magnifique qu'il a fait dref- 
fer à fon père Akebar , une fepulmre qui luy 
courte un million d'or. Il y avoit déjà fait tra- 
vailler durant cinq ans neuf mille ouvriers ; & 
toutefois ne devoit eftre parfaite que dans cinq 
Jfie. 



MOGOL. 

autres années. Cet ouvrage eft tout d'un mar- 
bre excellente fon tour eft de deux lieues An- 
gloifes. L'on peut encor remarquer la gran- 
deur & magnificence de ce l'rince.en ce qu'A- 
kebar allant cotre le Roy de Dekan l'an 1 598, 
meno.t un fi grand équipage , qu'il falloir 800 
elephans, & plus de 5000 chameaux pour por- 
ter fes tentes , & fon Secrétaire menoit 70 ele- 
phans & 700 chameaux pour fon feul bagage 
Il y a cinq ou fix Rois fes ValTaux qui l e („1 
vent ordinairement, & quelquefois on y en a 
veu jufques à vingt. 

Les Rois vaffaux de Mogol entrans où il eft, 
baiflent la tefte, & la portent contre la terre', 
qu'ils touchent en mefme temps des mains, 
puiss'approchansdeluypeuàpeuluy font la 
mefme révérence plusjeurs fois jufques ace 
qu'ils en font fort proches. Lors on les fouille 
par tout pour voirs'ils portent des armes , puis 
ils s'advancent pour toucher le pied du Roy, 
qui demeure immobile ; & le plus grand figne 
d'amitié qu'il leur monftre , c'eft de leur met- 
tre la main fur l'épaule. Mais ils ne l'abor- 
dent pas venansde loin fans de grands pre- 
fens. Mefme quand les Rois des Indes qui ne 
font pas fes ValTaux, en parlent, ils baiflent la 
tefte en figne de refpeft. Aufli véritablement 
il eft Roy des plus beaux & meilleurs pays du 
monde, & de vaillans peuples, tels que font les 
Tartares. 

Quant aux femmes du Mogol , le Grand A- 
kebar en avoit un grand nombre de tous fes 
Royaumes. Les plus belles demeurent en un 
quartier feparé, gardées par des Eunuques.eftât 
défendu à toutes perfbnnes fur peine de la vie, 
de paffer par la rué qui refpôd à ce lieu.LeRoy 
fe promené par les galeries qui vont à leurs 
chambres pour les voir ; & lors qu'il pafle cha- 
cune fê met à fa porte, en luy faifant la (ûmbaye 
ou révérence ; & il laifle à celle qui le contente 
le plus, fon mouchoir.qu'elle garde pour le luy 
rendre la nuiét. Lefilsd'Akebarfon fuccefleur 
avoit au temps de Robert Co vert l'an nïoo.dix 
femmes légitimes, mille concubines , &deux 
cens Eunuques pour les garder. D'ailleurs, il (e 
fait fervir par les plus belles filles & femmes 
qu'on puifle trouver,tât à table qu'en fa cham- 
bre. Le Mogol tient aufli en fon Palais deux 
fois l'année une foire de femmes de condition, 
qui font ordinairement au nombre de plus de 
deux mille;& les moindres font fimples Damoi- 
felles. On voit plusjeurs Dames avec une gran- 
de garde d'Eunuques , & toutes y portent des 
choies de grand prix, & font des marchandes. 
Le Roy pour paffer fon temps eft le courtier 
de tout ce qui s'y vend ou acheté, & prend tant 
pour cent pour fes peines ; puis à la fin de la foi- 
re, qui dure huidl jours , il donne tout fon pro- 
fit à la Dame qu'il trouve plus à fon gré. 

Le Grand Mogol entretient un grand nom- 
bre de Gentils-hommes qui l'accompagnent 
E 1 par 



GRAND 

partout. Et pour le regard des particuliers 
charges du Palais du Roy , les Eunuques les ont 
toutes; & ce (ont eux qui font toute choie. Le 
grand Threfoiïer eft prefque le plus puiflant de 
tous les Officiers du Royaume. Toutes les fois 
qu'il fort en public , il eft monté fur un élé- 
phant, & veftu dune longue robe de drap d'or 
où d'argent, & par fois ilfe fait porter dansun 
..palanquin ou une littiere à bras , comme en un 
berceau ; & l'on porte devant luy quatre fce- 
ptres d'argent , & dix eftendards. Chacun luy 
rend autant d'honneur qu'au Roy. Celuy de 
Tan mil fix cens dix entretenoit quarante ele- 
phans, deux cens chameaux & dromadaires,& 
mille chevaux. Celuy-cy rend droiétàceux qui 
font de fa Iurifdiclion. 
lufice. Il y a dix Vicerois eftablis fur diverfes nati- 

ons, à fçavoir, furies Guzarates,Bulloites, Pue- 
tans, BuIIoches, Multans,Indoftans,ouceuxde 
Lahor & d'Agra.Hendowns, Pays & autres. 

Il y a le Grand Iufticier , qui l'an mil fix cens 
dix,eftoit un Eunuque des plus riches.qui nour- 
rifTbit vingt elephans , cent cinquante chame- 
aux & dromadaires, & cinq cens chevaux. Il y 
a d'autres luges &Magiftrats, par devant les- 
quels on plaide , & qui donnentleur Sentence 
de, vive voix, & non par écrit. 

Le Roy Echcbat mefme donnoit Audience 
deux fois le jour, non pas affis , mais tout droit, 
ayant autour de luy huidl hommes choifis& 
nourris daDS les affaires , qui luy prefêntoient 
les requeftes & mémoires des marchands , & 
les inftruifbient comme ils le dévoient condui- 
re en baifànt les pieds du Roy ; & en mefme 
temps il avoit quelques Secretaires,qui avoient 
le foin d'écrire toutes les Sentences , paroles & 
réponfes du Roy: chofe que le Roy de Perfe,& 
les Princes de tous ces pays, obfervent. Quant 
à fon fucceffeur régnant à prêtent , il s'eft con- 
tenté pour un temps d'entendre les parties 
deux fois la femaine , à fçavoir , le Mardy & le 
Ieudy. Mais depuis il a pris la couftume de for- 
tir tous les jours pour donner Audience; eftant 
affis en fon fiegeRoyal, chacun demeurant de- 
bout en fon rang devant luy. Il eft dans un par- 
quet,peint de rouge,ayant feulement cinq per- 
fonnes devant luy , & le refte dehors. Ce par- 
quet eft plus haut de trois pieds que la place, 
où le refte du monde eft droit. Ils font rangez 
parles Officiers , & là font quelques autres 
pour les contenir en cet ordre. Vn des Officiers 



M O G O L. 

eft au milieu droit devant le Roy , avec fon 
Maiflre Bourreau , accompagné de quarante 
autres de mefme profeffion , avec leurs haches 
fur l'épaule, & d'autres avec desfoùets ; & le 
Prince entend en ce lieu tous les jours les caufes 
des uns & des autres, durant quelques heures. 

Quand quelque pauvre veut demander ju- Supplias. 
ftice au Roy , il prend certaine corde attachée 
à deux pilliers , proche du lieu où le Roy s'af- 
fied. Cette corde eft pleine de clochettes , Se 
lors qu'on la tire le Roy oyant le fon envoyé 
auffi-toft fçavoir la caufe, & luy fait juftice. A- 
kebar en faifoit prefque de mefme. 

Les criminels font punis en diverfes fortes. 
Car on les met dans la peau d'un bœuf ou d'un 
afne fraifehement écorché,qu'on fait coudre,a- 
fin que venant à fe fecher elle fè retire & prefîe 
l'homme enfermé dedans. L'on les fait aller 
ainfi par toute la ville avec les cornes de bœuf, 
ou les oreilles de l'afne au deffus pour leur faire 
honte; puis on trenche la tefte à quelques-uns, 
& l'on pardonne à d'autres; & ceux-cy font or- 
dinairement des Grands du Royaume , & l'on 
pend ou empale les autres. Mais les Gentils- 
hommes condamnez ont le choix decomba- 
tre cap à cap contre un lion , chofe que le Roy 
ne refufe point , ou ce feroit aux crimes de leze 
Majefté. 

Aucun n'a le filtre de Sultan que les fils du Ordres Je 
Mogol. Le nom de Mirza fe donne tant à fon ?"t°" r '"' 
frère qu'à fès fils. Vn Can eft comme un Duc. 
Leurs honneurs & filtres font plus grands à 
proportion des chevaux que le Roy leur donne 
moyen d'entretenir , dont j'ay fait mention 
aux forces. 

La couftume de Mogol eft, d'aller prendre le Smudu 
plaifir de la chaffe toutes les années durant R °J' 
deux mois. Mais quâd il fort du Palais, s il mon- 
te achevai , c'eft figne qu'il s'achemine a quel- 
que guerre ; mais s'il fê met fur un éléphant ou 
dans un palanquin , il va feulement à la chaffe. 

Il eft de fort bon accord avec le Roy de Per- Alliances. 
fe, & tous deux s'envoyentdes Ambaffades, e- 
ftans alliez enfemble;& mefme il afïïfte fouvent 
le Sophi contre le Turc. C'eft, à mon advis , u- 
ne amitié continuée depuis le fecours, dont Xa 
Thamas affilia Homayon Mirzach , nommé 
communément Emmaupadxa, fils deBabur, & 
père d'Akebar, lors qu'un fien Vvezir,nommé 
Xyrkan , luy fit la guerre , & le contraignit de 
s'enfuir en Perfe. 



CHINE & IAPON. 




E royaume de la Chi 



sft 



contigu à la 



Limites. 



Divipoi 



Tartarie, du codé du 
Soleil levant; il ne cè- 
de à aucun autre , ni 
en bonté d'air , ni en 
fertilité , ni en gran- 
deur, ni en richefles, 
& puiffancede peuple 
( fi on veut croire les 
autheurs ) eft de meilleur efprit que tous les au- 
tres. La fituation, & principalement le nom, 
monftre que c'eft la Sine de Ptolemée , car il y a 
peuà dire entre Chine & Sine. Les monts Da- 
malîens, parlefquels elle eft feparée d'avec les 
Indes & la Tartarie , luy fervent de bornes au 
couchant; elle a Ottorocora au Septentrion, 
& un mur de 450 lieues d'Allemagne, bafty en- 
tre les fentes & feparations de celte montagne, 
pour la défendre contre les courfes des Tarta- 
res ; au levant la mer de la Chine;au midi la mef- 
me mer, & le royaume de Sian l'enferment. 
» Tout le royaume eft divifé en plufieurs pro- 
pmmcci. vmces ou Gouvernemens , dont les unes font 
maritimes, les autres mediterranées. Les pro- 
vinces maritimes font Cantan , Foquiem , Chi- 
queam, Nanquii, Xantum, Paquin, les mediter- 
ranées, Xiamfii, Canfii, Sancii, Suchnom, Hua- 
num, I vana,Fuquam,Suinam,Quichen, Quian- 
cii , Cochinchina , Quancii. Sous ces provinces 
font comprifes cent cinquante huift moindres, 
qu'ils nomment Fu , en la plus part defquelles il 
y a douze ou quinze aflez grandes villes , outre 
les autres moindres , les bourgs, & les villages. 
On dit qu'il y a en tout 247 villes fortes , enfer- 
mées de murailles & de foflèz ; & 1 1 j i commu- 
nes, qu'ils appellent Hien. 

Quant a la qualité du pays , il eft certain en 
gênerai , qu'il abonde en toutes fortes de biens, 
non feulement pour la neceffité, mais auffi pour 
le plaifir & delicatefle , & n'a que faire qu'on 
luy apporte chofe d'ailleurs. Il porte du bled de 
toutes fortes, des légumes, & des fafèoles. Il n'y 
manque auflî aucun des principaux fruictsquc 
nous ayons par deçà , horfmis les olives , & les 
amandes: ils ont des pommes incognues en Eu- 
rope, qu'ils nomment Lycias&longanas; il y 
vient auffi des noix d'Inde , fur des palmiers, 
& des figues de la Chine , qui font de fort belles 
pommes , & de très bon gouft , mais aufquelles 
on donne ce nom, pource qu'elles font bonnes 
foiches,comme les figues.il produit des oranges 
& citrons meilleurs qu'on ne void ailleurs. On y 
trouve une grande diverfité d'herbages , dont 
les Chinois vivent plus communément que nous 
Me. 



Filles. 



Fertilité. 



nefaifons , pource que plufieurs s'abftiennent 
des autres viandes par devotion.lls ne manquent 
non plus de toutes fortes de belles fleurs; mef- 
mes ils en ont diverfès qui. nous défaillent. En 
quatre provinces méridionales on trouve l'arbre 
Ârequeira, & cefte forte de feuille fi renommée 
entre les Indiens , qu'ils appellent Betre, laquel- 
le ils mâchent prefque tout le jour , l'ayans méf- 
iée avec de la chaux vive, dilans que cefte cha- 
leur fort à fortifier l'eftomach. Ils ont abondan- 
ce d'huile & de vins ; combien que leurs vins ne 
vaillent point les noftres: ils mangent commu- 
nément du porc,- mais toutesfois ils ne man- 
quent point auffi d'autres chairs , comme de 
bœuf, de mouton,de chevreau; ils fe nourriffent 
prefque auffi volontiers de chair de cheval , de 
mulets, d'afnons , de chiens, que d'autres , & en 
vend-on vulgairement à la boucherie. En quel- 
ques lieux ils s'abftiennent de la chair de bœuf, 
ou par (ùperftition , ou pource qu'ils en ont be- 
foing pour le labourage : ils ont force venaifon, 
fur tout des cerfs & des lièvres, & diverfès fortes 
de belles engraifTées. 

Tout le pays eft fi bien percé de rivières, &vefrcù 
qu'on peut aller par tout par eau , foit que ces 
rivières foyent naturelles , ou bien faites par ar- 
tifice: de là vient qu'il y a là un fort grand nom- 
bre de batteaux , jufques là , qu'un certain au- 
theurde noftre temps, n'apoint fait difficulté 
dédire, qu'il n'y avoir pas moins de perfonnes 
qui faifoyent leur demeure fur l'eau, que fur la 
terre ; & combien que cela puifTe fembler hy- 
perbolique , toutesfois il n'eft pas fort efloigné 
de vérité, tant il y a de rivières. 

On ne trouve point de lions es forefts delà- 1 *"'""""' 
Chine, mais fi fait-on bien des tigres , des ours, 
des loups , & des renards. Ils n'ont point de lin, 
au lieu duquel ils fo forvent de cotton , & en font 
des draps pour s'habiller,& combien qu'on y ait 
apporté de dehors la fomence de cotton,depuis c °""'' 
environ quatre cens ans, toutesfois il y en croift 
à prefent une fi grande quantité,qu'elle en four- 
nit tout le monde . comme auffi de draps de 
laine. Il s'y fait auffi tant de foyes, qu'elle elgale 
en cela noftre Europe , fi pluftoft elle ne la fur- 
paffe. 

On trouve toutes fortes de métaux à la Chi- Métaux. 
ne. Outre l'airin & le cuivre commun, ils en font 
d'une autre forte , qui eft blanc comme argent, 
& n'eft point plus cher que le cuivre jaune. Us 
fontplus de fortes d'ouvrages de fer de fonte, 
qu'on n'a accouftumé par deçà , comme des 
chauderons , marmites , cloches , mortiers , ca- 
nons, treillis , fourneaux, & beaucoup d'autres. 
11 y a auflî d'aflez bon or, quoy qu'il n'approche 
F pas 



CHINE & IAPON. 

Pas de la bonté du noftre. Ils n'ont point d'argent ontplufieurs fortes d'inftrumens de mufîque, 
monnoyé, mais ils donnent l'argent au poids en qui font fort communs entr'eux; les cordes de 
tous les marchez 'qu'ils font. Ils fe fervent com- leurs inftrumens, font defoye crue retorfe, ils ne 
munément à table de celle vaiffellede terre,que fçavent point qu'on en peut faire de boyau, ils 
nous appelions de la porcelaine: la plus belle (e n'entendent point auffi la mufique à diverfes 
fait en la province de Xiamfii , où on trouve de parties. Ils n'ont point d'horloges pourmefù- 
la terre propre à en faire. De là on en porte par reries heures; ils fe fervent pour cela d'inftru- 
tout le royaume, & non feulement es pays voi- mens d'eau ou de feu. Ils ont des grandes cle- 
/îns, mais auffi es plus efloignez: elle endure le pfydres d'eau ; & des cendres ou poudre de bois 
feu , & y peut-on mettre des viandes toutes odoriférant , où ils mettent le feu, comme nous 
bouillantes fans qu'elle fe caffe, mefmes ce qui eft faifons à de la mefche. D'entre les quadrans au 
admirable, les morceaux eftans liez avec un filet Soleil , ils ne cognoiffen t que les Equinoctiaux, 
de cuivre,contiennent la liqueur fans qu'elle paf- Iefquels mefme ils ne fçavent pas bien pofer , fe- 
fe. Ils font auffi du verre ; mais qui n'eft pas fi Ion la diverfité des lieux. Ils prennent grand 
Edifias, beau; ni fi fin que le noftre. Leurs maifons pour plaifir à voir jouer des comediesjen quoy ils fur- 
la plus part font de bois, mefmes les palais roy- paflent de beaucoup les noftrcs. Ils fe fervent 
aux ; toutes-fois on y void auffi des murailles de de cachets à diverfes chofes , non feulement en 
briques.qui font la feparation des chambresjcar leurs lettres , mais auffi en leurs efcritures , poê- 
le toicl: eft ordinairement porté par des colom- mes, peintures , &c. Ils font de l'encre en petits 
nés de bois. Il y a des mefmes efpeces d'arbres pains, avec de la fumée d'huile : leur façon d'ef- 
quepar deçà ; lechefne n'y eft pas commun, crire, qui approche des lettres hiéroglyphiques 
mais en fa place, ils ont une certaine forte de des Egyptiens, eft du tout différente de leur lan- 
bois tres-dur , & qui n'eft point fubjet à pourri- gage , car on n'efcrit aucun livre en langue vul- 
ture, auquel pour ceftecaufè les Portugais don- gaire , tous leurs mots font monofyllabes , fans 
nent le nom de fer. Ils ne font pas du feu feule- qu'il y en ait un feuld'excepté;combien que fou- 
ment avec du bois, du charbon, des rofeaux, & vent ils conjoignent deux ou trois voyelles pour 
de la paille; mais auffi avec une forte de terre bi- faire des diphthongues, je dis des diphthongues 
tumineufe, qu'ils nomment Mui , femblable aux à noftre mode , car les Chinois , à proprement 
tourbes qu'on a es Pays Bas , & fur tout au pays parler , n'ont ni voyelles , ni confonantes : mais 
de Liège : on y trouve plusieurs fimples fer- comme les chofes.ainfi auffi les mots ont chacun 
vants à la medicine , fur tout de la rhubarbe & leur charaftere hiéroglyphique ; & n'ont pas 
dumufc. Ils font du fel, non feulement es pro- moins de lettres que de mots; & entr'eux les 
vinces maritimes , mais auffi en terre ferme , où mots , les fyllabes , & les lettres font une mefme 
il y a des eaux dont on tire aifëment du fel. Ils chofe; que fi par fois on rencontre des mots de 
ont auffi du lucre, du miel, & de la cire : item du deux fyllabes, il faut fçavoir qu'en Chinois chat 
papier, &qui vaut bien le noftre. Ilsneroan- que fyllabe fait un mot entier, mais pource 
quent point d'efpiceries, car les unes croiffent qu'elles ont efté inventées pour lignifier une feu- 
en leur pays, les autres on les y apporte de de- le chofe, ils les conjoignent quelquesfois comme 
hors. Ils ne le fervent point de nappes pour cou- nous , en un feul mot. Leur façon d'efcrire eft 
vnreurs tables. contraire àla noftre; car commençans à la droi- 

te Ilulieurs arts & meft.ers fleurifTent parmy cle , ils vont de haut en bas, & nous allons de 
™jt«r>- eux: ils nous font de beaucoup inférieurs en l'ar- cofté, de la gauche à la droicte. 

chiteaure,foit qu'on regarde à la magnificence Le Gouvernement de la Chine eft Monarchi- c ""'"«- 
des baitimens ou bien à la durée , ils ne fe fou- que ; auquel les fils fuccedent au père, ou au de- ""'"■ 

mnois 
>du 

1 ■ ' ■ ■ " ' , c'eft 

profondeur de deux ou trois coudées , encor tout-un entr'eux de nommer quelqu'un fils du 
qu ils veulent baftir des fort hautes tours. On ciel & fils de Dieu; toutesfois ils ne l'appellent 
tient que llmpnmene eft plus ancienne à la Chi- pas communément de ce nom , mais de celuy 
ne qu en Europe ; car »1 y a plus de cinq cens ans d'Hoamf. , qui lignifie fouverain Empereur ou 
qu elle y eft en ufage ; ils font grands amateurs Monarque. Or il n'y a que les Dodeurs ou Li- 
de la pe,nture,comb,en que leurs ouvrages n'ap- cenciez es Ioix qui foyent admis au maniement 
prochent point de la perfeébon des noftres , ils del'Eftat. Ils appellent leurs Magiftrats Quon- 
ne peindrent point a huile , & ne fçavent point fu , c'eft à dire Prefldens , foit qu'ils foyeïït du 
donner d ombrages a leurs peintures, de mefme rang des Docïeurs ou Philofophes , ou bien des 
ne s entendent-ils pas f, bien que nous à la fcul- gens de guerre. Les revenus des tailles & im 
pturcLcsbattans de leurs cloches font de bois, pofts qui fe montent à plus de 1,0 millions p« 
& femble qu elles n'en peuvent endurer de fer, an, ne font pas apportez au threfor de â maiîon 
& pourtant le fon n'en eft pas f, efclattant. Ils royale, &n^pSpern 1 is au Roj ?d< îleSpen- 

dre 




CHINE ET IAPON. 7 

dre comme bon luy femble ; mais on les referre ont un Roy qui les gouverne , n'cftans tributai- 
dans des t h refors publics par tout le royaume. 11 resàperlonne. Elle abonde en or ; mais le Roy 
yafix Cours ou Confeilsqui administrent tou- ne permet pas facilement qu'on l'emporte de- 
tes les affaires du royaume ; le premier eft celuy hors de rifle , & c'eft la caufe pour laquelle peu 
desmagiftrats;lefecond,dethreforicrs;le troi- de marchands y vont. Le Roy elt logé en un 
fiefme , des cérémonies ; le quatriefme , de la magnifique palais, duquel le toict. eft couvert de 
guerrejle cinquiefme,des baftimens; le fixiefme, lames d'or , tout de mefme qu'en noftie pays les 
des caufes criminelles. grandes maifons font couvertes de plomb ou de 

Les autheurs parlent diverfementde la ville cuivre. On dit auffi que le plancher desfales& 
capitale : car les uns l'appellent Paquin , les au- chambres eft couvert de lames d'or. On y trou- 
tresXantum, à laquelle ils donnent auffi le nom ve quantité de perles, rondes & grofles, mais 
de Quifni : cy-devant les Rois faifoyent leur de- rouges , qui font de 'beaucoup plus grand prix 
meure à Manquin, qui eft une grande ville, affi- que les blanches. Il y a auffi diverfes autres pier- 
ie au milieu du royaume vers la mer. Mais ce que reries , lefquelles avec l'or qui y croift , enrichif- 
M. Pol Vénitien en efcrit , furpafle la croyance fent fort cette lfle. Et peu après : Les habitans 
de tout homme entendu , àfçavoirqu'elleaen- de Zipangri adorent diverfes idoles, dontquel- 
viron cent mille d'Italie de tour , c'eft à dire, z j ques unes ont une tefte de boeuf, d'autres une 
lieues d'Allemagne, & 12000 ponts de pierre, tefte de pourceau, d'autres une tefte de chien,& 
dont quelques uns font fi haut eflevez , que les d'autres de divers animaux: il y en a auffi qui ont 
plus grands navires peuvent aifement paner par quatre faces en la tefte , d'autres qui ont trois 
defious , fans abbaifler leur mas : item qu'il y a telles deiTus un col , & deux autres lût chafque 
un lac dans l'enclos des murailles , de fept lieues efpaule : derechef il y en a quelques unes qui ont 
d'Allemagne de tour , ayant deux Ifles , en cha- quatre mains, d'autres vingt, & d'autres cent,& 
cune defquelles il y a un tres-fuperbe palais roy- croyent que celles qui ont plus de mains , ont 
al: & qu'il y a une garnifon de trente mille hom- auffi plus de vertu: quand on leur demande d'où 
mes, difperlée par toute la ville, toutesfois quel- ils tiennent cette religion , ils refpondent qu'ils 
ques uns eftiment que cette ville a efté minée par enfuivent leurs pères , & qu'ils ne doivent pas 
la guerre , ou par quelqu' autre gt ande infortu- croire autre chofe que ce qu'ils ont receu d'eux. 
ne, depuis le temps de Marc Pol. Ils ont auffi cette couftume , quand ils ont pris 

Il y a une infinité d'Ifles le long du royaume de quelque eftranger, qu'ils le laiflent aller , s'il fe 
la Chine, du cofté d'Orient,de forte qu'on pour- peut racheter par argent,finon, ils le tuent,l'ap- 
roit dire à bon droit, que c'eft un monde d'Ifles. preftent & le mangent , invitans à ce banquet 
Entre les autres il y en a deux principales , à fça- leurs parens & amis : c'eft ce qu'en dit Marc Pol. 
voir Corea, que les habitans nomment Caoli, & 11 y croift des cèdres en divers endroits , lefquels 
lof". le lapon , qui eft beaucoup plus célèbre. Elle eft font de telle hauteur , qu'ils en font des colom- 
j a V M ~ au deçà de l'Equateur, & s'eftend depuis le 30 nés en leurs temples & palais , & des mas pour 
S,*wim. degré de latitude,prefque jufqu'au 18. Au levant leurs plus grands navires. Les Iaponois ne nour- 
elle regarde l'Amérique , au couchant la Chine, rilTent point en leurs maifons de brebis , m de 
au Septentrion la Scythie & la Tartarie ; & au pourceaux , ni de poules, ni d'oyes , & autres la- 
£jt«lu; de midy la grande mer. L'air en eft fort fain.com- lesanimaux. 

'*• bien quepar foisil y face bien froid ; & qu'il y Hn'y avoit cy-devant qu'un feulRoy aula-ow*. 
tombe quantité de neiges: & qu'elle ne foit gue- pon , qu'on nommoit Vo ou Dair , mais s ettant 
res fertile. On y recueille le ris au mois de Se- laiffé corrompre parles délices & taineantiie, 
ptembre , & en quelques endroits on moiffonne durant la longue paix dont il jouyfloit, il a com- 
le bled en May, ils n'en font pas du pain comme mencé d'eftre en mefpr.s à fes Gouverneurs & 
nous, mais une certaine forte de potage, ou de Satrapes , & principalement aux Cabes, quj 
bouille.Elle eft riche en mines de divers métaux; eftoyent les deux principaux , dont puis après 
l'or y abonde tant que M. Pol Vénitien tefmoi- l'un a tué l'autre Or entre les aponois celuy-la 
gne , que de fon temps le palais du Roy eftoit eft tenu pour le plus grand, & plus puiflant Roy, 
couvert de lames d'or" tout de mefme qu'en fon qui peutfe rendre ma.ftrede Meaque, &des 
pays les maifons des grands font couvertes de royaumes voifins , qui font en toute la contrée 
plomb , ou de cuivre : elle porte des arbres tant de Tenfam. Il y a quelques années qu e Nobu 
Lictiers qu'autres, qui ne font gueres différents nanga commando.t a tous ces pays-la ma. une 
T4FV* desnoftrel Le mefme Pol Vénitien dit que de confpiration ayant efte faite contre luy ,.1 tut 
*M fon temps on l'appelloit Zipangri ; j'eftime que tué , & Taxibaqu. eftoit le prmcipal de fes Ca 
SX enefefay pointai de rapporter icy «qu'il pitaines luyfucceda: apresluj Empirede lapon 
t°» . ?» '<< en efcrit ; l'Ifle de Zipangri eft affife en la haute eft venu à Taicofima , ou Taico, comme les au- 
m tikZ,. elle eft efloienée du rivage de Mangi de très l'appellent. 

m - ^IZscSort grande : Es h.bitanSbn. Meaque eft la capitaledu royaume & de tou- m, 
blancs & de belle taille; ,1s adorent les idoles, & te l'Ifle, qui eft une grande «Ue , nuus ayant efte 
Afe. 



CHINE E 

ruinée par les guerres civiles, elle eft à prêtent 
plus petite d'un tiers que cy-devant : c'eft là que 
les magiftrats fôuverains de lapon font leurre- 
iîdence, qui font au nombre de trois. Ilyaen- 
cor d'autres villes, comme Offacaia, laquelle, 
ain/î que tiennent quelques uns , eft la plus riche 
de tout l'Orient. Bungum , en laquelle il y a un 
grand nombre de Chreftiens, Coia, Bonfio, 
confacrée à un certain Dieu , qu'ils appellent 
Combodafîï ; là font lesfepulcres des Princes; & 
/î d'aventure on les enterre ailleurs , ils y en- 
voyent au moins une de leurs dents, à caufè de la 
fàinétetédu lieu. Fiongo à 18 lieues de Meaque, 
qui fut prefque toute ruinée du temps de Nobu- 
nanga; Amangafâqui, Vo(aquin,Funaium, Ton- 
fa, & autres. Il yaplufieursportsencettelfle, 
entre lefquels Ochinofaman eft l'un des princi- 
paux, où il y a un grand nombre de navires. On 
y void deux plus célèbres montagnes,dont l'une 
cy-devant vomifloit des flammes,- l'autrequ'on 
appelle Figenoiama , eft d'une fi prodigieufe 
hauteur , qu'elle furpafle les nuées de quelques 
lieues. Us baftiffent des magnifiques temples & 
monafteres. CeTaico, duquel j'ay parlé cy- 
deflus, outre fes autres ouvrages, a fait baftir un 
palais , couvert de mille Tatames (qui eft une 
forte de très-beaux tapis) avec leurs franges de 
damas , de velours & d'or ; or chacun de ces ta- 
pis eft long de huiét panlmes,& large de quatre. 
Ce palais eft baftyde bois fort précieux; &ya 
tant d'or par dedans, qu'il esblouyt les yeux des 
regardans : au devant il y a une très-belle cam- 
pagne, où il a fait conftruire un théâtre pour 
joué'r des comédies: de part & d'autre, mais avec 
quelque diftance, il y a deux tours de trois ou 
quatre eftages. Leurs maifons pour la plus-parc 
font de bois , à caufe des frequens tremblemens 
de terre , aufquels cette Ifle eft fubjede , toutes- 
fois on ne laiffe pas d'y en voir quelques unes 
d'une tres-riche 8c magnifique ftruéture, qui 
font de pierre par le bas. I'ay dit cy-deffus qu'il 
y a trois fouverains magiftrats au lapon , qui ont 
le maniement de toutes les affaires du royaume. 
Le premier , qu'ils appellent Zazo , eft comme 
le fouverain Pontife , & a foin de ce qui concer- 
ne la religion. La fécond, nommé Voo, eft efta- 
blifurles honneurs & dignitez. Le troifiefme, 
appelle Cubacama , ordonne de la paix & de là 



T I A P O N. 

guerre. Tout le peuple eft divifé en cinq ordres, 
dont le premier eft de ceux qui font ellevezen 
honneur , & exercent des charges publiques, 
qu'ils nomment Tonos , lefquels derechef font 
diftinguez en divers degrez. Le fécond , eft de 
ceux qui ont I'adminiftration des chofes facrées, 
appeliez Bonzii, qui font aullî diftinguez en di- 
verfes feétes, ils vivent en célibat, & ont la tefte 
& le menton entièrement rafez. Le troifiefme, 
eft des bourgeois , & du refte de la noblefle. Le 
quatriefme , des marchands & artifans. Le der- 
nier , des paifans & laboureurs. Ils ont deux 
dieux, que tous font tenus d'adorer, fçavoireft 
Amida & Xaca. Il y en a encor d'autres , qu'ils 
nomment Potoquos;& des petits dieux appeliez 
Camis, qu'ils adorent , afin qu'ils les maintien- 
nent en fanté, qu'ils leur donnent des enfans, de 
l'argent , & autres chofes concernantes le corps. 
Us (ont fort adonnez aux lettres, & à la Philofb- 
phie, & s'employent avec grand diligence à la 
recherche de la verité;Sr pourtant ils ont parmy 
eux des efcoles & Académies , tout de mefme 
que nous. L'efcole des Bonzies,(qui font les mai- 
ftres& Docteurs de la religion) eft en la ville de 
Banoum. Là celuy qui eft eftably fur les eftudes, 
confère folennellement le titre de Dodeur à 
ceux qui en font reputez dignes.II y a auflî un fe- 
minaire de Iefuites à Bungi , où les lapons ap- 
prennent la laDgue Portugaife , & les Européens 
la Iaponnoife. L'Imprimerie eft en ufage parmy 
eux;en general,c'eft un peuple d'efprit vif/ubtil, 
mduftrieux,& qui a bonne mémoire. Us haiflent 
de mort les detraétions, larrecins & perjures, ils 
font eftat de ceux qui font de grande ftature , ils 
■vivent aftez long temps ; ils vont a la guerre juf- 
qu'à foixante ans.ils portent petite barbe , ils ac- 
couftrent leurs cheveux de diverfes façons : les 
garçons s'arrachent avec des pincettes les che- 
veux du devant de la tefte: le commun peuple & 
les payfans, de la moitié de la tefte; les nobles Ce 
pèlent prefque toute la tefte , nelaiftant qu'un 
petit touffet de cheveux fur le derrière , auquel 
on tient pour deshonnefte de toucher. Ils pren- 
nent leur repas à genoux , & aiïïs fur leurs jam- 
bes. Les Portugais trafiquent fort en ce pays, 
& depuis peu d'années , on a permis aux HoIIan- 
dois d'y entrer. 



T A R T A R I E. 




Reii. 



A Tartarie s'eftend par 
les grands deferts de Scy- 
thie, du cofte du Septen- 
trion. Elle eft habitée 
par les Tartares , qui ont 
accouftumé de fe glori- 
fier de leur tempérance, 
8c de l'antiquité de leur 
nation; car ils fe difent 
ettre de la pofterité d'A- 
braham , & qu'ils n'ont 
jamais fervi à aucun : 
combien qu'Alexandre le Grand, Darius, Cyrus , Xer- 
xes & autres Rois & peuples puiflâns , leur ayent fait la 
guerre. Us n'avoient autresfois qu'un feul Cham, ou Sei- 
gneur ; mais à prefent que leur Empire eft divifé , ils ont 
Origine "<k plufieurs Princes. Elle prend fon nom de la rivière Tar- 
"""• tar , que les noftres appellent Magog; les habitans Mun- 
gul , du nom du pays qui l'avoifine vers le Nord. Elle a 
Ses Bornu. pour frontière au Levant , le Royaume de la Chine , au 
Midy l'Indie, les fleuves Ganges, & Oxus ; au Couchant 
lamerCafpie 8c la Pologne , puisIaMofcovie ; au Se- 
ptentrion la mer Glaciale. Ils appellent changi ou cham, 
le premier Roy des Tartares. Paul Vénitien luy donne 
le nom àttimhm. Son fils s'appelloit/waciiww, letroi- 
ficfme Roy Zaincham , que les autres nomment Batht ; 
le quatriefme eftoit Temur Gutlu, ou Tamberlan , qui ayant 
pris Bajazet Empereur des Turcs, le lia de chaines dor,8c 
le pourmena dans une cage par l'Afie; le cinquiefme De- 
tnir-Czar ;le fixiefme Macmetzxar, puis Armetz.car , Siach- 
tnet, & autres fuivans.C'eft une nation cruelle, farouche, 
Se de mœurs fauvages. Le pays pour la plufpart eft de- 
if »Mr«r</ fert , trifte & demeure fans eftre cultivé. Les Tartares 
ici h i- fuivent une mefme religion que les Turcs, & autres Sar- 
'*"• razins, laquelle tient du Iudaique , & de l'herefie Nefto- 
rienne. Us ne recognoiflent qu'un feul Dieu , difent que 
Chrift eftoit un S. Prophete.né d'un Vierge pure,8t qu'il 
fera le dernier luge du monde ; mais ils ne croyent pas 
qu'il ait vrayement fouffert la mort.Us obfervent la Cir- 
concifion , laquelle ils reçoivent à l'aage qu'avoit leur 
Patriarche Ifmael quand il fut circoncis. On croid que 
cette kâe a eu fon origine à la Mecque , ville d'Arabie; 
l'an D C de la nai (Tance de noftre Sauveur.Et qu'elle eft 
de l'invention d'un certain moine Sergius.mefchant apo- 
ftat. Us avancent leur religion par la force. Us commen- 
cent 8cfiniflènt le jour par la prière. Us prient tous les 
jours, au matin , au foir , & après midy ; & ne fe laiflent 
deftourner de cet exercice par aucunes affaires. Us ne 
s'en defehargentpas fur les Preftresfeuls; combien que 
ce foyent eux qui font les prières publiques , & leur ex- 
pofent la Loy. Chafque perfonne pour foy, tant Eccle- 
fiaftique que Séculière , confeflè & loue Dieu en fon 
particulier, & en public es aflemblées. Us font tousjours 
fobres, & fe lavent le corps avec de l'eau bénite : ils tien- 
Dent pour S. avec l'Efcriture S. la terre ou ils parlent a- 
vec Dieu , & la couvrent de tapifleries. Us n'ont point 
de fieges en leurs temples , ils fe fervent de certains ca- 
raéiers qui leur font preferipts: Us eftendent leurs mains 
vers le Ciel , & ployent leurs genoux , 8c fe courbans 
contre terre , ils fe laiflent choir fur leur face , faifaus 
leurs prières avec toute la dévotion Se humilité de corps 
& d'efprit qu'il leur eft poffible , es quels ils n'ufent pas 
beaucoup de paroles, mais difent principalement cecy : 
Au feul Vieil Immortel , Créateur du Ciel dr de la terre , hor finis 
lequel il n'y en a point d autre, foit honneur, & gloire es finies des 
fiecles.Xh conjoignent le jeufne à la prière, car ils affligent 
leurs âmes des jours tous entiers , s'abftenans non feule- 
ment de manger & de boire: maisaufli de toutes œu- 
vres , & paroles prophanes , ne vacquans à tien autre 
Afle. 



jufques à la nliict clofe : Us fe mocquent de nos jeufnes 
qui ne font poiut aflaifonnez de faim , nidefoif ni de 
cendre,ni de la méditation des cholesDivines.ni de veil- 
les , ni de prières. Usfontauflï fort libéraux à faire des 
aumofnes : car ils ne fouffrent jamais qu'aucun des leurs 
mendie , ou qu'il meure de faim ou de froid. Toutesfois 
ils exercent cette libéralité avec jugement : Car ils ne 
donnent point à ceux qui employent l'aumofne qu'on 
leur tait en gourmandile,ou en luxe: mais aux vrais pau- 
vres, malades, eftrangers , eftudians, & qui s'adonnent 
alacognoiflance de leurs cérémonies , & religion. Us 
tiennent pour chofe prophane, & illicite, de fouiller les 
fecretsdeDieu , &ont en exécration noftre témérité, 
voyans que quelques uns d'entre nous difputent à table, 
& entre les gobelets , des jugemens & fecrets de Dieu, 
qui font un grand abyfme , & qui prennent le nom de 
Dieu en vain. Les Tartares fe mocquent de nos Préfixes 
8cPafteurs, & nousblafment de ce que nos Temples 
font pleins de fieges, d'autels, d'images de Dieu, repre- 
fentees en forme de vieillard, de belles femmes,8c d'au- 
tre s.Nous nous fervons de cloches , pour convier les au- 
tres à venir au Temple ; mais eux de paroles & de cris, 
parlefquels ils célèbrent les louanges de Dieu. Us nous 
reprennent de ce que nous voulons complaire aux oreil* 
lesen nos prières, efquelles nous nous fervons d'orgues; 
& d'inftruments , 8c concerts demufique, quiempe» 
fchent l'intelligence, au lieu d'y employer noftre voix 8c 
noftre cœur. Les Tartares font tousjours à cheval, ils ne 
fe fervent point de chariots à la guerre ; ils ont force che- 
vaux eftrangers.ils n'ont point de villes à la defence des- 
quelles ils employent leurs forces. Les Mofcovites tous 
les ans au Printemps reçoivent de ceux del'Orde de 
Nohaye , plufieurs milliers de chevaux fort propres à la 
guerre , en efchange d'habits , & d'autres marchandifes 
de vil prix , qu'ils leur donnent. Les Tartares qui font 
fort riches en chevaux, ne fouffrent pas toutesfois qu'on 
en attelle au chariot de leur PrincefTe. Us portent des 
longues robbes , qui font fans plis , commodes pour fe 
battre & aller à cheval. Us fe fervent à la guerre de bon- 
nets blancs, larges 8c pointus, qui ont un tel efclat.qu'ils 
donnent de la terreur à leurs ennemis, encor qu'ils ne 
portent point de cafque. Us n'ufent point d'efpicerie, & 
aux banquets qu'ils font à Pafque, ils fe contentent pour 
toute faulce , de vilain fel , de mouftarde , d'aux, d'oi- 
gnons,8c d'autres fruiâs qui croiflent dans leur pays,non 
feulement le commun , mais auflî les Seigneurs , & leur 
grand Duc mefine.ee preneur de nos fortes places, dont 
il fe vante orgueilleufement nous en avoir desja enlevé 
feptante trois. 

On fert bien un peu de poivre à la table du Prince, & 
es banquets qu'il fait dans des taries , parmi les vaiflelles 
d'or & les viandes du pays, mais perfonne n'y touche. 
Les Tartares auffi dePrecope ne veulent point d'efpi- 
ceries , ôc ne vivent que de laid & d'eau de puits , car 
l'eau eft pour la plus part amere en la campagne de Tau- 
rique , 8c pour en avoir de la douce , il la faut chercher 
bien profond dans les entrailles de la terre.Entre lesTar- 
tares, fi quelqu'un a feulement goutté un peu de vin, on 
luy donne 8o coups de bafton.Sc paye une amende d'au- 
tant de pièces d'argent. Us tiennent tousjours leurs fem« 
mes cachées, 8c fuivans la nature pour guide, 8c l'exem- 
ple des anciens , dont il eft parlé en la Bible , ils fe licen- 
cient d'avoir plufieurs femmes chafeun , par le moyen 
defquelles ils ont des grandes troupes d'enfans , 8c d'al- 
liez. Et tant plus ils ont de femmes , tant plus font ils ai- 
mez d'elles, Se leuts mariages font heureux. Ils ne cher- 
chent point d'avoir des riches femmes.ni de rare beauté, 
ni d'illuftre maifon , de forte que fouvent des grands 
Princes efpoufent des efclaves, qu'ils ont achetées.EtD'y 
H a pa> 



Vîvijto» 
Li Tar tarte 
La petite 
Tartarie c 
Européen- 



La grande 
Tartarie ot\ 
yifattaue. 

La TartA- 
rie deferte. 



T A R T 

a pas long temps qu^stroupes d'OflarnSoltau, ilya- 
voit-fofils d'un certain Omeldefz, tous robultes 8c vi- 
goureux, & qui paraventure eftoyent nés en une mefme 
année, Se en un mefme mois de fes femmes , 6c concubi- 
nes, laquelle compagnie de 40 frères il faifoit beau voir : 
Et auprès de la rivière Vaka , il y a une métairie, qui s'ap- 
pelloit autresfois.la métairie des 40 Tartares.c'eft à dire, 
des 40 frères. La couftume d'acheter les femmes qu'ont 
les Tartares, eftoit auflî entre les ll'raelites, ainfi qu'il ap- 
pert du chap. 24 de Gen. 8c du 1 des Rois chap. 18. 
De mefmes qu'autrefois en noftre nation , les mariez 
payoyent aux père Se mère de leurs efpoufees le prix 
que les Samogites appellent Kriena. 

Toute la Tartarie eft divilëe en deux parties.à fçavoir 
. la Tartarie Européenne , 8c Afiatique , l'Européenne eft 
la petite Tartarie.ou bien le Royaume des Tartares Pre- 
' copes.qui eft cette partie de la Scythie Européenne, qui 
eft enfermée entre les rivières de Boryfthene, 8c de Pfo- 
Ia, Se Defna, qui entrent dans Borj'fthene , la petite ri- 
vière de Tanais.qu'on appelle vulgairement Donetz, Se de 
Tanais mefme , le mareft Meotide 8c le Ponte Euxin. 
Toute cette cofte de mer a efté renommée , tant par les 
Colonies des Grecs , que par leur Monumens: Et fur 
tout la Cherfonefe Tau nque, laquelle n'eft pas moins 
célèbre que la Grèce mefme. La (ont ces villes nota- 
bles des Grecs , Pamicapée , à prefent Pamico, Cimmerk au 
milieu de la Cherfonefe, Tapbros , à prefent Przckep , Se 
Thcûdofie, à prefent Kaffa. Les Scythes font toute occu- 
pée : mais depuis que les Tartares venus d'Afie s'en 
font emparez , elle a pris le nom de Tartane , 8c le fur- 
nom de Petite : pour la difeerner d'avec la grande , qui 
eft en Afie. On la divife en Precope Si Cremee : La 
Precope , ou Przecopka , comme l'appellent les Saruia- 
tes, eft Cherfonefe Taurique, ainfi appellee de Przecop, 
qui fignifie un fofle qu'on a fait dans l'Ifthme , ou bien 
d'une ville de ce nom , qui eft auprès du fofie. La Cre- 
mee, vulgairement Krymska , eft l'autre partie hors de 
la Cherfonefe , qui prend fon nom de la ville de Krym, 
qu'autrefois on appelloit Cremnos. Maispourcequele 
fiege de l'Empire eft en la Cherfonefe, toute la petite 
Tattarie a efté appellee le Royaume de Precope. Le 
peuple qui y habite eft farouche Se cruel, & qui vit de 
rapines : ils ne font point leurs demeures en des villes, 
mais font vagabonds par les champs Se les forefts.Ils ont 
un Roy fur eux , qui tient fa Cour à Frzecop. 

La grande Tartarie , ou Afiatique , eft diftinguée en 
cinq parties principales, qui font , la Tartarie deferte, la 
Tartarie Zagataye , le Royaume de Turcheftan , 1 Em- 
pire du grand Seigneur de Cantain,8c la vieille Tartarie. 

La Tartarie deferte eft affife entre les rivières de Tanais, 
Volga, Se Iaxarte, Se les montagnes de Tapyre, Sebeye, 
Se Imaus. Elle comprend une partie de la Sarmatin Afia- 
tique, 8c la plus grande partie de la Scythie entre la mon- 
tagne d'Imaus. On la diftingue en plufieurs Hordes, dont 
les principales font, celle de Zavolhe, qu'on appelle aufli 
la Horde des Bulgares Tartares; les Hordes de Cafau, 
Nohaye, Tumen, Schilbausken, Cofake, Aftracan , qui 
eftoit autresfois un Royaume a part, 8c de Baskird.Elles 
prennent prefque toutes leur nom de quelque ville. 
Leurs habitans qui cy-devant eftoyent libres , obeiflènt 
maintenant à l'Empire des Mofcovites , hormis ceux de 
Tumen.qui recognoiflent le grand Cham de Catan. La 
Horde de Zavolhe, eftoit cy-devant appellee, la grande 
Horde, pource que toutes les autres en ont pris leur 
fource ; à caufe de quoy , le Seigneur auquel elles obeif- 
foyent s'appelloit Vlucban, c'eft à dire le grand Seigneur, 
ou le grand Empereur. La ville d Aîtrachan ou deCitra- 
chan , auprès de l'emboucheure de Volga , eft la capitale 
du Royaume d' Aftracan: Elle eft renommée pour fes fa- 
lines , Se pour le trafic , à caufe de quoy une infinité de 
marchands y abondent de Mofcovie, de Turquie, d'Ar- 
ménie Se de Perfe. Les Czyrkajfes habitent auiîi en laTar- 
tarie deferte, entre les rivières de Tanais , 8c de Volga, 



A R t E. 

en la Sarmarie Afiatique, Se vers ta mer en ta Scythie, 
entre le mont Imaus, les Mecrhes, Se les Same/edes , qui fi» 
gnifie, ceux qui fe dévorent eux mefmes. Et d'autres en 
la mefme contrée, qu'on nomme Molgomfayes , Se Badayes, 
Se adorent le Soleil, ou un drap rouge eflevé en haut. Au 
refte il y a une grande ville Se fort peuplée , nommée 
Gmjline , au cofté droicï de la rive d'Obius , environ à 
my-chemin defacourfe , laquelle eft grandement fré- 
quentée des marchands Tartares 8c Mofcovites. 

Les Tartares Zagatayes joignent du cofté du Midy à la LaTana- 
Tartarie deferte, dont le pays eft meilleur, les villes font '" Zaga- 
plus belles, 8c les mœurs plus polis 8c civilifez que ceux '"}'• 
des autres. Ils ont pout bornes vers le Septentrion , le 
fleuve laxartejvers le Levant le royaume de Turcheftan; 
vers leMidy l'Empirede Perfe : vers le Couchant la mer 
Hircanienne. La capitale du pays ou les Rois font leur 
demeure , eft Samarcanda , à laquelle Tamberlan , tres- 
vaillant Empereur des Tartares a donné du renom: c'eft 
une grande ville 8c baftie de pierres, mais n'eft guère 
peuplée. Zahafpa affife à la bouche d'Oxus, Se Bikent, plus 
avant dans le pays, font des villes renommées pour la 
marchandife, ou les Indiens 8c habitans du Royaume de 
Cataye viennent pour trafiquer. Suit le Royaume de Tur- Royaume 
h/fan en allant vers l'Orient , qui eft le pays des anciens "' Torche* 
Saques , dont les habitans font afiez polis Se civilifez. Les y!™' , 
principales villes de ce Royaume font Viikent, Cotam, Ca- j c C J™ 
[car, Szlarkem. Le plus puiflant Empire qu'il y ait entre 
les Tartares, eft celuy du grand Cham, es Royaumes de 
Cataye, Tangut , êcTainfu; 8c les Provinces de Ten- 
due, Camul, Ciarciam, Se Carakitay k c'eft à dire.la noire 
Cataye 8c Teber. Il commence aux montagnes de No- 
rufle , es confins de la Tartarie deferte , 8c s'eftend jus- 
qu'au Cap deTabin , 8c au deftroict d'Anian , environ 9 
Iieuè's d'Allemagne de longueur. Il contient l'ancienne 
Serique, 8c la plus grande partie de la Scythie dehors le 
mont Imaus ; Se l'autre partie qui eft enclofe du mont Royaume 
Imaus. La Serique c'eft le Royaume de Cataye , ou de * C **J'' 
Kitay.comme on l'appelle vulgairement:Il eft à ce qu'on 
dit, fi peuplé', Se le tetroir en eft fi bon Se fi fertile , les 
villes fi belles 8c fi bien bafties , 8c finalement abonde en 
tant de biens qu'il ne doit rien à l'ancienne Grèce , ni à 
l'Italie. La plus riche ville de toutes eft Cambatu , où les 
Rois font leur demeure , 8c qui eft la capitale de tout 
l'Empire du grand Cham: elle a c lieues d'Allemagne de 
tour , 8c eft environnée de 1 2 faux-bourgs , autant qu'il 
y a de portes ; les marchands Indiens 8c Chinoys y han- 
tentfort. La ville de Caindu eft renommée pour les fins 
voiles qu'on y fait d'efeorces d'arbres, à l'ufage des fem- 
mes. Les anciens avoyent auflî cognoiflance de la toile 
de Serique, Se en font mention. Les Seres ( dit Pline )fim 
célèbres, à caufe de la manufaûure des laines , ils feignent le cot- 
ttm qu'on recueille fur les feuilles des arbres , l'ayant deslrempé 
dans de l'eau. Quelques uns afleurent que l'Imprimerie a 
efte en ufage au Royaume de Tangut, il y a icco ans paf- 
fez. La province de Tendue eftoit autresfois le Royaume 
du Preftre Iean, grand Se puiflant Roy ( lequel nom on a 
puis après donne mal à propos au Roy des Abyflins en 
Afrique.) Le Royaume deTainfu eft grand 8c bien peu- 
plé. 11 abonde en vignes , eft plein d'artifans Se de mar- 
chands, on y forge toutes fortes d'armes pour l'ufage de 
la guerre; Se c'eft là que les Tartares s'en vont pourvoir. 
Pline auffi préfère aux autres le fer de Serique. 

La dernière partie de toute la Tartarie, eft la vieille LaviiiUe 
Tartarie , laquelle s'eftend entre la rivière de Paropa- Tartarie. 
mife & la Serique , ou Royaume de Cataye , jufqu'à la 
mer Septentrionale Se au deftroit d'Anian. On l'appel- 
le la vieille Tartarie , pource que c'eft de là que le nom 
de Tartares eft premièrement venu , comme nous l'a- 
vons monftré cy-devant. Il y a plufieurs Provinces & 
Hordes, dont à peine cognoit-on les noms. Les Doctes 
tiennent que les pays dFng , Se deMongul, foat Gog Se 
Magog, dont il eft parlé es Sainûes Lettres. 



R 




V Ancien 
Empire. 



Lesfays 
anciens. 



Ses hnes. f S^B E Royaume de Per- 

s e occupoit autres- 
fois toute cette partie 
d'Afie, quieftenclo- 
fe entre l'Hellefpont, 
uiqu'audelà del'em- 
boucheure d'Indus, & 
depuis Ponte , jufqu a 
l'entrée du GolfeAra- 
bique. Mais à prefent 
l'Empire de Perfe,ou des Sophis, a pour iès limi- 
tes au Septentrion, la merHircanienne.ou Caf- 
pie, & le fleuve Oxus, avec le mont Caucafe; au 
Levant le fleuve Indus; au Midy la mer & le gol- 
fe Perfiquejau Couchant la Rivière d'Euphrate, 
& de Tigris , qui mefle fes ondes avec celles 
d'Euphrate, les monts Niphatiques , & le fleuve 
Araxes, qui entre en la mer Hyrcanienne. 

Au commencement du monde les Afïyriens 
eftoyent maiftres de l'Ane, c'eft a dire, des pays 
qui font maintenant fous la domination duTurc 
&duSophi. Les Medes leur ont fuccedé en cet 
Empire , &lesPerfes aux Medes, au temps des 
Grecs. Puis les Macédoniens s'en font emparés, 
quand Alexandre vainquit Darius. Quelque 
temps après, une partie de ces payseftant venue 
en la puiffance des Romains, les Parthes,qui au- 
paravant n'avoyent point de renom , eft.-iblirent 
un puiflant Empire en Afie , & caufcrent de 
grandes pertes aux Romains ; jufqu' à tant qu'ils 
ont auflî eux mefmes efté des-faitspar les Turcs 
& Sarrafins, & leur Empire ravagé. Finalement 
la vertu & le renom des Perfes eft derechef venu 
au deflus es Sophis ; & fous le Roy Ifmaél , qui 
eftablit &affeura de mieux la grandeur de fon 
Empire. Ce font icy les Provinces qui apparte- 
noyent anciennement au Royaume de Perfe , la 
Gedrofie, Carmanie, Drangianc, Arachofie, Parcpamije, 
BaBriane , Margiane , Eyrcanie , Arie , Partbie , Pcrfe, 
Sufiane, Ajfyrie, të Medie. 

Les Orbites, Parfites,Mufarnées,& Rhamnes, 
habitoyent autrefois en laGedrofie, laquelle à pre- 
fênt eftcognuéparlenomde Xhefimur& Gu- 
zarate. Elle eft arroulée du beau fleuve Arbis ou 
Arabis. Ses plus renommées villes eftoyent Per- 
fe, capitale du pays, Arbis & Cuni. Les Provin- 
ce»*™. ces d e l'ancienneCVzwwK/e font à prefentKirman, 
Goadel,& le royaume d'Ormuz.Elle eftoit habi- 
tée jadis des Ifatiches , Zuthes , Gadanopydres, 
Camelobofces , appeliez Sozotes , Agdenites, 
Rhudianes, Ares, Charadtes, Pafargades & Ar- 
mozeens.Ses Provinces s'appelloyent Madoma- 
ftice,Parepaphite,Cabadine,Chantonice,où il y 
a un fleuve célèbre , à fçavoir Samidaces ; & une 
montagne , qu'on appelloit montagne de Semi- 
ramis. Et les villes de Carmane,Samydace , Ale- 
xandrie.Armuze. Les Darandes,& Barriens.de- 
EnnyMc. meuroyent en la Drangianc, qui eft à prcfent Sige- 
ftan. La principale province eftoit Tatacene, & 
Afie. 



Gedrofie. 



les villes Ariafpe, Prophthafie. Les Sydres, Ro- 
plutes, Eortes & Pargyetes, qu'on appelloit au- 
paravant Arimafpes , & puis Evergetes eftoyent 
les peuples de l' Arachofie, qu\ porte en ce temps le 
nom de Candahor.Ses villes eftoyent Arachote, 
Alexandrie. La Paropamife , aujourd'huy Sable- 
ftan eftoit habitée par lesBolites, Ariftophiles, 
Ambantes,Parietes,Parfie*Jjes principales villes 
eftoyent Carura, qui s'appelloit auflî Ortolpane 
& Nanlibe. La Baclriane s'appelle à prefent Co- sdlriane, 
rafan.Elle eftoit habitée par ^Salatares.Zariaf- 
pes.Chomares, Cornes, Acinaces,Tambyces,& 
la grande nation des Thocares, les Maricayens, 
Scordes, Varnes, Savadiens, Orfites, Amarifpes. 
Il y avoir deux villes royales , Baélra & Ebufme, 
& deux autres afTez célèbres, à fçavoir Maracan- 
de,&Charracharte.Les peuples de la Margiane,i M "i'^>- 
prefent Elfabar,eftoyent les Derbices, & Maflfa- 
getes,qui y eftoyent venus de Scythie, lesPar- 
nes,Daes &Tapurnes.La ville la plus renommée 
de toutes eftoitAntioche Margiane,laquelle au- 
paravant avoit nom Alexandrie, & depuis Seleu- 
cie. Les peuples à'Hyrcar.ic (d'où la mer prochai- Hpcmie. 
ne a efté appellée Hyrcanienne) eftoyent les 
Maxeres, Aftabenes & Chrindes. La principale 
province Arfyte. La ville d'Hyrcane , qui puis 
après a efté nommée Amanite, eftoit la capitale 
du pays. L'Arie aujourd'huy Diargument, eftoit Atk. 
habitée des Nifées, Aftavenes, Mufdoranes.Ca- 
firotes,Obares,Elymandres,& Borges.Ses villes 
eftoyent Arie, Alexandrie, & Bitaxe.Les pays de 
Partbie , aujourd'huy Arac , eftoyent Comifene, TmUe. 
Parthiene, Paratanticene, & Tabiene qui eftoit 
habitée par les Sobides. La capirale,où les Roys 
faifoyent leur demeure, avoit nom Hecatompy- 
!e,qui fignifie cent portes,pource qu'elle en avoit 
autant.Les peuples de P«-^,à prefeut Farfi.eftoy- F "fi- 
entlesMefabates,Rapfies,Hippophages,Suzées, 
Megores,& Stabeens: Les pays Paretacene.Mif- 
die,Mardiene,Toaccne. Ses villes,Perfepolis, ja- 
dis la capitale de l'Empire de Perfe, & la plus 
belle de toutes;Axime,Marafie,Torre.Les peu- 
ples de la Sufiane , à prefent Elaran , eftoyent les W"»<- 
Elymeens, dont le pays s'appelloit Elymée , ou 
Elymaide,& les Coffeens.Les Provinces,Melite- 
ne,Cabamene,Characene,Ciflîe,Chaltapite,&: 
la Campagne de Dera , la plus fertile de toutes. 
Les plus célèbres fleuves, Mofée,Oroates,& Eu- 
lée , dont I eau eftoit fi belle Se fi claire , que les 
Roys n'en vouloyent boire d'aucune autre. Les 
principales villes,Sufe & Tariane.Les Provinces 
plus cognués d'Aff)>rie,i prefentCufiftan.eftoient ■#">• 
Arrapachite, Sitacene, Adiabene , Apolloniate, 
Catacene & Arbelite. Ses peuples eftoyent les 
Garameens & Sambates.Les rivières qui entrent 
dans celle de Tigris,fontLycus,Caprus,&Cor- 
gus. Ses principales villes,Ninus,qui eft appellée 
Ninive en la Sainde Efcriture, baftie par Ninu5; 
Ctefiphon , où les Roys des Parthes faifoyent 
I leur 



PERSE. 



ïeur demeure, & Arbele, auprès de laquelle Ale- 
xandre le Grand desfit Darius. Les peuples plus 
Medic renommez de Medie , à prefent Sarch , eftoyent 
les Ca(piens,dont la prochaine mer a efté appel- 
léeCafpienne , (comme auffi Hyrcanienne des 
Hyrcaniens. ) Et les Portes Cafpiennes ; les Ca- 
dufiens, Gelés , Dribyces , Avariques , Mardes, 
Carduches , qui puis après ont porté le nom de 
Gordiens, les Marondes , Margafes, Sagartiens, 
Tapures, Sidices,& Vadafles. Ses pays eftoyent 
Atropatie, Choromiterne, Sagrianique, Ragia- 
ne, Darite, Zapavortene, Syromedie. Les prin- 
cipales villes, Ecbatane, Arfacie, Cyropolis, Eu- 
ropus. Les plus beaux fleuves,Cambyfes, Cyrus, 
Marde , qui s'appelloit auffi Amarde , Strato & 
Corindas. Les Montagnes , Coronus, Iafonius, 
Orontes, Zagrus & Choatras. 

A prefent tout l'Empire des Perlés, ou des So- 
phis , eft divife en i j Provinces , dont voicy les 
noms: 

i Hyrach. 

2 Parc ou Fares ÎS? Farc. 

3 Aderbajonou Adarbigian. 

4 GueylonouQuylan. 

y Cborafan ou Karafon. 

6 KermonouKerman. 

7 Le Royaume d'Harmwz. W les Ifies qui font du 

golfe Perfique, appelle "vulgairement Otmu%,. 

8 SiflonouSagiflan. 

9 Macro» ou Getche-Maquerona. 

10 Le Royaume deCandabar- 

1 1 Maurenahar isf Turqueftan. 
i i l\l>ec Province des Tartans, 
il La Province de Kurbeftan. 
14 CbufflanouChureflan. 

ij La féconde Irach. 
Les Arabes & les Perlés , donnent le nom 

frertek, d'Hierackà deux Provinces,dont l'une eft limitro- 
phe à Bagadad, laquelle a lûccedé en la place de 
l'ancienne Babylon , & n'eft pas loin de fes ma- 
fures ,• l'autre eft deçà du cofté de la Perle , & 
comprend plufieurs Royaumes & Principautez, 
outre la province qu'on appelle proprement 
Hierack. Ils nomment la féconde Hieiack Agemy, 
c'eft à dire, de Perfe; & la première Hierack Araby, 
en laquelle eft l'Egypte , & quelques autres pro- 
vinces en tirans de Bagadad vers l'Occident. Or 
Hierack de Perje, eft une grande & célèbre provin- 
ce, dont en ce temps la ville capitale eft Hifpaban, 

ff***'™'" ou bien Spahan , comme on l'appelle vulgaire- 

Ucapiult. -in 1 n r 1 1 r 1 

ment , ou les Roys de Perle, pour la plulpart du 
temps font leur demeure, & qui eft une ville fort 
marchande , & abondante en toutes fortes de 
biens. On tient qu'elle an lieues de tour,y com- 
pris les faux-bourgs. Les autres luy en donnent 
jufqu'à 14. Elle eft enclofe d'un rempart de terre 
de moyenne hauteur, & d'un forte qui n'eft guè- 
re large, & qui eft prefque tous-jours fec en efté. 
Ilyai8ooomaifons & plus dans la ville, qui font 
plattes audeflus , & plufieurs plaifans jardins, 
avec des très-beaux eftangs. Outre cette ville il 
y en a encor plufieurs autres , comme Tafd, 



Kom, Saoab, Kafuin, Nabaond, Targarin,ï>amaoand> 
& Tabaron, ReyXarear, Hufoaen, Fermafm , Cachra- 
wrd, Cbiwar Se Aba. 

Parc (que les Arabes nomment Tares & Farc)eft p ' n *• 
l'une des plus grandes & meilleures provinces de 
cet Empire. Sa capitale eft Schiras, ville fort an- 
cienne & renommée pour le trafic , où rien ne 
manque de ce qui eft neceffaire pour la vie. Le 
Roy dePerfe,quoy que grand ennemydesChre- 
ftiens , tolère en cette ville deux convents de 
Moines, qui font en partie Italiens, de l'ordre des 
Carmes; en partie Portugais, de l'ordre de S. Au- 
guftin. Ils prefehent en langue Perfique, Armé- 
nienne & Arabique. Leurs auditeurs pour la pluf- 
partlbnr Arméniens. II y en a fort peu du pays, 
ou de Mahometans , pource qu'il ne leur eft pas 
permis de penfer feulement à changer de reli- 
gion. Aflacbar qui femble avoir autrefois efté la 
capitale , appartient encor à cette province: 
Item Laar Se Gamrou. Ceux qui de Schiras vont 
à Hifpahan , rencontrent en leur chemin les 
grandes matures du Chafteau de Perfepolis, fi re- 
nommé dans les anciens autheurs. Les Arabes 
& les Perfes, les appellent Chilminàra, comme qui 
diroitles4o Colomnes , car ils nomment ainfi 
les tours que les Arabes font en leurs temples: 
Onvoid encor à prefent 20 de ces Colomnes, 
où il y a des effigies d'hommes entaillées , qui 
font habillées à la Vénitienne. Il y a encor d'au- 
tres villes, à fçavoir Tarom, Kasçrurt , Laftan, Staba- 
banon, Neri^, Pafab, & Dar-agnero. 

La province d'Aderbajon eft auffi bien gran- ■<*'"**■ 
de. Sa ville capitale s'appelle Tabrbç.. Le pays d'à-'"' 
Pentour eft remply de toutes fortes de commo- 
ditez , & trafique avec lesRuffiens , Polonnois, 
Circaftes, Géorgiens Se autres nations.il y a quel- 
ques mines dont on tire un peu d'argent ; mais il 
abonde en alun 8c garence.Les habitans s'appel- 
lent Ca/anges. Leunclavius eftime que ceft l'an- 
cienne Taurcjium, Se qu'à prefent on l'appelleTdw- 
ri^. Ortelius tient que c'eft Ecbatane. Les autres 
villes font, Xyrvan , Hadarbigitn, Hordabat , Ardeïil, 
Halkban, Selmas, Cbonvy, Ourmya , Mer end , Maraga, 
Se Seriar. 

La province de Guyelon eft affilé pour la plut G »j" !c «- 
part au bord de la mer Cafpienne , laquelle mer 
eft fâlée , combien qu'elle n'ait rien de commun 
avec l'Océan. On la divife en cinq Gouverne- 
mens , dont ce font icy les villes capitales , Raxt, 
Laiou,Gaykar,Langarkanon Se Kudam. Iean de Per- 
fe nommé Hicbanla. capitale delà province de 
Guilaa, & dit qu'elle contient fêptante mille ha- 
bitans. Cborafan ne cède rien en grandeur ni en cherafin. 
richefles aux autres provinces de Perfe. Sa capi- 
tale s'appelle Mexat , qui eft une grande ville & 
fort peuplée , en laquelle on void les fepulchres 
des Roys de Perfe , qui ont régné après Scach 
Ifmaël Sophy. Outre cette ville il y en a encor 
d'autres , fçavoir eft Ibun , Thabas , Kahem , Hrey, 
Se Marwo. 

La Province de Kermon eft entre Parthie & Cho- Kermtn. 
rafan. On la tient pour une des premières du 

roy- 



io 



P E R S E. 
royaume de Perfe , tant à caufe de fa grandeur, dent en bleds , & en fruits. Ils ont une grande 
que pour la d.verfue & abondance des biens quantité de pommes, mais qui font moindres, 
quelle rapporte. Sa capitale s'appelle auffi Ker- que celles, qu'on voidpar deçà. 11 y a de fore 



Lt Royau- 
me â'Or- 



mon; combien qu'elle contienne encor d'autres 
villes, comme Mungian, Vardefl, Vak/egerd, Hurart, 
Rudban, Roflac, Arroftac, Sirgian , \a\dejdr , Ratand 
Mahan, Cbabia_,Gianab, Guroft , Sur a, Maun, Riaan, 
Eam, Fahag, &uermafin Se Maflih. 

Le Royaume d'Harmu^, vulgairementOwwç, 
prend fon nom de l'Ifle Ormuz, quia environ 
iîx ou fept mille pas de tour. Il abonde en fel mi- 



grofles pefches , des cerifes , & autres fruits pri- 
mes, hormis des fraifes. 11 rapporte force raifins, 
& qui font tres-excellens. La mer Cafpie les 
fournit de harens, faulmons , efturgeons , truit- 
tes & autres fortes de poiflons, lefquels ils falent 
pour les garder, ou les feichent au Soleil. 

Le Perfes font de couleur blanche , & affez Namilà» 
beaux; ils s'habillent prefquede mefme façon v '"ï u ' 



neral , Se en foulphre affiné. La ville eft aflez que les Turcs. Ils font belliqueux Se robuftes, 
grande, combien qu'autrefois elle l'ait efté d'à- prennent plaifir à la lecture, &ala Poéfie. Ils 
vantage : elle eft des plus marchandes qui fe excellent fur tout es arts &fciences contempla- 



voyent, & a eu des Roys fipuiffans , qu'ils ont 
commandé à une grande partie de l'Arabie , & 
de Perfe, & à tout ce Golfe li, jufqu'à Boforum, 
jufqu'à ce que les Portugais fous la conduite 
d'Alfonce Albuquerque leurofterent l'Ifle & la 
ville. Mais ces dernières années, les Perfes les 
ont recouvré. Il y a encor d'autres Illes en cette 
contrée, a fçavoir de Larek , Queixome , Keys , An- 



Sipl 



tives. Le langage Perfan eft commun à plufieurs 
Provinces d'Orient : Et y remarque-on trois 
Dialeétes, à fçavoir Xynay, Ro/rab, Se Harmufi. 

Or les Perfes font grands ennemis de trois des geligim. 
compagnons du Prophète Mahomet , à fçavoir 
d'Ebuekur , d'Orner , & d'Ofman ; mais ils font un 
grand eftat du quatriefme nommé Abu. Ils difenc 
que quand l'Ange Gabriel apporta duciell'Al= 
gen, Andrelpy, Lar, Kargb, Se Barhen. Celuy qui de- coran pour le bailler à Abis , que par mefgarde il 
firera de fçavoir quels ont efté les Roys d'Or- le prelenta à Mabomet,Se que Dieu ne s'en offenfa 
muz, le pourra apprendre dans Teixere. point, ne luy en dit rien,pource qu'il voyoit que 

La Province de Sifton, ou de Sigejlan, detous Mahomet eftoitauffi digne d'une telle grâce & 

fent. Ils fuivent la Religion 



Mmon. 



coftez environnée de montagnes, du milieu def 
quelles fort la rivière d'Ilmentes. Sa capitale ville 
s'appelle Ciflan , en laquelle il y a environ cin- 
quante mille habitans. Puis on y void les villes de 
Cercan, Canafî,Mukte, Rocagmin,Timoaiin, Afian, iSc. 

Le Royaume deMncro«,efl: appelle par les au- 
tres Getecbe-maquomia. Ses habitans portent le 
nom de Bakobes, qui font un peuple cruel & bar- 
bare.lls vôt jufqu'à la rivière d'Inde vers l'Orient. 
CtuuUhar. L e j^ y Je Perfe Xa-abas , a repris le royaume 
de Candahar au Roy des Indes , ou au grand 
Mogol. Sa capitale eft une ville fort ancienne, 
en laquelle autrefois demeuroyent les Baneanes, 
Se à prefênt les Puttanes. 

On donne le nom de Matirenabar,8c Turqiieflan, 
aux pays qui font au delà de la rivière de Gebun, 
qui les divifo d'avec Karajon. Là font les villes de 
Halem , Semengian , Jhalan , Sacalcand , Varavalin, 



JMaurena- 
bar. 



prelent. Ils luivent la Religion qu'un certain 
Docteur nommé Sceicbes tiaidar leur à enfeignée, 
mais quelques uns d'entr'eux adhérèrent à un 
autre Dodeur qu'ils appellent Imame Hanfiis. Ces 
deux Docteurs ou Imames, ont demeuré en la 
ville de Rtw en Perfe, au temps d'Erdebil gen- 
dre deChaflan Scach de Perfe , & Scachlfmaël 
premier de ce nom , fils d'Erdebil , & petit fils 
d'Vffun Chaffiw , de par fa fille Marthe. Et ces 
Docteurs ayans propofé leurs dogmes , & opi- 
nions,ces deux Princes Erdebil,& lfmael,pere & 
fils, les embrafïerent.Et le fils furnommé Sophy, 
fut fi heureux , que le monde venant à luy pre- 
mièrement à moindres troupes, puis après à plus 
grande foule, au bruit de cette nouvelle religion, 
qu'on nomma Sophine. Ildeffiten bataille fon 
oncle Iacupes & Alvantes fils d'iceluy.tous deux 
Roys de Perfe, & leur ofta la vie, & s'empara du 



Azjjaruzjiam , Takcan , Sachimeft , Varujer, Hosb, An- royaume, lequel il tranfmit à fes fucceffeurs, qui 



lé poflédent encor à prefent. Toutesfois ces 
deux Doéteurs Perfans , ne font pas feulement 
en exécration aux Seétateurs d'Ofman , mais 
auffi aux autres Mahumetans , tant en Barbarie 
ou Afrique, qu'au grand Empire des Tartares. 

Le Royaume des Perfes eft entièrement Mo- 
narchique , carie Roy a toute la puiffancepar 



derab, Medas, 8c Kas. 

Vzbtckt j\beck apparrenoit autrefois aux Perfes, main- 
tenant elle leur fait la guerre. Sa capitale s'ap- 
pelle Balck,qu\ eft une ville fort peuplée & riche. 
Ses habitans font gens belliqueux. 

Kiirdcjl*. La Province de Kurdeftan eft celle en laquelle 
à prefent habitent les Curdes, 

Clmfifl**. L es principales villes de Cbufiftan , font Afaa- devers foy , tant en la religion qu'au gonverne- 
fam, Se Sufam. ment civil; fe portant pour fouverain Pontife, Se 

Iwk. Les principales villes d'ïrack font celles de s'attribuant à luy feul l'authorité de faire des 

Koufa Medain, IVafit, Bagdat, Se Basbrao. loix & de les abolir. Ils appellent le Roy Xa , ou 

Qualité du y ayant donc tant de Provinces en ceRoyau- Patxa.Ctt Empire n'eft pas fi tyrannique que ce- 

W * me , ce n'eft pas de merveille fi la température luy des Turcs:Car non feulement le Roys y font 
de l'air & la fertilité de la terre n'eft pasefgale gtand eftat de la Noblefle , mais auffi il y a plu- 
partout. Le pays de Perfe, dit Contarein, eft fort heurs riches & puiflans Princes , quoyquevaf- 
uni&fec ; on y trouve de l'eau falée en beau- faux du Roy. 
coup d'endroits; les lieux où il y a de l'eau abon- K L' E M- 



D 



L' E M V I R E 

V T V R C. 




Omponius Mêla fait 
mention des Turcs en 
(on premier livre, où 
il dit : Les Budins poffe- 
dent des campagnes abon- 
dantes en paflmage , au- 
près du mareç. Meotide, 
mais qui /ont (toiles isf 
nues quant au refle. Les 
Gelons demeurent en une 
-pille de bois. Auprès d'eux les Tbyrfagetes isf les Turcs oc- 
i.ei limites cupent des grandes forejls , is> vivent de chaffe. Pline 
^^""•auflîlesrecognoiftliv. o^chap. 7. Et n'y a point 
de doute que ceux qui tiennent aujourd'huy ce 
grand Empire, n'ayent pris leur nom, & leur ori- 
gine de ces peuples-là. Toute la Turquie eft 
lèparée de l'Italie, Allemagne, Pologne, Mofco- 
vie, Perfe,des Indiens,& des Aby ffins,& par tou- 
te la cofte d'Afrique , prefque jufqu'à Cadiz , de 
la Ly bie au dedans, de l'Efpagne & de la France 
au dehors; par la mer Adriatique, les Alpes, Se 
deux grandes rivières , à (çavoir Boryfthene , & 
Tanais; par de grandes forefts , marefcages & 
montagnes continuelles ; par fa mer Hyrcanien- 
ne, par des larges campagnes fablonneufes, Se 
des deferts inhabitables , & derechef par la mer 
Méditerranée. Le refte eft environné de la mer 
rouge, & de l'Océan, & comprend les golfes 
d'Arabie & des grands pays , jufques à ces peu- 
ples que l'heureulè hardieffe des Portugais a dé- 
couvert le fiecle pafTé. Les rivages maritimes de 
cet Empire ont huidt mille milliers de pas d'e- 
ftenduë , c'eft à dire 2000 lieues d'Allemagne, 
depuis Venife jufqu'à Cadiz, par la mer Adriati- 
que, & Egée du cofté de l'Europe,- par l'Euxin & 
derechef l'Egée, Se par la mer Ionique, & autres 
endroits de la Méditerranée, du cofté d'Afie. Le 
circuit terreftre par les pays fufmentionnez, n'eft 
pas moindre. Tout ce qui eft entre-deux appar- 
tient entièrement à l'Empire du Turc. 11 eft de fi 
grande eftenduë que les Turcs poiïedent à pre- 
fènt toures les terres qui autrefois eftoyentfub- 
jeétes aux Romains , excepté l'Italie , la France, 
l'Allemagne,& la Sarmatie, avec une petite por- 
tion de la Hongrie & de la Grèce; en recompen- 
ce defquelles ils y ont adjoufté quelques peuples 
& provinces , qui ont bien fenti les armes des 
Romains, mais n'ont jamais recognu leur domi- 
nation. 

Le premier qui a dominé fur les Turcs eft Of- 
man, qu'on appelle vulgairement Ottoman , Tar- 
tare de nation , Soldat du grand Cham, homme 
hardy, furpaflant les autres en force de corps. Il 
fe retira d'avec les Tartares , fous prétexte de 
quelque injure qu'ils luy avoyent fait, & fe mit à 



tenir les montagnes & les partages en Cappado- 
ce. Iln'avoit avec foyau commencement que 
40 hommes de cheval; mais peu de temps après, 
plufieurs s'adjoignirent à luy, les uns fous l'eipe- 
rance du butin, les autres pour éviter la punition 
deuë à leurs crimes: Et par leur moyen il com- 
mença d'entreprendre ouvertement , ce qu'au- 
paravant il avoit effaié de faire en cachette. Il 
s'empara de Cappadoce , Ponte, Bitbynie, Pamphilie Se 
Cilicie,csm (ont des tres-riches provinces. On rap- 
porte le commencement de fbn règne à l'an 
i3oodela naiffance de Chtift ; il régna 28 ans. 
Orchanes luy fucceda , qui conferva Se accreut 
l'Empire que (on père luy avoit laifté , par les 
mefmes artifices, mais avec plus grande puiflan- 
ce , empoignant avidement Poccafion que les 
Chreftiens , divilêz entr'eux , luy prefentoyent. 
Parce moyen il fubjuguala Myfie , Lycaoriie, 
Phrygie, & Carie ; aflîegea &pritNicée, Se 
eftendit les limites de fon Royaume , jufqu'à 
IHellelpont. En ce temps-là les Paleologues de 
Conftantinople eftoyent en débat avec Conta- 
cuzenus. Orchanes donc eftimant, ce qui eftoit 
vray, que s'il favorifoit ceftui-cy , onl'appelle- 
royt en l'Europe, y traverfa & ouvrit le chemin 
à fes (ucceiïeurs, pour travailler l'Europe. Sur la 
fin de fa vie il eut du malheur en la guerre qu'il 
faifoit contre les Tartares, &yfut tué, ayant 
régné 36 ans. Apres luy régna fon fils Amurath, 
homme fort diffimulé , & qui ne cedoit en rien 
à fes predecefteurs , en grandeur de courage , ni 
en force de corps , Se cognoiftance de l'art mili- 
taire. L'an 1 363 il prit Callipolis en la Cherfone- 
fe de Thrace ; or incontinent après le rendit 
maiftre d'une grande partie de Thrace: en fuite 
il emporta la Myfie, les Peffes,Se les Triballes : Fina- 
lement ayant pris Adrianopotis, Se afpirant à l'Em- 
pire de Servie & de Bulgarie, il fut vaincu & tué 
par Lazare Defpote de Servie, l'an 31 de fon 
règne. Il Jaiffa deux fils , à fçavoir Soliman Se Baja- 
K» ; Baja^et ayant tué fon frère parvint à l'Empi- 
re, Se entreprint de conquefter toute la Thrace; 
de laquelle eftant venu à bout , il refolut d'atta- 
quer Conftantinople, mais il luy fembla à propos de 
s'emparer premièrement de la Theffalie , Macedo- 
nie , Pbocide , Se Attique. Il fubjugua auffi les My- 
liens, quiàprefentportentlenomde Serviens; 
l'Illiric qu'on appelle Bofnie , & le refte des Tri- 
balles , qu'on appelle Bulgariens ; ayant tué le 
Prince de Bulgarie: Et des-ja avoit pillé les faux- 
bourgs de Conftantinople, & l'avoit tenue huiâ: 
ans bloquée , lors que craignant les forces des 
Hongrois, & les François, qui arrivoyent pour 
le fecours de l'Empereur , (lequel eftoit allé tout 
exprès enltalie,afin de les faire venir) il quitta le 

fîege, 



L' E M P I R E 

fïege.s'en alla au devant d'eux à Nicopoli. Leur 
ayant livré la bataille , il les desfit , & tua ou em- 
mena prifonniers la plufpart des Capitaines 
François. Iean Duc de Bourgogne demeura en 
cette bataille là ; mais Sigifmond Roy de Hon- 
grie & de Bohême en efchappa. Bajazet enflé 
de cet heureux fuccez, s'en alla derechef à Con- 
ftantinople , &la moleftaparun longfiegede 
trois ans. Et c'eftoit prefque des-ja fait des affie- 
gez , lors que Tamerlan grand Cham de Tar- 
tarie , commença à mettre toute l'Afie à feu Se à 
fang; à ruiner les villes, &en emmener le butin : 
Dont Bajazet eftant effrayé; s'en alla es frontiè- 
res de Galatie & de Bithinie , où il dreffa une ar- 
mée. Là fe donna une grande bataille qui dura 
bien avant dans la nuiét. Bajazet la perdit & y 
fut pris, & Tamerlan l'ayant fait lier de chailhes 
d'or , & mettre dans une cage , le pourmena en 
cet eftat par toute l'Afie. Deux cens mille Turcs 
furent tuez en cette bataille , qui advint l'an 
1307. Bajazet, au bout de trois ans, defefperant 
de pouvoir recouvrer fa liberté , & entendant 
qu'on le vouloit mener en Tartarie , fe heurta 
plufieurs fois la tefte de toute fa force , contre la 
cage de fer,en laquelle il eftoit enfermé, & mou- 
rut ainfi , ayant régné douze ans & fix mois. Il 
laifla trois fils , à fçavoir Calapin , Mahumet Se Mu- 
fiapba. Calapin, qu'on nomme auffi Alpin, mourut 
incontinent après; Ion fils Orchanes fut tué par 
fon oncle Moyfe; Se Moyfe auffi fut mis à mort 
par (cm frère Mahumet premier.Ceftuy-cy fub- 
jugua toute la Valachie & la Macedonie , & 
eftendit l'Empire Turquefque jufqu'à la mer Io- 
nique.Il eftablit fa demeure à Adrianopo!i,Sc mou- 
rut l'an de noftre Seigneur , 1422, ayant régné 
17 ans. Amurath n , que les Turcs nomment Afo- 
çatbeq, luyfucceda. Eftant entré dans la Thra- 
ce, à l'aide des Genevois , il desfit en bataille Ion 
oncle Muftapha , auquel les Grecs portoyent 
plus d'affection. Il ruina Tbeffalonique , ancienne 
Tille , qui appartenoit alors à la Seigneurie de 
Venife, & qui eftoit grande , plaifante, riche, & 
baftie en un bon lieu. Il s'empara auffi de Cypre, 
à'Epire,8c d'Etolie:8c voyant que l'amitié de Geor- 
ge Defpote de Servie , luy pouvoit grandement 
tèrvir pour l'eftabliffement de fes affaires , & af- 
faiblir les Chreftiens , il la rechercha par tous 
moyens, & outre cela, prit fa fille à femme. S'af- 
feurant donc fur les forces, & fur la fidélité du 
perfide Defpote, il fe mit à attaquer Belgrade; qui 
eft une ville baftie à l'endroit où le Save &le 
Danube fe rencontrent , laquelle peu de temps 
auparavant le Defpote avoit donnée à l'Empe- 
reur Sigifmond. Sept mille Turcs moururent en 
ce fiege , & les Chreftiens r'affeurez par cette 
victoire , commencèrent à avoir meilleure efpe- 
rance de leur affaires. Vladiflaus Roy de Pologne 
& d'Hongrie , avoit fait Iean Hunniade Vaivo- 
de ou Duc de Tranfylvanie , en recompenfe de 
fes proûeffes. Ceftuy-cy eftant entré en la Sei- 



ne. 



D V T V R G tï 

vie, en chaffa les Turcs ; & puis après en fit un 
grand carnage en Tranfylvanie , où ils eftoyent 
venus. Il fe battit finalement avec eux en Bul- 
garie, fix fois enunfeul jour en bataille rangée, 
Se en remporta tous-jours la victoire. Il prit là 
4000 prifonniers , 9 Enfeignes & 1 3 Capitaines k 
Pourtant Amurath eftant comme forfené de 
tant de pertes , 8c indigné de ce que Vladiflaus, 
par le confeil du Pape Eugène , avoit téméraire* 
ment rompu la trefve qu'ils avoyent faite en- 
femble , ramaffa toutes fes troupes , & fe refolut 
de faire un dernier effort. Alors l'armée des 
Chreftiens eftoit campée auprès du lac de Ver- 
ne. Le Turc ayant corrompu leur efpions, en- 
voya avec une incroyable diligence une armée 
d'Afie, en Europe , au deffousde Callipoli , pay- 
ant cent mille efeus aux Genevois , qui eftoyent 
maiftresdecedeftroict, afin qu'ils le laiffaflent, 
paffer. On combatif courageufèmentdepart & 
d'autre trois jours entiers ; en fin la victoire de- 
meura à Amurath, qui reprochoitàbondroit 
aux Chreftiens d'avoir fauffé leur foy .Vladiflaus 
fut tué en cette bataille. Hunniade en efchappa 
à grande peine. Le Cardinal Iulian, lequel quel- 
ques uns difent avoir efté caufe de la rupture de 
la trefve, eftant tombé de cheval, mourut fflifè- 
rablementen un bois efearté. Amurath enor- 
gueilli de cette victoire, abattit la grade murail- 
le & efpaiffe , qui fermoit PIfthme de Corinthe, 
& finalement mourut à Prufe ville de Bithynie, 
qui eftoit alors la demeure des Empereurs, l'an 
30 de fon regné.Mabumet n luyfucceda en l'Em- 
pire,lequel ayant affermi fa tyrannie par la morC 
de fon frère , prit Conftantinople l'an 1453 > ' e 
30 de May. Puis après il envahit la Bulgarie , & 
la forterefle de Rafcie , appelée Smideron , baftie 
fur la rive du Danube ; & en fuite la Dalmacie Se 
la Croatie, avec toute la Rafcie. Il emporta auffi 
Irebheonàt Se Mitylene , avec quelques lues de la 
mer Egée. Il prit VEubœeSc Theodofie, qu'on ap- 
pelle à prefent Caffa, ville appartenante aux Ge- 
nevois,en la Cherfonefe Taurique. Finalement 
ayant en vain attaqué Rhodes , il mourut le 1 de 
May, l'an 1481; il régna 31 ans, & en vefeut j8. 
Il laifla deux fils, Bajazet Se Zyzyme. Bajazet 11 
eftant venu à l'Empire, chaffa fon frère de Pru- 
fe & de toute l'Afie , quoy qu'il fut affifté du fe- 
cours du Sultan d'Egypte. Zy%yme ayant pris le 
party des Chreftiens , & eftant venu à Rhodes, 
fut de là envoyé en France , puis après à Rome 
vers Innocent vin , l'an 1488 , mais peu de 
temps après il fut empoifonné par le Pape Ale- 
xandre, & mourut. Cependant Bajazet prinC 
Cilia Se Albo Caflro en Moldavie : & ofta aux Véni- 
tiens l'Ifle & la ville deModon.W fit long temps la 
guerre avec le Sophi de Perfe , mais il y fut mal- 
heureux; il régna 32 ans. Zelyme fon filss'en- 
nuyant de ce qu'il vivoittrop long temps à fon 
gré.Pempoifonna. Il fit auffi eftrangler fes frères 
& fes nepveux , afin d'affeurer fa domination. Il 
L traverfà 



V E M P I R E 

traverfà le premier en Afrique, & en ayant chaf- 
fé le Sultan , il envahit une bonne partie de l'E- 
gypte. Eftant de retour à Conftantinople , il 
mourut d'un chancre qui luy rongeoit les reins, 
l'an i jzo, ayant régné 8 ans,& veCca^ô. Solyman 
luy fucceda, qui prit Belgrade, Rhodes, Strigonie, Bu- 
de, & autres villes de Hongrie. Il deceda l'an 47 
de fon règne. Apres luy régna Zefyme I 1 , qui 
ofta l'Ifle de Cypre aux Vénitiens , & prit Tunis 
& la Goulette. Sous fon règne (è donna à Lepante 
cette mémorable bataille navale , où fa flotte 
fut entièrement desfaite parles Chreftiens. Il 
eut pour fucceffeur Amurath ni, & ceftuy-cy 
Mahumetb m, qui commença fon règne par un 
exécrable parricide , mettant à mort 18 de fes 
frères. Apres ceftui-cy régna. Admet ,8c Muflapba, 
frère d'Achmet, & Ofman , lequel fut tué pour 
avoir efté malheureux en la guerre contre les 
Polonnois. Mttflapba luy fucceda en l'Empire , & 
à Mufîapha le frère dVJman Amurath 1 v , lequel 
règne à prefent. 
Us Tra- \[ appert de tout cecy , que les Turcs poffe- 
'"hTunplf- ^ ent des pays de fort grande eftenduè : Car ils 
jede. tiennent enEurope,une grande partie delaHun- 
grie , 8c la Thrace avec la Grèce , c'eft à dire la 
Macedonie , l'Epire, l'Achaye , le Peloponnefè, 
& leslfles de la mer Egée , avec une partie de 
rillyric, ou de la Sclavonie. Item la Servie, Ra- 
fcie, Bulgarie, & Bofne. En Afrique ils jouiffent 
d'Alger , de Tripoli , 8c de toute l'Egypte ; de- 
puis Alexandrie jufqu'à la ville A/ne , qui eft l'an- 
cienne Syene. En Afie ils occupent laNatolie, qui 
eft l'Afie mineure, Cypre, laPaleftine,Celefyrie, 
Babylone, & toute l'Arabie, avec l'Arménie. 
tcrm de La forme de l'Empire du Turc eft du toutSei- 
mm."" gneuriale& Monarchique : Car il eftfiabfolu 
Seigneur de tout ce qui eft contenu dans l'en- 
clos de fon Empire, que les habitans s'appellent 
fes efclaves,pluftoft que fès fubjeds. Il n'y a per- 
fonne qui foit libre , ou qui fè puiffe diremaiftre 
de la maifon où il demeure,ou des terres qu'il la- 
boure, horfmis quelques famillesà Conftanti- 
nople, aufquelles Mahomet 11 a accordé ce pri- 
vilège , en recompenfe de leurs fèrvices. Le 
grand Vkir fouftient tout le faix de l'Empire , les 
autres affaires font adminiftrées par le Dbœn, 
c'eft à dire par le Sénat. Il y a une grande troupe 
delanizaires. Ce font les gardes du grand Sei- 
gneur ; fèmblablcs aux Soldats Prétoriens des 
anciens Empereurs Romains : Car ils ont un gê- 
nerai qui leur commande , & des logemens en 
forme de Camp. Souventefois ils donnent de la 
peine à l'Empereur, à caule de leur multitude ; il 
eft contraint de donner des charges , & de faire 
beaucoup d'autres chofes à leur appétit : Mais 
pource qu'ils font le feul appui, & fouftien de Ion 
authorité , il fupporte le refte comme moindre. 
Les gens de cheval, qu'ils appellentS/w)>, refèm- 
blent à l'ancienne cavallerie Romaine. Les Laf- 
fas, Sangiacs, Beghes , font comme les Sénateurs & 



D V T V R C. 

Gentilshommes. Les Chiau/ïies , & Capigies , tien- 
nent rang de Colonnels , & de Capitaines. Les 
Subapes Se A^atnoglanes , font une multitude de 
Sergens& d'Huifîiers, oupluftoft les Gardes du 
corps de l'Empereur , qui font tous-jours à (es 
coftés. Les lanifères logent à l'entrée du Palais Imiatirei. 
du grand Seigneur, où ils font la garde tour a 
tour. Ils ne font gueres moins de quarante mille, 
& ont chacun fix efeus de gages par mois. Il n'y 
en a que vingt & deux mille à Conftantinople; 
on envoyé les autres en garnifon en des Cha- 
fteaux,ou fur les frontières del'Empire.Le nom- 
bre des Spay , c'eft à dire, des gens de cheval, eft S/y. 
moindre, mais leur dignité plus grande. Caries 
Ianizaires font rarement avancez aux charges 
&dignitez ; mais c'eft comme le propre droit 
des Spay , qui font reputez capables d'exercer 
toutes fortes d'offices. Ils ont ij efeus dégages 
par mois. 

Les Açomaglanes font les enfans du tribut; cjui-^wM- 
eftans arrachez en leur plus tendre enfance des^ *"" 
br3s de leurs pères & mères, font eflevez en tra- 
vail & povreté , jufqu'à l'aage de 1 1 ans, pour la 
defence& fèrvice de l'Empereur, fànscognoi- 
ftre père ni mère. Il y en a 26000 qui demeu- 
rent tous à Conftantinople, & n'ont que 2 efeus 
dégage par mois, & tous les ans un habit. Les 
Vizirs BajfM font Gouverneurs des Provinces , & '?"« fl S = 
administrent les autres charges de l'Empire. 
Leur nombre n'eft point reiglé non plus que des 
Baffas ; car ceux qui ont une fois exercé cet offi- 
ce, en retiennent tousjours le nom & la dignité: 
Six d'entr'eux font leur demeure à Conftanti- 
nople, defquelseftcompofé le Souverain Sénat, 
où le premier Vizir , qu'ils nomment Vhjr Açem, 
prefide avec grande authorité , & quand il va à 
la guerre , un autre Vizir appelle Caimeham , c'eft 
à dire Lieutenant,eft mis en fa place. Il n'y a que 
les Vizirs qui puiffent avoir le gouvernement de 
l'Egypte, de l'Arabie heureufè, de Babylone, de 
Grèce & de Hongrie ; & nul n'eft eflevé à la di- 
gnité de Vizir, qui n'ait auparavant eftéBaffa;& 
pour cette caufè on les appelle Vizirs Baffas. Le Ba/pv. 
nombre des Baffas n'eft pas tousjours efgal , il y 
en a cinq fois autant que de Vizirs. Combien 
que leur dignité foit moindre que celle des Vi- 
zirs , fi eft-ce qu'elle eft par tout en grande efti- 
me. Pourtant les fils des feeurs ou des filles des 
Empereurs , qui ordinairement font mariées à 
des Vizirs, ne font jamais admis à aucune de ces 
deux dignitez , de peur qu'elles ne leur donnent 
le moyen d'envahir l'Empire. Il eft difficile de 
dire combien il y a de Tefiardaires , car comme 
les revenus du grand Seigneur font infinis , auffi 
eft-il requis qu'il y ait divers adminiftrateurs, les- 
quels font tenus de rendre compte, & envoyer 
tout l'argent à un grand Threforier , ou Super- 
intendant des finances , qui fait fa demeure à 
Conftantinople. Ainfi il y a beaucoup de San- stagnai 
giacs, c'eft à dire , de Gouverneurs des grandes 

villes, 



V EMPIRE DVTVRC. n 

villes, defquelles dépendent les autres moindres cents mulets, cinq cens chameaux. Ceux qui 

&lesbourgs. 11 y a cecy de différent entr'eux& gouvernent les chameaux s'appellent Gefeges, Se Giixgt; 

jitglts. les Begbes ; c'eft que les Sangiacs font eftablis fur ceux qui gouvernent les mulets Katerges. Il y a /<w«^n 

un certain nombre de foldats,& portent un tur- auffi plus de cinq cens palefreniers, Se autant de 

ban de mefme façon que les Empereurs; mais les felliers , qu'on appelle Sarah. Tous ceux-cy font s*"*>> 

Beghes n'ont aucun commandement fur la gen- fous la charge du grand Efcuyer , qu'on appelle 

darmerie de l'Empereur, ains feulement fur leurs Bimbnihor-Bafii , ou (bn Lieutenant Himbrahonk- 

Le grand Seigneur à deux flottes ou ar- L " f ' 0,K * 



propres foldats , & ne portent point d'enfeignes 
de leur dignité. Toutesfoisily a quelques Be- 

Chitmjfus. ghes qui (ont plus riches que les Sangiacs , del- 
quels le revenu eft petit. Les Cbiaupes font ceux 
qui portent les ordonnances du grand Seigneur 
aux Gouverneurs des Provinces , & les font exé- 
cuter , qui eft un office fort honorable entr'eux. 

exigus. D e mefme les Capigies , mais en plus fafcheufes 
affaires , comme s'il eft queftion de faire mourir 
quelque gouverneur. Toutesfois les uns & les 
autres font officiers du grand Seigneur. Ceux- 
cy font huiffiers du cabinet, car leur nom fignifie 
Portiers ou huiffiers ; ceux-là ont foin des affai 



beaia. 

mées navales, l'une au deftroiét de Conftanti- ™ AV j™'" 
nople, l'autre en Afrique ; qui n'ont qu'un gêne- 
rai. La flotte d'Afrique eft pour la plus part du 
temps difperfée en divers endroits , mais il faut 
qu'elle fe r'aflemble au mandement de (on gê- 
nerai. Celle du deftroit eft auffi difperfée , mais 
en telle efpace qu'on la peut r'aflembler en fort 
peu de temps. Le General s'appelle Ccipitan Bajfa, 
Se fon Lieutenant Vice-CapitanBafja. Il y a 300 ga- 
lères, mais toutesfois on n'a gueres de çouftume 
defefervirdeplus de quatre-vingt ou décent. 
On entretient de plus quatre mille hommes 



Subaflit. 



res de dehors,qui concernent lamaifon du grand pour le fervice de cette flotte , fans y compren- 

Seioneur. 11 y a quatre cents Capieges, à chacun dre les prifonniers& condamnez aux galères, 

delquels on donne huicl: efeus de gage par mois, ny les foldats. On la mené hors une fois tous les 

Il y a cinq cens Chiauffies , & ont trente efeus. ans , à fçavoir au mois de Mars, & la ramené on 

Les Subaffies font comme Sergens, ou pluftoft en Décembre pour hyverner. Les Turcs font 

les Capitaines des Sergens & Huiffiers; veu que plus propres à faire la guerre' parterre que par 

ceux-cy font les propres officiers de la gendar- mer , & pourtant ils equippent des flottes plu- 



merie ordinaire. Leur nombre eft incertain , & 
leurs gages auffi, & ne fervent pas tant à l'Em- 
pereur qu'à fes officiers ; au lieu que nul n'a pou- 
voir fur les autres fufnommez que l'Empereur 
ièul. Des officiers domeftiques du grand Sei 



ftoft pour la pompe , & pour tenir en bride les 
provinces maritimes , & les Ifles qui leur appar- 
tiennent, ou pour les défendre, que pour acqué- 
rir de la gloire , & eftendre les limites de leur 
Empire. Ils lèvent des foldats d'entre leurs fujets, 



Sdnifs. 



gneur , les uns font employez es affaires de de- principalement d'entre les Chreftiens , (ur tout 

hors, les autres à celles de dedans. Les Solakes Se delà Hongrie, Dalmatie, Sclavonie, Mefi e, F pi- 

Ma^M^vacquentàcellededehors.Ceux-là re, Thrace, Macedonie, & quelquefois de la 

font archers à pied , qui fe fervent des deux Grèce mefme, &prefque de toute l'Ane. Ils (c.nc 

mains , & marchent aux deux coftez de l'Empe- vaillans, & ne fe laflent jamais de faire la guerre. 

reur.de peur ques'il falloir tirer, ceux qui font à Leur cavallerie vaut mieux que l'infanterie , de 

fa droite ne luy tournent le dos en tirant. Les laquelle toute la force çonfifteprelque en la ver- 




de quelque lieu ou religion qu'ils foient. Ilsfont d'arcs & de flefehes, ou bien de picques & de 

bre de cinq cens , & reçoivent de gages moufquets ; les gens de cheval , d arcs Se de flef- 

." _ % * r 1 u A*. : _i._. o. j„^:(1~\~t T 'Fmnprpur vx rarement 3. 



Boflanai- 



60 efeus par mois. Les femmes font les affai 
res du dedans , avec quelques Eunuques qui font 
fous elles. Il n'y en a point de nombre certain, 
pourcequele grand Seigneur y en eftablit tan- 
toft plus , tantoft moins , félon fa volonté. Mais 
toutesfois ils obeiffent tous à un vieil Eunuque, 
qu'on nomme Capikcnia , c'eft à dire Lieutenant 
de la Porte , comme auffi les Pages de la cham- 
bre, qu'ils appellent Ichoglan.LesAzamoglanes font 
les jardins, &ontun gouverneur qui s'appelle 
Boflangi-Bajsi , c'eft à dire le grand jardinier. Ils 
/-nnnenr auffi du bois pour la cui(îne& pour la - 
SKvpo«S.i.Maiftr«d'Hoftclon t félon les pays où ,1s font ni* Pou. la pin» parc 



ches & de piftolets. L'Empereur va rarement a 
la guerre: car en un fi grand empire il n'eft pas 
à propos d'abandonner la ville capitale , où il ell 
facile d'entrer , qui abonde en vivres, & d'od 
avec peu de forces on peut aifément empefeher 
qu'on ne paffe d'Afie en Europe, ou d'Europe en 
Afie. Mais le grand Vizir à toute la charge de la 

guerre. ' 

Ce peuple n'eft pas fin ny rufe , finon entant £«?£* 
qu'il fe façonne & apprend des Chreftiens fugi- " 
r ifs. Ils ont le port du corps , & le regard farou- 
he,& font robuftes ou delicats.blancs ou noirs, 






V E M P I R E 

reufe. Ils fe ment la tefte , & ne laiflent qu'un 
floquet de cheveux au fommet ; ils portent de 
longues barbes. Us n'ont gueres de meubles en 
leurs maifons , en leurs chambres il n'y a ny ta- 
bles ny bancs, mais ils fe contentent de tapis , & 
d'oreillers. Ceux qui n'ont point de femme , le 
couchent à la mode de la guerre fur des hardes; 
nuis ceux qui font mariez ont des lits comme 
nous , qu'ils eftendcnt par terre. Ils ont en hor- 
reur les ordures quifortent du corps , & pour 
cette caufc ils les cachent promptement en la 
terre, oùlcsoftVntde devant leurs yeux. C'eft 
une nation qui defpenfè peu en fon manger, pour 
la plus part ils fe contentent d'un feul mets, & 
font fort Amplement accouftrez. Ils font hofpi- 
taliers.il eft permis à chacun de prendre es prez 
tant de foin qu'il veut. Ils ne s'abftiennent pas fi 
exactement de vin, que de chair de pourceau, 
combien que l'Alcoran leur défende l'un & l'au- 
tre. Ils font propres en leurs habits, & curieux 
d'cftrebien parez. Us ne fe defcouvrent jamais 
la tefte, maisfaluent en mettant la main fur la 
poiclrine , & baiffant la tefte. Ils mettent à leur 
main gauche ceux qu'ils veulent honorer. 
La M,- £ a fuperftition tient lieu de Religion entre les 
r*ra. Turcs, Mahumet à forgé